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 Où sont les marchands de canons ?

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MessageSujet: Où sont les marchands de canons ?   Jeu 5 Juin - 14:27

Cinq mois : c'est un délai un peu court pour faire le premier bilan d'une politique de relance des exportations d'armement, fût-elle élevée au premier rang des priorités commerciales et diplomatiques du gouvernement. C'est pourtant le choix fait, jeudi 5 juin, par Hervé Morin, ministre de la défense. Cette hâte montre à quel point la France veut regagner des parts de marché dans un secteur où la concurrence des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la Russie (la France arrive en quatrième position, talonnée par Israël) est sans merci.

Le 13 décembre 2007, M. Morin, entouré d'industriels de l'armement, annonçait sa stratégie. Moins de six mois plus tard, il constate que le président Nicolas Sarkozy a obtenu "des résultats concrets à chacun de ses déplacements à l'étranger". La politique du gouvernement s'est traduite par la "simplification et la fluidification des mesures de contrôle" et "la dynamisation des mécanismes de soutien" aux exportations d'armement. Ainsi, la "dématérialisation du traitement des demandes des industriels par l'administration (le passage du papier au traitement informatique) est passée en un an de 29 % à plus de 90 %".

Le principal résultat, selon le ministère, est que les demandes d'exportation obtiennent une réponse beaucoup plus rapide de l'administration, le délai de traitement des dossiers étant passé de 80 à 41 jours, et les industriels du secteur bénéficiant de diverses mesures de simplification et de soutien. Tout compte fait, M. Morin se fixe pour objectif d'atteindre 6 milliards d'euros de prises de commande en 2008, ce qui représenterait le meilleur résultat de la France depuis 2000.


POSITIONS MENACÉES


Pour autant, les positions françaises restent menacées, notamment parce que les dépenses militaires augmentent partout dans le monde, sauf en Europe. Avec un marché mondial de l'armement en pleine expansion, qui a atteint un niveau record de 67 milliards d'euros en 2006, la France représente 5,9 % des parts de marché (5,44 milliards d'euros de prises de commande en 2007, contre 7 milliards d'euros en 2000), loin derrière les Etats-Unis (55 %), le Royaume-Uni (13 %) et la Russie (9,5 %).

Le ministère de la défense constate que de nouveaux concurrents (Allemagne, Italie, Espagne et Suède, mais aussi Corée du Sud) arrivent sur le marché, et que "cette concurrence n'est pas toujours loyale", puisque certains pays (Israël, Inde, Russie, Chine, Pakistan) "ont pour caractéristique de n'être pas liés par la convention de 1997 contre la corruption". En creux, les documents du ministère de la défense incitent à penser que la volonté politique du gouvernement français - qui n'a pourtant pas d'états d'âme à accentuer ses exportations d'armement à travers le monde - est ralentie par de nombreuses pesanteurs administratives. Celles-ci se traduisent par une nette suprématie européenne de la Grande-Bretagne en matière d'exportations (15 % contre 7 % pour la France).

En guise d'explications, le "Mémento des exportations françaises" présenté par M. Morin souligne qu'il existe "une corrélation entre l'importance des dépenses militaires et la force du secteur de l'armement", ainsi qu'un lien entre le niveau des investissements en recherche et technologie et les positions acquises sur le marché des exportations d'armement.

Ce constat sera sans aucun doute jugé paradoxal au moment où toute la "communauté de défense" (les armées et les industriels) attend avec appréhension le verdict drastique - en matière d'effectifs et d'équipements - du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale et de la Revue générale des politiques publiques (RGPP) en matière d'économies budgétaires. Le "Mémento" des exportations françaises d'armement ne révèle pas grand-chose s'agissant des principaux pays clients de la France : il confirme que les Emirats arabes unis (la France vient de décider d'installer une base militaire à Abu Dhabi) et l'Arabie saoudite maintiennent leurs positions en tête de ce palmarès.
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MessageSujet: les ambassadeurs US bien sûr   Jeu 26 Juin - 15:02

Enquêteur de choc du Congrès, le représentant de Californie Henry Waxman, a encore soulevé une affaire embarrassante. Après les contrats sans appels d'offres du Pentagone à la compagnie Halliburton ou la perte de 8 milliards de dollars à Bagdad entre 2003 et 2004, le président de la commission de contrôle et de réforme du gouvernement de la Chambre des représentants a mis au jour le curieux circuit par lequel des armes chinoises ont été achetées par un sous-traitant américain pour être envoyées en Afghanistan avec l'aval de l'ambassadeur américain en Albanie.



Alors que les Etats-Unis observent un embargo sur les armes chinoises, la société AEY de Miami, dirigée par un négociant de 22 ans, Efraïm Diveroli, a réussi à vendre en 2007 aux forces américaines des munitions chinoises interdites en les faisant passer pour des munitions albanaises. Il a été inculpé, de même que trois autres personnes. Le contrat d'élevait à 298 millions de dollars.

Lors d'une audition à la Chambre, les représentants se sont étonnés que le Pentagone doive acheter ces équipements alors que plusieurs pays de l'ex-pacte de Varsovie ont des stocks importants disponibles à des prix modestes. L'armée a répondu que la fourniture des armes faisant partie d'un accord avec Kaboul, des procédures spécifiques étaient nécessaires. L'ambassadeur américain à Tirana, John Withers, se voit reprocher d'avoir été informé de la provenance réelle des munitions et d'avoir aidé à la dissimuler.

Le département d'Etat a annoncé, lundi 23 juin, que l'inspecteur général du ministère avait été chargé d'enquêter sur ces allégations. La société AEY avait été placée en 2006 sur la liste des fournisseurs à éviter par le département d'Etat, mais le Pentagone avait continué à traiter avec elle. "Il semble que n'importe qui peut remporter un contrat de plusieurs millions de dollars avec le gouvernement, quelles que soient son inexpérience ou son absence de qualification", a critiqué M. Waxman.
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MessageSujet: Les britanniques ont continué de livrer des armes en Libye, au Yémen et à Bahrein en plein printemps arabe.   Mar 30 Aoû - 6:35

Après les révélations sur la prise de Tripoli et des principales villes de Libye par d'anciens leaders d'Al-Qaïda, le printemps libyen n'en finit pas de révéler ses zones d'ombres. Le Times de Londres révèle ainsi que les britanniques ont continué de livrer des armes en Libye, au Yémen et à Bahrein en plein printemps arabe. Un comportement au mieux incohérent. Les Etats-Unis, l'Allemagne et la France ne sont pas exempts de tout reproche...



Le printemps arabe en a fait des heureux...et pas seulement de l’autre côté de la Méditerranée. Selon les révélations du Times, les marchands de canons britanniques se sont goinfrés comme jamais, livrant à tout va.
Entre février et juin, les ventes d’armes, notamment à la Libye, à Bahrein et à l’Arabie saoudite auraient atteint 30,5 millions de livres (environ 35 millions d'euros), contre 22,2 millions pour la même période de l’année précédente.

Selon l’enquête du journal, certaines de ces armes ont pu servir à réprimer les manifestants, comme des fusils pour les snipers ou des mitraillettes. Peu de temps avant que l'ONU n’annonce un embargo sur les livraisons d'armes à la Libye en février dernier, la Grande-Bretagne s’employait encore à refourguer un dernier stock d’armes légères à la Libye de Kadhafi pour un montant d’une valeur totale de £ 64,000 (72.350 euros). Le journal exprime son malaise à imaginer que les rebelles aient pu être massacrés par des mitraillettes britanniques…

« La révélation a suscité une critique féroce contre le gouvernement, accusé de n'avoir aucune cohérence » écrit encore le quotidien.
Les entreprises britanniques ont continué de vendre des armes au Yémen, à Bahreïn et l'Egypte du mois de février à avril 20111 soit bien après le début des révoltes. Bahreïn a reçu ses munitions en avril. Quelques semaines après, ses forces de police dispersaient violemment un rassemblement à Manama Pearl Square.
Inutile de tomber dans l’angélisme, le monde serait évidemment tellement plus beau si tous les dictateurs du monde pouvaient mettre des fleurs au bout de leurs canons, de là à continuer à leur livrer des munitions quand ils tirent sur la foule…

DES REBELLES TUÉS PAR DES ARMES BRITANNIQUES ?
L’information dérange d’autant plus qu’elle révèle le double jeu des britanniques à l’avant garde des critiques au moment de la répression à Bahreïn, au Yémen et en Egypte, et toujours prêts à à livrer quelques stocks de munitions pour porter secours à un dictateur en mauvaise posture. Selon le Times, il est impossible que les autorités n’aient pas été mis au courant des approvisionnements en armes à ces tyrans en difficultés.
Plus grave, la loi britannique prévoit même que la licence des livraisons d’armes pour un pays tiers ne peut être délivrée si les armes sont susceptibles d’être utilisées dans le cadre d’une répression interne. Difficile de croire qu’en février 2011, les autorités britanniques n’avaient pas envisagé que ces armements serviraient contre les populations.

Preuve en est, pour éviter une bavure, le gouvernement britannique avait même promis, au début des révoltes arabes, de passer en revue toutes les licences d'exportation envers ces pays. Si 160 d'entre elles ont été annulées, le gouvernement n’a pas été très regardant. Plus de 600 d’entre elles sont quand même restées en vigueur, dont plusieurs dizaines à destination du Yémen ou de Bahreïn.

The Times nous rappelle que la Grande-Bretagne est le deuxième exportateur mondial d’armements, derrière les Etats-Unis, la majeure partie de ces exportations étant destinées à l’Arabie saoudite et aux Emirats Arabes Unis.

UN CHAOS POLITIQUE QUI PROFITE AUX MARCHANDS D'ARMES

Répartition des ventes d'armes françaises 2005-2009 (source Dicod)
TRIPOLI, LA VICTOIRE D'AL-QAÏDA ?
DOSSIER: LIBYE, ÉVITER LE CHAOS POLITIQUE
LIBYE: NICOLAS SARKOZY A REMPLI SA MISSION
La Grande Bretagne, n'est, en rien, un cas unique. L'administration Obama n'a pas envisagé de bloquer ses exportations d'armes en Egypte affirmant que le départ du Président Hosni Mubarak et la perspective d’une victoire des frères musulmans lors des prochaines élections n’affecteraient pas les ventes d’armes américaines.
« Nous continuons à faire avec l’Egypte ce que nous faisions avant le printemps arabe » a déclaré le directeur de l'Agence de Coopération et de Sécurité William Landay.

Le vice amiral a tout juste admis qu'il ne pouvait fournir de semblables garanties pour les ventes d’armes à d’autres états du Moyen-Orient dont les régimes ont été renversés cette année.

C'est que l'année 2011 s'annonce florissante pour le lobby militaro-industriel américain. Les officiels ont ainsi affirmé que les États-Unis exporteraient pour 46 milliards d'armes et de systèmes militaires sur l'année 2011 soit une augmentation de 50% par rapport à 2010. L'instabilité politique a ses bons côtés.

La très « pacifiste » Allemagne sait également profiter de l'insécurité internationale. Ainsi une vive polémique politique a éclaté en juillet 2011 suite à la révélation par Der Spiegel d’un contrat de livraison d’armes lourdes d’un montant de deux milliards d’euros passé entre l’Arabie Saoudite et l'Allemagne pour la livraison de 200 chars d’assaut. Pas inutile en cas de soulèvement populaire…
L’Allemagne a, par ailleurs, régulièrement offert son « expertise en matière de maintien de l'ordre », formant militaires et forces de polices saoudiens, lybiens, égyptiens et désormais algériens.

UN TEXTE VISANT À LA LIBÉRALISATION DU COMMERCE DES ARMES VOTÉ EN PLEIN PRINTEMPS ARABE
Et la France dans tout ça ? Inutile de revenir sur les propos de MAM proposant à Ben Ali aux prémisses du soulèvement tunisien le savoir-faire des forces de répression françaises. La France a également un passé tumultueux avec la Libye qui est avec la Tunise et l’Egyptie, le plus grand importateur d’armes françaises dans la région.
Au moment de la chute des dictatures, les marchands de canons craignaient plus que tout les annulations de commande. Pour compenser ces pertes à venir –la démocratie a malheureusement un coût- le législateur s’est empressé de voler au secours des marchands d’armes concoctant discrètement un texte aux petits oignons sur le « contrôle des importations et exportations de matériels de guerre », visant ni plus ni moins à la libéralisation de ce commerce hautement sensible.

Le texte a été discuté en plein printemps arabe, à la mi avril. Plus cynique que moi tu meurs. Et tous les amendements visant par exemple à éviter le « risque manifeste que les matériels de guerre et matériels assimilés dont l'exportation est envisagée servent à la répression interne, à de graves violations des droits de l'homme ou du droit international humanitaire dans le pays destinataire » et des dizaines d’autres du même type ont été rejetés (tous les amendements rejetés visant à renforcer le contrôle des exportations sont lisibles ici).
Le texte a été publié au Journal Officiel le 23 juin 2011.

Bref, pendant les révoltes, les ventes d’armes continuent. Rien de bien neuf sous le soleil de la méditerranée, qui a toujours été considérée comme une zone d’influence stratégique pour les grandes puissances. Tous les marchands d’armes objecteront que s’ils ne vendaient pas leurs armes, leurs acheteurs iraient se fournir ailleurs. Certes. « Est-ce une raison suffisante pour ne pas réfléchir aux conséquences de ces actes commerciaux ? » comme l’écrit le journaliste Jean Guisnel dans son livre Armes de corruption massive .

Outre l’ampleur du cynisme des marchands de canons, ces exemples en disent long sur la désorientation des pouvoirs politiques occidentaux tiraillés entre le confort de leurs vieux réflexes diplomatiques et commerciaux et l’ouverture à une nouvelle réalité beaucoup plus délicate à appréhender.
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