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 Comment l’équilibre du système Eglise repose sur un déni réciproque et secrètement complice

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MessageSujet: Comment l’équilibre du système Eglise repose sur un déni réciproque et secrètement complice   Ven 12 Mar - 5:55

ANALYSE : Comment l’équilibre du système Eglise repose sur un déni réciproque et secrètement complice
Par Christian Terras

La multiplication des abus sexuels dans le clergé suscite partout les plus vives inquiétudes. Récemment la situation irlandaise, dans une proportion impressionnante, a donné le vertige. Plusieurs évêques en vue ont même été contraint de présenter leur démission au Pape pour n’avoir pas fait comme il convient. Le scandale est énorme en Allemagne, aux Pays-Bas et à nouveau en Autriche.

Comme l’ont noté des observateurs aussi peu suspects d’anticléricalisme que le Père Donald Cozzens, vicaire épiscopal du diocèse de Cleveland (Etats-Unis), le rapport entre l’état sacerdotal et certaines équivoques sexuelles n’a rien de fortuit ou de secondaire. Une psychologie immature ou fuyante pourra être en quête d’une protection, d’une identité d’emprunt très rigide et ... d’une couverture. Il n’est pas toujours facile d’assumer ce que l’on est. Le mensonge à soi peut trouver confortation spirituelle et institutionnel au travers d’un engagement d’Eglise ! Le prêtre n’a pas besoin de justifier son célibat aux yeux des autres. Ni aux siens.

Sans doute, nous ne prétendons pas qu’il s’agisse là d’une stratégie consciente de dissimulation et de tromperie. Là encore c’est plus subtil que cela. Plus ambigu. Il semble probable qu’un temps, tout au moins, le choix d’un état de vie très idéalisé puisse apparaître comme une issue par le haut à un conflit interieur mal gère et parfois dénié. Cette fuite par le haut marche un certain temps jusqu’à ce que la réalité déniée et occultée ne réclame ses droits.

En aval, le système est évidemment déstabilisé dès lors que le secret soigneusement enfoui remonte à la surface. Par un effet curieux de miroir, les dérives affectives et sexuels des uns déstabilise les autres, lors même qu’ils ne sauraient raisonnablement être accusés des mêmes turpitudes. En fait l’équilibre du système - aujourd’hui de plus en plus fragilisé - repose sur un déni réciproque et secrètement complice. Personne n’a intérêt à soulever le lièvre.

Toute institution tend à se protéger elle-même, à se couvrir, à éviter le discrédit. Les hommes d’Eglise ne font pas exception à la triste règle. Mais ce qui choque c’est le contraste entre la prétention d’être au-dessus du lot commun, du sort commun des hommes, et la réalité effective. Plus qu’un hiatus, un abîme. Sans cette prétention insensée d’être au-delà des autres, les hiérarques ecclésiastiques se verraient sans douter reprocher avec moins de rigueur les défaillances, aussi grave qu’elles puissent être au demeurant. Là où la machine se grippe complètement, c’est lorsque l’on prétend faire peser sur les épaules des autres de lourds fardeaux alors que soi-même...

Un autre aspect spécifique peut être relevé. L’obsession morbide et angoissée sur la pureté, la crainte de toute défaillance, la diabolisation du sexe et de ses différentes manifestations ne peuvent qu’obscurcir un sain jugement et entraver l’exercice d’un sain discernement. Comme le relevait justement Pasolini lorsque « tout est permis, tout est également interdit ». Le plus anodin comme le pire.

Il a fort à parier, au train où vont les choses, que la suite de l’actualité ajoutera de nombreux développements à ce triste dossier. Forcés et contraints, accablés par le poids tragique qui les écrase, nos malheureux évêques sont mis à mal. Celui de Rome en tête ! Et sans doute, à de rares exceptions près, fort peu préparés à répondre de façon appropriée à une semblable situation. On en saluera d’autant plus volontiers le courage et la lucidité de Mgr Diarmuid Martin, l’archevêque de Dublin. Qui a su relever le défi. A l’évidence, aucune organisation des choses ne pourra jamais empêcher des dérives. « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie » (François de Sales). Mais l’institution ecclésiastique donnerait un signe positif de sa volonté de réforme, dans un esprit évangélique, en acceptant de reconnaître sa part de responsabilité et en en tirant enfin des conséquences attendues. A tous les niveaux, et pas seulement celle de certains de ses membres, qui plus est, sous un mode compassionnel qui ne passe plus.

Et en particulier au niveau de la formation des futurs responsables pastoraux. En effet, c’est là, en amont, que l’avenir se dessine et se décide. Or, malgré certaines vélleités, il y a une dizaine d"années, sous la forme d’un rapport et d’un groupe de travail sous la houlette de Mgr Aubertin, évêque de Chartres puis archevêque de Tours, dans la réalité concrète des séminaires et autres lieux de formation - y compris les moins fermés - la question n’est pas assez prise au sérieux et le discernement est encore bien léger. Les sciences humaines font toujours peur. Selon nos informations, le problème est effleuré et qui plus est trop tardivement dans le parcours vocationnel. Alors qu’un discernement au sujet de la stabilisation de la structure psycho-affective s’imposerait déjà comme un préalable obligé à tout commencement de formation ! Dans le contexte actuel il n’est plus guère possible d’engager à l’aveuglette un projet de vocation et d’engagement dans un ministère. Déjà pour éviter que des candidats écartés ne rencontrent des difficultés trop grandes pour se réinsérer de façon satisfaisante, au niveau professionnel mais aussi, et cela va de pair, de l’estime d’eux-même. Parfois un vrai travail de résilience ! Long, complexe et aussi incertain.

Sans doute, identifier les risques de grave dérapage en matière de conduite sexuelle n’est pas simple. Une investigation favorise forcément des mécanismes de la part su sujet blessé. C’est pourquoi d’ailleurs les tentatives de soumettre les aspirants au sacerdoce à des tests psychologiques tournaient généralement court.

Que faut-il faire alors ? Conscientiser avec beaucoup de rigueur et de persuasion la nécessité plus encore que la simple opportunité d’être le plus au clair possible avec sa structure psycho-affective, avec l’histoire qui a présidé à sa configuration mais aussi avec les fragilités toujours possibles. Poser cette exigence comme préalable à l’entrée dans une formation pour le ministère. Evidemment le discernement reste toujours faillible ; certains passeront entre les mailles du filet.

Ce n’est cependant pas suffisant. A l’évidence, le type actuel de recrutement dissuade - déjà en raison du verrou du célibat - un certain nombre de candidats. De sorte que les candidats restants sont souvent plus « problématiques ». C’est au niveau d’une réinvention des façons de vivre et de concevoir le ministère que s’ouvriront des chemins d’avenir. Par-delà les scories inévitables d’un mode de fonctionnement obsolète et même anachronique. Pervers ? En tout cas, en prenant acte de la fin de l’Empire romain...
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