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 L'investissement socialement responsable

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MessageSujet: L'investissement socialement responsable   Mer 17 Juin - 9:23

L'investissement socialement responsable, une réponse à la crise





Bye, bye aux placements très rentables, risqués et peu transparents. La tendance des investisseurs petits ou grands est à la sécurité et aux rendements moins flamboyants mais pérennes. Les aspirations à un monde financier moins cynique, moins cupide et disons-le plus citoyen se font jour. Comment dans ces conditions réconcilier le besoin de faire fructifier ses investissements tout en renouant avec une éthique qui a cruellement fait défaut pendant le règne de la dérégulation ?



L'investissement socialement responsable (ISR) peut constituer un début de réponse même si ces détracteurs le qualifient volontiers de tarte à la crème ou de placement fourre-tout. Mais c'est sans doute aller un peu vite en besogne. Car l'ISR s'inscrit désormais dans l'air du temps en combinant des critères d'investissement financiers et extra-financiers, ces derniers dictant les décisions en allocation d'actifs.



Pour le centre de recherche Novethic, filiale de la Caisse des dépôts spécialisée dans les domaines de la responsabilité sociale et environnementale de l'entreprise (RSE) et de l'ISR, l'approche socialement responsable " rassemble toutes les démarches d'intégration de critères extra-financiers aux divers modes de gestion financière ".

Partant de cette définition plutôt large, l'ISR revêt plusieurs formes.



Novethic recense quatre catégories de fonds d'investissement.

D'abord les fonds ISR ou de développement durable qui retiennent les Etats et les entreprises les plus performants sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. C'est le fameux label ESG.

Viennent ensuite, les fonds d'exclusions, très répandus dans les pays anglo-saxons qui rejettent pour des raisons morales ou religieuses, certains secteurs comme l'armement, le jeu, le tabac ainsi que les entreprises présentes dans des pays aux régimes totalitaires.

Novethic recense aussi les fonds thématiques qui privilégient les entreprises dont l'activité contribue au développement durable : énergies renouvelables, traitement des l'eau, des déchets, santé.

Enfin, l'ISR réserve aussi une place à l'engagement actionnarial dans les entreprises où les investisseurs se montrent exigeants en matière de responsabilité sociale et environnemental, par un dialogue parfois musclé et par des votes sanction en assemblée générale.



Avec un tel éventail de possibilités d'investissements, chacun est censé y trouver son compte. Mais les chiffres montrent que l'ISR a encore du chemin à parcourir pour convaincre de ses mérites. Dans son enquête annuelle Novethic révèle que les encours des fonds ISR détenus par des résidents français, atteignaient 29,9 milliards d'euros à la fin de l'année 2008, ce qui est très peu comparé aux 2360 milliards d'euros d'encours de capitaux gérés en France, chiffres recensés par l'Association de gestion financière (AFG). Mais Novethic préfère voir le bon côté des choses et enfonce le clou sur la progression des encours ISR entre 2007 et 2008 en hausse de 37% alors que l'ensemble des encours sous gestion en France a chuté de 11% pendant la même période.



La croissance de l'ISR s'appuie sur la collecte de nouveaux capitaux mais aussi sur la transformation de fonds existants en fonds ISR, comme l'a décidé Agrica Epargne, le groupe de retraite et de prévoyance du monde agricole, pour un montant de 3 milliards d'euros. Le panorama français de l'ISR montre aussi la prédominance des investisseurs institutionnels dont la part dans ce segment de marché est passée en un an de 67% à 75% tandis que celle des particuliers s'est rétrécie de 33 à 25%.



La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si l'ISR va sortir de sa marginalité à la faveur de la crise en répondant aux nouvelles aspirations des investisseurs. Il faudrait déjà que les grands réseaux bancaires et les compagnies d'assurance proposent davantage de fonds ISR à la clientèle de masse alors qu'ils ont davantage privilégié la clientèle des investisseurs institutionnels de plus en plus gourmands de fonds dédiés qu'on leur fabrique sur mesure. Quant à la rentabilité des fonds ISR elle ne peut pas constituer un facteur discriminant. Les rares études réalisées sur le sujet font l'objet de querelles d'experts. Pour l'Edhec Risk and Asset Management Research Center, les fonds ISR ne dégagent pas un surplus de performance, tandis que le cabinet Altedia souligne dans les conclusions de son étude que les fonds ISR battent fréquemment leurs indices de référence.



Mais ce n'est pas là que se situent les atouts de l'ISR. C'est dans l'approche qui se veut responsable et réfléchie.

Plus les fonds qui s'inscrivent dans le développement durable capteront de capitaux plus ils disposeront d'un effet de levier pour infléchir les stratégies à long terme des entreprises. Quitte à jouer sur la durée au détriment du rendement à court terme. C'est l'avis de Christophe Butz, expert en développement durable à la banque Pictet, un établissement privé suisse qui gère 6 milliards d'euros en fonds durables. Il estime qu'il faut, " redéfinir la rentabilité à long terme et considérer l'ISR comme une prime d'assurance à la stabilité du système financier et économique ". Et il appelle de ses vœux à une plus grande mobilisation des investisseurs en faveur de cette approche.

Pour un autre de ses confrères, Patrick Savadoux qui vient de rejoindre la petite société Mandarine Gestion après 15 ans passés chez Natixis AM en tant que gérant actions et responsable du pôle ISR, " le débat ne se situe pas dans la performance mais dans la capacité des investisseurs à se tourner vers une finance responsable en privilégiant l'analyse extra-financière ".



Pour Patrick Savadoux, la mauvaise gouvernance d'une entreprise marquée souvent par son manque de transparence et sa politique sociale font partie des six critères de sélection qu'il retient et qui comprennent, les ressources humaines, l'environnement, l'engagement envers la société civile, les droits de l'homme, les relations clients-fournisseurs et la gouvernance. " Si un seul de ces critères est négatif, je n'investis pas dans l'entreprise ". Sur les 700 entreprises de la zone euro qu'il scanne, 550 ne passent pas le filtre. Il retient in fine 40 à 50 sociétés pour construire son portefeuille après avoir matché les critères extra-financiers et financiers. Il s'agit là d'une véritable approche ISR. Car ce monde encore embryonnaire est très éclectique.



Certains fonds veulent se donner une apparence développement durable pour séduire, sans respecter véritablement les critères de sélection. Ce penchant pourrait faire des émules si l'ISR parvient à faire une percée dans l'univers de la gestion d'actifs. Il faudra donc se montrer vigilant pour ne pas tomber dans le piège. Mais à l'heure des grands chambardements la musique de l'ISR sonne plutôt bien à l'oreille.



Dominique Mariette

Journaliste spécialiste des questions financières. Ancienne rédactrice en Chef de la Tribune.



Source: http://finances.orange.fr/Points-de-vue-eco/L-investissement-socialement-responsable-une-reponse-a-la-crise-175444.html
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