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 Sexualité et prisons

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MessageSujet: Sexualité et prisons   Mer 11 Nov - 6:15

Sexualité et prison: un sociologue déplore le manque de structures appropriées



PARIS — La politique affichée dans le projet de loi pénitentiaire de maintien des liens familiaux et sexuels pour les détenus condamnés à de longues peines, risque de ne rester qu'un voeu pieux, faute de structures appropriées, constate le sociologue Arnaud Gaillard.

Auteur d'un ouvrage "Sexualité et prison" qui sort jeudi (éd. Max Milo), Arnaud Gaillard a mené une enquête pendant trois ans auprès d'une soixantaine de détenus dans cinq établissements pénitentiaires. Son constat: "La dimension sexuelle de l'incarcération n'est pas reconnue aujourd'hui. C'est une part de l'humanité des détenus qui n'est pas considérée par l'institution", dit-il à l'AFP.

"En théorie, écrit-il, la France est en train de se donner les moyens d'avoir une politique de maintien des liens familiaux et de sexualité possible pour les longues peines". Mais "au rythme où vont les choses, il faudra à notre démocratie plusieurs dizaines d'années pour équiper le parc pénitentiaire".

En 2003, l'administration pénitentiaire a ouvert des unités expérimentales de visite familiale dans trois établissements pilotes. La décision de les étendre a été prise en 2006. Mais, souligne Arnaud Gaillard, "c'est un voeu pieux parce qu'il n'y a actuellement que sept unités de visites familiales (UVF) sur 194 établissements pénitentiaires".

Et même avec de nouvelles prisons en perspective, "on va rester avec un nombre dérisoire de dispositifs de rencontres familiales, là où d'autres pays ont déjà incorporé cela dans leur système pénitentiaire", explique M. Gaillard, citant l'Espagne, l'Amérique latine, certains Etats américains et le Canada.

Pourtant, aucun texte de loi n'interdit la vie sexuelle en prison. Un article du code de procédure pénale rappelle seulement que toute offense à la pudeur ou tout acte obscène constitue "une faute disciplinaire".

Une sorte de double peine qui réduit la sexualité à la pornographie, l'homophobie, très puissante chez les détenus hommes, des humiliations, des violences extrêmes, des viols, décrit M. Gaillard.

Le Réseau d'alerte et d'intervention pour les droits de l'homme (RAIDH) dont il est le secrétaire général, a lancé cette semaine une pétition "pour un droit à la sexualité en prison", déjà signée par la Ligue des droits de l'homme et envoyée aux parlementaires.
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MessageSujet: Sexualité et prison: "Un pays barbare"   Ven 27 Nov - 6:07

Sexualité et prison: "Un pays barbare"

Pendant trois ans, le sociologue Arnaud Gaillard a interrogé des détenus condamnés à de longues peines. En ressort un état des lieux inédit et alarmant, compilé dans un livre: Sexualité et prison, désert affectif et désirs sous contrainte (éd. Max Milo). Et une pétition pour "un droit à l'intimité" en prison.

Aujourd’hui, quels sont les droits des prisonniers en matière de sexualité?
La sexualité n’est pas "interdite" en prison. Mais le code pénal punit "les atteintes à la pudeur", qui peuvent faire l'objet de sanctions disciplinaires. Or, les détenus sont toujours surveillés, potentiellement toujours vus, en cellule ou au parloir. Ce contrôle de la sexualité appartient à la vie d’adolescent et non d’adulte. Il donne un terrible sentiment de régression.

Il existe aussi des Unités de vie familiale…
Oui, ces Unités de vie familiale (UVF) sont expérimentées en France depuis 2003. Elles permettent aux détenus de retrouver leurs proches de 6 à 72 heures. Le bilan tiré en 2006 dans les trois établissements pilotes s’est révélé très positif. Mais, à ce jour, ces UVF n’ont été étendues qu'à 7 prisons sur 190 établissements, et le gouvernement reste vague sur les projets à venir. Les règles européennes recommandent pourtant d’encourager le maintien des liens familiaux. Et nous sommes aussi très en retard sur de nombreux pays comme l’Italie, l’Espagne, le Canada, mais aussi des pays moins "développés". En Argentine, les UVF sont généralisées depuis la fin de la dictature. Un jour, on se réveillera peut-être en se disant qu’on était un pays barbare.

En attendant, vous faites état d'une grande misère sexuelle…
Les prisonniers cherchent des palliatifs. Ils bricolent des accessoires, se remémorent leur passé, ont recours à la pornographie, souvent à outrance. En plus du film diffusé une fois par mois sur Canal +, les détenus regardent souvent les chaînes dédiées du câble; des DVD circulent. Mais le porno alimente autant le désir qu’il le satisfait. Il crée des frustrations, des dépendances. Il transforme aussi l’image du sexe, souvent dégradée dans ces films. Quelques (rares) détenus décident d'ailleurs de ne plus les regarder, résistent, pour que la prison ne prenne pas le dessus sur leur sexualité.
«L'homophobie est bien plus forte que l'homosexualité »

Ce manque génère aussi des excès et des violences…
Oui, après des années d'abstinence, les hommes peuvent avoir un sentiment d'impuissance. Ils ont besoin de se rassurer sur leur virilité, ce qui explique notamment l’importance de la musculation. Elle leur permet d’affirmer une forme de masculinité, de s’aimer eux-mêmes dans la glace et aussi d’être regardés par les autres. Cette virilité amputée crée aussi un besoin de domination, souvent associé à la pénétration, et donc une "homosexualité de circonstance" chez des hommes qui se définissent pourtant comme hétérosexuels. Cette domination passe parfois par le viol. Les victimes sont souvent les "pointeurs" (des personnes condamnées pour viol, ndlr), considérés comme des sous-prisonniers. Mais, paradoxalement, les nouveaux violeurs ne seront pas forcément perçus comme tels au sein de la prison, surtout s'ils ont une réputation de caïd. Les victimes, elles, se taisent souvent par peur ou parce qu'elles ont besoin de protection de ces "dominants". Du coup, les sévices restent impunis. Ce qui délégitime la justice.

Cette homosexualité est-elle si répandue?
Non. Le mythe de la savonnette dans les douches a la dent dure, mais l’homophobie est bien plus forte que l'homosexualité en prison. Cette homophobie affichée est, encore une fois, une façon d'affirmer une virilité écrasée. Ou un rempart contre une tentation bien réelle. Les détenus n'ont parfois comme vision de la nudité que le corps d'autres hommes pendant des années.

Et chez les femmes?
Chez les femmes, cette homosexualité - qui répond surtout à une besoin d'affection, de tendresse, de dormir avec quelqu'un - est mieux assumée car elle ne remet pas en question l'identité de genre. Elle est aussi mieux tolérée par l'administration, si elle n'est pas trop ostentatoire.

Où en est la prévention des risques de MST?
On s'est rendu compte dans les années 1980 que la prévalence du VIH en prison était en moyenne deux fois plus élevée qu'à l'extérieur. Du coup, une circulaire ministérielle a encouragé la mise à disposition de gel et de préservatifs. Dans les faits, ils sont surtout distribués sur demande ou alors dans des corbeilles à l'infirmerie.. à la vue de tous. Il faudrait mener une réflexion plus approfondie sur cette question sanitaire.
«Au parloir, c'est un spectacle collectif »

Vous soulignez aussi l'hypocrisie qui règne dans les parloirs…
Oui. Les box sont séparés les uns des autres par une vitre à mi-hauteur. Malgré l'absence d'intimité, certains couples ont des rapports sexuels. Les femmes y viennent avec des jupes larges, les hommes en jogging, sans sous-vêtements, pour faciliter l'acte. Certains surveillants interviennent de temps en temps, de façon arbitraire. D'autres ferment les yeux car ils savent que les détenus seront plus calmes ensuite. Mais faire cela dans ces conditions est très dégradant. Et, à côté, d'autres visiteurs peuvent assister à la scène, des enfants, des grands-mères…C'est un spectacle collectif, assez triste d'un point de vue civilisationnel.

Que demandez-vous aujourd'hui?
Nous demandons que la loi reconnaisse un "droit à l'intimité" pour tous les détenus et dans tous les établissements. Si on ne peut pas créer partout des UVF, on peut au moins mettre en place des parloirs fermés, avec un lit, un point d'eau, mais aussi une table et deux chaises pour que les gens n'aient pas le sentiment d'être enfermés avec l'injonction, très mal vécue, d'avoir à "baiser ici et maintenant". Une pétition est en ligne, qui a été signée par plusieurs associations et députés de divers bords (voir encadré). Mais, plus globalement, il faudrait considérer l'enfermement comme un dernier recours.

Que répondez-vous aux citoyens qui estiment que cette privation fait partie la peine...
En limitant les dégâts psychologiques liés à l’emprisonnement, on prépare mieux la sortie des détenus, on protège donc mieux la société. Aujourd’hui, les longues peines sont cassées dans leur rapport à l’autre. Leur sexualité est très perturbée. En outre, puisque la prison est censée être une privation d’aller et venir librement, toute autre punition est vécue comme une double peine. Ce sentiment d’injustice provoque de la haine contre l’extérieur, ce qui, encore une fois, n’est pas dans l’intérêt de la société du dehors. Il est dangereux de ne pas accorder cette dignité aux prisonniers. Ce n’est pas de l’idéologie, mais du pragmatisme. Il faudrait que les politiques aient le courage de l'expliquer aux électeurs.
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MessageSujet: Heureux comme un transsexuel en prison?   Mar 2 Fév - 16:22

Heureux comme un transsexuel en prison?

La Toscane a choisi une manière inédite de remplir un de ses établissements pénitentiaires, quasiment vidé de ses détenues lors de la dernière amnistie (20 agents sont cependant restés en service). Il s'agit de celui de Pozzale, à Empoli, établissement modèle en matière de réinsertion de détenues ex-toxicomanes, qui offre cellules individuelles, grande bibliothèque, cours de rattrapage scolaire, potager, terrain de sport, serre, petite production d’huile d’olive et de vin… L'établissement sera désormais réservé exclusivement aux transsexuels (1), qui représentent une petite partie de la population carcérale en Italie (une centaine), et qui sont difficilement (euphémisme) acceptés par les détenus "normaux". Les "trans" doivent ainsi être le plus souvent placés en isolement, avec des horaires de promenade différents. Fin mars, 30 détenu(e)s transsexuel(le)s devraient prendre leurs quartiers à Pozzale, qui leur garantira, en plus des nombreuses activités visant à leur réinsertion, la poursuite de leur traitement hormonal.

Les associations transsexuelles et Vladimir Luxuria, ancien député très engagé dans la défense des droits des gays et des trans et récent vainqueur d’un reality show très populaire en Italie , se sont déclarés très satisfaits de cette mesure, destinée à éviter humiliations et mauvais traitements (l'Italie a un taux très élevé d'agressions et de meurtres de trans). La communauté transsexuelle a donc eu de nouveau les honneurs de l'actualité, après avoir été très présente ces derniers temps dans les rubriques société, politique et faits divers des gazettes italiennes... Récemment, plusieurs prostituées trans, au centre d'un triptyque sexe-drogue-videotapes, ont en effet fait couler beaucoup d'encre et attiré l'attention des médias sur cette "minorité" très visible en Italie, dont certains membres se prostituent et comptent parmi leur clientèle assidue nombre de politiques, riches héritiers et pères de famille ordinaires.
Mais ce traitement carcéral de "faveur" réservé aux transsexuels en a fâché certains, qui accusent Empoli d'offrir un hôtel "5 étoiles" à une infime minorité de la population carcérale aux frais du contribuable et qui ne manquent pas d'évoquer le paradoxe de la situation actuelle.

En effet, si l’Italie compte quelques oasis de tranquillité (certains établissements ont même plus d’agents que de détenus), si certains instituts pénitentiaires d'"avant-garde" réussissent de manière virtuose à appliquer l’article 27 de la Constitution (qui prévoit que les peines de prison ne peuvent consister en des traitements inhumains et doivent tendre à la rééducation du condamné) et si les juges d'application des peines concèdent souvent des régimes de semi-liberté (sans faire d'exception pour les condamnés pour faits de terrorisme pendant les années de plomb), le pays est malheureusement confronté aux mêmes problèmes de surpopulation carcérale qu’en France.

Comme la France donc, le Bel Paese est l’objet de condamnations de la part de la Cour européenne des droits de l’homme pour ses conditions de détention, jugées "dégradantes" et assimilées à de la torture, s'exposant à des amendes d'un montant surréaliste. Près de 65.000 individus se retrouvent ainsi dans des établissements qui n'offrent que 43.000 places et les détenus arrivent à s'entasser à 6 dans 9 m2. Les amnisties contribuent à vider (un peu) les prisons, mais seulement temporairement. Le taux de "remplissage" reste constant, notamment du fait de l'incarcération de nombreux étrangers pour délit de séjour irrégulier.

Les détenus bénéficient en moyenne de moins de 2 m2 par personne dans les cellules surpeuplées, alors que le comité européen pour la prévention de la torture et des traitements inhumains a fixé l’espace "minimum vital" à 7 m2…Et les conséquences sont dramatiques: plus d’une centaine de morts, dont 70 suicides (c'est pire en France...), et 864 tentatives de suicide en 2009. Pendant 3 jours au mois d’août, sur l’initiative du Parti Radical, une centaine de parlementaires a effectué une "visite guidée" des prisons italiennes et a pu toucher du doigt la réalité des conditions de détention. Le ministre de la Justice Alfano, qui proposait il y a quelque temps d'ouvrir des prisons flottantes (carceri galleggianti) genre Alcatraz, a déclaré fin 2009 l’"état d’urgence" pénitentiaire et veut créer 80.000 nouvelles places, recruter 2.000 agents pénitentiaires supplémentaires et étudier de nouvelles formules alternatives à la détention.


Il y a quelque temps, Adriano Sofri (2) rappelait dans un article de la Repubblica, que, conformément aux normes européennes, les éleveurs de poulets doivent garantir aux gallinacés élevés en batterie un espace minimum, les vétérinaires étant unanimes à reconnaître qu’une densité de poulets trop élevée, surtout en été, peut provoquer la mort subite des volatiles à cause du stress et de la chaleur. La grande majorité des détenus a apparemment moins de chance que les poulets qu’on retrouve dans nos assiettes...

1. Un blog très intéressant consacré à la transexualité ou "transidentité".

2. Ancien responsable d'un mouvement d’extrême gauche durant les "années de plomb", Lotta continua, Adriano Sofri a été condamné à une peine de réclusion de 22 ans, étant considéré comme le commanditaire de l’assassinat en 1972 du commissaire de police Luigi Calabresi. Condamné définitivement et incarcéré en 1997, il a toujours refusé de demander sa grâce, se déclarant innocent; en semi-liberté depuis 2005, il est aux arrêts domiciliaires pour une grave maladie, écrit et publie régulièrement des articles dans la presse.
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