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 Dénoncer ?

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MessageSujet: Dénoncer ?   Sam 27 Fév - 7:17

Dénoncer ou pas : quand le meilleur côtoie le pire
samedi 27 février 2010

Chacun peut être confronté, un jour, à la question très intime de la dénonciation. Acte courageux, civique, critiquable ou abject ? Où situer la frontière ? Comment évolue la loi ? La Maison des avocats et Ouest-France co-organisent un débat, à Nantes. Éventail des attitudes, du corbeau au protecteur.
1 - Le corbeau

Dans l'affaire Jonathan, ce petit garçon enlevé dans une colonie de vacances de Saint-Brévin (44), et retrouvé noyé, les courriers de corbeaux n'ont pas manqué. Certains ont suscité un espoir, mince mais réel, pour les enquêteurs. Ces oiseaux de malheur planent sur chaque grand mystère. Celui qui détient la pièce manquante du puzzle peut se trouver parmi les manipulateurs. « C'est l'enfer, raconte un gendarme. On ne peut écarter aucune piste, même si ça nous envoie souvent sur des chemins farfelus. » Dans l'affaire du petit Grégory Villemin, la pression anonyme a mené à la mort d'un homme. Ces informateurs occultes sévissent parfois au boulot. En Loire-Atlantique, une salariée accusant sa collègue de violences sur des malades a écopé d'un mois de prison avec sursis.

2 - L'affabulateur

Le problème, ce n'est pas le mythomane convaincu d'être pisté par la mafia albanaise. Mais plutôt ces affabulateurs qui mentent délibérément. On le voit dans les séparations difficiles, lorsque mari et femme se déchirent, et portent parfois les pires accusations pour obtenir la garde des enfants. On pense aussi à ceux qui inventent pour tromper les assurances. C'est le cas de ce chauffeur de taxi criblé de dettes qui brûle sa voiture, mais déclare qu'elle lui a été volée. « Ce type d'escroquerie est un classique, témoigne l'expert d'une grande compagnie. On vous vole votre ordinateur et, sur la liste, vous rajoutez en douce des bijoux de valeur et l'écran plat... »

3 - L'indic

À quoi ça marche, un indic ? « À la jalousie et au profit personnel », glissent les policiers. Rien ne vaut l'informateur recruté parmi les voyous. L'idéal pour négocier la bienveillance de l'enquêteur. Le « tonton » (surnom donné à l'indic) intrigue aussi pour éliminer un rival ou par amitié : « Un flic sans tonton est un flic aveugle ! Mon meilleur gars, je l'ai connu en l'envoyant à l'ombre. Mais j'avais évité la prison à sa copine », raconte un enquêteur. Depuis 2004, l'indic peut être payé, « mais pas grand-chose ». On est plutôt entre bienveillance et combine. Le fisc et les douanes réalisent leurs plus beaux coups grâce aux indics. Pour eux, les douaniers ont inventé un mot : les aviseurs, rémunérés.

4 - Le silencieux

Des ados brûlent une voiture au pied d'un immeuble. Comment réagir ? Faire le 17 ou se taire, par peur des représailles ou parce la prison pour mineur est réputée être un remède pire que le mal ? Dans les cités, pour briser l'omertà, le législateur a institué en 2004 le témoignage sous X, qui garantit l'anonymat. En vain. La défiance vis-à-vis des institutions est grande. Par peur de mal faire, d'autres se taisent : c'est le cas du locataire qui sait que sa voisine maltraite son enfant... et ne dit rien par crainte d'envoyer le petit en foyer. D'autres doivent se taire, comme le secret de leur engagement le leur impose : on pense aux médecins ou aux avocats. Un secret qui protège ceux qui se confient à eux.

5 - Le justicier

Il se prend pour un auxiliaire de justice. Et veut faire régner l'ordre, avec ou sans morale. La loi, rien que la loi. Dénoncer un sans-papiers ? Pourquoi pas puisque résider en France clandestinement n'est pas légal. La Cimade (association de solidarité avec les migrants) croule sous les histoires de dénonciation. Celles du propriétaire qui découvre que son locataire est un clandestin. De la vendeuse d'un magasin de téléphonie qui prévient son responsable après avoir servi un Malien. Aussitôt arrêté par la police.

6 - Le protecteur

Dans la langue judiciaire, la dénonciation change de nom lorsqu'elle devient bienveillante : on parle alors de « signalement ». Histoire vécue : un enseignant d'un collège des Pays de la Loire s'inquiète pour un élève de 12 ans. En l'interrogeant, il découvre que son père le frappe à coups de pied et de bâton. Le procureur est alerté, le père est condamné par la justice. Autre cas bien réel : un médecin breton soigne un bébé d'un mois et demi qui souffre d'hémorragies intracrâniennes, de côtes fracturées et d'un tibia cassé. C'est un cas de mauvais traitement évident : il fait un signalement. Le père est interpellé... et incarcéré.

7 - Le bâillonné

Qui dicte ce que l'on doit dénoncer ou taire ? L'amour, la morale ? À chacun de s'en arranger. La loi offre moins de charmes, mais davantage de clarté : un crime doit être dénoncé. Le plus souvent, ce sont les femmes qui se taisent. Des mères qui ne parviennent pas à dénoncer les violences, les viols dont leurs maris se rendraient coupables sur leurs enfants. Emprise, amour, peur. Quel que soit le moteur du silence, dans ces cas-là, les tribunaux condamnent. Et fermement. C'était le cas à un procès de pédophilie : les mères des petites victimes violées ou agressées s'étaient tues. Elles ont été condamnées.

Dénoncer ou pas ? Débat co-organisé par la Maison de l'avocat et Ouest-France, à Nantes, lundi 1er mars, 18 h. Sur le plateau, Xavier Pavageau, secrétaire général adjoint de l'Union syndicale des magistrats, et Jean Danet, avocat honoraire, enseignant-chercheur en droit. Entrée sur réservation. Inscription : www.barreaunantes.avocat.fr/inscriptions.html

Textes : Agnès CLERMONT, Marylise COURAUD et Thomas HENG.Dessins : Charles DUTERTRE.
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