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 Un autre monde , une autre éducation !!

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MessageSujet: Un autre monde , une autre éducation !!   Mer 7 Avr - 15:03

Plus de 13.500 enfants ne vont pas à l'école primaire (Miviludes)

Plus de 13.500 enfants de 6 à 11 ans ne vont pas à l'école, dont près de 1.900 ne suivent aucun programme d'éducation à distance, a annoncé mercredi Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) en présentant son rapport annuel.

Un total de 13.547 enfants sont instruits à domicile, a-t-il précisé, dont 10.272 sont inscrits au CNED (Centre national d'enseignement à distance) et 1.392 à des organismes privés d'enseignement à domicile. 1.883 enfants n'ont pas de programme scolaire.

Le cas de ces enfants non scolarisés a donné lieu en 2009 à 1.626 contrôles de l'Education nationale, dont 171 ont donné des résultats "non satisfaisants", a-t-il dit. Parmi ces derniers, 83 ont fait l'objet d'un second contrôle : 38 étaient "satisfaisants" 45 ont abouti à des demandes de rescolarisation.

Cette enquête a été menée par l'Education nationale en relation avec la Miviludes pour détecter les cas d'enfants risquant d'être victimes de dérives sectaires.

L'enseignement à domicile n'est pas interdit mais il doit répondre à plusieurs critères concernant notamment le niveau de connaissances et le contenu de l'enseignement. Quand plusieurs familles se réunissent pour faire l'école à domicile, elles sont tenues de le déclarer officiellement.

Selon le ministère de l'Education nationale, il y a actuellement 4 millions d'enfants au sein de l'enseignement élémentaire (du CP au CM2).
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MessageSujet: EDUCATION : L’École fabrique des barbares, découvre amèrement un jeune professeur   Mar 8 Juin - 6:17

EDUCATION : L’École fabrique des barbares, découvre amèrement
un jeune professeur

« Dernières nouvelles du front » est un titre paradoxal pour un livre qui décrit « un système éducatif à la dérive ». (1) Son auteur, Daniel Arnaud, choisit un registre guerrier inattendu. Et pourtant, l’École n’est-elle pas devenue un champ de bataille où ses responsables ne cessent de battre en retraite depuis plus de vingt ans ?

Mais devant quel ennemi ? objectera-t-on. C’est précisément la découverte progressive de l’auteur, quand, pour pouvoir financer une thèse de doctorat, il devient provisoirement professeur en lycée professionnel. L’acte d’enseigner devenu impossible

Philosophe de formation, nourri du siècle des Lumières, qui doit à l’École sa propre émancipation, il n’a d’autre projet en tête, en entrant dans une classe, que d’offrir à la génération suivante ce qu’il a reçu de la précédente, et avec le même enthousiasme. Il doit vite déchanter : l’acte même d’enseigner, découvre-t-il à sa grande stupeur, est devenu quasiment impossible. Pourquoi ? L’IUFM, cet organe prétendu de formation des maîtres, n’y est pour rien, car il ne sert à rien ou, du moins, pas à rendre possible l’acte d’enseigner.

Dans le premier établissement où l’auteur est nommé, en revanche, tout le monde se satisfait d’une transgression systématique des règles de la classe par les élèves. Il ne vient même pas à l’idée des professeurs, du Bureau de la vie scolaire en charge de la discipline et de l’administration responsable de l’ordre dans l’établissement qu’un élève qui viole ces règles délibérément puisse être sanctionné. N’est-il pas évident que cet élève est avant tout « une victime de son milieu social » ? Il faut donc le comprendre, le pauvre chéri…
L’élève tyran

Et c’est ainsi que le jeune professeur découvre qu’il suffit d’un ou deux « élèves en difficulté » - appellation mélangeant abusivement élèves méritants et délinquants - pour qu’une classe entière soit privée toute l’année des conditions d’études normales auxquelles elle a droit. L’auteur nomme ces délinquants très justement des « tyrans » : ils imposent, en effet, à leurs camarades leurs caprices en toute impunité et ruinent la scolarité de tous avec la leur, ce dont ils auront le culot de venir se plaindre ensuite !

Mais ces tyrans ne sont aussi redoutables que parce que l’encadrement éducatif a démissionné en rase campagne et leur laisse le champ libre. Toute exclusion ponctuelle de la classe en cas de transgression des règles est interdite par l’administration, au mépris de la circulaire du 11 juillet 2000 qui l’autorise. C’est un moyen commode pour elle de s’exonérer de ses responsabilités et d’imputer celles du désordre à des professeurs qui, masochistes, y consentent : à vrai dire - mais il ne faut pas le répéter - c’est le prix qu’ils acceptent de payer pour faire carrière - devenir chef d’établissement ou inspecteur - ou obtenir quelques misérables faveurs - des classes choisies, un emploi du temps sur mesure, un avancement rémunérateur dans les échelons au « petit choix », au « grand choix » ou - qui sait ? - aux anchois, et non à l’ancienneté…
La fabrique du barbare

Toute transmission d’un savoir est ainsi compromise : les élèves sont certains de ne rien apprendre et de patauger toute leur vie dans ces préjugés combattus au temps du Siècle des Lumières. Les démagogues de tous bords peuvent se réjouir : il sort de l’école « un lumpenprolétariat » abruti, prêt à grossir les rangs des extrémismes de tous poils qui leur promettront la lune. C’est ainsi que meurt silencieusement une civilisation en ne sachant plus transmettre de génération en génération ses savoir-faire et ses valeurs. Le livre d’un autre professeur avait pour titre « La fabrique du crétin ». Daniel Arnaud dénonce dans l’École une dérive plus grave encore qui en découle, « la fabrique du barbare ».
Deux expériences comparables

On n’est pas surpris du diagnostic. Pour tout dire, on est même rassuré sur la fiabilité de sa propre vision puisqu’on était soi-même parvenu au même constat. Le parcours de l’auteur a beau être fort différent : son expérience est étonnamment proche de celle qu’on a soi-même vécue. Les mêmes méthodes d’une administration-voyou sont mises en œuvre sur tout le territoire et la même démission d’une large majorité de professeurs leur laissent libre cours, malgré « les grévinettes » rituelles de 24 heures qui donnent le change.

On a vécu par exemple un incident comparable en tout point à un détail capital près. L’auteur décide un jour de suspendre son cours après le lancement d’un projectile contre le tableau. Les élèves sont surpris. Ben quoi ! Ce n’est pas la première fois ! Les autres professeurs ne disent jamais rien ! On a soi-même réagi de la même manière … en avril 1986, mais après avoir trouvé sur la porte de sa classe une pancarte injurieuse : « Untel, t’es un âne ! ». On l’a raconté dans un livre « Cher collègue » (2). Pas besoin d’être grand clerc pour observer que le registre suranné ou « surâné » de l’injure ne sortait pas de la bouche des élèves qui en ont un autre plus fleuri ! On avait aussi suspendu son cours pendant trois semaines, non pour avoir le nom du coupable - la délation ne doit pas être encouragée - , mais pour obtenir seulement un acte public et collectif de désaveu de toute la classe. Il n’est jamais venu.

On n’avait alors refusé de continuer à enseigner dans cette classe malgré les pressions sordides de la principal-voyou de ce collège d’Uzès dans le Gard, mais avec l’appui inattendu…de M. Vaudiaux, recteur d’académie de Montpellier à l’époque. Hommage public lui soit rendu ! On peut parfois rencontrer un recteur honnête et courageux qui comprend qu’un professeur n’a rien à dire à une classe refusant de désavouer une affiche anonyme injurieuse à son égard. Daniel Arnaud n’a pas eu la même chance, 20 ans plus tard : un inspecteur est descendu vite fait sur ordre pour le descendre de façon honteuse !

Ce qui est amusant dans ces deux cas de suspension de cours, c’est tout de même le souci du « programme » qu’ont aussitôt brandi les administrateurs-voyous en ameutant leur peuple courtisan : rendez-vous compte, ce professeur ne va pas "faire tout le programme" ! Il faut qu’un cours soit suspendu pour que ces individus méprisables se préoccupent enfin du programme dont ils se foutent à longueur d’année en tolérant que les cours soient perturbés par quelques tyranneaux d’élèves laissés libres d’imposer leur loi !

Le livre de Daniel Arnaud vient s’ajouter à la pile de ceux qui, depuis des années, racontent le désastre en cours dans l’Éducation nationale. Chacun d’eux est utile (3). Celui de Daniel Arnaud est précieux : il dit crûment la rage qui noue le ventre d’un jeune professeur enthousiaste cueilli à froid devant un gâchis aussi bien orchestré. Personne ne peut désormais nier l’ampleur de cette « dérive » d’un « système éducatif » qui « fabrique des barbares », sauf les démagogues à la François Bégaudeau, l’auteur de ce livre honteux de niaiserie, « Entre les murs », dont un film a été tiré et que les bobos de Cannes ont lamentablement palmé en 2008 (4). Il importe de savoir, cependant, que ce désastre est programmé depuis 1996 par un rapport de l’OCDE qui indique la voie à suivre pour préparer la privatisation du service public d’Éducation en le ruinant peu à peu discrètement sans susciter la révolte des usagers (5).

Pierre-Yves Chereul

Notes : (1) Daniel Arnaud, « Dernières nouvelles du front – Choses vues dans un système éducatif à la dérive », Éditions L’Harmattan, 2008. (2) Pierre-Yves Chereul, « Cher Collègue », Éditions Terradou, 1993 (3) Paul Villach,
- « Les infortunes du savoir sous la cravache du pouvoir », Éditions Lacour, 2003 ;
- « Un blâme académique flatteur », Éditions Lacour, 2008. (4) Paul Villach,
- « La Palme d’or du Festival de Cannes : un blâme académique et une gifle pour les enseignants ? », Agoravox, 29 mai 2008 ;
- « Entre les murs : une opération politique réfléchie pour un exorcisme national ? », Agoravox, 29 septembre 2008.
- « « Entre les murs » vu du CNDP de l’Éducation nationale : un déni de la réalité tragique mais sans doute stratégique », AgoraVox, 14 octobre 2008.
- « La curieuse présentation d’Anne Frank dans le film « Entre les murs » n’est-elle qu’« un détail » ? », AgoraVox, 23 octobre 2008 (5) Paul Villach, « La casse du Service public d’Éducation est bien programmée depuis 1996 par l’OCDE », AgoraVox, 28 mars 2008
- Dans la rubrique: /Société
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MessageSujet: Quand l'école casse les enfants !   Ven 10 Sep - 5:19

02/09/1016:08367 réactions
[EXCLUSIF] L’école casse-t-elle nos enfants?
C’est le livre choc de la rentrée. "On achève bien nos écoliers" (Grasset), risque de faire du bruit dans les salles de profs et les réunions de parents. Pour le journaliste anglais Peter Gumbel, notre système d’éducation, élitiste et passéiste, n’est qu’une machine à broyer les élèves et à produire, en masse, de l’échec scolaire. Extraits.



De piètres résultats

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« Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale, c’est le problème de l’éducation du peuple », disait Jules Ferry, grand réformateur de l’éducation. Ses mots continuent de résonner aujourd’hui, 130 ans plus tard. […]

Comme il est étonnant alors, de constater à quel point la réalité des écoles françaises aujourd’hui est éloignée de ces nobles idéaux. Bien sûr, la vie n’a pas toujours l’élan positif qui traverse les Choristes ou Le Cercle des poètes disparus. Toujours est-il que le système actuel d’éducation non seulement ne correspond pas à son image idéale, mais n’atteint pas non plus le même niveau de résultats que dans une grande partie de l’Europe et du monde développé.

Comment est-il possible que 15% des élèves entrant en classe de sixième ne sachent pas correctement lire et écrire ? Que 130 000 jeunes quittent l’école chaque année sans diplôme ni qualification. Que, dans un pays obsédé par la notion d’égalité, les jeunes dont les parents sont travailleurs indépendants, cadres, enseignants ou issus des professions intermédiaires, aient deux fois plus de chance d’accéder à l’enseignement supérieur que les enfants d’ouvriers et d’employés ? Que, malgré toutes les discussions sur la nécessité d’excellence et l’accent mis sur la formation des élites, la moyenne des jeunes Français n’obtienne que des scores médiocres lors de tests comparatifs internationaux. […] Prenez l’étude PISA 2003 qui se focalise sur les mathématiques. La France, pays de matheux, compte seulement 3,5% d’élèves qui atteignent le niveau 6, le plus haut niveau, autrement dit celui des excellents élèves. En Finlande, en Suisse, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande, ce pourcentage et deux fois plus élevé.



Championne du stress

Dans les enquêtes internationales, les enfants français sont dans l’ensemble plus anxieux et intimidés dans une salle de classe et davantage angoissés par le peur de l’échec. Ils manquent de confiance en eux, même lorsqu’ils connaissent leurs leçons, et éprouvent le sentiment que leurs professeurs ne les aident pas.

Les élèves français préfèrent aussi ne pas répondre que de prendre le risque de faire une erreur. […] Je trouve le taux de non-réponse fort intéressant. Car la France est le seul pays où le « hors sujet » soit perçu comme un péché capital, un acte d’extrême nullité automatiquement sanctionné –et même sévèrement- par des générations de profs. Ceci est grotesque. La rigueur et la discipline intellectuelles sont bien sûr importantes, mais l’imagination et l’expérience également. La réticence des jeunes Français ne serait-ce qu’à tenter de répondre à une question est symptomatique d’un système où les enfants ont été conditionnés à « la fermer » plutôt qu’à exprimer ce qu’ils pensent, par peur de se tromper. Ce système promeut l’effacement de soi, le conformisme et l’obéissance aveugle au détriment du sens de l’initiative et de la curiosité intellectuelle.

Commentaire de Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’Education

« L’éducation en France a toujours insisté sur le développement de la raison –donc la mise sous le boisseau de la subjectivité- en visant une sorte d’idéal unique de culture. Nous en gardons les traces. L’école continue d’imposer sa norme. Nos manières de contrôler et d’évaluer découragent la créativité, l’engagement personnel de l’élève. D’où cette relative passivité que déplore Peter Gumbel. Si les élèves ne posent guère de questions en cours, c’est qu’ils ne se sentent pas vraiment concernés par ce qu’on leur dit. Ou bien ils craignent d’être stigmatisés par leurs camarades, peur qu’on se moque d’eux s’ils tâtonnent ou, simplement, s’ils sortent du rang. Le professeur a du mal à faire de sa classe un espace hors-menaces où l’on peut se tromper sans risque. »



Des méthodes rétrogrades

A partir des années 50,dans toute l’Europe, le nombre de jeunes qui poursuivaient leurs études jusqu’à la fin du second cycle a commencé à croître.

L’augmentation massive du nombre d’élèves […] ne crée pas seulement un problème matériel concernant les salles de classes et les professeurs ; cela requiert aussi un changement dans les mentalités et les méthodes d’enseignement. L’éducation n’étant plus réservée à une élite restreinte, les anciens critères de sélection doivent donc être révisés. En classe également, de nouvelles techniques sont désormais requises afin d’aider une population beaucoup plus large et plus hétérogène à atteindre un niveau acceptable. […]De nombreux pays ont revu leurs méthodes d'enseignement dans la perspective de porter une bien plus large proportion de jeunes à un niveau d'études élevé. [...]

Mais la France, elle, n’a pas fait sa révolution culturelle […] p 49 nombre d’enseignants réutilisent les mêmes méthodes que celles qu’ils ont connues enfants. C’est-à-dire une approche frontale, où l’enseignant est à la tête de la classe, transmettant les connaissances aux enfants qui les reçoivent et les mémorisent de manière passive. Même pour ceux qui refusent de telles méthodes, qui réorganisent la salle de classe et font de leur mieux pour encourager et motiver les enfants, les tests et les notes tiennent une place si prépondérante que leur marge de manœuvre est fortement limitée. Il semble inévitable que les enfants soient classés, rivalisant, ainsi, les uns avec les autres ».

Commentaire de Patrick Gonthier, secrétaire général de l’UNSA Education, deuxième organisation syndicale enseignante.

« Peter Gumbel met le doigt là où ça blesse. Il ouvre la boîte noire de la salle de classe. Nos collègues enseignants peuvent prendre ça pour une agression. Pourtant, ils ne sont pas en cause. C’est toute l’école française qui est rétive aux changements. Elle reste profondément élitiste, vouée au classement et à la sélection des meilleurs. Pour que ça change, et que d’autres méthodes d’enseignement soient introduites dans les classes, il faudrait qu’il y ait un consensus fort, un accord partagé par tous, les professeurs, les parents, les politiques, pour remettre en cause cet élitisme et mettre en œuvre la réussite pour tous à l’école. Nous en sommes loin. »



Trop de redoublements

Au collège John Adams de Santa Monica, en Californie, presque aucun jeune ne redouble de classe, aussi mauvais que soient ses résultats scolaires. Ce collège public est à moins de 2 km de la plage et certains des 950 élèves vivent juste à côté, dans des maisons valant 1 million de dollars ou plus. Ils se rendent à l’école dans de grosses berlines allemandes. Mais une partie importante d’entre eux vit dans des HLM, plus au sud ou à l’est. Ce sont pour beaucoup des immigrants mexicains de la première ou de la deuxième génération. Ils arrivent, eux, dans des bus jaunes gérés par la municipalité. Martha Shaw, la directrice de John Adams, affirme que cette diversité est son plus gros défi. Tout comme le milieu socio-économique, le niveau d’éducation de ces jeunes varie radicalement. Certains visent déjà Harvard ; d’autres ont des difficultés à lire à l’âge de 12 ans.

Durant les cinq années où elle a été la principale de John Adams, Martha Shaw n’a fait redoubler que deux enfants, et à chaque fois, « cela fut une horrible décision » à prendre, explique-t-elle. « Cela ne marche vraiment pas à cet âge-là. Ils sont tellement en colère qu’ils échouent partout l’année suivante. […] »

Comme la plupart des écoles américaines, John Adams se démène pour récompenser la réussite des élèves et motiver chacun d’entre eux. Elle honore les succès de tous types […].

En France, à l’inverse, 57% des élèves redoublent au cours de leur scolarité, en dépit des nombreuses études qui montrent que cela n’est pas utile.

Commentaire de Claude Rebaud, président d’Education et Devenir.

« De 1998 à 2007, j’ai été proviseur à la cité scolaire d’Andrézieux-Bouthéon, près de St Etienne, qui accueille 1800 élèves. 25% d’entre eux redoublaient à la fin de la seconde. J’ai décidé de faire baisser ce taux, alors j’ai d’abord fait campagne auprès des enseignants. Puis j’ai choisi avec soin les professeurs principaux, leur avis étant déterminant pour le passage ou non dans la classe supérieure. Nous avons adopté une charte du conseil de classe, pour qu’on y parle de l’élève, sans le juger. Cela incitait à réfléchir autrement à ses difficultés, à essayer de lui trouver des solutions mieux ajustées. Les enseignants n’étaient pas seuls responsables du taux élevé de redoublement, souvent, les parents eux-mêmes le demandaient pour que leur enfant puisse passer en première S l’année suivante. On leur a montré, statistiques à l’appui, que la filière S n’est pas le sésame pour l’enseignement supérieur. Mieux vaut avoir réussi en série technologique que galéré en série scientifique. Le taux de redoublement a fini par tomber à 13% ».



Les ravages de la notation

Si le redoublement est une maladie, le système français de notation, lui, peut tuer. C’est une véritable plaie qui exerce des effets nuisibles sur le moral, la confiance en soi et les performances des élèves. […]

En effet, le trait principal du système français ressemble à une distribution de type Gaussien. Les notes sont censées former une très jolie courbe en cloche, avec une majorité d’élèves groupés au centre. Certains approchent du haut de la courbe mais plus leur nombre diminue plus les notes augmentent. Par ailleurs, on trouve des élèves dispersés en bas ou près du bas de la courbe. La seule question est de savoir où est le point limite, mais une fois que cela est décidé –voilà : les élèves sont classés entre les bons, les moyens et les faibles. […]

Le problème avec ce système, c’est qu’il requiert des notes faibles pour fonctionner. Ce que André Antibi, professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse décrit comme une « constante macabre ». […]

La recherche sur les méthodes d’évaluation ouvre des voies radicalement opposées aux pratiques françaises.

Les chercheurs britanniques Black et William […] montrent que les remarques constructives sont plus utiles que de distribuer des notes. L’idée de comparer continuellement les élèves les uns avec les autres ne les aide pas à s’améliorer, mais au contraire renforce le sentiment d’échec parmi les moins bons, les persuadant qu’ils sont incapables d’apprendre. Les remarques doivent se concentrer sur ce que l’élève a bien fait et sur ce qu’il a besoin de travailler pour s’améliorer. En d’autres termes, l’élève est évalué par rapport à lui-même et non par rapport aux autres.

Réponse d’André Antibi, professeur de mathématiques à l’Université Paul Sabatier de Toulouse (1)

« Je ne défends pas la suppression des notes, ce ne serait pas réaliste. Mais je défends une autre notation, basée sur la confiance. 30 000 professeurs, de maths, de français, d’histoire…de l’école primaire à la terminale, l’appliquent déjà. Ils offrent à tous la possibilité de réussir. Le principe est simple : le professeur distribue à l’avance la liste des exercices que les élèves doivent pouvoir refaire. Le jour du contrôle, il en choisit quelques uns. Pas de mauvaise surprise pour les élèves, donc. Seul un petit nombre de points est réservé (4 sur 20 par exemple) à une question qui fait appel à plus de créativité. Résultat : les élèves ont de bonnes notes, ils reprennent confiance en eux, et ils travaillent mieux ».

(1) André Antibi, « Les notes : la fin du cauchemar », Editions Math’Adore, 2007



Des profs déresponsabilisés

Citant Andreas Schleicher, à la tête de la direction de l’Education de l’OCDE, Pierre Gumbel critique « le mode industriel d’enseignement du XIXe siècle » en France.

Il s’agit d’un modèle extrêmement directif dans lequel le gouvernement décide du programme dans les moindres détails, depuis le nombre exact d’heures consacrées à chaque matière jusqu’à l’ordre précis dans lequel les connaissances doivent être acquises. Quels que soient leur formation et leur professionnalisme, les enseignants sont traités comme des ouvriers d’usine dont la fonction est d’appliquer le programme tel qu’il leur a été ordonné de le faire. Ils le font souvent de manière isolée, sans aucune aide ou presque, avec une formation quasi inexistante aux méthodes vraiment employées sur le terrain.

Sans parler de la surveillance de l’inspecteur de l’éducation nationale, sorte de p 92 deux ex machina qui détermine toutes les actions, regarde par-dessus l’épaule des professeurs et fond ensuite sur eux, en intervenant quand bon lui semble.

Réponse de Daniel Robin, co-secrétaire national du SNES, principal syndicat enseignant du secondaire.

« Oui, nous avons des programmes nationaux, mais c’est une nécessité, pour maintenir des examens nationaux qui assurent l’égalité entre les élèves. Quant au manque de liberté des professeurs…le propos est très exagéré. Dans sa classe, le professeur organise la progression de son cours comme il veut. Il se sent personnellement responsable des progrès de ses élèves. Et cela ne me semble pas scandaleux qu’il soit évalué, -connaissez-vous en France une seule profession où l’on ne l’est pas ? Cela dit, on souhaiterait évidemment que les inspecteurs s’occupent davantage d’aider et de conseiller les enseignants que de les sanctionner ».



L’élite française : le syndrome de Stockholm

La première scène du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sur la guerre du Vietnam, Full Metal Jacket, montre un groupe de nouvelles recrues du corps des Marines dont on passe le crâne à la tondeuse électrique. La scène se déroule à Parris Island, base des Marines en Caroline du Sud, où les jeunes incorporés se préparent à la guerre. Pendant les quarante minutes qui suivent, l’action porte sur celui dont le métier est de briser ces hommes, le brutal sergent Hartman, interprété par R. Lee Ermey. Celui-ci ne parle pas, il hurle. Il insulte les recrues, les traite de bons à rien et les ridiculise en les qualifiant de « tapettes ». Au moindre signe de rébellion, il les frappe. Il crie « Vous n’êtes pas ici pour vous amuser, bande de larves ! Vous allez me détester parce que je suis sévère, mais plus vous me haïrez, plus vous progresserez ».

Il n’y a pas grand-chose de commun entre Parris Island en 1967 et Les Editeurs, café huppé du sixième arrondissement de Paris où je suis assis en compagnie de trois étudiantes en Master à Sciences Po, par une chaude soirée de juin 2009. Je les ai invitées à prendre un verre, car elles ont étudié au sein des meilleures Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. […]

Pendant que nous sirotons notre Perrier, les jeunes femmes commencent à raconter leur expérience. Au premier abord, elles semblent enthousiastes. Ca a été dur, mais ça en valait la peine, insistent-elles, les yeux étincelants à l’évocation de leurs souvenirs. Mais alors que, continuant à discuter, elles commencent à analyser plus profondément par quoi elles sont passées, j’ai soudain un flash –et quelques-unes de ces scènes de Full Metal Jacket que j’ai évoquées plus haut jaillissent dans ma tête. […]

Le fonctionnement de la prépa s’est avéré encore plus austère et éprouvant que je l’avais imaginé. On prend un groupe de jeunes gens particulièrement brillants, on les enferme ensemble à l’écart du monde pendant deux ou trois ans et on les pousse au bout de leurs limites. Si vous survivez, vous en sortez renforcé et vous vous identifiez avec les systèmes en dépit des épreuves subies. Si l’on était cynique, on pourrait décrire ce processus comme une forme du syndrome de Stockholm, au cours duquel les otages en viennent à s’identifier à leurs ravisseurs.

[…] Dans les pays anglo-saxons, les facultés intellectuelles sont importantes, mais ne sont pas tout. La personnalité, la coopération, les centres d’intérêt et les expériences personnelles qui contribuent à former le caractère sont tout aussi importants. Alors que les étudiants français les plus brillants sont coupés du monde, beaucoup de leurs contemporains britanniques ou américains partent découvrir le monde en prenant une année sabbatique à l’étranger, entre le lycée et l’Université. Cela leur permet de gagner en maturité dans d’autres domaines que la connaissance purement intellectuelle –et de prendre du bon temps.



La quête du Graal

A travers le monde, de nombreux pays ont envisagé de combiner une culture scolaire moins rébarbative que celle qui existe en France avec une rigueur intellectuelle plus importante qu’aux Etats-Unis. L’idée de trouver le juste équilibre entre l’excellence académique et le développement personnel des élèves, est devenu le Saint-Graal de la pédagogie mondiale. […]

Il y a un pays en Europe qui a fondamentalement transformé son système éducatif, à l’origine assez proche de celui de la France d’aujourd’hui. Il a utilisé des méthodes intelligentes se concentrant sur le bien-être individuel des élèves, en mettant l’accent sur le professionnalisme des enseignants, fortement encouragé, et en changeant radicalement la relation entre les écoles et les responsables des politiques éducatives. Les résultats sont spectaculaires : il est devenu la star du test PISA, le chouchou de l’éducation mondiale, le modèle que tout le monde veut comprendre. Ce pays, c’est la Finlande.



Le bonheur à l’école ?

L’une des questions les plus importantes est de savoir si les écoles ne devraient pas accorder moins d’importance aux performances académiques et laisser plus de place à d’autres éléments comme l’épanouissement individuel, le développement de la créativité ou le renforcement de la confiance en soi. Ceci risque de provoquer chez les traditionalistes français une crise d’apoplexie, mais dans de nombreux autres pays, les réussites non académiques représentent des objectifs éducatifs légitimes.

[…] l’une des grandes découvertes de la psychologie moderne est que le bonheur est un ingrédient clef d’un apprentissage réussi. Si vous appréciez ce que vous apprenez, cela vous stimule, et déclenche un cercle vertueux. […]

En 2008, Nicolas Sarkozy a demandé à Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’Economie, de proposer de nouvelles statistiques qui prendraient en compte le bien-être, plutôt que seulement les chiffres usuels de production et de consommation.[…]

Il est temps pour le Président de commander un nouveau rapport, cette fois-ci sur la manière d’introduire le bonheur dans les écoles françaises.


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