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 Peut-on tout se permettre pour guérir l'humain ?

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MessageSujet: Peut-on tout se permettre pour guérir l'humain ?   Jeu 11 Juin - 18:24

Peut-on tout se permettre pour guérir l'humain ?


par Claire Legros

RECHERCHE SUR L'EMBRYON. Utiliser des « personnes potentielles » pour soigner des malades pose un problème éthique. Des alternatives mises au point récemment pourraient aider à le résoudre.

D’imposantes cuves rondes posées à même le sol et d’où s’échappent les brumes blanches de l’azote liquide. À l’intérieur, des centaines d’embryons humains (au stade de 4 cellules), invisibles à l’œil nu, déposés sur des paillettes dont les codes-barres doivent les identifier à coup sûr. Nous sommes à l’hôpital Jean-Verdier de Bobigny, dans l’un des 20 Cecos (Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme) en France. Avec le développement de l’assistance médicale à la procréation depuis vingt ans, de telles « banques d’embryons » ont vu le jour un peu partout dans les grands centres hospitaliers. Un véritable trésor pour les scientifiques. Car ces embryons sont constitués de cellules toutes neuves, au formidable potentiel. Totipotentes, elles sont capables, in utero, de se transformer en n’importe quelle cellule de l’organisme : peau, sang, neurones, os… Un matériau expérimental exceptionnel pour la recherche d’éventuels médicaments. Mais aussi un problème éthique vertigineux. En effet, peut-on utiliser des « personnes potentielles » à des fins de recherche ou pour soigner des personnes malades ?

Ce trésor, les chercheurs y ont accès en France depuis 2004 et la première révision des lois de bio­éthique. L’interdiction initialement votée en 1994 a été assortie d’une dérogation très encadrée : « pour cinq ans », à condition que la recherche soit « susceptible de permettre des progrès thérapeutiques majeurs » et qu’elle ne puisse être poursuivie « par une méthode alternative d’efficacité comparable, en l’état des connais­sances scientifiques ». 52 projets de recherche ont été autorisés par l’Agence de la biomédecine, dont 43 sont en cours. En théorie, ils doivent s’arrêter le 5 février 2011, cinq ans tout juste après le vote du décret d’application. Dans le cadre de la révision de 2009, trois possibilités sont donc offertes au législateur. Faut-il prolonger ce régime dérogatoire pour cinq autres années, revenir à l’interdiction ou bien autoriser franchement la recherche sur les embryons ? Les avis sont partagés, d’autant qu’un nouvel élément est venu bousculer la réflexion.

En 2006, la découverte du chercheur japonais Shinya Yamanaka, d’abord chez la souris, puis chez l’homme en 2007, provoque une véritable révolution. En introduisant simplement quatre gènes dans une cellule adulte, il a réussi à trouver le code secret capable de la reprogrammer en cellule embryonnaire. Et de produire, à volonté, des cellules quasiment identiques à celles d’un embryon. Malgré des obstacles techniques qu’il faut encore résoudre, les perspectives sont énormes, comme le constate Yamanaka dans un article paru en avril 2009 dans la revue Cell.

Ces cellules iPS (pour cellules souches pluripotentes induites) pourraient-elles offrir une alternative à la course à l’embryon ? Au cours des auditions de la mission parlementaire chargée de préparer la révision des lois de bioéthique, la question a été régulièrement posée aux chercheurs. La plupart défendent une approche pragmatique qui consiste à explorer en parallèle les différentes voies sans en privilégier une. « On a dix ans de recul sur les cellules embryonnaires, et seulement deux sur les iPS, estime ainsi Laure Coulombel, directrice de recherche à l’Inserm. Pour l’instant, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’une alternative. En outre, les cellules embryonnaires existent en nombre quasi illimité, ce qui est important si l’on parvient un jour à soigner des maladies dégénératives fréquentes. »

Même discours de la part de Marc Peschanski, directeur de l’Istem (Institut des cellules souches pour le traitement et l’étude des maladies monogéniques), centre de recherche financé pour moitié par l’argent du Téléthon. Le chercheur espère déposer en 2010 le premier dossier d’essai clinique sur l’homme, dans la maladie de Huntington, une affection génétique très grave. Il s’est également lancé dans la création de cellules reprogrammées iPS, en utilisant la technique japonaise. « Pour voir de quoi les cellules iPS sont capables, il faut pouvoir les comparer avec un modèle. La référence reste la cellule embryonnaire », affirme-t-il.

À l’inverse, Jacques Testart, l’un des pionniers de la fécondation in vitro, devenu depuis l’un des principaux opposants à la recherche sur l’embryon, dénonce la fascination des scientifiques pour l’embryon, cette « pulsion d’accaparement du plus petit de notre espèce », qu’il n’hésite pas à qualifier de « consommation cannibale ». « On peut s’étonner de la volonté de s’emparer de l’embryon humain afin de développer une stratégie thérapeutique qui n’a pas encore fait ses preuves chez l’animal, comme si l’humain pouvait être un matériau expérimental banal », constate-t-il.

D’autres équipes travaillent aussi sur les cellules souches adultes, que l’on trouve notamment dans le sang de cordon ombilical. Jeune chercheur qui a fait ses preuves à Newcastle (Royaume-Uni), Nico Forraz vient de créer un centre de recherche à Lyon spécialisé dans ce domaine. « On sait les transformer en cellules nerveuses fonctionnelles ou en cellules du pancréas. Des essais sont en cours chez des enfants atteints de diabète. À l’étranger, assure-t-il, l’intérêt pour les cellules embryonnaires décline au profit des iPS et du sang de cordon. »

L’argument financier pèse aussi dans le débat. Les cellules embryonnaires, reproductibles à l’infini, se prêteraient plus facilement que les autres à une future industrialisation, et intéressent les laboratoires pharmaceutiques. Mais, dans un domaine où la recherche avance à pas de géant, chaque semaine ou presque apporte une nouvelle publication. La course contre la montre continue.

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Ce qu'il faut savoir :

- 176 523 embryons étaient conservés, en France, en 2006, dont 52,8 % n’entraient plus dans le cadre d’un projet parental. Ces banques d’embryons sont nées de l’essor des techniques de procréation in vitro.

- La loi de bioéthique de 1994 a été assouplie en 2004 : alors qu’elle interdisait l’utilisation des embryons pour la recherche, elle prévoit désormais la possibilité de dérogations pour cinq ans.

- 28 laboratoires français travaillent sur des cellules embryonnaires. Les scientifiques souhaitent une autorisation plus large, afin de développer des thérapies cellulaires.

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Les enjeux du débat :

La question que la loi doit trancher : doit-on autoriser plus largement les scientifiques à utiliser les embryons abandonnés par les couples ?
Peut-on utiliser un être humain potentiel pour soigner des malades ? Peut-on choisir entre deux dignités ? À cette question difficile, les réponses sont multiples, y compris dans la famille chrétienne où catholiques et protestants sont divisés. Une chose est sûre : le débat ne se pose plus de la même façon qu’en 2004, lors de la première révision de la loi. D’autres cellules du même type ont été développées, ces dernières années. Il est raisonnable et urgent d’investir dans ces travaux qui pourraient représenter une alternative aux cellules embryonnaires. De même, une réflexion s’impose sur le nombre d’embryons à créer dans le cadre d’une fécondation in vitro, pour limiter les embryons congelés qui ne font plus l’objet d’un projet parental.

http://www.lavie.fr/l-hebdo/une/article/1301-peut-on-tout-se-permettre-pour-guerir-lhumain/retour/11/hash/53943146bb.html
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