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 KIRGHIZISTAN : À qui profite la révolution ?

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MessageSujet: KIRGHIZISTAN : À qui profite la révolution ?   Sam 19 Juin - 9:37

KIRGHIZISTAN : À qui profite la révolution ?

Comme le montrent les nouveaux et sanglants affrontements de ces jours-ci, la tension est loin d’être redescendue au Kirghizistan depuis le soulèvement d’avril 2010, et les spéculations vont bon train s’agissant d’identifier les initiateurs de ces événements. Le scénario le plus improbable est celui d’une rébellion spontanée menée de l’intérieur même du pays.
Le Kirghizistan, un pivot géopolitique

par F. William Engdahl*

En effet le Kirghizistan est au centre de conflits d’intérêts entre puissances régionales et suprarégionales.

F. William Engdahl analyse les cartes en main des trois acteurs qui souhaitent remporter la mise au Kirghizistan et dans la région. Au fin fond de l’Asie Centrale, le Kirghizistan constitue ce que le stratège britannique Halford Mackinder aurait appelé un pivot géopolitique : un territoire qui, en vertu de ses caractéristiques géographiques, occupe une position centrale dans les rivalités des grandes puissances.

Aujourd’hui ce petit pays lointain est secoué par ce qui peut apparaître comme un soulèvement populaire extrêmement bien organisé pour déstabiliser le président atlantiste Kourmanbek Bakiev. Dans leurs premières interprétations, certains analystes émirent l’hypothèse que Moscou trouverait un intérêt plus que passager à soutenir un changement de régime au Kirghizistan. Les événements qui s’y déroulent seraient le fait du Kremlin qui mettrait en scène sa propre version en négatif des « Révolutions colorées » instiguées par Washington : la Révolution des roses de Géorgie en 2003, la Révolution orange ukrainienne en 2004, ainsi que la Révolution des tulipes en 2005, qui avait porté le président pro-américain Bakiev au pouvoir au Kirghizistan. Pourtant, dans le contexte du changement de pouvoir qui se joue au Kirghizistan, comprendre qui fait quoi, et dans l’intérêt de qui, est loin d’être aisé.

En tout cas, on sait que ce qui se joue a d’immenses implications pour la sécurité militaire de tout le heartland (île mondiale) du continent eurasien, de la Chine à la Russie, et même au-delà. En effet, cette situation se répercute sur la présence future des Etats-Unis en Afghanistan et, par extension, dans toute l’Eurasie.
Une poudrière politique

Des protestations à l’encontre du président Bakiev se sont élevées en mars dernier à la suite des révélations de soupçons de corruption aggravée pesant sur lui et des membres de sa famille. En 2009, Bakiev avait révisé un article de la Constitution, fixant les dispositions concernant la succession de la présidence en cas de décès ou de démission inopinée. Cette démarche, largement interprétée comme la tentative d’instaurer un « système dynastique » de transfert des pouvoirs, est l’un des facteurs à l’origine des récentes vagues de protestation dans tout le pays. Il a placé son fils et d’autres proches à des postes-clefs où ils ont engrangé de larges sommes d’argent – estimées à 80 millions de dollars par an - pour l’attribution aux États-Unis du droit d’installer une base aérienne à Manas, et pour d’autres contrats [1].

Le Kirghizistan est l’un des pays les plus pauvres d’Asie Centrale ; plus de 40 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté. Bakiev a nommé son fils Maxim (qui trouve aussi le temps et les fonds pour être l’un des propriétaires d’un club de football britannique) à la tête de l’Agence centrale pour le développement, l’investissement et l’innovation, un poste qui lui a permis de contrôler les ressources les plus juteuses du pays, dont la mine d’or de Kumtor [2].

A la fin de l’année 2009, Bakiev a fortement relevé les taxes sur les petites et moyennes sociétés, et début 2010, il a mis en place de nouvelles taxes sur les télécommunications. Il a privatisé le plus grand fournisseur d’électricité du pays, tandis qu’en janvier dernier, cette entreprise privatisée, dont la rumeur dit qu’elle avait été vendue à des amis de la famille pour moins de 3 % de sa valeur estimée, a doublé le prix de l’électricité. Le prix du gaz de ville a augmenté de 1 000 %. L’hiver kirghize est extrêmement rude.

L’opposition accusait Maxim Bakiev d’avoir organisé une privatisation de complaisance du réseau de télécommunications national en le cédant à un ami dont l’entreprise offshore est domiciliée aux Canaries. Dans les grandes lignes, la colère populaire contre Bakiev et consort se comprend. La question primordiale est avec quel succès cette colère est canalisée et par qui.

Les protestations se sont enflammées après la décision du gouvernement en mars dernier d’augmenter spectaculairement des prix de l’énergie et des télécommunications, multipliés par quatre voire plus, dans un pays déjà exsangue. Au cours des révoltes du début du mois de mars, Mme Otounbaïeva a été nommée porte-parole du Front uni formé par tous les partis d’opposition. Elle appelait à l’époque les Etats-Unis à prendre une position plus active contre le régime de Bakiev et son absence de normes démocratiques ; appel laissé manifestement sans réponse [3].

Selon des sources russes bien informées, au même moment, Roza Otounbaïeva s’entretenait avec le Premier ministre russe Vladimir Poutine à propos de la détérioration de la situation. Dans la foulée de la formation du gouvernement provisoire dirigé par Otounbaïeva, Moscou était le premier à le reconnaître et proposait 300 millions de dollars au titre d’une aide immédiate à la stabilisation, en transférant une partie d’un prêt de 2,15 milliards de dollars accordé par les Russes en 2009 au régime de Bakiev pour la construction d’une centrale hydraulique sur la rivière Naryn.

Au départ, ces 2,15 milliards de dollars furent accordés juste après la décision de Bakiev de fermer la base militaire états-unienne de Manas ; décision que les dollars US avaient cassée quelques semaines plus tard. Pour Moscou, l’aide russe et l’annonce de la fermeture de la base de Manas par Bakiev étaient liées.

Ce versement de 300 millions de dollars, parmi les 2,15 milliards promis par Moscou, relancé après l’éviction de Bakiev, irait directement à la Banque nationale kirghize [4].

Selon une dépêche de l’agence de presse moscovite RIA Novosti, le Premier Ministre déchu, Daniar Oussenov, aurait affirmé à l’ambassadeur russe à Bichkek que les médias russes, qui jouissent d’une forte présence dans l’ancien Etat soviétique, dont la langue officielle est toujours le russe, avaient pris parti contre le gouvernement Bakiev-Oussenov [5].

Les forces de sécurité du gouvernement de Bakiev, dont feraient partie les tireurs des Forces spéciales postés alors sur les toits, ont tué 81 manifestants, entraînant une dangereuse escalade des protestations au cours de la première semaine d’avril.

Ce qu’il est intéressant de noter à propos de ces événements, et qui suggère qu’il se passe bien plus en coulisse, est le fait que ce soulèvement populaire, éclos à son point de maturité, fut précédé de peu de signes avant son surgissement sur la scène médiatique internationale.

Les manifestations de protestation se multipliaient depuis que Bakiev avait pris les commandes de la Révolution des tulipes avec le soutien financier des Etats-Unis [6]. Ce changement de régime, en 2005, avait fait intervenir la traditionnelle liste des ONG états-uniennes, comprenant Freedom House, l’Albert Einstein Institution, le National Endowment for Democracy et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) [7]. Aucun des soulèvements antérieurs à ceux du mois d’avril n’avaient eu la même vigueur ni la même sophistication. Les événements semblent avoir pris tout le monde par surprise, en premier lieu Bakiev et ses soutiens états-uniens.

Le calme avec lequel s’est déroulé le ralliement de l’armée, de la police et des services de sécurité aux frontières dans les premières heures des vagues de protestation laisse penser à une coordination complexe et ingénieuse, planifiée à l’avance. Encore aujourd’hui, rien n’indique de manière claire si les décisionnaires agissaient de l’étranger ou non, et, le cas échéant, s’ils appartenaient au FSB russe, à la CIA ou à quelque autre service.

Le 7 avril 2010, alors que Bakiev perdait le contrôle de la situation, il semble s’être précipité auprès des États-uniens. Mais constatant le sang répandu dans les rues par les tireurs d’élite de Bakiev et prenant la mesure de l’ire de la foule contre le gouvernement, les Etats-Unis auraient exfiltré le président et sa famille vers sa ville natale d’Osh, vraisemblablement dans l’espoir de le faire revenir lorsque la situation se serait calmée [8]. Ce qui ne s’est jamais produit.

À l’instar de son gouvernement et des dirigeants de l’armée, de la police nationale et des services de sécurité aux frontières, Bakiev démissionne le 16 avril et fuit vers le Kazakhstan voisin. Aux dernières nouvelles, il est confiné en Biélorussie, où le président Lukashenko, en mal de ressources pécuniaires, l’aurait accueilli en échange de 200 millions de dollars. [9]

Le nouveau gouvernement provisoire du Kirghizistan, dirigé par l’ancienne opposition et reposant sur la personne de Roza Otounbaïeva, l’ex-ministre des Affaires étrangères, a déclaré vouloir lancer une enquête internationale sur les crimes commis par Bakiev. Un dossier à charge a déjà été constitué contre lui, ses fils, son frère et d’autres de ses proches.

Bakiev n’avait d’autre choix que de fuir. Plusieurs jours avant sa fuite, l’armée et la police s’étaient déjà ralliées à l’opposition menée par Otounbaïeva, attitude qui corrobore l’idée d’événements extrêmement bien planifiés par au moins une partie de l’opposition.
Un pivot géographique

Aujourd’hui, le Kirghizistan occupe une place de pivot géographique. Ce pays enclavé partage une frontière avec la province chinoise du Xinjiang, un lieu hautement stratégique pour Pékin. Se plaçant parmi les plus petits pays d’Asie Centrale, il est aussi frontalier, au nord de son territoire, avec le Kazakhstan et ses ressources pétrolifères ; à l’est, il est bordé par l’Ouzbékistan et au sud, par le Tadjikistan. Plus encore, la vallée de Ferghana, à la situation politique explosive en raison de ses importantes richesses naturelles, se trouve sur une partie du Kirghizistan ; cette zone multiethnique coutumière de frictions politiques s’étend aussi sur les territoires de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan.

Le Kirghizistan est un pays de hautes montagnes : les chaînes de montagnes du Tian Shan et du Pamir occupent 65 % de son territoire. Environ 90 % du pays s’élève à plus de 1500 mètres d’altitude.

En termes de ressources naturelles, hormis l’agriculture qui représente un tiers de son PIB, le Kirghizistan possède de l’or, de l’uranium, du charbon et du pétrole. En 1997, la mine d’or de Kumtor a démarré l’exploitation de l’un des plus grands gisements aurifères du monde.

Jusqu’à une date récente, l’agence nationale Kyrgyzaltyn possédait toutes les mines et administrait la plupart d’entre elles en joint-venture en association avec des compagnies étrangères. La mine d’or de Kumtor, près de la frontière chinoise, est détenue dans sa globalité par la société canadienne Centerra Gold Inc. Jusqu’à l’éviction de Bakiev, son fils Maxim, à la tête du fonds pour le Développement, dirigeait Kyrgyzaltyn, agence qui est également le plus gros actionnaire de Centerra Gold, aujourd’hui propriétaire de la mine d’or de Kumtor.

Il est tout à fait révélateur que Centerra Gold, basé à Toronto, ait déjà annoncé le « remplacement » de Maxim Bakiev en tant que chef de Kyrgyzaltyn, par Aleksei Eliseev, directeur-adjoint de l’Agence nationale kirghize pour le Développement, au sein de l’équipe dirigeante de Centerra, peut-être sous l’impulsion du Département d’Etat des Etats-Unis et sans que les électeurs kirghizes ne l’y élisent [10].

Le Kirghizistan possède également d’importantes ressources d’uranium et d’antimoine. Il bénéficie en outre de considérables réserves de charbon estimées à 2,5 milliards de tonnes, essentiellement situées dans le gisement de Kara-Keche, au nord du pays.

Pourtant, plus cruciale encore que les richesses minières, reste la principale base de l’US Air Force à Manas, ouverte dans les trois mois suivant le lancement de la « guerre globale contre le terrorisme » en septembre 2001. Peu après, la Russie installait sa propre base militaire non loin de Manas. Aujourd’hui, le Kirghizistan est le seul pays à accueillir à la fois des bases militaires états-unienne et russe, un état de fait peu confortable au bas mot. En somme, le Kirghizistan, positionné au centre du territoire le plus stratégique au monde, l’Asie Centrale, fait figure de trophée géopolitique très convoité.
La politique de Washington marche sur des œufs

Le département d’État états-unien avait tenté de maintenir Bakiev dans l’espoir, semble-t-il, de pouvoir disperser les manifestants, faire cesser les émeutes et maintenir l’homme des Tulipes en place. Hillary Clinton avait préalablement appelé l’opposition parlementaire (formée par les Ministres au gouvernement condamnant la corruption et le népotisme de Bakiev) à négocier et à entamer le dialogue avec le président Bakiev, financé par les Etats-Unis. Malgré la publication de dépêches annonçant la démission de toute l’administration kirghize, le département d’Etat émet des déclarations selon lesquelles le gouvernement du président Kourmanbek Bakiev est toujours opérationnel [11].

Le 7 avril, au moment le plus tendu des troubles, alors que l’issue en était encore floue, le porte-parole de la secrétaire d’Etat américaine, P. J. Crowley déclare devant des journalistes : « Nous voulons voir le Kirghizistan évoluer, tout comme nous le souhaitons pour d’autres pays de la région. Mais, cela dit, il possède un gouvernement qui siège effectivement. Nous sommes les alliés de ce gouvernement dans la mesure où il nous apporte son soutien, vous savez, dans les opérations internationales en… Afghanistan. » [12].
George Orwell aurait admiré cet exercice de double langage diplomatique.

Le 15 avril, quand il est devenu clair que Bakiev ne remporte que peu de soutien dans son pays, le département d’État états-unien déclare ne vouloir prendre parti ni pour le président déchu, ni pour l’opposition parlementaire. Dans un communiqué montrant combien Washington marche sur des œufs, craignant d’en casser quelques uns, en particulier sur la question des droits d’accès à la base aérienne de Manas, Philip Crowley déclare : « Nous voulons voir la situation se dénouer pacifiquement. Et nous ne voulons pas prendre parti. » [13].

Depuis lors, après les pourparlers avec le Ministre des Affaires Etrangères Roza Otounbaïeva et ses collaborateurs, le Département d’État états-unien et Obama ont chaudement approuvé la nouvelle situation politique kirghize.

Otounbaïeva, membre influent du Parti communiste pendant l’ère soviétique, avait obtenu le premier poste d’ambassadeur aux Etats-Unis de l’ère post-soviétique ; plus tard, elle fut l’un des assistants du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan. Le gouvernement provisoire dirigé par Otounbaïeva annonce qu’il rédigera la nouvelle Constitution dans les six mois et qu’il préparera des élections démocratiques dans le pays. L’opposition prétend avoir la situation bien en main au Kirghizistan, malgré la persistance d’émeutes et de pillages hors de Bichkek [14].
Qui mène la danse ?

Bien que beaucoup spéculent au sujet d’un rôle actif sur place des services secrets russes dans l’anti-Révolution des tulipes, nous devons laisser cette question ouverte.

Lors d’une déclaration au cours de sa visite officielle à Washington le 14 avril, au bout d’une semaine de troubles, le président russe Dmitri Medvedev exprimait ses préoccupations au sujet de la stabilité du Kirghizistan : « Le risque de voir le pays se diviser en deux parties — l’une au nord, l’autre au sud — est réel. C’est pour cela que notre devoir est d’aider nos partenaires kirghizes à trouver une solution de sortie en douceur de cette situation. » Il imagine les grandes lignes du pire scénario qui pourrait se produire : déstabilisé, le gouvernement kirghize resterait impuissant face aux extrémistes envahissant le pays ; une redite de la situation afghane [15].

A la tribune de la conférence sur le désarmement nucléaire à Prague, le conseiller pour la Russie à la Maison-Blanche, Michael McFaul, s’exprimait à propos des événements au Kirghizistan :

« Il ne s’agit pas d’un coup d’Etat monté contre les Américains. Cela, nous en sommes sûrs et il ne s’agit pas non plus d’un coup d’Etat mené par les Russes. » [16].

En théorie, les Etats-Unis auraient toutes les raisons de croire qu’ils peuvent « travailler » avec les dirigeants du nouveau gouvernement provisoire kirghize.

On connait bien Roza Otounbaïeva à Washington depuis qu’elle y a officié en tant qu’ambassadeur dans les années 1990. Le numéro deux de son gouvernement provisoire, l’ancien porte-parole du Parlement Omourbek Tekebaïev, une figure-clef de la « Révolution des tulipes » de 2005 qui avait porté Bakiev au pouvoir, est alors ramené à Washington par le département d’État pour qu’il participe à l’un de leurs « programmes de découverte », où l’on enseigne aux figures politiques étrangères émergeantes les vertus de l’American way of life.

Tekebaïev s’exprimait à l’époque librement sur cette expérience :

« J’ai constaté que les États-uniens savent comment choisir les gens, comment faire une évaluation précise de ce qu’il se passe et comment faire des pronostics quant à l’évolution et aux changements politiques à venir. » [17].

Certains éléments tendent à montrer que le soutien de Moscou dans les récents événements du Kirghizistan était conçu comme une révolution colorée en négatif, visant à contrebalancer la présence états-unienne grandissante en Asie Centrale. Il y a également des éléments attestant d’un second changement de régime épaulé par les Etats-Unis, peut-être après que l’administration Obama a réalisé que son homme, Bakiev, se rapprochait trop étroitement de la Chine en termes économiques. Une troisième, et peu probable version, attribue les soulèvements récents à une opposition de pacotille, interne au pays et désorganisée, qui ne serait jamais parvenue à rassembler plus que quelques milliers de personnes dans les rues pour protester contre la politique de Bakiev des cinq dernières années.

Ce qui parait clair à présent est que Moscou et Washington passent par les mêmes tergiversations pour afficher un semblant de consensus à propos des événements se déroulant au Kirghizistan. Le 15 avril, Kanat Saudabayev, le président de l’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), affirmait que l’évacuation du président Bakiev sain et sauf résultait des efforts conjoints d’Obama et de Medvedev [18].

De toute évidence, Washington et Moscou souhaitent ardemment imposer leur présence, quelque soit le gouvernement qui s’établira dans ce pays d’Asie centrale de cinq millions d’habitants déchiré par les conflits. Ce que l’on sait moins, mais qui est tout aussi évident, est l’enjeu vital que constituent des relations stables avec le Kirghizistan pour la Chine, avec lequel elle partage une frontière très étendue. Vu d’ici, ce qui semble plus intéressant est la tournure que prendront les événements dans ce pays lointain mais stratégique du point de vue géopolitique.
Quel avenir pour la base aérienne de Manas ?

L’une des questions les plus pressantes pour Washington est celle, vitale, de l’avenir de la base aérienne de Manas, située tout près de la capitale Bichkek. Dans un communiqué officiel du département d’Etat américain en date du 11 avril, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton insiste sur « le rôle important que le Kirghizistan joue en accueillant le centre de transit de l’aéroport de Manas ». Elle laissait ainsi peu de place au doute quant aux priorités de Washington dans le pays ; elles ne concernent ni la démocratie, ni son essor économique [19].

Après la mise en place du plan de « Guerre contre le terrorisme » par Washington, le Pentagone obtenait les droits d’implantation militaire dans plusieurs Etats stratégiques en Asie Centrale, le faisant ouvertement pour mener la lutte contre Oussama ben Laden en Afghanistan. En même temps que les droits d’accès de ses troupes en Ouzbékistan, Washington obtint la concession de Manas.

La présence militaire états-unienne en Afghanistan s’est bien-sûr densifiée. L’une des premières décisions d’Obama en tant que président fut d’autoriser le surge, la montée en puissance des forces d’occupation ; il envoya 30 000 hommes supplémentaires et donna son aval pour la construction de huit nouvelles bases militaires « temporaires » en Afghanistan, portant à 22 le nombre ahurissant de bases états-uniennes sur le territoire afghan, dont les importants sites de Bagram et de Kandahar.

Le secrétaire à la Défense Robert Gates refuse de définir une limite de durée à la présence US en Afghanistan. Non pas à cause des Talibans, mais en vertu de la stratégie à long terme de Washington de diffuser sa « Guerre contre le terrorisme » dans toute l’Asie centrale, et particulièrement dans la zone cruciale de la vallée de Ferghana qui s’étend entre l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. C’est dans ce contexte que les récents événements kirghizes s’avèrent plus qu’avantageux pour la Russie, la Chine et les États-Unis.

Le 14 avril, Gates confiait à la presse sa certitude de voir les Etats-Unis obtenir les droits d’exploitation de la base de Manas pour développer ce que le Pentagone appelle le Northern Distribution Network (réseau de distribution du Nord), qui permet l’approvisionnement par avion des zones de combat afghanes [20]. Seulement quelques jours auparavant, des personnalités du gouvernement provisoire à Bichkek avaient indiqué que l’attribution aux Américains des droits d’accès à Manas était l’un des premiers dossiers à faire annuler.

Au cours d’un entretien avec le Russe Medvedev, Barack Obama a admis que les événements du Kirghizistan n’étaient pas commandés par les Russes. Il a aussitôt annoncé que les États-Unis reconnaissaient la légitimité du gouvernement provisoire de Roza Otounbaïeva.

Aujourd’hui la question qui reste en suspens porte sur le rôle que le Kirghizistan jouera dans la spectaculaire partie d’échecs géopolitique pour le contrôle de l’Asie centrale, et, par voie de conséquence, pour celui du heartland eurasien, selon la terminologie du géopoliticien britannique Halford Mackinder. Les acteurs majeurs extérieurs au Kirghizistan, dans cette partie d’échecs aux forts enjeux géopolitiques en Asie Centrale, sont la Chine, la Russie et les États-Unis. La partie suivante de ce dossier s’attachera à examiner les intérêts géopolitiques portés par la Chine sur le Kirghizistan, l’un de ses partenaires au sein de l’Organisation du traité de coopération de Shanghai.

F. William Engdahl Journaliste états-unien, il a publié de nombreux ouvrages consacrés aux questions énergétiques et géopolitiques. Derniers livres parus en français : Pétrole, une guerre d’un siècle : L’ordre mondial anglo-américain (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2007) et OGM : semences de destruction : L’arme de la faim (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2008).

source url : http://canempechepasnicolas.over-bl...

Notes [1] RIA Novosti, Russia’s Medvedev blames Kyrgyz authorities for unrests, says civil war risk high, 14 avril 2010. [2] John C.K. Daly, op. cit. [3] Leila Saralayeva, Kyrgyz opposition protests rising utility tariffs, Associated Press, 17 mars 2010. [4] RIA Novosti, Russia throws weight behind provisional Kyrgyz government, 8 avril 2010. L’ancien et bien informé ambassadeur indien, M. K. Gajendra Singh, dans un article publié par RIA Novosti, signale en outre que M. Poutine s’est entretenu avec Mme Otunbayeva à deux reprises depuis les manifestations du 7 avril, et qu’elle s’est rendue à Moscou aux mois de janvier et mars de cette année. K. G. Singh, Geopolitical battle in Kyrgyzstan over US military Lilypond in central Asia , RIA Novosti, 13 avril 2010. [5] RIA Novosti, Kyrgyz prime minister protests Russian media reporting of riots, 7 avril 2010. [6] Richard Spencer, « Quiet American behind tulip revolution », The Daily Telegraph, Londres, 2 avril 2005. [7] Philip Shishkin, In Putin’s Backyard, Democracy Stirs — With US Help, The Wall Street Journal, 25 février 2005. Sur ces association prétendument non gouvernementales, voir : « Freedom House : quand la liberté n’est qu’un slogan », « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », « La NED, nébuleuse de l’ingérence "démocratique" » et « L’USAID et les réseaux terroristes de Bush », Réseau Voltaire. [8] Kyrgyzstan National Security Service ‘source’, Specially for War and Peace.ru, 10 avril 2010, traduit du russe pour l’auteur. [9] « Belarus President Lukashenko Report » du blog politique War and Peace.Ru. [10] Site de Centerra Gold, Toronto, Canada. [11] David Gollust, « US Urges Dialogue in Kyrgyzstan », Voice of America, 7 avril 2010. [12] « We want to see Kyrgyzstan evolve, just as we do other countries in the region. But that said, there is a sitting government. We work closely with that government. We are allied with that government in terms of its support for international operations in Afghanistan », State Department Daily Briefing, 7 avril 2010. [13] AFP, US ’not taking sides’ in Kyrgyzstan political turmoil, 15 avril 2010. [14] Hamsayeh.net, « New Interim Kyrgyz Government to Shut Down the US Airbase at Manas », 9 avril 2010. [15] Karasiwo, « Nuclear deals and Kyrgyz fears – Medvedev in Washington », 14 avril 2010. [16] Maria Golovnina et Dmitry Solovyov, « Kyrgyzstan’s new leaders say they had help from Russia », The Globe and Mail, Toronto, 8 avril 2010. [17] Sreeram Chaulia, « Democratisation, NGOs and ‘colour revolutions’ », 19 janvier 2006. [18] BNO News, « OSCE says Kyrgyzstan President Bakiyev’s departure is the result of joint efforts with Obama, Medvedev », 15 avril 2010. [19] Philip Crowley, porte-parole de la secrétaire d’État, US Clinton Urges Peaceful Resolution of Kyrgyz Situation, 11 avril 2010, cité par RIA Novosti. [20] Donna Miles, « Gates expresses confidence in continued Manas access », American Forces Press Service, 14 avril 2010.
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MessageSujet: KIRGHIZISTAN : À qui profite la révolution ? (2/4)   Sam 19 Juin - 9:37

KIRGHIZISTAN : À qui profite la révolution ? (2/4)

Poursuivant son analyse de la situation actuelle dans cette région très prisée, F. William Engdahl examine dans cette deuxième partie de son étude les intérêts géopolitiques de la Chine au Kirghizistan. La « révolution des tulipes » en 2005 s’explique, entre autres, par le renforcement des liens économiques entre les deux pays, relations vues d’un mauvais œil par Washington. Aujourd’hui, le poids économique de la Chine demeure sa plus puissante arme ; non seulement, il lui permet de reprendre une position de force au Kirghizistan, un élément crucial pour son expansion en Asie Centrale mais, surtout, lui offre l’occasion de contrebalancer les effets déstabilisateurs de la présence militaire états-unienne dans la région.

Le renforcement des liens économiques entre la Chine et le régime en faillite de l’ancien président kirghize Askar Akaiev est la raison principale pour laquelle Washington décida de lâcher son ex-allié Akaiev, après près d’une décennie de soutien. En juin 2001 la Chine, la Russie, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan signaient l’acte de naissance de l’Organisation du traité de coopération de Shanghai. Trois jours après, Pékin officialisait un prêt important au Kirghizistan pour l’acquisition de matériel militaire [1].

Après le 11 septembre 2001, le Pentagone initiait ce que l’on a considéré comme le plus grand bouleversement dans le déploiement militaire états-unien à l’étranger depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L’objectif était de positionner les forces états-uniennes en suivant un « arc d’instabilité », tout au long de la Méditerranée, de l’Afrique, du Moyen-Orient, du Caucase, de l’Asie Centrale et méridionale [2].

À l’époque, Akaiev proposa de céder au Pentagone sa plus grande base militaire de la région, celle de Manas. La Chine, qui partage une frontière avec le Kirghizistan, s’en alarma et, de concert avec la Russie, poussa l’Organisation du traité de coopération de Shanghai à s’y opposer et lança un appel au retrait des troupes présentes dans les bases états-uniennes d’Asie Centrale.

Selon le Wall Street Journal, la Chine engageait alors également des négociations secrètes pour l’établissement de sa propre base au Kirghizistan et pour des modifications frontalières, déclenchant une tempête politique contre Akaiev en mars 2002.

Philip Shishkin du Wall Street Journal notait :

« Engageant une " diplomatie de la Route de la soie " et visant à la suppression des guérillas menées par les Ouïghours — dont le déclencheur se trouvait principalement dans le besoin urgent de liquidités pour enrayer la chute libre de l’économie intérieure — les prises de position d’Akaiev pour aligner son pays avec Pékin exaspérèrent Washington qui voyait dans la Chine un obstacle à son programme d’expansion stratégique. » [3].

Shishkin ajoutait :

« Le point de vue états-unien sur cette dangereuse situation pouvait se résumer ainsi : “Étant donné la frontière longue de 1 100 kilomètres qui sépare la Chine et le Kirghizistan — et la présence états-unienne, déjà considérable en Ouzbékistan et au Tadjikistan voisins — la chute du gouvernement prochinois du président Akaiev, tombé en disgrâce, ne sera pas une mince victoire pour la " politique d’endiguement.” » [4].

À partir de ce moment, Washington lança un financement massif par l’entremise du National Endowment for Democracy et s’arma de l’aide de l’Albert Einstein Institution et de Freedom House, et même de celle du Département d’État et du FMI, pour finalement renverser, lors de la Révolution des tulipes en 2005, le régime d’Akaiev, qui n’inspirait plus confiance [5]

Aujourd’hui, il parait logique que la Chine soit la puissance la plus intéressée par l’avenir politique du Kirghizistan. Sur environ 850 kilomètres, la frontière entre le Kirghizistan et la Chine longe la province sensible du Xinjiang.

C’est dans cette même province qu’en juillet 2009 éclatèrent les émeutes menées par les Ouïghours [6] et soutenues, d’une part, par le Congrès mondial ouighour, une organisation financée par les États-Unis et dirigée par « l’ancienne lavandière » Rebiya Kadeer, et, d’autre part, par l’ « ONG » de la Maison-Blanche qui se charge des changements de régime, le National Endowment for Democracy.

Également frontalier de la région autonome et instable du Tibet, le Xinjiang est un carrefour vital au sein du réseau de pipelines acheminant les ressources énergétiques en Chine depuis le Kazakhstan et, à terme, depuis la Russie. Le Xinjiang abrite quant à lui d’importantes réserves de pétrole, indispensables à la consommation domestique de la Chine [7].

Une jonction d’oléoduc entre la Chine et le Kazakhstan. Un nouvel ouvrage est en cours de construction et devant porter à terme la capacité de transit à 400 000 barails par jour. En 1997, la Chine et le Kazakhstan ont signé la mise en place conjointe de la Compagnie pétrolière Sino-Kazakhe, fruit d’une collaboration entre la China National Petroleum Corporation (CNPC) et KazMunaiGas, et avec comme objectif affiché de relier la Mer Caspienne au Xinjiang par un oléoduc.

La frontière entre le Kirghizistan et la Chine est poreuse et le flux de personnes circulant entre le Xinjiang chinois et le territoire kirghize est considérable. On estime à 30 000 le nombre de ressortissants chinois vivant au Kirghizistan, parmi lesquels des populations ouïghours. Près de 100 000 Kirghizes vivent au Xinjiang.

En bref, les avant-postes militaires états-uniens au Kirghizistan ont bien plus de conséquence pour la sécurité nationale chinoise que les modestes renforts envoyés dans les zones de combat en Afghanistan. Pour les agences de renseignement états-uniennes et pour le Pentagone, c’est un terrain idéal pour mener des opérations clandestines de déstabilisation dans le Xinjiang, une province si fragile politiquement et tellement vitale pour la stratégie chinoise. Cette circulation transfrontalière offre une parfaite couverture aux activités d’espionnage états-uniennes et pour d’éventuels sabotages [8] .

Selon l’ancien ambassadeur indien K. Gajendra Singh, maintenant retiré de ses fonctions et à la tête de la Fondation pour les études indo-turques à New Delhi, le régime de Bakiev, en permettant aux forces militaires états-uniennes d’utiliser la base aérienne de Manas et en leur fournissant, entre autres, des équipements électroniques de haute technologie, leur facilite la surveillance les bases militaires et les principaux sites de lancement de missiles du Xinjiang chinois [9].

Créé récemment par le Pentagone officiellement pour approvisionner les zones de combat afghanes, le réseau de distribution du Nord (NDN, Northern Distribution Network) s’ajoute aux préoccupations de Pékin au sujet des opérations états-uniennes au Kirghizistan.

Le réseau de distribution de Nord traverse le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. Nombreux sont ceux au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai à suspecter le Pentagone de vouloir utiliser ce réseau pour générer des attaques simultanées par des groupuscules, tels que le « Mouvement islamique d’Ouzbékistan » ou l’« Union du Jihad islamique » et l’obscur mouvement Hizb ut-Tahir, tous confinés dans la vallée de Ferghana répartie sur les trois États traversés par le NDN [10].

Pékin n’est pas un observateur passif des événements kirghizes. Clairement, la Chine s’apprête à jouer sa meilleure carte, la carte économique, pour s’assurer des relations plus étroites et bien plus amicales avec le nouveau gouvernement kirghize, quel qu’il soit.

En juin 2009, lors d’une assemblée de l’Organisation de coopération de Shanghai à Ekaterinbourg en Russie, le président chinois Hu Jintao a promis un fonds de 10 milliards de dollars pour un programme d’aide à venir, destiné aux Nations-membres d’Asie Centrale : le Kazakhstan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. Rien de ce qu’a promis Washington aux Kirghizes ne s’approche un tant soit peu de ces sommes.

Dans l’une de ses premières déclarations, le porte-parole de Parlement provisoire kirghize, Omourbek Tekebaïev a affirmé devant les médias russes que son pays considère la Chine comme l’un de ses alliés stratégiques :

« Notre politique étrangère va changer… La Russie, le Kazakhstan et nos autres voisins, y compris la Chine, resteront nos partenaires stratégiques. » [11].

Or, il existe un projet que le partenaire stratégique chinois est susceptible de vouloir hâter pour l’établissement de relations plus étroites. En effet, Pékin a déjà annoncé la construction d’un immense réseau ferré à grande vitesse en Eurasie.

L’autoroute devant traverser le Kazakhstan est maintenant en construction. Il s’agit de l’un des projets d’infrastructures destiné à relier l’Europe de l’Ouest à la Chine de l’Ouest. La mise en service de cette voie de circulation facilitera d’une part le transit des marchandises de la Chine vers l’Europe, mais également du matériel pour la construction des projets Sino-Kazakhes depuis l’Europe.

Le ministre des Chemins de fer chinois a dévoilé l’un des projets les plus ambitieux du monde contemporain. Traversant le Kirghizistan, les lignes ferroviaires s’étendront à terme du Xinjiang jusqu’en l’Allemagne, et même jusqu’à Londres vers 2025. Le projet inclut en effet la possibilité que le réseau ferroviaire Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan soit relié au réseau nodal eurasiatique de lignes à grande vitesse. La Chine est également en train de construire douze nouvelles autoroutes pour rendre les économies du Kirghizistan et de ses voisins dépendantes d’un réseau routier moderne relié au Xinjiang. Dans une certaine mesure, la militarisation états-unienne du Kirghizistan devient une réelle menace pour la sécurité nationale chinoise. La riposte économique de la Chine pour accroître sa présence dans le pays est maintenant bien enclenchée [12].

Comme pour expliciter un peu plus encore les préoccupations chinoises à propos de la stabilité de son voisinage, Pékin a récemment renforcé ses activités économiques en Afghanistan.

Si des tensions apparaissent entre le président afghan Hamid Karzaï et l’administration Obama, les relations se réchauffent visiblement entre Karzaï et Pékin. Le 24 mars dernier à Pékin, Karzaï et le président chinois Hu Jintao ont signé de nouveaux accords sur les échanges et les investissements, et se sont accordés sur le renforcement de la coopération triangulaire avec le Pakistan, un allié traditionnel de la Chine.

Les accords du 24 mars porteraient sur les investissements chinois en Afghanistan dans les domaines de l’énergie hydraulique, des activités minières et ferroviaires, des travaux publics et dans d’autres projets liés à l’énergie.

La Chine est déjà le premier investisseur de l’économie afghane. En 2007, la Metallurgical Group Corporation, une grande entreprise publique chinoise, a remporté un contrat d’investissement de 3,5 milliards de dollars pour l’exploitation de la mine de cuivre d’Aynak en Afghanistan, sur l’un des gisements les plus importants du monde [13].

Les entreprises chinoises s’intéressent également à la possibilité d’exploiter en Afghanistan les réserves d’hydrocarbures, estimées à 1,6 milliards de barils de pétrole et 440 milliards de mètres cubes de gaz, ainsi que les gisements de divers métaux dont l’or et le minerai de fer [14].

Pour la Chine, l’Afghanistan et le Pakistan sont deux éléments tout aussi vitaux dans son réseau de distribution et d’échanges vers l’Iran. Pékin vient d’achever la construction d’infrastructures portuaires à Gwadar au Pakistan, qui lui permettront d’acheminer 60 % de ses importations de pétrole du Proche-Orient. La Chine projette en outre de connecter le port de Gwadar à la province du Xinjiang en passant par l’Afghanistan, afin d’assurer l’approvisionnement en ressources énergétiques nécessaires à son économie en pleine expansion. C’est dans ce contexte global que la stabilité politique au Kirghizistan est essentielle à la Chine [15].

Dans notre prochaine partie, nous examinerons l’importance capitale du Kirghizistan pour la Russie en termes géopolitiques. La Russie occupe la place du deuxième joueur dans cette nouvelle partie d’échecs tridimensionnelle pour le contrôle du continent eurasiatique et de son avenir politique et économique.

F. William Engdahl source url : http://canempechepasnicolas.over-bl...

Notes : (1) John C. K. Daly, Sino-Kyrgyz relations after the Tulip Revolution, Washington, The Jamestown Foundation, China Brief, 7 juin 2005. [2] Philip Shishkin, « In Putin’s Backyard, Democracy Stirs – With U.S. Help », The Wall Street Journal, 25 février 2005. [3] Ibid. [4] Ibid. [5] Ibid. [6] « Que se passe-t-il dans le Xinjiang ? », par Domenico Losurdo, Réseau Voltaire, 12 juillet 2009. [7] F. William Engdahl, Washington is Playing a Deeper Game with China, Voltaire Network, 13 juillet 2009, non traduit. [8] K. Gajendra Singh, Geopolitical Battle in Kyrgyzstan over US Military Lilypond in Central Asia, New Delhi, 11 avril 2010. [9] Ibid. [10] Cornelius Graubner, Implications of the Northern Distribution Network in Central Asia, Central Asia-Caucasus Institute, Johns Hopkins University, 1er septembre 2009. [11] John C.K. Daly, op. cit. [12] Roman Muzalevsky, "The Implications of China’s High-Speed Eurasian Railway Strategy for Central Asia", Eurasian Daily Monitor, Vol. 7, numéro 64, 2 avril 2010. [13] Afghanistan Ministry of Mines, Aynak Copper Project is Inaugurated in a Glorious Ceremony, 9 juillet 2009. [14] Roman Muzalevsky, The Economic Underpinnings of China’s Regional Security Strategy in Afghanistan, Eurasia Daily Monitor, Vol. 7 Numéro 75, 19 avril 2010. [15] Ibid
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MessageSujet: À qui profite la révolution au Kirghizistan ? (3/4)   Mer 23 Juin - 5:02

À qui profite la révolution
au Kirghizistan ? (3/4)

Dans la troisième partie de son étude, F. William Engdahl s’intéresse aux enjeux géopolitiques que représente le Kirghizistan pour la Russie, deuxième compétiteur pour le contrôle de l’espace eurasien. Étant donné l’encerclement militaire mis en place par l’OTAN et les États-Unis, un régime kirghize neutre contribuerait à la stabilisation des régions proches de la Russie, et redonnerait la main à celle-ci en Asie Centrale. Suspectée d’avoir provoqué les troubles kirghizes, la Russie les a récemment qualifiés d’« inconstitutionnels ».

A l’évidence, ce qui se déroule au Kirghizistan intéresse également Moscou au plus haut point. La Russie a été prompte à reconnaître la légitimité du nouveau gouvernement provisoire en place à Bichkek et à augmenter son aide financière, prouvant ainsi l’importance de l’avenir politique de ce pays eurasiatique aux yeux des Russes. Non seulement le Kirghizistan faisait partie intégrante de l’Union soviétique jusqu’en 1991, mais il reste encore aujourd’hui un territoire géographique concentrant de forts enjeux géostratégiques. L’attitude, amicale ou hostile, qu’adoptera le Kirghizistan vis-à-vis de Moscou sera d’une grande influence sur la stabilisation, ou la déstabilisation, de cette région à la périphérie de la Russie.

Il est clair que l’administration Medvedev-Poutine envisage toutes les possibilités imaginables — depuis les contrats gaziers de Gazprom jusqu’aux ventes d’armes — pour contrer la menace d’encerclement des Nations-Unies dont l’apogée eut lieu en 2004-2005 avec les « Révolutions colorées » provoquées par Washington en Géorgie, en Ukraine et en dernier lieu au Kirghizistan avec la « Révolution des tulipes » qui porta au pouvoir Bakiev, l’homme fort des États-Unis.

Comme je l’expliquais dans un article précédent, « Ukraine Geopolitics and the US-NATO Military Agenda : Tectonic Shift in Heartland Power » [1], les résultats des élections présidentielles ukrainiennes au début de l’année annonçaient un développement nettement favorable du point de vue de la sécurité militaire russe. La menace d’une Ukraine rejoignant l’OTAN est désormais écartée et, avec elle, le risque que les Russes aient à subir davantage de fermeture de ses gazoducs, ceux qui traversent l’Ukraine et qui rejoignent l’Allemagne et d’autres régions d’Europe occidentale, les scories de l’intégration économique soviétique.

En janvier dernier la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan ont signé un accord commun d’union douanière. La Biélorussie est un partenaire vital de la Russie car elle est au contact de l’Ukraine et de la Pologne. Le Kazakhstan, quant à lui, est un ancien pays communiste d’importance stratégique majeure et situé entre le Kirghizistan et la Russie. Il est l’un des fournisseurs principaux d’énergie de la Chine car il abrite d’importants gisements de pétrole et d’autres sources d’énergie. Il est de surcroît le premier producteur d’uranium au monde.

La constitution d’un régime neutre au Kirghizistan, allié à la fois au Kazakhstan et à la Russie, pourrait signifier le développement d’une zone d’échanges capitale pour les intérêts russes. Un tel régime offrirait une marge de manœuvre pour stabiliser la vallée de Ferghana, une région agricole très peuplée au cœur de l’Asie Centrale, qui s’étend sur les territoires du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan.

par F. William Engdahl
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