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 Que faire des "délinquants" sexuels

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MessageSujet: Que faire des "délinquants" sexuels   Sam 10 Oct - 3:54

Le meurtre de Marie-Christine Hodeau relance la polémique sur le traitement des délinquants sexuels récidivistes.
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Vendredi 9 octobre, le parquet d'Evry a confirmé que Marie-Christine Hodeau, la joggeuse de 42 ans assassinée le 28 septembre, a également été violée. L'ADN du suspect mis en examen dans cette affaire a été retrouvé sur son corps.

***

Le meurtrier présumé de Marie-Christine Hodeau, Manuel Da Cruz, a bénéficié d'une libération conditionnelle en 2008, après une condamnation pour le viol d'une jeune fille de 13 ans. Frédéric Lefebvre, ex-député et porte-parole de l'UMP, a prôné tout de suite la «castration chimique». Si le nombre de condamnations pour agressions et crimes sexuels en France est préoccupant (respectivement 10.735 et 1.626 par an) — et souvent dans le cadre familial ou par des personnes connues de la victime, le taux de récidive est relativement faible: 0,9% pour les viols et 6% pour les agressions sexuelles.

Les commissions d'évaluation de la dangerosité, composée d'experts psychiatres et de magistrats, ne sont saisies que sur demande du juge d'application des peines.

Déterminer une politique de gestion de la délinquance sexuelle implique d'abord de bien comprendre qui est l'agresseur: pourquoi agit-il, quel rapport entretient-t-il avec son acte. Avant d'être criminel, le violeur est avant tout un malade. Il n'est pas «fou» au sens psychiatrique, mais souffre bien d'une pathologie psychologique qu'il ne parvient pas à contrôler. L'enfermement apparaît dès lors comme une réponse immédiate de protection de la société mais comme inadéquate pour guérir le malade. Pour cela, le suivi médical et éducatif sont la seule réponse possible.

Qui sont les violeurs?

Arnaud Martorell, psychiatre des hôpitaux et expert auprès de la Cour d'Appel de Versailles a mis au point une typologie des violeurs établie pour le suivi des cas cliniques (parue dans L'Évolution Psychiatrique, 1996). Il établit trois profils:

- le névrotique: il reconnaît avoir contraint sa victime, se sent coupable, reconnaît le ressentiment possible de la victime, et reconnaît la légitimité de l'interdit et la punition légale.

- le pervers immature: il tend à banaliser la contrainte, il a honte de son geste, il minimise le ressentiment de la victime et accepte avec difficulté l'interdit et la punition légale

- le pervers sadique: il nie avoir contraint la victime, n'exprime ni honte ni anxiété, nie le ressentiment. Il défie la loi.

Pour cet expert psychiatre, les facteurs d'agressivité, le rapport de l'agresseur avec la victime, sont des éléments déterminants. S'il n'y a pas de profil social type, les violeurs sont en règle général affabulateurs, sadiques, frustrés, et souvent d'un niveau intellectuel faible.

Martine Fossier, psychopédagogue à la retraite, est visiteuse de prisons à Lausanne en Suisse depuis plusieurs années. Elle travaille notamment sur les délinquants sexuels incarcérés suite à des viols sur mineurs: «la plupart des violeurs déclarent ne pas être conscients de leurs acte au moment des faits, parlent d'un état second, proche d'une incontrôlable frénésie. La majorité exprime des regrets». Un des prisonniers dont elle s'occupe insiste même pour revoir la victime et en obtenir un pardon illusoire. «Au moment du procès, lorsqu'ils doivent expliquer les raisons de leurs actes, ce sont souvent les difficultés infantiles qui sont évoquées: père incestueux, mère absente, enfance volée». Ces faits sont en général contredits par les avocats: ils sont avérés dans 10% des cas environ.

Punir ou soigner? Punir et soigner

La psychiatre Christiane de Beaurepaire, qui travaille depuis 15 ans à la maison d'arrêt de Fresnes, est catégorique. «On assiste à un vrai paradoxe: on condamne ces personnes à des soins, on les juge donc “malades” et on leur applique au même temps une punition. Ces personnes ne devraient pas être en prison.» Les témoignages recueillis par Martine Fossier étayent ce point de vue: «les violeurs sont mis à part, surtout les violeurs d'enfants. Prisonniers et gardiens leur infligent un traitement très sévère, à tel point que certains établissements ont ouvert des unités spécialisées. C'est une marque d'infamie».

Selon Christiane de Beaurepaire, l'exemple à suivre serait celui du Canada ou de la Suisse, où existent des établissements d'accueil spécialisés pour les délinquants sexuels.

Comment les suivre?

Selon la loi, lorsqu'un détenu nécessitant des soins est consentant et que son état est compatible avec la détention, il peut bénéficier de soins ambulatoires dispensés par le SMPR (Service Médico-Psychiatrique Régional). Si le détenu ne consent pas aux soins, il n'aura pas de prise en charge. Ni soins ambulatoires, ni hospitalisation.

Charlotte Paradis, bénévole pour l'association Ban Public, qui soutient les détenus et leurs familles, constate que le nombre de délinquants sexuels qui accèdent à des soins psychiatriques durant leur séjour en prison est minime. «Même si un suivi psychiatrique est obligatoire pour eux, de fait, à cause la grande pénurie de psychologues et de psychiatres en milieu carcéral, très peu d'entre eux en bénéficie. En priorité, on traite les détenus avec des lourdes pathologies psychiatriques, qui ont un statut particulier, car ils peuvent être dangereux lors de la détention. Mais tout autre délinquant sexuel doit se montrer déterminé, répéter ses demandes au médecin généraliste, pour espérer décrocher ce statut particulier».

Un autre problème soulevé par la jeune bénévole est celui de la «confiance totale», condition indispensable pour un traitement psychiatrique efficace. Les détenus ont tendance à considérer les psychiatres comme un prolongement de l'administration pénitentiaire, et se montrent méfiants. Une fois que le contrôle est déclenché, le suivi se met en place comme dans une thérapie normale, mais il relève de l'autorité de chaque prison de décider de sa durée et de son déroulement. «On leur reproche beaucoup de choses mais on ne leur donne pas les moyens de changer», ajoute Charlotte Paradis. Une fois sorti de prison au printemps 2005, le violeur récidiviste Patrick Trémeau «pensait être soigné». Il affirme ne pas comprendre pourquoi il a de nouveau violé.

«Castration chimique»

Le traitement hormonal du trouble est très efficace, dit Christiane de Beaurepaire, qui l'a testé en milieu carcéral et à l'extérieur: «les personnes l'ayant suivi se sont dites très soulagées, libérées temporairement des pulsions insupportables qui les envahissent». La psychiatre estime que l'emploi du terme castration est «navrant» de la part de membres du gouvernement car inexact. «C'est une expression qui condamne, et donc rassure l'opinion publique, mais elle est aussi terrifiante pour ces personnes qui pourraient avoir besoin d'un traitement et qui n'osent pas le demander par peur d'une “castration” effective».

Martine Fossier reste pour sa part sceptique sur cette approche: «Nous échangeons avec les médecins des centres pénitenciers. Nous nous accordons tous à la dire que la castration chimique n'est pas vraiment efficace». Elle ajoute que lorsqu'il est temporaire, le traitement est souvent interrompu à la sortie de prison, ou dès que la surveillance se relâche. Les traitements définitifs permettent de soulager la pression hormonale. Cependant ni l'érection, ni le coït ne sont nécessaires pour commettre un viol. Chaque agresseur répond à une logique propre. Certains agissent sous l'impulsion d'un désir de rapport sexuel, mais beaucoup prétendent se venger d'une injustice subie, exorciser une frustration, et dans ce cas le désir sexuel n'est pas déterminant.

Peut-on guérir?

Non. «Les violeurs ne s'en sortent jamais vraiment. Au mieux, on arrive à obtenir qu'ils contiennent leurs pulsions, et encore. Les violeurs réagissent à bien des égards comme les grands drogués: il faut toujours se méfier de ce qu'ils racontent, et toujours rester vigilant sur leur capacité à se maîtriser», estime Martine Fossier. Elle se dit favorable à un suivi à vie, au delà de la période de détention, par le moyen de résidences surveillées, de bracelets ou de puces électroniques. «Je crois que personne ne sait vraiment comment aborder ce problème, dont on aimerait se débarrasser. Mais ce n'est pas quelque chose qui puisse se résoudre, au mieux on peut travailler dessus. Il faut agir vite et proposer des méthodes médico-éducatives. Plus on traîne, plus on expose les potentielles victimes».

Son point de vue rejoint l'avis de Christiane de Beaurepaire. Elle estime qu'aujourd'hui la médecine ne possède pas les éléments nécessaires pour parvenir à la guérison. La recherche n'a pas été encore assez loin sur ce point: on sait que ces troubles du comportement sexuel ont une origine aussi neurologique, mais on reste dans une grande ignorance à ce sujet. «Au lieu de légiférer à chaque cas particulier, il faudrait investir dans la recherche, dans la formation des thérapeutes. La question des délinquants sexuels et des personnes atteintes par ce genre de trouble devrait être de la responsabilité du Ministère de la Santé car il s'agit d'un problème de santé publique».
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