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 Un voile levé sur la radioactivité du charbon et des engrais

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MessageSujet: Un voile levé sur la radioactivité du charbon et des engrais   Dim 17 Mai - 14:45

Le 16 Mai 2009

A la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire, l’association Robin des bois a conduit une étude sur la pollution, notamment radioactive, liée aux usages du charbon et des phosphates. Un état des lieux précieux.

A force, on finira par en savoir un peu plus sur les conséquences de l’usage du charbon, et en particulier sur la radioactivité que diffusent ses cendres dans l’environnement. L’association Robin des bois a remis début avril la longue étude que lui avait commandé l’Autorité de sûreté nucléaire (1). Une plongée dans un univers méconnu qui ne se limite pas, loin s’en faut, aux aspects radiologiques des cendres de charbon.

Le minerai est un véritable cocktail de produits radioactifs. On y trouve notamment du potassium 40, du radium 228, du thorium 232, mais aussi du polonium 210, du plomb 210 et de l’uranium 238. Avec des variations spectaculaires d’un gisement à l’autre, et même dans un même gisement. Dans certains minerais, comme en Croatie, la radioactivité du charbon atteint 1000 Becquerels par kilogramme. C’est relativement peu, puisqu’un être humain émet à lui seul 7-8000 Bq (notamment par la radioactivité du potassium 40 et du carbone 14 contenu dans le corps). Mais la combustion du charbon concentre fortement la radioactivité dans les cendres: elle est multipliée par 7 à 10, explique le rapport de Robin des bois.

De fait, une centrale à charbon expose le public vivant dans un rayon d’un kilomètre à une dose individuelle d’un micro-Sievert par an (1). En moyenne, les français sont soumis à une irradiation ambiante de 3,5 milli-sievert par an (radioactivité naturelle, effet des radiographies, retombées des essais nucléaires, etc.) Mais bien évidemment, ce sont les travailleurs qui opèrent dans les centrales à charbon qui sont les plus exposés: les ouvriers de maintenance des chaudières et les conducteurs d’engins sur les sites de stockage des cendres, même si leur exposition à la radioactivité liée au charbon reste inférieure à la radioactivité ambiante. Il n’existe aucune obligation de suivi radiologique, a expliqué EDF à Robin des bois: «l’activité des charbons ne fait pas partie des critères internationaux de caractérisation de ce type de combustible»

La France compte 47 centrales à charbon en activité d’une puissance supérieure à 50 MW. S’ajoutent 21 centrales qui ont été fermées ou qui sont passés au gaz. Chaque année, les centrales produisent 1,8 millions de tonnes de cendres, qui contiennent un savant cocktails de métaux lourds, peu recommandables pour la santé quand ils contaminent les nappes d’eau.

Même les engrais sont (un peu) radioactifs

L’étude de Robin des bois s’est aussi penchée sur la question des phosphates, qui contiennent des traces d’uranium, de thorium et de potassium 40, et des phosphogypses, des résidus de la fabrication d’acide phosphoriques. Certains phosphates de Caroline du Sud contiennent 10 000 Bq par kilogramme, dix fois plus que les charbons les plus radioactifs. Les tartres des tuyauteries des usines qui manipulent ces phosphates accumulent la radioactivité jusqu’à des niveaux de plusieurs millions de becquerels par kilogramme, posant un risque à long terme d’inhalation de produits actifs par les ouvriers de maintenance. L’exposition annuelle pour un agriculteur épandant 200 kg d’engrais phosphatés par hectare atteint jusqu’à 1 mSV, le tiers de l’exposition normale à la radioactivité ambiante.

Ces cendres sont souvent réutilisées, et apportent leur radioactivité aux matériaux qui les intègrent. En 2003, explique Robin des bois, ce sont par exemple 181 000 tonnes de cendres qui ont été utilisées dans les cimenteries. Il y a ainsi plus de 20 000 tonnes de cendres dans le béton de la partie souterraine de la gare du Nord, à Paris. On a construit ainsi des digues portuaires et des millions de poteaux électriques. Avec l’avantage de fixer les polluants contenus dans les cendres, à l’exception de la radioactivité, bien sûr. Autre technique de valorisation moins cool pour l’environnement, l’utilisation de cendres comme sous-couche pour les infrastructures routières. N’en déplaise à Dany Boon, l’autoroute A1 en contient 2 millions de tonnes entre Lille et Bergues. De même, des cendres sont utilisées pour leurs propriétés de drainage de l’eau sous les pelouses du Stade de France et du Parc des Princes, et même pour produire de la toile émeri.

La France dispose de nombreux sites de stockage historique des cendres: pas moins de 40 millions de tonnes sont réparties dans une quarantaine de centres, principalement dans le Nord-pas de Calais, la Lorraine et l’Île de France. Les plus gros sites se trouvent dans les Bouches-du-Rhône. A noter que l’Allemagne, gourmande en charbon devant l’éternel, ne dispose pas de tels stocks anciens, la réutilisation des cendres ayant depuis longtemps été aidée par les pouvoirs publics.

Bien évidemment, Robin des bois ne se contente pas de décrire en détail les caractéristiques et le devenir des cendres de charbon. Les auteurs du rapport énoncent une série de recommandations pour permettre un meilleur suivi de l’impact environnemental de ces déchets: contraindre par exemple les importateurs de charbon à conduire des analyses de radioactivité, sachant que les importations proviennent majoritairement de pays où les gisements sont réputés être les plus radioactifs (Pologne, Afrique du Sud, Australie). L’étude recommande aussi un suivi radiologique des dépots de cendres par un organisme indépendant du détenteur du stock, une révision de la réglementation sur la gestion des cendres de combustion, surveiller les rejets éventuels de radium et de métaux lourds dans les ressources aquatiques à proximité des centres de stockage et lancer des études pour déterminer une éventuelle contamination de la chaîne alimentaire. De même, Robin des bois préconise de revoir les procédures de démontage de certains éléments dans les centrales à charbon.

(1) IMPORTANT. La version en ligne sur le site de l’ASN a semble-t-il rencontré des problèmes d’encodage d’une unité d’exposition à la radioactivité, le µSV, dans la version PDF du document. Les micro-sieverts (µSv) apparaîssent comme des sieverts (un million de fois plus), à onze reprises dans le document. J’ai contacté Jacky Bonnemain, co-auteur du rapport, et lui ai adressé la liste des erreurs typographiques relevées. Robin des bois devrait transmettre d’ici quelques heures une version corrigée du rapport à l’Autorité de sûreté. Comme quoi, un problème d’encodage du caractère µ (micro) peut provoquer des écarts néfastes à la santé: si une dose annuelle d’un micro-sievert est sans effets biologiques connus, le sievert, lui, peut faire des dégâts!

Source :http://effetsdeterre.fr/2009/04/09/un-voile-leve-sur-la-radioactivite-du-charbon-et-des-engrais/
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