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 Souffrance des porcs

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MessageSujet: Souffrance des porcs   Mar 11 Aoû - 15:33

Je ne comprends toujours pas ce qui m'arrive...

Depuis toute petite, j'essaie de savoir pourquoi ils se comportent aussi violemment, ces gens, mais je n'y parviens pas. Mes ancêtres ont-il commis l'impardonnable pour que je paie aussi cher en souffrances et en mépris ?

Déjà à ma naissance, j'avais l'occasion de constater des bizarreries : attachée, Maman respirait péniblement et n'avait aucun moyen de bouger. Étendre un membre ou se coucher, ces simples mouvements, Maman ne les exécutait qu'en rêve.

Notre habitat était sale : nous dormions parmi nos déjections et les odeurs pestilentielles nous écœuraient. J'étais persuadée que jamais, je ne pourrais m'y habituer...pourtant, je me répétais que ce devait être normal, que notre sort à tous résidait dans cette atmosphère fétide. Mais l'autosuggestion s'avérait inefficace et des questions récurrentes me tourmentaient, sans déboucher sur des réponses satisfaisantes : "les autres ont l'air de s'y être habitués, pourquoi pas moi ?" Cette interrogation bouclait dans mon esprit fiévreux.

Mes trois frères Romain, Lucas, Max et moi, nous battions avec frénésie pour atteindre notre ration de lait quotidienne. Maman ne nous rassurait pas : nous ressentions comme une angoisse transmise par son liquide anémié. Elle n'avait pas le moindre geste maternel à notre égard. Elle semblait perdue dans un monde inaccessible à nos yeux de nouveaux-nés candides. Pourtant, nous devinions aisément le chagrin engendré par le refoulement de son instinct maternel .mais elle s'interdisait tout ce qui pouvait susciter en elle un tourment supplémentaire. Et je nous soupçonne, nous quatre, d'être en partie responsables de sa souffrance.

Lorsque je fus à peine âgée de quelques semaines, ils me soulevèrent du caillebotis sur lequel je somnolais avec mes frères, empoignèrent une pince en métal et m'arrachèrent brutalement les canines : j'avais beau pleurer, crier, m'époumoner, rien ne les arrêtait. Une intense douleur traversa mes gencives pour aller se loger définitivement dans les maxillaires. Aujourd'hui encore, lorsque je serre les dents, ce souvenir ressurgit violemment et la peur me submerge : je réprime des hurlements, enfouis si cruellement au fond de moi et prêts à retentir à tout moment.

Après cet épisode, chaque fois qu'ils ouvraient la porte de notre pièce, l'angoisse me terrassait : pour me rassurer, j'essayais de penser à autre chose, ou bien j'appelais Romain ou Lucas qui, à leur tour, sanglotaient de désespoir.

Lorsque nous eûmes atteint l'âge d'être sevrés, nous dûment quitter Maman, qui nous jeta subrepticement un dernier regard peiné. Ce n'est qu'au moment de partir que je remarquai les beaux yeux bleus de Maman. Avais-je moi aussi les yeux bleus ? Je n'en sais toujours rien.

Nous allâmes rejoindre une colonie d'individus inconnus, tous plus tourmentés les uns que les autres. Ils avaient à peu près notre âge. Nous ne reçûmes plus aucune nouvelle de notre mère. Quant à notre père, nous ne l'avions jamais connu.

Je me liai d'amitié avec Nancy, elle avait à peine deux semaines de moins que moi : elle me raconta qu'à elle aussi, on avait arraché les dents. Elle ajouta que le pire nous attendait. "Comment le sais-tu ?", lui demandai-je. "Je les ai aperçus par une lucarne, ils vont nous ouvrir le ventre, et nous retirer les ovaires" "Tu es folle, pourquoi feraient-ils une chose pareille?" lui répliquai-je

Avant qu'elle n'ait eu le temps de me répondre, deux individus que je n'avais encore jamais vus, vinrent m'arracher à sa compagnie. L'un d'eux avait environ vingt ans, des cheveux très courts, un visage rougeaud et bouffi, l'autre, plus vieux, affichait ce même teint rougeaud, un air de famille, mais il était plus gras, plus vieux, plus sale.

Le benjamin saisit un couteau et le vieux lui détailla ce qu'il attendait de son élève. Je ne compris pas tout mais l'angoisse atteint son paroxysme lorsque je sentis ses mains calleuses s'emparer de mon corps : alors que je me débattais comme une forcenée, que je hurlais de peur puis de douleur, que je tentais de mordre ses bras avec ce qu'il me restait de dents, il entailla le bas de mon ventre puis en ôta une partie que je considérais pourtant comme intime. J'eus l'impression qu'une décharge de 1000 volts traversait mon épine dorsale, je pensai mourir, je demandai à mourir sur le champ tant la douleur était vive, mais, à mon grand désarroi, je restai consciente, en pleine possession de tous mes sens devenus mes pires ennemis.

Les deux brutes semblaient imperturbables. L'on recousit le bas de mon ventre puis me balança dans la grande salle sombre ou je pus retrouver Nancy, pétrifiée. J'étais complètement sonnée et la douleur ne faiblissait pas. J'avais du mal à respirer. Nancy se tenait près de moi, silencieuse : elle m'observait. Je sentis les deux brutes s'emparer d'elle, j'entendis ses cris et ses plaintes puis, au fur et à mesure qu'elle s'éloignait, ses hurlements allèrent decrescendo. Malgré la pénombre, je reconnus, non loin de moi, Lucas, qui ne semblait pas au meilleur de sa forme. Malgré le supplice que subissait mon corps, je m'endormis.

La nuit fut très mouvementée. La douleur au bas de mon ventre me réveilla à plusieurs reprises et les cris de désolation que poussaient mes congénères parasitèrent mon sommeil léger, si difficile à apprivoiser.

Je restai dans cette grande salle obscure plusieurs semaines, me remettant tant bien que mal de mon " opération ". L'air sentait de plus en plus mauvais. Mes co-locataires me paraissaient de plus en plus insupportables : j'en aurais bien mordu un à pleines dents, choisi au hasard dans cette foule antipathique, si je n'avais pas été si raisonnable.

Je restai dans cette grande salle obscure jusqu'à ce matin. Ce matin à l'aube. Ce matin, à l'aube, vers cinq heures, un camion se gara à l'entrée de la salle où nous étions parqués : les deux brutes s'approchèrent de nous avec des barres de fer et nous cognèrent férocement pour nous indiquer le chemin de la sortie. Nous nous déplaçâmes, tous très effrayés. Certains se tétanisaient d'effroi. La lumière vive du jour, malgré l'heure matinale nous éblouit. Un vent de panique soufflait à l'entrée du véhicule : nous nous bousculions, nous marchions les uns sur les autres. J'entrevis Romain lorsqu'il monta dans le camion mais il était déjà bien loin de moi. J'aperçus aussi le vieux rougeaud qui lui assénait un coup d'aiguillon électrique et mon sang se glaça lorsque le corps de mon frère se crispa de douleur.

Dans la bousculade, je ne comprenais rien. Je savais que nous devions entrer dans ce fichu camion. Et je pensais qu'ils avaient mal calculé : nous ne pouvions, même en nous serrant, tous tenir dans ce véhicule.

A force de coups et de bousculades, nous finîmes par parvenir à nous tasser dans le camion : j'étais écrasée entre deux de mes congénères, plus jeunes semblaient-ils. J'étouffais. J'aperçus également Maman, que je n'avais pas revue depuis notre départ vers la salle obscure : elle avait un pied cassé, elle suffoquait. En fait, elle ne tenait pas debout, et devoir demeurer dans ce camion semblait être, pour elle, un effort incommensurable. Lorsque le camion démarra, nous basculâmes tous vers l'arrière : les plus costauds d'entre nous, situés à l'avant, vinrent s'écraser sur les plus faméliques du fond.

Au bout de plusieurs heures, alors que nous étions assoiffés, affamés, que la chaleur, devenue insoutenable, nous oppressait, plusieurs de mes compagnons de voyage s'écroulèrent dans les excréments qu'ils n'avaient pu retenir préalablement.

Maman faisait partie de ceux-là. J'essayais de ne pas regarder dans sa direction, impuissante.

Je comprends maintenant ce qui m'arrive...

Je suis actuellement dans une file d'attente : j'ai vu Maman se faire assommer puis découper et dépecer mi-vive, mi-morte et mon tour est proche : Maman n'est plus présentable, elle fera sans doute des rillettes, du saucisson ou des raviolis, moi, qui suis encore jeune et jolie, je serai découpée en tranches et emballée sous vide.

Je refuse. Je ferai tout ce que je peux pour échapper aux couteaux sanguinaires : je me débattrai, je hurlerai, j'essaierai de m'échapper, je rassemblerai toute l'énergie qu'il me reste pour lutter contre cette fin inévitable, contre cette faim évitable.

J'ai peur. Très peur. Tellement peur.

Bientôt, un petit garçon malicieux plantera son couteau et sa fourchette dans ce qui fut autrefois mes hanches, ou mes fesses, ou mon ventre. Peut être posera-t-il à sa maman des questions dérangeantes : sa jolie maman qui ne boite pas, qui ne suffoque pas lui rétorquera : "tais-toi et mange"
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