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 Le danger des biocarburants

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MessageSujet: Le danger des biocarburants   Lun 12 Oct - 15:21

Je pressens que vous ne lisez pas tous le quotidien économique Les Échos. Pardon aux fidèles lecteurs du titre, mais je vais faire comme si personne n’avait lu cela. Je résume pour ceux qui n’ont pas le temps. La France des lobbies - et croyez-moi, celui des biocarburants est sacrément puissant - a réussi à extorquer à l’État 100 millions d’euros pour des études sur les nécrocarburants de deuxième génération. Ceux qui existent, les seuls qui existent, dévastent les forêts tropicales, affament les peuples, aggravent la crise du climat. J’en ai fait un livre, La faim, la bagnole, le blé et nous (Fayard). Malgré le désastre global et planétaire en cours, les gros céréaliers français ont réussi à décrocher la timbale. Et nous paierons donc tous pour permettre à l’industrie de répondre aux critiques que les labos travaillent, sérieusement, sur une deuxième génération. Laquelle, par miracle, règlerait tous les problèmes.

Je n’ai ni le temps, ni le goût de détailler une fois de plus. Mais je vous glisse tout de même cette phrase impayable de Nathalie Kosciusko-Morizet au printemps 2008, alors qu’elle était secrétaire d’État à l’écologie : « Le problème [ des biocarburants de seconde génération ], c’est que ces techniques ne seront au point que dans dix à vingt ans » . Or donc, on entend faire passer l’horrible pilule des nécrocarburants actuels au nom de chimères qui ne verront peut-être jamais le jour. L’argent public ne coûte rien, saviez-vous ?

J’ajoute qu’un responsable national écologiste - que j’apprécie - m’a demandé aujourd’hui même ce que je pensais de l’article des Échos. Et du rôle attribué aux carburants végétaux dans cette crise alimentaire qui n’en finit pas. Ne disposant que de très peu de temps, je lui ai fait la réponse suivante :

>XYZ,

Je ne vais pas être long, car aux dernières nouvelles, tout est abondamment contenu et référencé dans le livre que j’ai écrit sur le sujet.
On ne comprend rien, réellement rien, à la question des biocarburants si l’on oublie cette évidence qu’un puissant lobby industriel est à l’œuvre dans le monde entier, à l’appui d’une production en tous points désastreuse. Un, les biocarburants ont joué un rôle majeur dans l’explosion du prix des denrées alimentaires depuis deux ans. De très nombreuses études l’attestent. Je te glisse un échantillon rapide de citations des années 2007 et 2008.

Pour le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, « les biocarburants sont sans aucun doute un facteur important dans l’accroissement de la demande en produits alimentaires », le prix du maïs ayant ainsi doublé en deux ans. 2008

John Lipsky, numéro deux du Fond monétaire international (FMI) a estimé jeudi 8 mai 2008 que le développement des biocarburants serait responsable à 70% de la hausse récente des prix du maïs et 40% de celle des graines de soja.

La FAO, à l’automne 2008 : « Les consommateurs urbains pauvres et les acheteurs nets de denrées alimentaires dans les zones rurales sont tout particulièrement menacés. Une grande partie des pauvres de la planète dépensent plus de la moitié de leurs revenus pour s’acheter de la nourriture.“Les décisions liées aux biocarburants devraient tenir compte de la situation de la sécurité alimentaire, mais aussi de la disponibilité de terres et d’eau”, selon M. Diouf. “Tous les efforts devraient être ciblés sur la conservation du but suprême consistant à libérer l’humanité du fléau de la faim”. »

Le Belge Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, en 2008 : « Les objectifs ambitieux en matière de production de biocarburants que se sont fixés les États-Unis et l’Union européenne sont irresponsables. La production de colza, l’huile de palme, qui détruit les forêts en Indonésie, l’utilisation d’un quart de la récolte de maïs aux États-Unis, c’est un scandale, qui sert uniquement les intérêts d’un petit lobby, avec l’argent du contribuable. J’appelle au gel de tout investissement dans ce secteur ».

Rapport de l’OCDE, septembre 2007 : « The current push to expand the use of biofuels is creating unsustainable tensions that will disrupt markets without generating significant environmental benefits »

Stephen Corry, directeur de Survival, en 2008 : « Le boom du biocarburant n’a pas seulement de graves conséquences sur l’environnement, la hausse du prix des denrées alimentaires ou la survie des orang-outang – il a aussi un impact dévastateur sur les peuples indigènes. Les compagnies qui promeuvent cette industrie ont réellement la volonté de se débarrasser des peuples indigènes afin d’accaparer leurs terres ».

Au cours d’un Forum pour la souveraineté alimentaire, en marge de la conférence de la FAO à Brasilia, le mouvement paysan international Via Campesina a condamné la production de biocarburants. « Le problème, c’est non seulement l’utilisation de produits agricoles à des fins autres que l’alimentation mais aussi la quantité d’eau que l’on utilise, les pesticides et la monoculture qui finit par tuer la terre », a ainsi déclaré Juana Ferrer, la représentante de la Confédération nationale des femmes paysannes de la République Dominicaine (2008).

Je te le répète, il ne s’agit que d’un maigre échantillon. J’aurais aisément pu montrer la même chose à propos des atteintes à la biodiversité par destruction de forêts tropicales ou de milieux aussi riches que le cerrado brésilien. J’aurais pu, de même, citer quantité de grands noms de la science – Paul Crutzen, prix Nobel de chimie – qui jugent le boom mondial en faveur des biocarburants responsable d’une hausse considérable des émissions de gaz à effet de serre. Notamment au travers du drainage des tourbières d’Asie.

Franchement, le dossier est clair, net et sans bavure. Il faut et il suffit de rassembler les informations disponibles. Pour ce qui concerne la France, le lobby est celui de l’agriculture industrielle et des grandes coopératives céréalières. Faut-il faire un dessin ? Quant aux biocarburants de seconde génération, ils servent essentiellement d’argument publicitaire en faveur de ceux réellement existants. Il s’agit essentiellement de propagande qui permet de faire passer le bilan dévastateur de ceux de première génération. En somme, demain, on rasera gratis


Dernière édition par Admin le Mar 21 Déc - 18:35, édité 1 fois
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MessageSujet: Des bactéries génétiquement modifiées pour produire du biocarburant   Mer 20 Jan - 6:55

Des bactéries génétiquement modifiées pour produire du biocarburant

Malgré la controverse qu’ils suscitent, les biocarburants restent un sujet de recherche chez moults chercheurs. Lesquels s’efforcent de trouver de nouvelles voies plus efficaces de production des biocombustibles.

La voie choisie par Philippe Marlière, généticien et ancien chercheur à l’Institut Pasteur, est la voie métabolique. Et plus exactement la voie métabolique artificielle (par opposition à « naturelle »). Il a découvert qu’une bactérie aux gènes artificiellement modifiés pouvait produire des hydrocarbures.

Philippe Marlière explique à nos confrères de L’Express, qui publie un article sur sa découverte dans son dernier numéro, que son invention consiste à reprogrammer les gènes de micro-organismes afin de leur faire transformer les sucres contenus dans la biomasse (végétaux, paille, mélasse, déchets ménagers…) en molécules d’isobutène. L’isobutène étant un gaz à partir duquel il est aisé de produire du carburant (essence, gasoil, kérosène…).

Fort de sa trouvaille, le chercheur accepte de tenter l’aventure industrielle, poussé par Marc Delcourt, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure, auteur d’une thèse sur la biologie moléculaire, et «serial entrepreneur» dans le domaine des biotechnologies. Le duo crée alors la société Global bioénergies, implantée dans la pépinière d’entreprises du Génopole d’Evry près de Paris.

Des travaux inspirés des activités enzymatiques naturelles

Au début de l’année 2009, les deux co-fondateurs parviennent à lever plusieurs millions d’euros auprès de la société de capital-risque Masseran Gestion, filiale de la Caisse d’Epargne. Une somme qui leur permet d’engager une série d’études complémentaires dans un objectif de validation du procédé.

C’est en octobre dernier que Global Bioenergies publie un communiqué enthousiaste résumé en ces termes : «Global Bioenergies annonce aujourd’hui avoir obtenu la preuve de concept d’une voie métabolique artificielle permettant la synthèse d’isobutène, un synthon pouvant être converti en carburants, en polymères et en plusieurs produits de commodités.»

Les recherches de Philippe Marlière s’inspirent des activités enzymatiques naturelles. Celles, par exemple, qui voient les bactéries présentes dans le fumier changer les matières organiques en méthane, ou les levures des viticulteurs qui transforment le sucre du raisin en alcool.

L’équipe de Philippe Marlière a cerné les enzymes produites par ces micro-organismes, analysé les processus chimiques de dégradation, et isolé les gènes correspondants. Les travaux de Global Bioenergies conduisent à engendrer des microbes à l’ADN reprogrammé, dont les enzymes digèrent la biomasse, tout en sécrétant de l’isobutène.

Parmi les quelque pionniers européens des «OGM à biocombustibles», «nous sommes les seuls à fabriquer des hydrocarbures sous forme de gaz», indique Marc Delcourt à L’Express. Maintenant, de la preuve de concept à la torchère d’isobutène, il faudra encore patienter quelques années.


Info complémentaire :
Il y a aussi une expérience similaire en cours aux USA avec la bactérie associée à la tuberculose...
la tuberculose, ce formidable biocarburant
Source:
Biofuel from TB Bacteria
US - A team of researchers at Massachusetts Institute of Technology are attempting to engineer biofuel-producing microbes from Rhodococcus bacteria — soil-dwelling microbes that eat a variety of toxic compounds.
Source: bioenergysite


NB: Bidouiller dans les gênes des enzymes et bactéries qui sont les micro-organismes à la base des fonctionnements métaboliques, n'est pas sans danger... La dissémination de ces micrOGM serait encore plus difficilement décelable que dans les végétaux, mais tout aussi irréversible!
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MessageSujet: Une voie sans issue   Dim 19 Déc - 18:22

AGROCARBURANTS : UNE NOUVELLE FLÈCHE CONTRE LA POLITIQUE EUROPÉENNE


Creative Commons - David_Reverchon 2008

LIENS
Page : Souveraineté alimentaire
Page : Environnement & développement
CONTACT
Stéphane Desgain
Chargé de la Souveraineté alimentaire.
Tél. : +32 (0) 2 250 12 64
stephane.desgain@cncd.be

Une nouvelle étude commanditée par le ministre du Climat et de l’Énergie, Paul Magnette, visant à évaluer l’impact de l’expansion des cultures d’agrocarburants dans les pays extra-communautaires, montre que la voie des agrocarburants est sans issue.

La politique européenne de promotion des agrocarburants doit impérativement être remise en cause. Ce n’est plus uniquement la voix des ONG et des organisations paysannes qui portent qui porte ce message, mais la conclusion sans appel d’une récente étude commanditée par le Ministre Magnette et présentée aujourd’hui. Le secteur associatif environnemental et de solidarité internationale presse le Ministre de prendre la mesure des conclusions de cette étude et d’appeler à une révision de la politique européenne de promotion des agrocarburants parce qu’il n’est pas possible de résoudre le problème des impacts négatifs par la certification.

Au mois de novembre, l’étude de l’Institute for European Environmental Policy (IEEP) concluait que la politique européenne actuelle sur les agrocarburants augmentera sensiblement les émissions de gaz à effet de serre au lieu de les diminuer. L’étude publiée aujourd’hui, commanditée par le ministre du Climat et de l’Énergie Paul Magnette au CETRI (Centre Tricontinental), vise à évaluer l’impact de l’expansion des cultures d’agrocarburants dans les pays extra-communautaires. Le bilan est sans appel : de nouveaux critères de certification, fussent-ils ambitieux, ne pourront en rien endiguer les désastres environnementaux et sociaux, déjà visibles dans les pays du Sud, suite à l’imposition européenne de 10% d’énergies renouvelables (constituées à plus de 95% d’agrocarburants) dans le transport à l’horizon 2020. Car il sera impossible d’atteindre l’objectif de l’Union Européenne sans avoir recours massivement à l’importation...

Déforestation, privatisation de l’accès à des ressources naturelles vitales, conditions de travail dégradantes (parfois proches de l’esclavage), déplacement des cultures alimentaires, renforcement de la dépendance alimentaire et même augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre... Voici quelques-uns des constats tirés de cette étude, un bilan « accablant » qui engage directement la responsabilité publique.

En s’imposant des objectifs contraignants qui obligent le recours à des agrocarburants importés, la Commission européenne et les États membres de l’Union se portent de facto responsables des impacts désastreux, pourtant maintes fois critiqués par les ONG environnementales, les organisations paysannes et de solidarité internationale et des organisations multilatérales : « Les impacts causés par l’obligation du recours aux biocarburants ne sont pas le résultat de tendances de longue période ou de responsabilités complexes et diffuses. Ils sont le résultat de décisions politiques explicites, parfaitement identifiables et datables », rappelle l’étude.

Longtemps réclamée par les organisations paysannes et les associations Nord-Sud, cette étude a le mérite de faire le point sur les possibilités de maîtrise de ces effets négatifs. L’étude montre que des « critères de durabilité » ne suffiront pas à endiguer les effets négatifs massifs de pratiques agricoles non durables au Sud et de la politique énergétique et de transport européen actuelle, basée sur des « besoins » de transport et de mobilité toujours croissants. En effet, la certification ne permet pas de prendre en compte les effets indirects importants de la production d’agrocarburants. Quels que soient les critères identifiés, elle continuera à poser question sur l’essentiel : comment rendre responsable un producteur d’agrocarburants des conséquences du déplacement de la production alimentaire dans une autre région ou un autre pays ? Comment le rendre individuellement responsable du renforcement de la dépendance alimentaire d’une région ou d’un pays ? Comment lui imputer la responsabilité de la stratégie de survie de paysans qui ont perdu ou vendu leur terre et iront produire ailleurs avec ou sans déforestation ?

« Présidant en ce moment le Conseil de l’Union européenne, [la Belgique] a l’opportunité de mettre la question des agrocarburants sur la table. Mais ce n’est pas en proposant une nouvelle version des critères de durabilité qu’elle fera évoluer un débat qui s’est enlisé. Il faut changer de paradigme et mettre en chantier un autre type de réflexion et de mesures (...) », souligne l’auteure de l’étude.

Les ONG environnementales, les organisations paysannes et de solidarité internationale pressent le ministre Magnette, qui a reconnu aujourd’hui les effets pervers potentiels d’une politique contraignante en matière d’agrocarburants, de prendre la mesure des conclusions de l’étude qu’il a lui-même commanditée. Elles lui demandent d’appeler, alors que la Belgique préside le Conseil européen, à une révision profonde et urgente de la politique d’imposition des agrocarburants et à un contrôle strict et régulé de la production sur le sol européen.

Aujourd’hui il est devenu impossible de justifier l’obligation d’imposer les 10% « d’énergies renouvelables » dans le transport. En effet, les États membres prévoient de répondre à cet engagement pour moitié par l’importation. L’étude démontre de manière incontestable que cette obligation – même avec une certification – sera de toute manière extrêmement néfaste pour la sécurité alimentaire, la biodiversité et la durabilité de l’agriculture au Sud. Ceci d’autant plus dans un contexte de volume de transport croissant. C’est un risque qui d’aucune manière ne peut être pris.

« Cette situation appelle, non une réponse réglementaire et la poursuite de vaines discussions sur les critères de durabilité et de non-durabilité, la certification, les calculs de GES et l’estimation chiffrée d’effets indirects. Elle appelle une réponse politique concertée (…) sur la remise en cause en tant que telle de la politique de promotion du recours aux agrocarburants (...) ».
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