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 Prostitution d’enfants, au-delà des mythes ?

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MessageSujet: Prostitution d’enfants, au-delà des mythes ?   Mar 9 Fév - 8:16

Prostitution d’enfants, au-delà des mythes ?
Lundi, février 8, 2010

Loin des « imbéciles » qui croient aux réseaux pédocriminels et des « génies » qui en nient l’existence, Catherine Favre raconte la vie d’un enfant prostitué en Suisse. Micha a 16 ans et gagne 700 euros la nuit. Il donne un pourcentage aux barmen entremetteurs et des bakchichs aux employés des hôtels pour avoir la paix. Il est régulièrement victime de blessures physiques nécessitant l’intervention du service des Urgences et se drogue à la cocaïne pour supporter les plus vicieux.

La prostitution n’est pas illégale, dés à partir de la majorité sexuelle, qui est de 16 ans en Suisse, comme à peu près partout en Europe. Tant que le jeune où ses parents ne portent pas plainte, la police ne peut rien faire, selon Olivier Guéniat, chef de la Sûreté du canton de Neuchâtel. Si la police établit qu’un adulte apparaît comme un «mécène» auprès d’un mineur, et que les parents ne la sollicitent pas officiellement, elle ne pourrait pas intervenir !

Cet article est historique, dans la mesure où pour la première fois depuis l’exposition de l’affaire Zandvoort, un journal officiel révèle une réalité qui est identique dans tous les pays prospères, mais se maintient par manque de volonté politique d’y apporter une solution. Merci Catherine Favre.

Jaqueline de Croÿ


Prostitué et cocaïnomane à 16 ans

CATHERINE FAVRE – 08.02.10 | – L’Express/L’Impartial

Se prostituer dès 16 ans est tout à fait légal en Suisse. Témoignage d’un adolescent neuchâtelois, tombé sous la coupe d’un pédophile alors qu’il faisait de l’auto-stop pour se rendre à l’école.

Dans le train La Chaux-de-Fonds – Neuchâtel, sur la banquette en face de moi, un adolescent beau comme un ange avec de grands yeux noirs désenchantés voilés d’une tristesse indicible. Pâle, il ressemble au portrait qu’on trouve dans les anciennes éditions des «Fleurs du mal» représentant Baudelaire dans son plus jeune âge. Ça fait un moment qu’il me dévisage. Curieuse, je décide de rompre la glace par une banalité: «Quelle belle journée!» Il acquiesce, hésite un peu et se lance: «…Je vous connais, vous êtes journaliste, j’ai vu votre photo…»

Le courant passe tant et si bien que je suis submergée par un torrent verbal. Le petit n’arrête plus. Il aurait voulu lui aussi être rédacteur, mais il a dû interrompre ses études. Je sens bien son besoin de se raconter. A l’arrivée, je lui propose de continuer notre conversation au buffet de la Gare. Il me dit s’appeler Micha. Ce qu’il me révèle est absolument effarant. Poussé par des circonstances qui feraient passer «Les misérables» pour une comptine à l’eau de rose, il a commencé à se prostituer dès l’âge de 15 ans, pour finir accro à la cocaïne, maqué à 16 ans par un amant de 20 ans son aîné.

Je suis hébétée, je n’en crois pas mes oreilles. Pourtant, je suis intimement persuadée que l’adolescent ne ment pas, du moins sur l’essentiel. Ses intonations sont sincères, sa vérité pénétrante. Ça fait bien deux heures que nous sommes là, le temps passe vite. Nous décidons de nous revoir le lendemain, même heure, même endroit. Malheureusement, j’arrive très en retard au rendez-vous, il n’est plus là! Quelques jours plus tard, pour le retrouver, je décide d’écumer les rades de nuit et les sites de prostitution masculine qu’il m’a dit fréquenter. Rien! En désespoir de cause, je contacte le chef de la Sûreté et le responsable de l’Office des mineurs, ils ne sont pas du tout surpris par ce que je leur raconte. /CFA
Olivier Guéniat, chef de la Sûreté du canton de Neuchâtel:

Cette histoire me rappelle une affaire similaire qui s’est produite il y a plus de cinq ans dans notre canton. Mais nous avions pu intervenir, il s’agissait clairement d’un cas de pédophilie.

Dans le canton, de telles affaires reviennent épisodiquement. Mais il arrive aussi que des adolescents vendent leurs charmes de leur plein gré; ce sont souvent des toxicomanes. Et là, s’ils ont atteint la majorité sexuelle, nous ne pouvons rien faire sauf s’il y a ce qu’on appelle «un abus de la détresse d’autrui»…

… vous voulez dire «proxénétisme»?

Oui, mais ça ne semble pas être le cas de ce jeune. S’il ne dénonce pas son client ou si les parents ne réagissent pas, nous sommes dans l’impuissance. La prostitution n’est pas illégale dans ce pays.

Ces fameuses dispositions légales vous lient les mains, alors?

Pour que l’on puisse intervenir, il nous faut une constatation d’actes répréhensibles aux yeux de la loi, ou le dépôt d’une plainte, émanant notamment de parents ou de tout autre adulte exerçant un droit de tutelle. Alors que beaucoup de pays ont fixé la majorité sexuelle à 18 ans, la Suisse avec sa majorité sexuelle à 16 ans, est devenue un pays attractif pour les pédophiles.

La Suisse est très libérale, au point que si nos services établissent qu’un adulte apparaît comme un «mécène» auprès d’un mineur, et que les parents ne nous sollicitent pas officiellement, nous ne pouvons pas intervenir. /cfa

«Ce sont souvent des adolescents aux profils maltraités par la vie, peut-être immatures intellectuellement, influençables. Ces jeunes nécessiteraient des mesures tutélaires même à l’âge adulte». (Christian Fellrath, chef de l’Office des mineurs)

Des mesures tutélaires pour combler le vide juridique?
«Je gagne plus de 1000 francs en une soirée»

Alors qu’il n’avait pas plus de 9 ans, Micha assiste, impuissant, aux côtés de sa mère et de sa petite soeur âgée de 7 ans, à l’agonie de son père, victime d’un accident du travail. Par manque de ressources, la maman doit faire des ménages et rendre de menus services pour subvenir aux besoins les plus immédiats. Micha aide de son mieux. Bon élève, il fait souvent du stop depuis son domicile campagnard pour se rendre à l’école secondaire de la ville voisine.

Au cours d’un trajet, il est pris en voiture par un quinquagénaire qui devient vite son protecteur, allant jusqu’à rendre visite à la maman du garçon pour la rassurer sur ses intentions altruistes. L’homme est généreux, il offre à plusieurs reprises des paniers de provisions et, à l’occasion des fêtes, des enveloppes contenant quelque argent. Avec l’approbation de la mère pleine de reconnaissance, sous un prétexte quelconque, un samedi, il emmène Micha dans une auberge en périphérie de Besançon où il fait boire le gamin avant de s’adonner sur lui à des attouchements.

Le temps passant, le jeune garçon se retrouve sous la férule de son bienfaiteur, qui en fait sa danseuse pour les week-ends, l’installant dans un studio à Neuchâtel. Complètement dépendant, l’adolescent doit accepter des relations sexuelles avec les amis de son pervers mentor. Il lui impose ainsi toutes sortes d’outrages et sévices sexuels, jusqu’aux blessures physiques, nécessitant à plusieurs reprises l’intervention du service des Urgences. Tant et si bien que le petit finit par fuir.

Le jour même de ses 15 ans, il se retrouve à la rue, sans argent, ni ami vers qui se tourner. Il se fait recueillir par une vague connaissance, un prostitué toxico, qui l’héberge pour le dépanner. Il lui propose aussi de l’accompagner tapiner les week-ends à Genève; là, l’adolescent se fait une clientèle de vieux pédérastes huppés dans les grands palaces de la cité de Calvin: «Je gagne plus de 1000 francs en une soirée. Une fois même, un Anglais m’a donné 2000 euros pour une nuit où il ne s’est pratiquement rien passé; je l’ai à peine un peu caressé. Mais la vie me coûte cher. La dope pour supporter certains vieux vicelards, le pourcentage des barmen qui me branchent sur les clients, les bakchichs aux employés des hôtels pour avoir la paix, tout ça me ruine. Et surtout, il faut que j’aide financièrement mon copain. A 37 ans, il ne touche plus sa bille auprès des clients qui paient le prix fort. Je ne veux pas qu’il prenne des risques pour 50 balles!» /cfa
«Un cas exemplaire»

Christian Fellrath, chef de l’Office des mineurs et des tutelles du canton de Neuchâtel:

Je ne suis pas surpris par cette histoire… Des jeunes mineurs qui se prostituent, c’est malheureusement une réalité. Nous sommes relativement démunis face à une justice très permissive. A 16 ans, même si la majorité sexuelle est atteinte, la capacité de discernement peut être réduite, surtout chez des jeunes dont le parcours est compliqué depuis la plus tendre enfance. Le jeune dont vous parlez est un cas exemplaire d’un processus connu: il fait du stop et tombe petit à petit dans un réseau. Nous avons eu aussi quelques cas de très jeunes filles dont on peut implicitement supposer qu’elles ont été livrées à la prostitution.

Filles où garçons, l’équation reste quand même d’importance quand il s’agit d’adolescents…

La prostitution constitue une ressource financière facile pour les toxicomanes. Nous avons eu quelques cas de garçons qui dans leur parcours ont eu des séquences de prostitution. Au moment où nous les avons pris en charge, ils avaient entre 16 et 18 ans, mais on peut supposer qu’ils se sont adonnés à la prostitution avant notre intervention. La prostitution masculine est très mal connue. Il y a quelques années, les WC de l’ancienne place du Port à Neuchâtel étaient connus pour cela. Aujourd’hui, la prostitution de rue n’existe plus à Neuchâtel et la nouvelle loi cantonale oblige tous les prostitués à s’annoncer. Dans ce contexte, on peut supposer que si un mineur ou un adolescent de moins de 16 ans se prostituait, un dispositif de prise en charge se déclencherait rapidement. Mais une fois encore, ce ne sont que des suppositions. /cfa
Une histoire banale

Au diapason de l’évolution sociale, la légalisation de la prostitution des mineurs de plus de 16 ans peut être, néanmoins, ressentie comme une véritable violence faite à tout un pan de la jeunesse moins bien préparée à affronter les dures réalités de la vie. Faute de soutien, bon nombre d’adolescents ne sont pas armés contre l’assourdissant bourgeonnement existentiel de leurs premiers émois et ses dérives.

Sans épiloguer sur la démission et la trop grande permissivité de tel ou tel parent confronté à des difficultés plus prosaïques, sans jeter la pierre aux services officiels de la protection des mineurs – tenus à la stricte application des lois en vigueur – souvent impuissants devant des dossiers inextricables, on aurait pu attendre une plus grande vigilance, plus de perspicacité du législateur dans l’édiction et le libellé de la loi qui stipule: «La prostitution des mineurs de plus de 16 ans est légale, pour peu que cette activité soit librement consentie». Dans la mesure où un mineur de 16 ans n’est pas toujours capable de discernement par le fait même de son inexpérience, ce vide juridique laisse pour le moins perplexe.
A Neuchâtel, internet a pris le relais de la prostitution de rue

«A Neuchâtel, la prostitution de rue est pour ainsi dire inexistante, tant les chats électroniques offrent des possibilités plus discrètes aux amateurs. Sans compter que beaucoup de jeunes toxicomanes préfèrent se prostituer sur des scènes plus attrayantes, comme à Zurich, Berne ou Lausanne». (Olivier Guéniat, chef de la Sûreté de Neuchâtel)
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