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 Des prisons "ouvertes"

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MessageSujet: Des prisons "ouvertes"   Mer 14 Oct - 4:16

C'est une petite route campagnarde qui passe devant une église, une école, une ferme. A 10 km au sud de Stockholm, la capitale suédoise. Le chemin continue jusqu'à un terre-plein où un panneau indique : "Parking des visiteurs et des prisonniers." Un portail électrique s'ouvre sur les quelques hectares paisibles de la prison ouverte d'Asptuna, au bord de l'eau. Ce genre de prison est la norme en Suède où, lorsque l'on évalue où un prisonnier doit être placé, on part du niveau de sécurité le plus bas.
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Encadrés par trente-cinq agents, cent dix prisonniers, condamnés pour certains à un mois de prison, pour d'autres à la détention à vie (dans les faits, rarement plus de quinze ans), purgent à Asptuna la fin de leur peine. Certains ont été condamnés pour meurtre. "Tous sortiront un jour. Ceux qui sont ici ne sont plus considérés comme dangereux et ils doivent bien réapprendre à vivre." Fredrik Wallin, le directeur, est très fier de son établissement. "C'est charmant, vous ne trouvez pas ?", dit-il en montrant sur une petite colline au bord du lac d'Aspen une cabane en bois de couleur cuivre avec des tables et chaises sur la terrasse, face à l'archipel. Un écriteau indique qu'il s'agit du Café Kalle. "C'est très populaire les week-ends, quand les familles viennent ici. Les enfants mangent une glace, jouent au bord de l'eau."

Dans un des bâtiments, il y a aussi une salle de jeux pour les enfants. Sans petites voitures de police, mais avec une grande affiche du film Bad Boys II. Au bas du Café Kalle, à côté de la petite plage, il y a aussi un grill. "L'hiver, quand c'est gelé, les prisonniers peuvent s'ils le souhaitent s'échapper en marchant sur la glace", poursuit Fred Wallin.

En passant par le terrain de football et en remontant vers les cellules qui sont regroupées dans des maisons en bois ressemblant à des pavillons de banlieue, Fredrik Wallin montre les barbelés qui entourent la prison : "Ils sont tournés vers l'extérieur, pas vers l'intérieur. On ne craint pas que les détenus s'échappent, mais que des gens de l'extérieur tentent de s'introduire ici, pour faire passer de l'alcool par exemple. Nous avons zéro tolérance ici s'agissant de la drogue et de l'alcool." On passe devant des serres, des ruches, la salle de sport avec sauna et solarium.

"J'ai eu la visite d'un directeur de prison chinois qui avait 5 000 prisonniers dans son établissement, autant que dans toute la Suède. Je n'ai même pas essayé de comparer." Ici, les détenus organisent eux-mêmes leur vie collective, qui nettoie, fait la cuisine, décidant du menu, même si le budget est limité.

En Suède, il existe 55 prisons réparties en six catégories classées de A, les plus sûres, à F, les prisons ouvertes, en passant par E, où un simple grillage fait office de protection. La plupart des détenus sont dans des prisons de classe E ou F. "Le principe en Suède est, que lorsque l'on est condamné, on doit être placé dans une prison ouverte, si rien ne s'y oppose", explique Christer Isaksson, directeur de la sécurité de l'administration pénitentiaire suédoise.

C'est dans Stockholm, à une adresse qui n'est pas recensée dans l'annuaire pour raison de sécurité, que travaille la vingtaine d'agents du service placement de l'administration pénitentiaire, coeur du système suédois. Tous les condamnés à plus de quatre ans de prison sont soumis à six semaines d'observation à l'issue desquelles le service décide où les envoyer. "Les paramètres pris en compte sont la dangerosité et les besoins du détenu. Les narcomanes ne sont jamais mis en prison ouverte. Il en va de même de ceux qui appartiennent à la criminalité organisée, qui est le groupe le plus problématique", souligne Martin Gilla, directeur du service de placement, tout en notant que la législation suédoise date du début des années 1970.

"Elle reflète la philosophie de cette époque, remarque-t-il. Notre directeur général dit parfois que notre législation est vieillie par rapport aux défis actuels. Il nous faut parfois isoler certains prisonniers, alors que notre législation spécifie que l'isolement est à éviter. La criminalité organisée est, selon nous, une raison pour isoler des criminels qui sinon pourraient continuer à se consacrer à leurs activités, même en prison." Ils restent toutefois largement minoritaires.

A Asptuna, les détenus sont équipés d'un bracelet électronique à la cheville. Cette prison ouverte est la dernière étape de ces prisonniers avant la libération. Ils peuvent y étudier les techniques du bâtiment, disposent d'un atelier bien fourni. Alexander, un détenu condamné à trois ans et demi de prison pour incendie criminel, est arrivé à Asptuna après dix-sept mois dans une prison fermée de classe E où il n'avait droit qu'à une heure de promenade par jour. "Hier j'ai reçu la visite de ma mère et de mes trois soeurs, dit-il alors qu'il traîne dehors. S'évader serait très facile mais je ne crois pas que beaucoup sont prêts à le risquer, car si tu es repris, tu es placé dans une prison fermée."

De fait, aucun détenu ne s'est encore évadé d'Asptuna en 2009. Trois se sont fait la belle en 2008, autant qu'en 2007. Généralement des prisonniers qui ont des problèmes de couple - une petite amie qui vient de les quitter - et sortent pour tenter de redresser la situation. "Savoir si ces évasions sont acceptables est une question politique, estime Fredrik Wallin. Notre mission en tant qu'administration pénitentiaire n'est pas de punir les gens, ça, c'est le rôle du tribunal." En 2004, une série d'évasions spectaculaires, prises d'otages à l'appui, avait fait beaucoup de bruit. Les règles ont été renforcées depuis. Mais à l'inverse, le phénomène de surpopulation à la française n'existe quasiment pas en Suède.

Alexander profite de son séjour à Asptuna pour se former aux techniques du bâtiment. "Je compléterai par une autre formation à la sortie. Ça me plaît." Cette forte occupation des détenus, rémunérée même faiblement, est l'un des points qui intéresse les Français. "Les Suédois ont un régime qui favorise la responsabilisation du détenu avec plus d'autonomie de mouvement, note Julien Morel d'Arleux, directeur des services pénitentiaires, qui a fait le déplacement. Les détenus exécutent leur peine et s'engagent à suivre des activités. Ils ont 8 heures d'activités encadrées par jour, c'est très important."

Les Français constatent que, en Suède, "on laisse l'administration pénitentiaire faire son travail pour orienter et appliquer des régimes différenciés aux détenus". Ce qui, selon eux, n'en fait pas encore un modèle transposable.
Olivier Truc
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MessageSujet: Pour l'adaptation du modèle Viennois ?   Mer 13 Jan - 7:15

Le secrétaire d'Etat français à la justice Jean-Marie Bockel a visité mardi 12 janvier deux établissements dits "prisons sans barreaux" dans les environs de Vienne dans l'idée de développer ce système de vie carcérale alternatif en France. Il était accompagné de l'expert Paul-Roger Gontard qu'il a chargé d'une mission d'évaluation de ce type de modèle carcéral en Europe. Une étude sur ce type d'établissements ouverts est attendue pour février.


Le premier des deux établissements autrichiens visités près de Vienne, celui de Muenchendorf, existe depuis 1974 et permet aux détenus, soigneusement sélectionnés, de travailler la journée dans l'agriculture (culture céréalière et élevage bovin et porcin) avant de regagner un centre fermé le soir. Le second établissement à Simmering permet aux condamnés de choisir entre six formations professionnelles dans l'artisanat (maçon, peintre, menuisier ou cuisinier, entre autres) couronnées d'un diplôme en vue de faciliter leur réinsertion dans la société.

Rappelant qu'au Danemark, en Belgique et Suède notamment, le taux d'incarcération dans ces "prisons sans barreaux" a déjà atteint 10 %, M. Bockel a souligné que ses efforts entraient dans le cadre de la réforme pénitentiaire lancée fin 2008. "Je connais mon pays et je ne dirai pas qu'il faut un gosplan sur dix ans mais si on réfléchit déjà dans chaque établissement comment développer des nouveaux concepts, ce serait déjà pas mal", a-t-il ajouté. Seul un établissement de ce type existe en France. Il a été ouvert à Casabianda en Corse il y a près de soixante ans.
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MessageSujet: La prison ouverte de Casabianda en Corse   Mar 16 Fév - 7:40

ntroduction



« Parmi les peines et la manière de les infliger, il faut donc choisir celle qui, proportion gardée, doit faire l’impression la plus efficace et la plus durable sur l’esprit des hommes et la moins cruelle sur le criminel. »

Cesare Bonesana Beccaria, Traité des délits et des peines.[1]





Ce principe posé en 1764 par le Marquis BECCARIA, père de la conception moderne du droit pénal, ne cesse, de charpenter le renouvellement et l’invention des sanctions pénales, et leurs applications.

Notre époque n’échappe pas à la règle. Le 28 juillet 2008, Rachida DATI, Garde des Sceaux, présentait en Conseil des Ministres un nouveau projet de loi pénitentiaire qui devrait être débattu par les Assemblées parlementaires à l’automne.

Les enjeux sont d’importance. Le parc pénitentiaire est vieillissant, et de l’avis de certains, « indigne d’un pays comme la France[2] ». La population carcérale a battu un nouveau record le 1er juillet 2008 avec 64.250 personnes détenues[3]. Les débats autour de la récidive des sortants de prison, entretenus par plusieurs fait divers[4] et de nouveaux textes législatifs[5], agitent régulièrement l’opinion.

Par son projet de loi, la Ministre de la Justice veut développer « une prison moderne, digne, et une nouvelle vision de la privation de liberté avec la prison « hors les murs » ». Elle rappelle par ailleurs que « le fait de condamner, de sanctionner, de priver de liberté peut prendre d’autres formes que l’emprisonnement. »[6]

Cependant, rien, dans ce projet de loi, n’indique la volonté de développer un modèle français qui semble pourtant déjà avoir fait ses preuves et réponde efficacement aux actuelles préoccupations carcérales : le modèle du centre de détention de CASABIANDA.



Quiconque s’intéresse aujourd’hui à la pénologie carcérale et à son interprétation criminologique, est interpellé par la découverte de cette prison « sans murs ».

Mais lorsque la curiosité pousse jusqu’à la recherche de documentation, force est de constater que très peu de travaux ont été entrepris à son sujet. En effet, aucune étude récente, aucun article scientifique, aucune communication universitaire ne traite de cet établissement. Il semble que son éloignement du continent l’est rendu invisible aux yeux avisés des professionnels du droit. Un étonnant désintérêt pour un établissement qui fut ouvert il y a 60 ans.



Et il en est de même pour les politiques. Lorsqu’ils évoquent ce centre de détention, ils partagent l’étonnement que suscite l’établissement, mais ne propose toutefois pas de s’en inspirer, ou d’étudier plus avant son modèle. L’une des seules traces de rapport parlementaire à son sujet se résume dans ces quelques lignes :

« Situé au bord de la mer sur la côte orientale de la Corse, le centre de détention de Casabianda qui accueillait, au 1er janvier 2000, 210 détenus, tous condamnés pour délinquance sexuelle, dont certains à de longues peines, ne ressemble absolument pas, aux dires des membres de la commission qui l’ont visité, à l’idée que l’on se fait d’une prison : pas d’enceinte, cellules ouvertes, pavillon pour accueillir les couples dans la journée. Les détenus y travaillent à des travaux agricoles et sont correctement rémunérés. Il n’y a que peu d’incidents, pas de violence, pas de caïdat, pas d’évasion ; la menace d’être transféré dans un autre centre de détention semble très dissuasive ce qui illustre bien le caractère inégalitaire de la détention, selon l’établissement où l’on se trouve incarcéré. »[7]



Etablissement pour peine réservé aux hommes, le centre de détention de CASABIANDA s’est installé en Corse à quelques kilomètres du village d’Aléria. Au nord du domaine se trouve l’étang Dél Sale, au nord-ouest, le Tagnone, affluant du Tavignano, à l’est, la Mer Tyrrhénienne, au sud, l’étang d’Urbino et au sud-ouest une plantation d’eucalyptus. Dans cet environnement de verdure et bordé par la plage, a cours un régime de détention qualifié par ceux qui le connaissent, d’unique en Europe.

C’est pourquoi, de ce double constat d’intérêt collectivement admis, et de carence scientifique, s’est imposée à moi l’étude de centre de détention comme sujet de recherche dans le cadre de mes travaux universitaires.

Le présent ouvrage aura donc pour premier objet de combler ce vide, en rassemblant les éléments, jusque là épars, qui évoquent d’un point de vue criminologique ou pénologique l’expérience de CASABIANDA.

De plus, l’exemple de cet établissement nous permettra dans un second temps, d’avancer des solutions alternatives, originales et efficaces aux actuelles préoccupations liées au traitement de la population pénale.

Ce sera, en outre, l’occasion de rendre un peu de mémoire à cet établissement et à la terre qui l’accueille. De nombreux documents relatifs au centre de détention figureront donc en annexes de ce travail pour rassembler dans un seul ouvrage (pour l’avenir et pour d’autres travaux peut-être) des pièces aujourd’hui dispersées dans les bibliothèques, les archives de l’Administration Pénitentiaire, ou, chez des particuliers.

Ce mémoire se veut donc être un outil complet pour comprendre dans toutes ces acceptions pénales, carcérales et fonctionnelles le centre de détention de CASABIANDA, pour, ensuite, tenter de théoriser l’expérience de cette structure et essayer d’en tirer toutes les conséquences qui s’imposent.

Par égard pour cet établissement, j’invite ici ceux qui souhaiteraient à la suite de ce travail, communiquer sur l’existence de ce lieu, à le faire avec précaution. Non parce qu’il existe certaines informations sensibles ou dissimulées à son sujet, mais parce que les premières impressions que suscite cet établissement font souvent appel à l’émotion plus qu’à la raison.

Les a priori à son égard allant même jusqu’à faire douter certains de son identité carcérale, nous nous attacherons donc, dans un premier temps, à observer et à réaffirmer ses caractéristiques pénitentiaires, bien que parfois originales (Partie 1). Puis, dans un second temps, nous analyserons les conséquences de l’accumulation de ses originalités, puisqu’elles ont su faire de CASABIANDA une prison certainement unique, et même emblématique d’un renouveau possible de la conception française de l’emprisonnement (Partie 2).


L'étude est disponible sous ce lien !


http://gontard.fr/wp-content/uploads/2009/11/Memoire-de-Master-2-le-CD-de-Casabianda-emblematique-prison-de-paradoxes.pdf
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MessageSujet: La prison sans barreaux   Mar 16 Fév - 7:46

La prison sans barreaux
En Corse, une prison à ciel ouvert, unique en Europe, accueille des détenus presque tous condamnés pour viol, pédophilie ou inceste. Reportage exclusif à Casabianda.

Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens


C'est l'une des plus belles plages de Corse. Une langue de sable blanc qui s'étire sur une dizaine de kilomètres. Il est 11 heures et, malgré l'automne qui tire à sa fin, le soleil est généreux. Alignées face à la mer, douze cannes à pêche sont plantées dans le sable. Deux pêcheurs commentent leurs prises. Un superbe loup qu'ils cuisineront ce soir, peut-être au barbecue. Plus haut sur les dunes, contre la pinède, un homme tire sur sa cigarette, un bouquin entre les mains. Tandis que trois autres fixent en silence, comme hypnotisés, l'horizon bleu indigo. Partout où se porte le regard, on ne voit que des hommes. La plupart d'entre eux ont été condamnés pour viol, pédophilie ou inceste.

Vous êtes au centre de détention de Casabianda, à 70 kilomètres au sud de Bastia. Une prison unique en Europe, dont les détenus sont à 81 % des délinquants sexuels. Un centre pénitentiaire à ciel ouvert, sans miradors ni murs d'enceinte, sur 1 400 hectares de prairies et de forêts d'eucalyptus coupés en deux par la N 198. Dans le « quartier des étangs », le moniteur de sports arbitre un match de foot. Un peu plus loin, des détenus disputent une partie de tennis sur l'un des deux courts de la prison. Ici, on peut faire de la planche à voile, du VTT et même du golf. Pour l'administration pénitentiaire, Casabianda est une prison modèle qui contrebalance l'image des prisons françaises, vétustes et surpeuplées. Pour d'autres, en accordant un régime de faveur à ceux que la société considère comme des monstres, Casabianda est une aberration. « Je sais que certains désapprouvent l'existence d'un tel lieu », admet le directeur du pénitencier, Thierry Guilbert, un quadra à la mise soignée, qui flotte un peu dans son costume gris clair.

La priorité : acheter une montre, un réveil et une canne à pêche. Dans la hiérarchie des prisons, les délinquants sexuels, les « pointeurs », comme on les appelle, sont situés tout en bas. Ce sont les souffre-douleur des autres détenus. Jacques (1), la quarantaine, teint hâlé et barbe de trois jours, a été condamné à plus de dix ans, comme la majorité des 191 détenus. « Avant de venir, j'ai fait trois maisons d'arrêt, c'était l'enfer. Je n'allais jamais en promenade, je sortais le moins possible de ma cellule. Pour les gens comme moi, Casabianda est un truc mythique. Certains vous racontent que les détenus font ce qu'ils veulent, qu'ils ont même des voitures ! » Quand il s'est porté volontaire, sans trop y croire, Jacques n'en a parlé à personne, parce que « tout le monde sait quel type de prisonniers on envoie ici... »

A leur arrivée, tous les nouveaux passent par le bureau du directeur. « Je les avertis qu'en échange des conditions de détention exceptionnelles dont ils bénéficient ici, j'attends d'eux un comportement irréprochable. » Au passage, Thierry Guilbert délivre aussi quelques conseils. Pas de problème si les détenus veulent aller cueillir les champignons, mais c'est à leurs risques et périls : l'hôpital le plus proche se trouve à trois quarts d'heure. Idem pour les bains de mer, l'administration n'emploie pas de maître-nageur pour surveiller la plage... La dernière fois qu'un détenu s'est évadé de Casabianda, c'était il y a une vingtaine d'années, et il est revenu au bout de quelques heures. « On pourrait prendre un tracteur et filer, mais on ne le fait pas. Parce que c'est une chance d'être ici », explique Jacques. On comprend mieux cette phrase surprenante, lancée au détour de la conversation par le directeur de la prison de « Casa » : « L'évasion n'a jamais été mon souci . »

13 h 30. La sirène retentit. C'est l'un des trois appels de la journée. Les détenus se regroupent tranquillement sur la place d'armes, recouverte de gravillons et coincée entre deux gros bâtiments rectangulaires. « Les premiers jours, on a peur de louper l'appel, confie Antoine, un grand brun dégingandé en jogging Adidas et polo blanc, qui a été condamné à douze ans. Dans les autres prisons, t'as pas besoin de montre. Mais, à Casa, personne ne vient te dire : faut se lever, c'est l'heure de l'appel ou faut prendre la douche. Alors, en arrivant ici, j'ai fait comme tout le monde, je me suis rué à l'économat pour acheter une montre, un réveil et une canne à pêche ! » Dans les rangs, on compte trois nouveaux, arrivés ce mois-ci. « J'ai une tendinite à chaque genou. Quand vous avez passé plusieurs années entre quatre murs, vous ne savez plus mettre un pied devant l'autre. Je réapprends à marcher », se plaint l'un d'entre eux, un chauve à l'air déboussolé. Lorsqu'ils débarquent du ferry à bord duquel l'administration loue à l'année une cabine aménagée en cellule, c'est un peu comme s'ils mettaient le pied sur la planète Mars. « Il faut au moins une semaine pour s'adapter à Casa », souffle Antoine, d'un air entendu. Sylvain, condamné à dix-huit ans, une gueule taillée à la serpe que l'on dirait droit sortie d'une BD de Tardi, confirme : « Le plus gros choc, c'est de voir la mer avec l'horizon sans limites. T'es heureux et angoissé à la fois. Il n'y a plus de murs, plus de barreaux, tu ne sais plus où tu es. Tu es sonné. La première nuit, tu ne peux pas t'endormir. C'est trop calme. Il n'y a pas les hurlements, les détenus qui s'appellent entre eux aux fenêtres ou qui tapent sur les tuyaux pour communiquer. » Libérable en 2016, Sylvain est le bibliothécaire de la prison. A ses heures perdues, il joue aussi l'écrivain public tout en distribuant des conseils juridiques grâce au droit qu'il étudie par correspondance.

Des candidatures examinées à la loupe. A Casabianda, les détenus portent autour du cou la clé de leur cellule, d'ailleurs ils ne disent pas « cellule », mais « chambre ». « Quinze fois par jour, ils vérifient que leur clé est toujours là, car ils ont peur de la perdre », s'amuse l'un des 35 surveillants. La majorité d'entre eux sont corses. En poste à Casa depuis vingt ans, Barthélemy a oublié le poids du trousseau de clés qu'il portait accroché à la ceinture avant d'être muté ici. Alors que les prisonniers ont tous un couteau dans la poche, les surveillants, eux, ne sont pas armés. « Les détenus ne sont pas agressifs. Il n'y a jamais eu de mutinerie, quasiment pas de bagarres. D'ailleurs, on n'a pas de mitard », précise, avec un fort accent corse, le doyen des gardiens aux faux airs de Barthez. La menace ultime, c'est le transfert à la prison de Borgo, près de Bastia. C'est arrivé l'année dernière à un détenu, sur un total de onze infractions à la discipline. « Il n'y a quasiment pas de bagarres parce qu'on a de l'espace, qu'on n'est pas les uns sur les autres. Quand on ne veut pas voir quelqu'un, on peut rester des jours sans le croiser », explique Sylvain. Si le calme règne dans l'ancien bagne agricole créé par Napoléon III, c'est aussi en partie grâce au profil des détenus. « Les délinquants sexuels ne sont généralement pas en révolte contre la société. La plupart travaillaient, avaient une vie sociale, certains d'entre eux sont ingénieurs, médecins... », détaille Thierry Guilbert, le directeur du centre. Sans compter que les candidatures sont examinées à la loupe. « Tous ceux que nous accueillons ont séjourné dans d'autres maisons d'arrêt où leur comportement a été jugé compatible avec le régime de Casabianda. Et aucun ne souffre de troubles psychiatriques graves. » Paradoxalement, c'est l'arrivée, au nom de la mixité carcérale, de délinquants non sexuels qui a créé des problèmes. En trois ans, la part de ces derniers est passée de 13 à 19 %. Il s'agit aussi bien de petits délinquants que de criminels comme Jean-Louis Turquin, ce vétérinaire niçois condamné à vingt ans pour l'assassinat de son fils, qui a quitté Casabianda l'année dernière. « Ils sont moins coopératifs, ils jouent les grains de sable », glisse un surveillant. A Casa, entre les « moeurs » et les « non-moeurs », c'est le statu quo. Ce que confirme Antoine : « On ne vient pas se chercher, mais on s'ignore. » Au réfectoire par exemple, les « non-moeurs » ne s'installent qu'une fois que les « moeurs » ont rendu leurs plateaux.

Pour un surveillant de prison, l'affectation à Casabianda, c'est le bâton de maréchal que l'on décroche à cinq ans de la retraite. Même la ronde, toutes les heures et demie, sert plus à dissuader les intrus qu'à surveiller les détenus. « L'été, nous sommes obligés d'éloigner les jeunes filles un peu dénudées qui viennent profiter de la plage », s'inquiète Christian, le chef adjoint de la détention. Il y a bien deux panneaux de chaque côté de la plage, mais ils se contentent d'un sibyllin : « Propriété du ministère de la Justice, défense d'entrer ». La vraie menace, ce sont les nationalistes, qui ont déjà plastiqué le site plusieurs fois. Le dernier attentat, en août 2003, a fait voler en éclats le mess du personnel. « Il faut comprendre que certains s'énervent, commente Joseph Colombani, l'un des éleveurs du coin, par ailleurs président de la FDSEA de Haute-Corse, principal syndicat agricole. Casabianda est le dernier confetti de la France coloniale. L'Etat français y met ses indésirables : les pédophiles et toutes sortes de détraqués. On les envoie en Corse comme autrefois à Cayenne. » Dans la région, la prison alimente les conversations. Beaucoup sont persuadés qu'on leur cache des choses. « Après leur peine, certains détenus s'installent ici. Les gosses dans les HLM, à côté de chez moi, ont la consigne de faire attention. Ne cherchez pas à avoir des confirmations à la gendarmerie, vous n'en aurez pas, c'est le black-out... » Mais pour Ange Fraticelli, le maire d'Aléria, dont une trentaine d'administrés travaillent pour le centre de détention, « tout ça, c'est des rumeurs ». A peine concède-t-il « un problème avec les sangliers de Casabianda » - classée réserve de chasse - qui ravagent les champs de maïs alentour. L'édile milite pour la réouverture du village de vacances que le centre de détention accueillait jusqu'en 2001. « Initialement il était géré par les oeuvres de l'administration pénitentiaire. Il a fermé après un attentat et une enquête de la Cour des comptes. »

Une chose est sûre, le domaine de Casabianda attire les convoitises. A commencer par les promoteurs, qui lorgnent sur ce coin de paradis les pieds dans l'eau. Il y a une dizaine d'années, l'administration pénitentiaire a donné au Conservatoire du littoral 400 hectares, autant d'espaces protégés censés tenir à l'écart les spéculateurs, comme la gousse d'ail éloigne les vampires. Surtout, les 627 hectares de terres agricoles de Casabianda en font l'une des plus grandes fermes de Corse. Qui plus est, entièrement bio. « On a 700 cochons et 1 200 brebis, mais nous ne sommes pas en concurrence avec les producteurs locaux », s'empresse d'indiquer Francis Vieles, le régisseur de Casabianda, à la soixantaine élégante. Pas question de toucher à la charcuterie ou au fromage corses. « Nous sommes le premier producteur de lait de brebis sur l'île, mais ce n'est pas un problème, puisque la Corse est déficitaire. » Les 169 000 litres vendus chaque année servent à faire le fameux brocciu. « Casabianda est à l'origine du renouveau de la brebis de race corse », se félicite cet ingénieur agronome, docteur en droit. C'est également ici que se retrouvent, chaque année pour les saillies, les étalons du haras d'Uzès et les juments, amenés par tous les éleveurs de la région. Le centre de détention est aussi le premier fournisseur de bois de chauffage en Corse, grâce à ses 600 hectares d'eucalyptus, où oeuvrent une douzaine de détenus bûcherons, payés à la tâche. Une soixantaine d'autres s'activent dans les champs, pour 9 à 25 euros par jour. Les postes les plus demandés par les prisonniers sont ceux de conducteurs de tracteur ou de moissonneuse-batteuse.

« On est autonomes, on part avec notre casse-croûte. » A la bergerie, sur les hauteurs du domaine, deux détenus ramènent le troupeau. Il est 15 heures. Depuis le matin, ils ont parcouru une dizaine de kilomètres à travers champs. « On est autonomes, on part avec notre casse-croûte, précise l'un des bergers, Sébastien, 32 ans, un grand mince avec une queue de cheval en salopette bleue, libérable fin 2009. Le chien ne nous sert à rien, c'est nous qui allons chercher les retardataires. » « Les bergers de Casa sont recherchés dans toute la région, souligne Francis Vieles. Lorsqu'ils repartent d'ici, ils savent mener un troupeau, soigner les brebis malades ou castrer les mâles. » Sébastien, lui, considère le métier de berger comme une parenthèse pour se reconstruire. « Quand on part avec les brebis, on est seuls face à la nature, on peut méditer. Il y a deux façons de vivre sa prison. Soit se lamenter tous les jours et lorsque l'on sort, au bout de dix ans, on n'a pas avancé d'un iota. Soit profiter de chaque moment pour guérir. » Cet ancien grossiste en reptiles dans la région de Marseille se destine au théâtre. En prison, il a écrit une pièce, montée avec 14 autres détenus, et vient d'en terminer une autre sur le thème de la relation amoureuse. Cet été, la troupe a pris le car avec trois accompagnateurs pour se produire à Solaro, le village d'à côté. « On observait les gens pour voir les regards qu'ils portaient sur nous, comme si l'on avait le mot Casabianda gravé sur notre front. Finalement, ça s'est bien passé, on nous a même demandé de revenir jouer. » Depuis un an et demi qu'il est ici, Sébastien a le sentiment d'avoir fait « des pas de géant ». « Grâce à la liberté dont on jouit, j'ai regagné en autonomie. J'ai aussi retrouvé un peu ma dignité, il n'y a pas d'oeilleton aux portes des cellules et les gardiens vous disent bonjour. Ici, je suis redevenu un être humain. » De l'aveu même du directeur, les fouilles des cellules sont « symboliques » : « Ces visites sont avant tout l'occasion de parler avec le détenu et de vérifier l'état du matériel électrique. » C'est à Casabianda qu'ont été installés les premiers parloirs familiaux qui permettent aux prisonniers d'avoir des relations sexuelles. Deux petits pavillons près du poste de garde accueillent chaque mois une trentaine de familles. Dans trois semaines, Sébastien reçoit sa petite amie. « Cela fait trois ans que je ne l'ai pas vue... »

Le revers de la médaille, c'est l'éloignement. « Pour un détenu, venir ici signifie se couper encore un peu plus de sa famille, s'inquiète Nicole, l'assistante sociale, une quinqua à lunettes rectangulaires, cheveux châtains coupés au carré. Beaucoup ne bénéficient d'aucune visite. Or, l'une des clés de la réinsertion est de pouvoir compter sur ses proches à la sortie, un défi pour le délinquant sexuel, qui est en général rejeté par son entourage. »

A 17 h 45, la sirène sonne le dernier appel de la journée. Les détenus ont jusqu'à 21 heures pour réintégrer leur bâtiment de détention dont un gardien fermera la porte d'entrée à double tour, tout en sachant qu'il n'y a pas de barreaux aux fenêtres, juste des moustiquaires. Reste la question qui brûle les lèvres : les détenus qui passent ici sont-ils moins dangereux à la sortie ? Bizarrement, personne n'est capable de vous répondre. Depuis presque trente ans que Casabianda s'est spécialisée dans les délinquants sexuels, aucun bilan n'a jamais été établi. « Quelqu'un qui vient ici en ayant entamé un travail sur lui-même a une chance de progresser et de se mettre à l'abri d'une récidive. Le problème est que beaucoup sont dans le déni, s'alarme Nicole, l'assistante sociale. Personne ne peut dire à 100 % qu'Untel ne récidivera jamais. Ici, on ne fait pas de miracles. » Emile Louis en est la démonstration. Condamné à vingt ans pour avoir violé et torturé sa femme et sa fille, puis à la perpétuité pour le meurtre de sept jeunes filles handicapées mentales, le « monstre de l'Yonne » a pourtant, après une condamnation en 1983 pour attentat à la pudeur, séjourné à Casabianda, où il a laissé le souvenir d'un détenu modèle... L'an dernier, la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales de Haute-Corse soulignait dans un rapport d'inspection sur Casabianda : « Compte tenu de la population incarcérée, la prise en charge psychiatrique est désastreuse. » Une carence que pourrait en partie combler « l'injonction de soins », qui conditionne désormais les remises de peine et les libérations conditionnelles au suivi d'un traitement.

Le soleil est presque couché. Sur la plage, Yvan vient relever sa ligne une dernière fois. En espadrilles et sweat siglé « L'empire du foot », ce quinqua condamné à neuf ans, qui va bientôt être libéré, est sans illusions sur son avenir. « On vous maintient dans un faux paradis, puis on vous jette dehors sans un sou en poche. A part berger ou ouvrier agricole, ce n'est pas avec ce que j'ai appris ici que je vais trouver un travail. » Et d'ajouter après un silence : « Le problème, c'est qu'il va falloir sortir... »

1. Les prénoms des détenus ont été modifiés.
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MessageSujet: Des prisons sans murs et sans barreaux devraient ouvrir après 2015   Sam 3 Avr - 6:15

Des prisons sans murs et sans barreaux devraient ouvrir après 2015
LEMONDE | 02.04.10 | 11h26 • Mis à jour le 02.04.10 | 21h03



Jean-Marie Bockel veut ouvrir les portes des prisons. Le secrétaire d'Etat à la justice propose de créer des prisons ouvertes, qui s'inséreraient dans le cadre du nouveau plan de construction d'établissements pénitentiaires de la chancellerie, prévu pour débuter en 2015. Il a présenté, jeudi 1er avril, un rapport sur la faisabilité de ces "prisons différentes", sans murs, sans barreaux et sans miradors.


Le système des prisons ouvertes a trouvé sa place dans d'autres pays européens comme le Danemark, la Finlande, la Suède ou l'Autriche.

Au Danemark, le régime ouvert de détention est le principe, l'établissement fermé est l'exception utilisée en cas de longue peine, de tentative d'évasion ou si le détenu a "abusé de la liberté offerte dans une prison ouverte". Sur environ 4 000 places de prison, plus du tiers sont en régime ouvert. Le coût journalier d'un détenu s'élève à 265 euros en prison fermée, contre 156 euros en prison ouverte. En 2008, le Danemark a enregistré près de 90 évasions, dont la quasi-totalité en prisons ouvertes.

En Finlande, sur 26 établissements pénitentiaires, 11 sont des prisons ouvertes qui représentent près du tiers des places de prison du pays. L'orientation vers une prison ouverte ne tient pas nécessairement compte de la nature du crime commis. L'identification d'un risque de récidive est plus décisive. La Finlande ne comptabilise pas les évasions mais les "départs sans permission" qui se sont élevés à 56 pour 2008.

En Suède, un quart des places disponibles sont en régime ouvert. Particularité notable, certains établissements utilisent un bracelet électronique afin de limiter les risques d'évasion. La répartition des détenus entre les différents établissements se fait d'après le risque d'évasion et leur comportement en détention. Les détenus pour conduite en état d'ivresse sont souvent orientés vers les établissements à régime ouvert.

En Autriche, près de 8 % des 8 581 places sont en régime ouvert de détention. Il s'agit de zones ouvertes intégrées à des établissements fermés. Elles sont essentiellement structurées sous forme d'exploitations agricoles. Les détenus pour mœurs ou pour incendie en sont a priori exclus. Avant d'être affecté dans un établissement ouvert, chaque détenu transite au préalable par un établissement fermé, où il est observé pendant au moins deux semaines.
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M. Bockel affiche des objectifs modestes : à terme, 10% des détenus pourraient être placés dans une prison ouverte, comme c'est le cas dans plusieurs pays européens.

Selon lui, l'expérience pourrait concerner, dans un premier temps, 300 à 400 détenus, répartis dans deux ou trois établissements. Il pourra s'agir d'un établissement propre d'environ 150 personnes ou de structures ouvertes à côté d'une prison. Les deux modèles existent en Europe.

SÉLECTION DES DÉTENUS

Après avoir visité la seule prison ouverte française, à Casabianda, en Corse, M. Bockel a commandé un rapport à un jeune chercheur de l'université d'Aix-en-Provence, Paul-Roger Gontard. Celui-ci a étudié plusieurs établissements en Europe et il en a tiré les conditions nécessaires à leur réussite : une sélection des détenus (dangerosité, capacité à intégrer le sens de la peine, volontariat), une discipline consentie par les prisonniers et du travail.

Dans les prisons européennes de ce type, les évasions sont rares tout comme les suicides. Le taux de récidive à la sortie est plus faible. Les détenus circulent librement dans l'établissement. Les relations avec l'extérieur (famille, amis, employeurs) sont facilitées.

Dans certains pays, ils ont le droit d'avoir un téléphone portable. Les détenus savent qu'une tentative d'évasion peut les conduire dans une prison fermée. Enfin, les coûts de fonctionnement sont inférieurs à une prison fermée.

A Casabianda, la population est constituée en majorité de délinquants sexuels intrafamiliaux. "C'est une exception en Europe", constate M.Gontard, expliquant que les publics des prisons ouvertes sont plus variés.

Le chercheur propose d'accueillir également dans ces établissements des auteurs de vols sans violence, des délinquants financiers, des auteurs d'homicides involontaires, condamnés à plus d'un an de prison – 4 200 détenus sur 62 000 correspondraient à ce critère.

"Nous allons examiner les préconisations de M.Gontard, dans le cadre du programme immobilier que nous prévoyons pour 2015", explique le porte-parole de la chancellerie, Guillaume Didier. Le ministère de la justice prévoit la création de 5 000 places de prisons supplémentaires à partir de 2015. Il veut aussi créer 12 000 places, pour remplacer celles de 18 prisons vétustes qui doivent fermer. Le nouveau programme prévoit des normes de sécurité moins importantes.

La garde des sceaux, Michèle Alliot-Marie, s'inscrit en rupture par rapport au "tout béton" qui a caractérisé le plan de construction de 13 200 places, décidées en 2002, actuellement en cours d'ouverture. La ministre a reconnu qu'elle trouvait "déshumanisées" ces prisons ultramodernes et basées sur la vidéosurveillance.

"Il faut changer le regard sur les prisons", explique M. Bockel. L'administration pénitentiaire va étudier les sites d'implantations possibles de ces établissements ouverts. Le secrétaire d'Etat indique que des élus locaux lui ont déjà fait part de leur intérêt pour ces nouvelles prisons.
Alain Salles
Article paru dans l'édition du 03.04.10
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MessageSujet: La France veut s'ouvrir aux prisons sans barreaux   Ven 4 Juin - 5:17

La France veut s'ouvrir aux prisons sans barreaux


Le secrétaire d’État à la justice, Jean-Marie Bockel, souhaite multiplier en France ce type d’établissements

Cela peut laisser songeur. Être détenu au sein d’un établissement pénitentiaire dénué de mur d’enceinte ou de miradors est pourtant répandu dans différents pays européens (Finlande, Luxembourg, Autriche, etc.). « Là-bas, entre 10 et 30 % de la population carcérale est détenue dans un établissement sans barreaux, pourquoi ne réfléchirions-nous pas, nous aussi, à ce nouveau régime de détention ? » s’interroge Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la justice.

Lequel se rend aujourd’hui au Luxembourg pour en visiter un. Assurant ne pas être attentif qu’au sort des détenus, il estime que « la société tout entière aurait à y gagner ». Pourquoi ? « Car plus les conditions de détention s’humaniseront, plus les risques de récidive diminueront et moins nous aurons, à l’avenir, de victimes à déplorer », affirme-t-il.

En France, seul le centre de détention de Casabianda (Haute-Corse) fonctionne sur ce modèle. Ses 170 détenus ont chacun une activité au sein de la vaste ferme de 1 500 hectares que comprend le centre. Totalement libres de leurs mouvements, ils ont pour seule contrainte de répondre aux différents appels ponctuant la journée et de dormir au sein de cellules fermées.

«On passe une sorte de contrat de confiance avec le détenu»
Spontanément, on pourrait s’imaginer qu’un tel régime de détention incite à l’évasion. Apparemment, ce n’est pas le cas. « Rien, physiquement, ne les empêche de s’évader mais les détenus savent pertinemment qu’en agissant ainsi, ils risquent d’écoper d’une nouvelle peine, plus lourde, et de réintégrer un établissement classique », analyse Paul-Roger Gontard, auteur d’un récent rapport sur les « prisons ouvertes ».

À l’entendre, les atouts propres à ce type d’établissements ne manquent pas. « Toutes nos visites à l’étranger confirment qu’on y constate une très faible violence de la part des détenus, précise-t-il. Que ce soit sur eux-mêmes, entre eux ou vis-à-vis du personnel. » Autre bon point : les prisonniers feraient preuve de meilleures capacités de réinsertion à leur sortie.

Un constat qui n’étonne pas la présidente de l’Association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire, Catherine Paulet : « Dans ce type d’établissement, souligne-t-elle, on passe une sorte de contrat de confiance avec le détenu, ce qui constitue un premier pas vers sa réadaptation au milieu ouvert. » Pour la psychiatre, c’est là « une manière de restituer progressivement à la personne incarcérée son identité de citoyen ».

Près de 10 % de la population carcérale concernée
Dernier atout des prisons ouvertes, et non des moindres en ces temps de disette budgétaire : leur coût de fonctionnement. « La surveillance d’un mur d’enceinte requiert, à elle seule, la présence de sept équivalents temps pleins, calcule Paul-Roger Gontard. L’absence de mirador ou de coursive abaisse également les dépenses de façon sensible. »

Séduisantes sur le papier, ces prisons d’un genre nouveau se trouvent toutefois face à plusieurs obstacles. D’abord, peu de détenus correspondent au profil type recherché pour ce mode de détention. Les terroristes, les criminels les plus dangereux ou ceux ayant agi en bande organisée ne peuvent, par définition, y être éligibles. « À terme, près de 10 % de la population carcérale pourrait être concernée », précise Jean-Marie Bockel. Soit 5 000 à 6 000 détenus.

Nous ne multiplierons pas ce type de prisons
Restera, ensuite, à trouver des terrains suffisamment éloignés des grands centres urbains pour accueillir ce genre d’établissement. Seuls les élus des départements ruraux pourraient se montrer intéressés. C’est le cas du député de la Lozère, Pierre Morel À l’Huissier (UMP). « Nous réfléchissons sérieusement à l’implantation d’une prison de ce genre dans les environs de Mende, confie-t-il. Ce serait, pour nous, une manière d’y maintenir l’emploi. »

Du côté du ministère de la justice, on accueille plutôt favorablement le concept de « prison ouverte ». « Michèle Alliot-Marie souhaite œuvrer à l’ouverture d’établissements permettant une réinsertion active des détenus, confirme Arthur Dreyfuss, le porte-parole adjoint de la chancellerie. Dans ce cadre, le concept des prisons ouvertes est une piste à creuser. » Quelques-unes pourraient, éventuellement, voir le jour à partir de 2015. « Mais soyons clairs, ajoute-t-il. Nous ne multiplierons pas ce type de prisons partout en France. Ce ne serait ni opportun, ni adapté. »

Cela pourrait, aussi, avoir un coût politique, à l’heure où l’impératif de sécurité passe pour être l’une des revendications majeures de la population. Pas de quoi, pour autant, faire hésiter Pierre Morel À l’Huissier. « À nous d’expliquer à nos administrés, avec détermination et pédagogie, les enjeux majeurs de ce nouveau type d’établissements. »
Marie BOËTON

Et si on limitait le nombre des emprisonnements ? geek
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MessageSujet: Exécution des peines: Bockel prône le développement des prisons ouvertes   Sam 29 Jan - 16:42

Exécution des peines: Bockel prône le développement des prisons ouvertes

Le sénateur Jean-Marie Bockel, président du mouvement de la Gauche Moderne, a préconisé vendredi le développement des "prisons ouvertes" pour permettre un meilleur taux d'exécution des peines, sujet sur lequel l'Elysée a confié une mission au député UMP Eric Ciotti.
AFP - Le sénateur Jean-Marie Bockel, président du mouvement de la Gauche Moderne, a préconisé vendredi le développement des "prisons ouvertes" pour permettre un meilleur taux d'exécution des peines, sujet sur lequel l'Elysée a confié une mission au député UMP Eric Ciotti.

M. Bockel avait déjà proposé cette solution en mars 2010 lorsqu'il était secrétaire d'Etat à la Justice.

S'agissant du chiffre de 30.000 peines non exécutées donné par le chef de l'Etat dans sa lettre à M. Ciotti, le sénateur du Haut-Rhin a expliqué sur Europe 1 qu'en réalité "le souci du gouvernement" ce sont "peut-être 10.000 personnes qui sont dehors (hors de prison) et qui posent un certain nombre de problèmes, gardent une certaine dangerosité" .

"On vient d'une situation où il y avait jusqu'à 70.000 peines qui n'étaient pas exécutées, par manque de suivi, par manque de place", a souligné l'ex-secrétaire d'Etat.

"Le dilemme aujourd'hui du gouvernement c'est que si ces 10.000 personnes retournent en prison" cela aboutira à "une saturation, à trop de personnes par cellule", a-t-il souligné jugeant qu'il faudrait pour couvrir les besoins créer "20.000 cellules supplémentaires dans les années à venir".

"Mais il y a d'autres alternatives, y compris pour des peines longues, qui sont des prisons ouvertes, un système où il n'y pas de barreaux, où il y a une organisation autour d'une ferme, autour d'ateliers d'artisanat de personnes qui acceptent le contrat de ne pas s'évader", a fait valoir M. Bockel. Il a cité en exemple la prison ouverte de Casabianda en Corse "où il n'y a pas d'évasion", notant que ce genre d'établissements s'étaient "multipliées en Europe".

"Pour le moment on n'a pas franchi ce pas. On a des solutions, mais il faut le décider", a dit M. Bockel (ex-PS), président fondateur de La Gauche Moderne (associée à l'UMP)
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MessageSujet: Belle initiative ENFIN !...et à généraliser ...et VITE !   Mer 14 Déc - 9:04

n établissement pénitentiaire expérimental, la prison Charles-Roche, va être implanté dans le Jura, à Saint-Julien-sur-Suran, près de Lons-le-Saulnier. Cette décision, prise par le garde des Sceaux Michel Mercier, va donner naissance à un lieu de privation de liberté innovant.

D’une capacité de 120 détenus, il sera réservé à des hommes, tous volontaires et pour qui il s’agit d’une première condamnation d’une durée comprise entre 6 mois et cinq ans. Sont exclus les crimes de sang et les condamnations de nature sexuelle.

Le contrat de confiance entre la prison et les détenus se traduit par des conditions de détention exceptionnelles : chaque détenu à la clé de sa cellule dépourvue de barreaux. Ni grillage ni barbelés à l’exception de la double enceinte de l’établissement.

UN LIEN DIRECT ENTRE LA
POPULATION LOCALE ET LA PRISON

Plus original encore, le lieu de détention est adossé à un centre commercial où travailleront les détenus en fin de peine, en contact direct avec les clients. Le salaire versé sera comparable à celui de la vie en liberté.
Ce régime pilote, proposé par Pierre Botton, fondateur et président des Prisons du cœur a été entièrement validé par l ‘administration pénitentiaire.

La sanction aux manquements aux règles est le renvoi dans le circuit pénitentiaire ordinaire. Les populations locales ne sont pas oubliées et seront représentées dans un comité local afin de créer un lien direct entre les habitants et le personnel et les détenus de la prison Charles-Roche. Un beau projet, à la fois utopique et réaliste, comme on ne l’espérait plus guère en cette période où le discours répressif tient le haut du pavé
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MessageSujet: Le projet Botton   Ven 30 Mar - 9:55

Ancien détenu, Pierre Botton a imaginé son projet de prison en pensant à ses 20 mois en cellule. La première pierre devrait être posée dans le petit village de Saint-Julien-sur-Suran, dans le Jura. Le conseil municipal a voté pour ce projet innovant, même si les habitants se sont prononcés contre, à 54%. Aujourd'hui, des surveillants de prison vont aussi manifester à Lons-le-Saulnier contre ce projet de prison "ouverte".


Pierre Botton avec ses plans © Maxppp Richard Ray
Une prison sans barreaux. Avec des cellules individuelles de 10 mètres carré chacune, dans des petits chalets de bois, entourés d'un double grillage, au loin. Aucun mirador. Pas de mitard. L'établissement pourra accueillir 120 détenus, tous condamnés pour la première fois, pour des peines courtes, de moins de cinq ans. Aucun auteur de crime sexuel ou de sang.

Dans cette prison expérimentale, chaque détenu entrera librement dans sa cellule, imagine Pierre Botton, l'ex-homme d'affaires emprisonné pendant plus de 600 jours dans les années 90, pour abus de biens sociaux. L'homme est ressorti meurtri de ses 20 mois en cellule, baladé de maison d'arrêt en maison d'arrêt. Depuis sa libération, il a monté une association, Les prisons du coeur. Et il se bat pour changer le visage des prisons françaises.

"Privation de liberté, pas de sexualité"

Sa prison pilote, il voudrait l'appeler Charles-Roche, du nom du surveillant qui lui avait sauvé la vie un soir de Noël, un soir de déprime.

Cette prison ressemblera un peu à un village. Avec une place, des arbres, des salles de sport, d'études, une bibliothèque, une salle de télévision commune à tous. Pour que les détenus ne soient pas isolés dans leurs cellules. Etre obligés de vivre ensemble, de s'accorder ensemble, pour mieux préparer la sortie. Dans sa prison, Pierre Botton a laissé une grande place aux unités de vie familiale car, dit-il, "la peine c'est la privation de liberté, pas la privation de sexualité".

"Vous avez une entrée pour les détenus, et une autre pour les familles, avec un manège. Parce que c'est une chose dont moi j'ai souffert. Je ne voulais pas que mes enfants soient marqués par les grilles, les bruits. Ça marque un gosse."

"Le but est d'éviter que celui qui a volé un oeuf vole un boeuf"

La grande innovation dans ce village-prison, c'est aussi et surtout, juste à côté des cellules, un centre commercial, où les détenus pourront travailler, au contact de clients venus de l'extérieur. L'objectif prioritaire est de réussir la réinsertion. Hazis Vardar, le patron du théâtre parisien Le Palace, est l'un des chefs d'entreprise engagés aux côtés de Pierre Botton pour la réinsertion des détenus. "Pour moi, le but est d'éviter que celui qui a volé un oeuf vole un boeuf". Et "l'idéal c'est d'avoir une carotte, se dire : si t'as la formation, tu peux te retrouver à bosser dans un théâtre, et ton avenir n'est pas terminé quand tu sors".

Le modèle corse

Ce projet de prison "ouverte" est désormais soutenu par le Ministère de la Justice, qui estime que philosophiquement, la prison Botton peut être un modèle d'avenir, en tout cas pour les détenus condamnés à de courtes peines, qui n'ont pas besoin de miradors pour purger leurs peines. Le contrôleur général des lieux de privation de liberté insiste lui aussi sur les points positifs de ce type de prison ouverte. Il note au passage qu'il en existe une depuis plus de vingt ans, en Corse, à Casabiende, pour les longues peines et les condamnés sexuels. Les détenus de Casabiende travaillent avec des bêtes, sur des exploitations agricoles. Ils sont libres dans leur prison à ciel ouvert. "Personne ne s'évade", précise Jean-Marie Delarue. Il ajoute, à propos de la prison Botton, qui divise le petit village de Saint-Julien-sur-Suran, dans le Jura : "Je crois même qu'il y a moins de danger à faire des prisons qui assureront la réinsertion, qu'à faire des prisons sans âme, des 'usines à captivité', où les gens se durçiront et représenteront un danger en sortant".

"La prison n'enferme pas que des odieux criminels. La personne qui a fait deux excès de vitesse consécutifs n'est pas dangereuse pour les gens qui habitent à proximité" - Jean-Marie Delarue

Mais dans l'administration pénitentiaire, le projet inquiète. "Ce qui nous heurte c'est la méthodologie qui consiste à permettre à une personne privée d'être à l'initiative d'un établissement pénitentiaire", explique Boris Targe, directeur de la prison de Nantes, et secrétaire national du syndicat national des directeurs pénitentiaires. Le principal syndicat de surveillants de prison, l'UFAP, doit manifester aujourd'hui contre cette prison expérimentale, évaluée à 10 millions d'euros.
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