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 Syndrome de la perche du Nil

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MessageSujet: Syndrome de la perche du Nil   Sam 5 Déc - 16:50

Ses 68 100 km2 font du lac Victoria le plus étendu du continent, et le quatrième du monde. Mais de nombreuses menaces pèsent sur ce superbe château d'eau, à l'équilibre écologique fragile.

La mer intérieure de l'Afrique est en danger. Au fil des dernières décennies, le lac Victoria est en effet devenu un enjeu de plus en plus disputé. Depuis que le récent documentaire franco-belge d'Hubert Sauper, Le Cauchemar de Darwin, l'a mis en vedette, les trois pays que baigne le lac, l'Ouganda, la Tanzanie et le Kenya, ont plus de mal à taire les divers dangers qui pèsent sur ce réservoir aux richesses naturelles convoitées.

La principale menace qui le guette est la surexploitation effrénée de ses eaux. À l'origine de ce processus, un seul motif : la perche du Nil. Ce poisson introduit par les Anglais, à titre expérimental, au cours des années 1950, est devenu un des pivots de l'économie régionale mais aussi, paradoxalement, une de ses plus grandes faiblesses. Sa chair savoureuse et recherchée en a fait, ces dernières années, un mets extrêmement prisé dans tout l'hémisphère Nord. Pour la Tanzanie, par exemple, il constitue la principale ressource à l'exportation vers l'Union européenne. Chaque jour, cinq cents tonnes de filets quittent l'aéroport de Mwanza, situé à proximité du lac. Et en deux ans, de 2000 à 2002, dans les trois pays riverains, le nombre de pêcheurs a augmenté de 36 %, celui des bateaux de pêche de 23,5 %.

Interrogée à ce sujet, Mary Mugyenyi, la vice-ministre ougandaise de l'Agriculture, de l'Industrie de l'élevage et de la Pêche, souligne l'exceptionnelle valeur commerciale du poisson - « même la Chine désire aujourd'hui importer nos perches pour essayer de les introduire dans ses lacs et lancer des programmes d'élevage », a-t-elle précisé. Un succès qui a donné naissance à une dangereuse surexploitation du lac que la réglementation récemment mise en place (interdiction de la pêche au chalut, maillage minimal pour les filets...) n'a pas réussi à limiter. De même, les incursions de certains bateaux de pêche kényans dans les eaux territoriales ougandaises ont provoqué de multiples tensions entre les deux pays.

L'essor de cette activité commerciale s'est accompagné, en Tanzanie comme en Ouganda et au Kenya, d'une récente et exponentielle multiplication des investissements privés qui misent sur la création d'usines de transformation du poisson et d'infrastructures de commercialisation. « Ce foisonnement de nouvelles sociétés entraîne un vrai bouleversement du tissu économique régional. Il y a quelques années, il n'y avait rien de tout cela, » explique, à Kampala, un représentant du Fonds international pour le développement agricole des Nations unies (Ifad).

Mais ce succès ne profite pas à tous. La perche du Nil est devenue trop chère sur les marchés intérieurs des trois pays, et les populations locales - dont l'insécurité alimentaire augmente de façon proportionnelle au développement de cette pêche industrielle - n'ont plus que les têtes et les arêtes des poissons pour se nourrir.

Ce n'est pas tout : la perche a bouleversé la biodiversité du lac. Depuis son introduction dans ce délicat écosystème, ce prédateur vorace, dont le poids moyen atteint les 50 kg, est responsable de la disparition d'environ vingt-cinq espèces de poissons qui, pour certaines, se nourrissaient d'algues. En leur absence, ces dernières ont proliféré, et leur décomposition a inexorablement entraîné la raréfaction de l'oxygène. Une véritable catastrophe écologique qui met en danger la survie des perches elles-mêmes. Mais pour la vice-ministre Mugyenyi, le véritable danger qui menace le lac ne vient ni de sa surexploitation industrielle, ni de l'atteinte à sa biodiversité, ni même de la pollution, mais d'une baisse graduelle du niveau des eaux.

« L'utilisation croissante des eaux du Nil, en aval du lac, au Soudan, en Éthiopie, en Égypte..., pour faire face aux besoins du secteur agricole, est notre seul véritable problème », explique Mugyenyi. La situation est pourtant déjà assez critique. Le projet de centrale hydroélectrique sur le Nil, à Jinja, dans l'est de l'Ouganda, en est l'exemple le plus parlant. « En raison de la baisse du niveau des eaux, la centrale n'arrive plus à générer suffisamment d'énergie, » explique le représentant de l'Ifad. Une situation qui s'aggrave et face à laquelle Mugyenyi ne voit qu'un seul espoir de solution : l'Initiative du bassin du Nil, un partenariat régional établi en 1999 par les dix pays riverains du fleuve.
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