Agora de l'Ermitage

Libres propos d'un ermite sur les faits de société
 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 L’APPEL DU 18 JUIN : Le devoir de désobéissance ou l’entrée des catholiques dans la Résistance

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 9371
Date d'inscription : 25/04/2008

MessageSujet: L’APPEL DU 18 JUIN : Le devoir de désobéissance ou l’entrée des catholiques dans la Résistance   Sam 19 Juin - 9:32

L’APPEL DU 18 JUIN : Le devoir
de désobéissance ou l’entrée
des catholiques dans la Résistance

La résistance chrétienne, trop souvent ignorée des historiens, pâtit encore de l’absence d’une synthèse qui lui rendrait pleinement justice. Alors que la Milice (mouvement créé et institutionnalisé par Vichy pour concurrencer les mouvements collaborationnistes de zone Nord et lutter contre la Résistance) était la seule de tous les mouvements de collaboration à revendiquer explicitement son affiliation au catholicisme pur et dur, l’entrée de catholiques dans la clandestinité fut une rupture considérable au regard d’une éducation basée sur le respect du pouvoir établi (quand il est de droite) et au regard de la terreur que faisaient régner les miliciens. Malgré cela des groupes et des individus isolés entrent en Résistance.

Liberté fut le premier et le plus important mouvement de résistance auquel participèrent un grand nombre de catholiques. A l’initiative de François de Menthon (ancien président de l’Action catholique de la jeunesse française), paraît le 25 novembre 1940 le premier numéro du journal clandestin Liberté. Il porte en exergue une phrase de Foch : « Un peuple n’est vaincu que lorsqu’il a accepté de l’être » et l’éditorial conclut par un appel à la résistance : « La guerre peut encore être gagnée. Nous pouvons contribuer à la défaite allemande et il n’est pas pour les Français de devoir plus impérieux. » Les principaux rédacteurs et lecteurs de Liberté appartiennent à la famille démocrate-chrétienne. Le journal diffusera rapidement 45 000 exemplaires et donnera naissance à un mouvement dont les principaux dirigeants sont :
- à Montpellier, Pierre-Henri Teitgen, Jacques Renouvin et Etienne d’Aragon ;
- à Toulouse, le Dr Parent, Marcel Vanhove et Charles d’Aragon ;
- à Brive, Edmond Michelet... Durant l’été 1941, François de Menthon rencontre à plusieurs reprises Henri Frenay, fondateur du Mouvement de libération nationale où se retrouvent des hommes de différents horizons dont parmi les catholiques, le jésuite Riquet et un groupe animé par l’abbé Armand Vallée. Le MLN et Liberté fusionneront et le nouveau mouvement prendra le nom de Combat.

Et c’est là, étant passés par le mouvement Liberté, que se retrouvent la plupart des catholiques engagés dans la résistance active. Emmanuel Mounier les rejoindra un peu plus tard. Mais si Liberté fut le premier et le plus important mouvement de résistance auquel participèrent un grand nombre de catholiques, il ne fut pas spécifiquement catholique. Et c’est parce qu’il n’existe pas de mouvement chrétien que va naître Témoignage Chrétien. En effet, de nombreux catholiques résistants souhaitent que leur opposition à Vichy et à la collaboration trouve une expression originale.

Vers la fin du printemps 1941, deux jésuites, les pères Varillon et Daniélou, alertés par un militant chrétien, Jean Neyra, vont voir leur collègue, le père Fessard, qui a publié avant la guerre plusieurs études sur le communisme et l’hitlérisme (Pax Nostra en 1936, Epreuve de force, etc.). Le père Fessard écrit alors France, prends garde de perdre ton âme.

Le père Chaillet, autre jésuite, est persuadé, lui, qu’une publication doctrinale mettant en garde contre le danger nazi, largement diffusée, est absolument nécessaire. Un jeune laïc dynamique, Louis Cruvilier, qui avait déjà mis en place un réseau de diffusion pour le journal Temps nouveau, lui apporte le concours de son réseau. Quand le père Chaillet reprit le texte du père Fessard, le premier numéro des Cahiers du Témoignage Chrétien paraît...

Autour des pères Chaillet et Fessard11, on trouve un groupe de jésuites lyonnais et parisiens (de Lubac, Varillon, Daniélou, de Montcheuil, Lebreton, Desmurs etc.) et dans la même ligne les dominicains Delos, Ducattillon, Congar, Bernadot. Tous prônent le primat de la conscience sur le devoir d’obéissance et à l’échelon collectif l’intangibilité des fondements du droit face aux aléas de la conjoncture, la subordination de la fin aux moyens, c’est-à-dire du politique à l’éthique.

A côté de ces familles d’esprit et de ces réseaux organisés, il ne faut pas oublier tous ceux - surtout en zone Nord où il était difficile de se retrouver à cause de l’Occupation - qui ont agi isolément comme :
- l’abbé Mansuy à Nancy qui hébergera 2 500 prisonniers avant de se faire arrêter par la Gestapo ;
- à Rosendaël, près de Dunkerque, l’abbé Bonpain participe au réseau Alliance et envoie par radio en Angleterre des informations sur le mouvement des troupes allemandes. Il sera fusillé ;
- à Nevers, soeur Thérèse, une religieuse alsacienne, fait réformer grâce à des radios truquées, près de 2 000 prisonniers malades ;
- Louis Richard, sulpicien à Lyon, proclamera que la tentation hitlérienne est le péché du XXème siècle. Il sera déporté ;
- beaucoup d’autres encore, tels les martyrs de la moniale orthodoxe Marie Skobtzoff, du théologien jésuite Yves de Montcheuil, du lycéen comtois Henri Fertet, de l’ouvrier parisien Roger Rouxel du groupe Manouchian, sans oublier les protestants réformés du Chambon-sur-Lignon (Loire) et les militants exemplaires comme Edouard Morin à Montchanin...

Comme on peut le constater, si les évêques ont refusé au maquis des aumôniers, en revanche, prêtres et pasteurs, étudiants en théologie, séminaristes et laïcs n’y ont pas manqué. Il n’était pas arrivé depuis des siècles que des catholiques français en raison même de leur foi, rentrent en résistance contre le pouvoir établi, d’autant qu’ils n’avaient pas le soutien de leurs évêques, exception faite de Mgr Salièges, archevêque de Toulouse. Pire même, la hiérarchie les condamnait.

L’archevêque d’Aix, Mgr du Bois de la Villerabel va jusqu’à dire que quiconque « réserve son adhésion » à Vichy commet un « véritable crime ». Le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, considère lui aussi comme « crimes » des « discussions ou des divergences » dans un sermon du 15 janvier 1941. L’évêque de Tunis, Mgr Gounot, qualifie de « fautes graves, et même très graves » les « conversations dissolvantes, les critiques malveillantes, les attitudes hostiles » au pouvoir de Vichy.

Enfin, l’assemblée des cardinaux et archevêques de zone occupée, réunie à Paris le 15 janvier 1941, demande aux fidèles de pratiquer « un loyalisme complet envers le pouvoir établi du gouvernement de la France ». Touvier trouvera là ses parrains et le puissant réseau qu’il réussira à tisser pendant plus de 40 ans.
Un catholique qui désapprouve Pétain est en état de péché !

Ainsi un catholique qui désapprouve l’action du maréchal Pétain est en état de péché. Au capitaine Henri Frenay, fondateur du MLN, sa mère écrit cette lettre bouleversante : « Tu trahis, Henri, et je me pose la question déchirante de savoir si je ne dois pas dire où tu es, car tu fais le mal. » Et quand Emmanuel Mounier est arrêté en mai 1942, le curé de Vals-les-Bains, où il a été transféré, lui refuse la communion en raison de sa rébellion contre le pouvoir établi. « Rude épreuve donc, pour les premiers catholiques résistants. Les regroupements ne doivent pas faire illusion la plupart expérimentent d’abord la solitude. Et leur rébellion contre le pouvoir se double très souvent d’une rupture avec l’Eglise hiérarchique qui laissera des traces profondes. Très profondes même, et qui expliquent en partie ce qui s’est passé dans l’Eglise les 40 années suivantes ».

Il faudra bien un jour analyser pourquoi historiquement l’Eglise catholique, plus précisèment l’idéologie catholique est plus portée à soutenir ou à excuser des régimes politiques "fascisants" ou de droite.

D’autant qu’au-delà de la comparution en justice es auteirs de crime contre l’humanité (comme Barbie), il s’agit d’une question qui touche au problème de la vérité. Ainsi que l’écrivait Simon Wisenthal : « Pas même parce qu’ils sont encore dangereux à leur âge, ils n’aspirent qu’à mourir en paix. C’est parce qu’ils doivent connaître l’éternelle peur d’être pris. Qu’ il n’y ait pas un lieu où ils puissent se croire sains et saufs. Pour que leurs voisins sachent qui ils sont et ce qu’ils ont fait. Par sorte d’avertissement pour les criminels de demain ».

Pour en savoir plus :
http://www.golias.fr/spip.php?artic...
- Dans la rubrique: /L’info du jour
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ermitageagora.discutforum.com
 
L’APPEL DU 18 JUIN : Le devoir de désobéissance ou l’entrée des catholiques dans la Résistance
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'appel du 18 juin du Snudi FO
» L’appel du muezzin.
» L'appel du 24 juin de Mgr Cattenoz
» 1978: ovni dans la Vienne - (86)
» Fourniture de gaz

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Agora de l'Ermitage :: Bruits de chapelles et soupirs de confessionnaux :: Bruits divers-
Sauter vers: