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 Crise alimentaire : l'égoïsme de l'occident

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MessageSujet: Crise alimentaire : l'égoïsme de l'occident   Ven 6 Juin - 15:43

Jean Ziegler : C'est un échec total, c'est extraordinairement décevant, et très inquiétant pour l'avenir des Nations unies. Le sommet est assez unique dans l'histoire de cette organisation : plus de 50 chefs d'Etat et de gouvernement se sont réunis pour discuter de solutions concrètes à apporter à l'effroyable massacre quotidien de la faim, qui s'aggrave encore avec l'explosion des prix mondiaux des matières premières agricoles depuis cinq ou six mois. Mais le résultat de cette conférence est totalement scandaleux : l'intérêt privé s'est imposé, au lieu de l'intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d'aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre.

Quels engagements des membres de la FAO auriez-vous souhaité ?

Je souhaitais trois décisions. Tout d'abord, l'interdiction totale de brûler de la nourriture pour en faire des biocarburants. Ensuite, retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur pour exclure le gain spéculatif. Troisièmement, que les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international, donnent la priorité absolue dans les pays les plus pauvres aux investissements dans l'agriculture vivrière, familiale et de subsistance.

La déclaration finale du sommet, difficilement adoptée jeudi soir, engage les pays membres de la FAO à réduire de moitié le nombre de personnes qui ont faim d'ici à 2015. Est-ce un objectif crédible ?

Non, c'est de l'hypocrisie la plus totale. D'ailleurs, ce but est celui du millénaire. C'est en septembre 2000, au seuil du nouveau millénaire, que Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies à l'époque, avait réuni les pays membres des Nations unies à New York et avait fixé neufs buts du millénaire pour éradiquer la misère, la faim, etc. Le premier, qui a été adopté, était déjà de réduire de moitié les affamés d'ici à 2015. Mais entre 2000 et 2008, la faim n'a pas reculé, elle a massivement augmenté.
Selon la FAO, il y avait l'année dernière 854 millions de personnes gravement et en permanence sous-alimentées. Sans compter les 6 millions d'enfants morts de faim. Et il pourrait y avoir 100 millions de personnes de plus à tomber dans la sous-alimentation grave et permanente à partir de maintenant à cause de l'explosion des prix.

Qui sont, selon vous, les responsables de cet "échec" du sommet de Rome ?

Il y en a trois principaux. D'une part, les Etats-Unis et leurs alliés canadiens et australiens qui ont saboté le sommet en faisant pratiquement la politique de la chaise vide. D'autre part, les grandes sociétés multinationales. Dix sociétes multinationales contrôlent actuellement 80 % du commerce mondial des aliments de base mais elles ne sont pas la Croix-Rouge et ne sont pas en charge de l'intérêt collectif. Troisième responsable, et je le dis avec beaucoup d'inquiétude, c'est le secrétaire général des Nations unies, qui est chargé de faire des propositions. Or, il ne le fait que d'une façon très insuffisante.
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MessageSujet: Quelque 50 millions d'affamés de plus en 2007   Mer 9 Juil - 16:34

Le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de quelque 50 millions en 2007 du fait de la flambée des prix des denrées alimentaires, a déclaré le 3 juillet, M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, au cours d’une conférence au siège du Parlement européen à Bruxelles.

“Les pays pauvres subissent de plein fouet les graves conséquences de la flambée des prix des produits alimentaires et de l’énergie”, a dit M. Diouf.

“Des partenariats nouveaux et plus solides s’imposent d’urgence pour affronter les problèmes de sécurité alimentaire qui s’aggravent dans les pays pauvres. Aucun pays ou institution ne peut, à lui seul, résoudre cette crise. Les bailleurs de fonds, les institutions internationales, les gouvernements des pays en développement, la société civile et le secteur privé ont un rôle important à remplir dans la lutte menée au niveau mondial contre la faim.”

Selon M. Diouf, la crise actuelle est le résultat de plusieurs facteurs réunis : la demande accrue sur les produits agricoles due à la croissance démographique et au développement économique dans les pays émergents ; l’expansion rapide des biocarburants ; et l’insuffisance de l’offre, la production étant affectée par le changement climatique, en particulier les sécheresses et les inondations, au moment où les stocks céréaliers – 409 millions de tonnes – sont à leurs plus bas niveaux depuis 30 ans.

Ces tendances sont exacerbées par les mesures restrictives prises par certains pays exportateurs pour protéger leurs consommateurs et par les fonds spéculatifs sur les marchés à terme.

Les hausses des prix des intrants agricoles sont un obstacle de taille empêchant les pays en développement d’accroître leur production agricole. De janvier 2007 à avril 2008, les prix des engrais en particulier ont augmenté à un rythme beaucoup plus soutenu que celui des prix des denrées alimentaires.
Les défis à venir
En vue de réduire le nombre de sous-alimentés dans le monde tout en répondant à la demande croissante, la production alimentaire mondiale devrait doubler d’ici à 2050.

L’augmentation de la production alimentaire doit avoir lieu principalement dans les pays en développement, là où vivent les pauvres et les affamés et où se vérifiera plus de 95% de l’accroissement démographique.

Il est indispensable que les agriculteurs de ces pays aient accès aux intrants modernes, aux installations de stockage et aux infrastructures rurales.

L’agriculture mondiale devra également relever des défis majeurs, notamment la maîtrise de l’eau et le changement climatique. Plus de 1,2 milliard d’individus vivent aujourd’hui dans des bassins fluviaux où ils ne disposent pas d’assez d’eau pour couvrir leurs besoins et l’inquiétude s’accroît devant la tendance vers l’aggravation de la pénurie hydrique. Quant à l’Afrique subsaharienne, elle n’utilise que 4% de ses ressources en eau renouvelables.

Le monde perd, chaque année, 5 à 10 millions d’hectares de terres cultivables du fait de la grave dégradation des sols, mais en Afrique, en Amérique latine et en Asie centrale, il existe un fort potentiel d’expansion des terres sous culture.

Les gouvernements et les paysans devront également relever le défi du changement climatique en ce qui a trait à l’agriculture. Si les températures moyennes augmentaient de plus de 3 degrés Celsius, les rendements des principales cultures, notamment le maïs, pourraient chuter de 20 à 40% dans certaines parties de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine, a rappelé M. Diouf.

En outre, les sécheresses et les inondations vont probablement s’intensifier provoquant des dégâts supplémentaires aux cultures et des pertes accrues de bétail.
Investir dans l’agriculture
“La situation actuelle est le résultat de la longue négligence de la part de la communauté internationale de l’agriculture des pays en développement”, a fait observer M. Diouf. “La part de l’agriculture dans l’aide publique au développement a chuté, passant de 17% en 1980 à seulement 3% en 2006. Les investissements dans la recherche agricole dans les pays en développement représentent moins de 0,6% de leur produit intérieur brut, contre plus de 5% dans les pays de l’OCDE.”

L’accroissement de la production agricole dans les pays en développement ne sera possible qu’en intensifiant les investissements publics et privés dans l’agriculture. La FAO estime à 24 milliards de dollars par an les besoins en investissements publics supplémentaires, y compris les ressources supplémentaires nécessaires pour la maîtrise de l’eau, les routes rurales, les installations de stockage, la recherche et la vulgarisation, a indiqué M. Diouf.

“Lors du récent Sommet de l’alimentation de la FAO, les engagements des bailleurs de fonds, qui ont atteint quelque 20 milliards de dollars, ont illustré la détermination de la communauté internationale à prendre des mesures en faveur des communautés rurales des pays pauvres”, a ajouté M. Diouf.

Le soutien aux paysans dans les pays en développement grâce à la fourniture de semences et d’engrais doit être une priorité si l’on veut augmenter la production alimentaire dans les pays les plus pauvres. La production de céréales dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier (à l’exclusion de la Chine et de l’Inde) a diminué de 2,2% en 2007, en particulier en Afrique, et pourrait baisser encore en 2008 car les agriculteurs pauvres sont incapables d’acheter les intrants adéquats alors que les prix ne cessent d’augmenter.

“La FAO est actuellement à l’œuvre dans 35 pays. Elle soutient la production agricole dans ces pays grâce à la fourniture de semences sélectionnées, d’engrais et d’autres intrants agricoles essentiels pour les semis d’été. La FAO espère élargir le champ de son action à plusieurs autres pays dans les prochaines semaines”, a indiqué M. Diouf.

En outre, la FAO a récemment approuvé, dans le cadre de son Programme de coopération technique, des projets d’une valeur totale de 23,7 millions de dollars au titre du soutien à la production agricole (fourniture d’intrants) dans 54 pays pauvres.

Autre priorité mentionnée par M. Diouf : le soutien aux balances des paiements et aux budgets des pays à déficit alimentaire. La facture des importations alimentaires des pays à faible revenu et à déficit vivrier a augmenté d’environ 37% en 2007 et pourrait accuser une nouvelle augmentation de 56% en 2008. Elle est aujourd’hui quatre fois plus élevée que son niveau de 2000.

A moyen et long terme, a souligné M. Diouf en substance, il faut se concentrer sur l’augmentation des investissements publics et privés dans l’agriculture afin d’améliorer les infrastructures rurales et permettre aux petits agriculteurs de bénéficier des opportunités du marché. Parallèlement, il convient de renforcer les capacités institutionnelles pour assurer un développement agricole durable.

http://www.notre-planete.info/actualites/actu_1723_50_millions_affames_supplementaires_2007.php
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MessageSujet: Les gâteaux de boue en Haïti   Dim 17 Aoû - 17:50

Les gâteaux de boue en Haïti

dimanche 17 août 2008

par Rory CARROLL

Haïti : Les gâteaux de boue sont devenus le régime de base de nombreuses familles pour qui la nourriture, dont les prix montent en flèche, est hors de portée. Avec la pauvreté et les prix des produits d’importation qui explosent, la moitié de la population meurt de faim.


À Cité Soleil, un des bidonvilles les plus pauvres de Port-au-Prince, la fabrication de nourritures à base d’argile est devenu un des meilleurs moyens de gagner de l’argent. Les gâteaux de boue sont les seuls aliments, imperméables à l’inflation, que peuvent s’offrir les pauvres d’Haïti.

Au premier coup d’œil, l’affaire ressemble à une poterie prospère. Dans une cour poussiéreuse, des femmes mélangent l’argile et l’eau et forment des centaines de petits plats, puis les laissent sécher au soleil des Caraïbes.

C’est de l’artisanat brut et les produits finis sont irréguliers. Mais les clients ne se plaignent pas. C’est Cité Soleil, le bidonville le plus connu d’Haïti, et ces plats ne servent pas à mettre les aliments, ils sont les aliments !


Cassants et sableux, et aussi révoltant que ça le paraisse, ce sont ce qu’on appelle « les gâteaux de boue ». Pendant des années, ils étaient consommés par les femmes enceintes, qui manquaient de calcium, comme un supplément plutôt risqué et pas du tout reconnu médicalement, mais désormais, ces gâteaux sont devenus un aliment de base pour des familles entières.

Ce n’est ni pour le goût ni pour les qualités nutritionnelles (un iota de sel et de margarine ne permet pas d’oublier que ce n’est que de la terre et le journaliste peut témoigner d’un arrière-goût persistant), mais bien parce que ce sont les aliments les moins chers et que, de plus en plus, ils sont le seul moyen de se remplir le ventre.

« Les gâteaux de boue stoppent la sensation de faim », indique Marie-Carmelle Baptiste, 35 ans, une productrice, en regardant son stock disposé en rangées. Elle n’a aucune illusion sur leurs attraits : « vous en mangez quand vous ne pouvez pas faire autrement ».

Et ces temps-ci justement, beaucoup de gens ne peuvent pas faire autrement. La crise pétrolière et alimentaire mondiale a touché Haïti plus durement peut-être que les autres pays, poussant une population déjà engluée dans une extrême pauvreté, vers la famine et la révolte. Les coupe-faim sont appelés « avaler du Clorox », une marque d’eau de javel.

L’Organisation de l’Alimentation et de l’Agriculture des Nations Unies (FAO)a prédit que la facture de la nourriture importée va grimper de 80 % cette année pour Haïti, la plus rapide au monde. Les révoltes de la faim ont renversé le Premier Ministre et ont causé 5 morts en avril. Des subventions d’urgence ont limité les prix et ramené le calme mais le gouvernement, à court d’argent, remonte les prix petit à petit. De nouveaux troubles sont attendus.

Selon les Nations Unies, deux tiers des Haïtiens vivent avec moins de 50 pences (environ 0,65 cents) par jour et la moitié est sous-alimentée. "La nourriture est disponible mais les gens ne peuvent pas se permettre de l’acheter. Si la situation empire, nous pourrions rentrer dans une période de famine dans les 6 à 12 mois.", a déclaré Prospery Raymond, le directeur de l’association britannique Christian Aid, dans le pays.

Jusqu’à récemment, cette nation des Caraïbes, qui rivalise avec l’Afghanistan dans les statistiques consternantes concernant le développement humain, a montré des signes de reprise : stabilité politique, de nouvelles routes et infrastructures, moins de guerre des gangs. "Nous allons dans la bonne direction et cette crise alimentaire menace le redressement," a indiqué Eloune Doreus, le Vice-Président du parlement.


Quand la détresse augmente, la production de gâteaux de boue augmente aussi, représentant aujourd’hui un indice officieux de la misère. Maintenant, même les boulangers ont des difficultés. Transportée depuis des zones riches en argile, à l’extérieur de la capitale, Port-au-Prince, la boue est plus chère mais les gâteaux se vendent quand même à 1,3 pences l’unité, et restent le seul produit qui ne connaît pas l’inflation. "Nous avons besoin d’augmenter nos prix mais c’est aujourd’hui le dernier produit disponible et les gens ne le toléreront pas," se lamente Baptiste, le boulanger de Cité Soleil.

Les gâteaux de boue sont vendus une Gourde pièce

Les vendeurs d’autres produits alimentaires qui ont augmenté leurs prix, se retrouvent avec des stocks d’invendus. Dans le bidonville de Policard, un tas de béton cassé, collé à un flanc de montagne, la famille Ducasse a triplé le prix de ses beignets à cause de la montée en flèche des prix de la farine. "Nos ventes ont été divisées par deux", raconte Jean Ducasse, 49 ans, en poussant du doigt son plateau de marchandises desséchées.

Les signes de la crise sont visibles partout. Une organisation d’aide alimentaire a signalé que le nombre de gens qui ont besoin d’aide a triplé. Dans un centre alimentaire, dans le bidonville de Fort Mercredi, des femmes terriblement maigres bercent des enfants aux cheveux jaunis, un symptôme de sous-alimentation. "Maintenant, nous devons nourrir les mères en plus des bébés," indique Antonine Saint-Quitte, une infirmière.

Dans les zones rurales, la situation semble encore pire, provoquant une dérive continue vers les bidonvilles des villes et leur mirage d’opportunités. Lillian Guerrick, 56 ans, une fermière qui survit près de Cap Haïtien, a du retirer ses sept petits-enfants de l’école car il n’y avait pratiquement plus d’argent pour se nourrir, une fois les frais scolaires payés. "Je n’avais pas le choix," dit-elle, un peu sur la défensive, au milieu des tiges de maïs flétries.

Des témoignages anecdotiques suggèrent que la présence des élèves en classe a fortement chuté et que ceux qui viennent en classe, sont parfois trop affamés pour se concentrer. "Je fais des plaisanteries en classe pour stimuler mes étudiants, pour les réveiller", raconte Smirnoff Eugène, 25 ans, professeur à Port-au-Prince.

Les frontières avec la République dominicaine sont bloquées par des foules de marchands à la recherche du meilleur prix chez leurs voisins relativement prospères.

"Bip bip, poussez-vous !" hurle un adolescent, en nage, les veines gonflées, alors qu’il pousse péniblement une brouette remplie d’oignons à travers la foule, sur le pont de la frontière d’ Ouanaminthe.

Les souffrances d’Haïti proviennent de la tendance de l’économie mondiale à déterminer des prix élevés pour le pétrole et l’alimentation. Et ceci s’ajoute à l’envoi réduit d’argent à leur famille, par les migrants, affectés par le déclin aux USA. Ce qui rend le pays encore plus vulnérable est sa presque totale dépendance envers l’importation de denrées alimentaires.

L’agriculture intérieure est un désastre. Les forêts ont été brûlées et coupées pour l’agriculture et la production de charbon ; ce qui a dégradé les sols. Et les sous-investissements chroniques ont rendu les infrastructures rurales, au mieux chancelantes et au pire, inexistantes.

Les souffrances ont été aggravées par une décision, dans les années 80, de hausser les droits de douane, alors que les prix internationaux étaient plus bas et inondaient le pays avec des légumes et du riz importés, bon marché. Les consommateurs étaient gagnants et le FMI a applaudi mais les agriculteurs du pays ont fait faillite et la vallée de l’Artibonite, le grenier du pays, a été atrophiée.

Maintenant que les prix des produits importés ont grimpé en flèche, le gouvernement a juré de reconstruire l’agriculture en ruine mais c’est une tache herculéenne étant donné les ressources limitées, les sols dégradés et les conflits de propriété.

Il y a cependant un précédent qui permet un espoir. Une franchise en expansion de laitiers locaux, connue sous le nom de Let Agogo (Lait à gogo en créole) aide les petits fermiers à transporter et vendre leur lait, créant ainsi des emplois et des revenus et permettant à Haïti de réduire de 20 millions £ [=26 millions €] par an, sa facture d’importation.

Le Président René Préval a salué ce projet et encouragé à suivre ce modèle mais Michel Chancy, la force motrice de Veterimed, une organisation non gouvernementale qui soutient les laitiers, s’est montré méfiante. "Pendant 20 ans, les politiciens nous ont parlé de faire revivre l’agriculture mais ils n’ont, en fait, rien fait. Si cette crise alimentaire les force à agir alors c’est une grande opportunité." Avec un grand "si", a-t-il rajouté.

Promenez-vous sur la plage le matin et vous verrez des Haïtiens regarder l’horizon azuré de l’océan, et rêver d’un ailleurs. Ils sont extrêmement fiers de leur histoire et d’avoir vaincu l’esclavage et le colonialisme mais aujourd’hui, les USA, les Bahamas ou la République Dominicaine (n’importe où sauf chez eux) semblent être la meilleure solution.

La seule chose qui empêche l’exode aux USA sont les patrouilles des garde-côtes, déclare Herman Janvier, 30 ans, pêcheur au Cap Haïtien, un lieu de contrebande. "Les gens veulent partir d’ici. C’est comme si nous étions déjà morts."

La dernière fois que Janvier a essayé de passer la frontière, il a été arrêté et interné dans la baie de Guantanamo. "Je leur ai proposé de m’engager dans l’armée américaine. Je leur ai proposé de nettoyer leur base. Ils ont refusé. Alors me voici à nouveau ici, sur un bateau sans moteur, à faire ce que je peux pour survivre".

Source : The Guardian
Traduction : Isabelle Rousselot, révisé par Fausto Giudice
tlaxcala

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article7761
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MessageSujet: Des milliards pour la finance, des miettes pour la faim   Ven 17 Oct - 7:13

Pendant la crise financière globale, les autres crises planétaires passent à la trappe. Et parmi celles-ci (énergétique, climatique) la crise alimentaire est la plus aiguë : 923 millions de personnes sont victimes de la faim dans le monde en 2008, estime la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Alors que les pays développés prévoient d’injecter jusqu’à près de 3 000 milliards d’euros dans le sauvetage du système bancaire et financier de la planète, 1 % de ce pactole - décidé en moins d’un mois - suffirait à sortir l’humanité de la faim. «Il ne faudrait investir que 30 milliards d’euros par an pour assurer la sécurité alimentaire d’une population qui atteindra 9 milliards en 2050», écrivait Jacques Diouf dans nos colonnes (Libération du 8 octobre).

«Tsunami silencieux». Il suffit de remonter cinq ans en arrière pour voir l’ampleur des dégâts. En 2003, 815 millions de personnes souffraient de la faim. On assistait alors à une baisse moyenne de 6 millions par an. Les agences de l’ONU se prenaient à rêver : si, chaque année, 28 millions de plus sortaient de la trappe de la malnutrition, alors on pourrait réduire de moitié le nombre de victimes de la faim d’ici à 2015…

Retour sur terre en 2008. Sur fond de spéculation, de ruée vers les biocarburants, de sécheresse liée au changement climatique, le prix des denrées alimentaires explose de façon exponentielle. + 50 % depuis le début 2008, après 24 % en 2007, 12 % en 2006… Cette inflation galopante depuis 2002 est la plus forte depuis le début des années 70, qui avait conduit à des famines dramatiques. Six millions d’Ethiopiens sont aujourd’hui menacés.

Le drame, justement, c’est que la mobilisation des bailleurs de fonds ne suit pas. L’aide alimentaire internationale est tombée en 2008 à son niveau le plus bas depuis quarante ans, assure le PAM, le Programme alimentaire mondial. Qui parle «de tsunami silencieux».

Parallèlement, l’aide publique au développement s’effondre, à l’image de la France qui vient de renier les promesses jadis martelées par Jacques Chirac de parvenir à consacrer 0,7 % de sa richesse, d’ici à 2012, aux pays du Sud. «L’opinion s’en moque», lâche un diplomate français. Un sondage dans la Croix d’hier dit pourtant le contraire : 58 % des Français appuient une hausse de l’aide. Indispensable donc, sauf à voir se multiplier les déstabilisations régionales liées aux famines et aux réfugiés climatiques.

Mais pendant que les grands de ce monde redécouvrent les vertus de la régulation des marchés, ils militent toujours dans les enceintes internationales pour davantage de libéralisation sur l’agriculture. «Les pays riches doivent permettre aux gouvernements des pays du Sud d’assurer leur propre développement agricole et leur sécurité alimentaire, dit Frédéric Rousseau, de l’ONG Oxfam. Et ne doivent plus s’opposer aux mesures qui protègent les petits producteurs, les secteurs agricoles.»

Pourtant, des mesures de protection sont permises par l’Organisation mondiale du commerce. Mais les pays ne les appliquent pas. Souvent par crainte de rétorsions économiques.

Inégalités obscènes. Un dernier chiffre, histoire de résumer l’ampleur des enjeux pour une autre mondialisation. «Les différences d’espérance de vie entre les pays les plus riches et les plus pauvres dépassent désormais quarante ans.» Des inégalités «criantes», résume l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport annuel, publié mardi. «Plus grandes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en 1978», dit Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS. Obscènes, même : en trente ans, le monde fait marche arrière alors qu’il vient de connaître une croissance de ses richesses sans précédent en dix ans. Le monde fera-t-il mieux avec la longue récession qui s’annonce ?
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MessageSujet: Grande braderie de terres arables dans les pays pauvres, prix cassés!   Mer 10 Déc - 8:37

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Une agriculture raisonnée peut-elle résoudre le problème de la faim si elle est moins productive? On risque de ne jamais avoir à répondre à cette question : de plus en plus, les paysans des pays pauvres revendent leurs terres aux grosses entreprises agricoles du nord.

Aujourd’hui débutent à Paris les « Premières rencontres internationales de l'agriculture durable », organisées par l'Association pour la promotion d'une agriculture durable. Cette association essaie de lutter contre l’agriculture traditionnelle, qui favorise l’érosion et la contamination des eaux de surface par des fertilisants, des pesticides et des sédiments, qui participe également aux émissions de CO2 dans l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement du climat. L’agriculture durable s’efforce au contraire de conserver les sols notamment en réduisant ou en éliminant leur retournement; elle exclut le brûlage des résidus de récolte afin de protéger le sol de l’érosion hydrique et du ruissellement, afin, également, d’augmenter la biodiversité. Malheureusement ces techniques sont peu développées en Europe ; on estime les surfaces concernées à moins de 5 % du total. Ce qui est dérisoire.

Evidemment, l’agriculture traditionnelle fait valoir sa forte productivité, même s’il s’agit d’une productivité apparente. Car si elle nécessite de transformer un sol en désert, elle ne vaut pas grand-chose. C’est toute la myopie du marché, qui ruine les ressources. Hélas, l’agriculture des pesticides et des engrais fait valoir que la population humaine augmente fortement (9 milliards d’humains en 2050) et qu’il faudra bien nourrir ces gens. Or, dans les pays d’Asie ou d’Afrique, l’agriculture représente 85% des emplois. On pourrait penser que ces agriculteurs pourraient investir dans le développement durable et l’agriculture respectueuse de l’environnement. Hélas, n’ayant aucun moyen d’investir, ni dans le durable ni dans quoi que ce soit, ils laissent le champ libre aux agricultures subventionnées des pays du Nord.


Les nouveaux riches achètent les terres des pauvres
La grande nouveauté, c’est que les pays émergents viennent conquérir leurs terres : la Chine, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite, se lancent dans d’énormes programmes d’acquisition des terres africaines notamment. Ainsi la Corée du Sud vient d’acquérir 1,3 million d’hectares à Madagascar, soit la moitié des terres arables de la belle île – la moitié ! C’est la Société Daewo Logistics qui vient de les acheter, pour y faire du maïs, essentiellement, et de l’huile de palme. Et tout ça en faisant appel à de la main d’œuvre sud africaine et non pas malgache ! La Chine quant à elle achète plus d’un million d’hectares aux Philippines, tandis que l’Arabie saoudite a acquis plus d’un millions d’hectares en Indonésie. Ce n’est pas en laissant les nouveaux riches accaparer les terres des pauvres qu’on résoudra le problème de la faim dans le monde.


La phrase : «Trop heureux les hommes des champs s’ils connaissaient leur bonheur» (Virgile, Georgiques)

Retrouvez les chroniques de Bernard Maris sur France Inter.
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MessageSujet: Re: Crise alimentaire : l'égoïsme de l'occident   

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