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 Barbarinoscopie : la crise de l’Eglise vue par le Primat des Gaules

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MessageSujet: Barbarinoscopie : la crise de l’Eglise vue par le Primat des Gaules   Ven 17 Avr - 19:44

Barbarinoscopie : la crise de l’Eglise vue par le Primat des Gaules
Christian Terras
Prélat bavard et hyperactif, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules, multiplie avec une évidente délectation, entretiens, conférences et initiatives de tout poil, y compris dans le cadre oecuménique et interreligieux. Il se montre soucieux de cultiver les amitiés judéo-chrétiennes autant que d’encourager la communauté sant’Egidio, en cour à Rome. Il allie, de façon souvent quelque peu désordonnée et déconcertante, un style assez wojtylien d’éternel aumônier d’étudiants en recherche à une posture néoconservatrice identitaire et centrée sur une annonce très abrupte de la vérité chrétienne intégrale dans un monde en perdition.

Le mercredi 8 avril – après trois mois de quasi silence médiatique au cœur de la grave crise qui secoue l’Eglise - présidant comme chaque année la messe chrismale en sa primatiale Saint Jean, Philippe Barbarin a donné sa vision des évènements moins "tous azimuts" qu’une première impression ne saurait le donner à penser. Le propos barbarinesque tourne autour des deux verbes "consacrer" et "évangéliser" pour esquisser un portrait de la vocation de "serviteur en ce monde". A l’évidence, c’est le lien entre les verbes qui intéresse Son Eminence lyonnaise pour revoir la mission évangélisatrice dans un sens plus strictement "religieux" au détriment de l’humain, presque dans l’idée d’une fuite d’une monde ou d’une opposition irréductible à ce dernier. Philippe Barbarin se plait d’ailleurs à évoquer les tribulations et souffrances rencontrées par Paul de Tarse. La posture de martyr - persécuté par la vilains qui suivent la modernité et sans doute par Golias, ah les méchants !- lui sied à ravir. Elle est commode pour imposer une vision abrupte et autoritaire tout en prétendant être persécuté par ceux à qui on l’impose. Le cardinal de Paris, Mgr Jean-Marie Lustiger, jouait déjà à merveille d’un tel ressort.


La posture du martyr

En bon stratège, l’archevêque de Lyon pratique, quand il le faut, la "captatio benevolentiae". Il s’agit, au début d’un propos, de dire à ceux que l’on veut conquérir - ou dont on veut au moins endormir la colère prévisible - de les caresser un peu dans le sens du poil. Le cardinal Barbarin se devait de donner un os à ronger aux catholiques sociaux, à ce qui reste dans son diocèse de "cathos de gauche" plus ou moins "progressistes". Il en va donc d’une ritournelle sur la crise économique, ce qui, familièrement dit "ne mange pas de pain" pour affirmer notamment que "l’argent rend fou".

Après ce couplet à destination de sa gauche, à laquelle il ne veut tout de même pas se rendre trop antipathique, Mgr Barbarin évoque la tension dans l’Eglise : "c’est aussi la barque de l’Eglise qui a été chahutée par les vents contraires, et il est possible que les deux crises ne soient pas sans rapport". Avec un art consommé du contournement, le primat des Gaules, à l’évidence très gêné de devoir aborder ces points hautement polémiques, se fait sirupeux et, de façon très jésuite, au lieu de répondre...pose des questions : " Comment chacun d’entre nous a-t-il vécu ces trois mois ? N’est-ce pas le moment, lorsque nous voyons Jésus avancer vers les ténèbres de sa Passion, de mettre notre attitude intérieure sous son regard ? Cherchons à voir, clairement, où étaient nos colères et nos dépits, quelles fragilités se sont révélées en chacun de nous. Que chacun de nous se demande : pour qui ai-je prié et pour qui n’ai-je pas voulu ou n’ai-je pas réussi à prier ? Sans doute avons-nous crié, nous aussi, intérieurement, avec la même force que Paul. Et qu’avons-nous demandé à Dieu ? Dans les nombreux échanges que nous avons eus entre nous et avec d’autres, nos paroles ont-elles aggravé les blessures, ou ont-elles été celles d’« artisans de paix » ? ". Cela s’appelle, dans le langage de Michel Audiard "prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages". De qui se moque le cardinal Barbarin ? Les polémiques récentes pointaient de la part de l’équipage du navire "Eglise" des attitudes étonnantes, et même choquantes. Il y a quelque chose de déloyal, sinon de pervers, de retourner en quelque sorte l’accusation pour culpabiliser ceux qui ont l’audace de poser des questions ou - horresco referens ! - de critiquer le Pape et ses choix discutables.


De l’art de retourner les situations

Comme pour noyer encore plus efficacement le pathos, après avoir lancé ses interpellations, pour faire puissamment diversion, le cardinal Philippe Barbarin en vient à s’interroger sur la solidarité effective au sein de la communauté chrétienne : "le monde veut voir si nous sommes vraiment des frères, membres solidaires de cette grande famille de l’Eglise, où nous recevons la Vie, et qui a mission d’aimer et de servir l’humanité, spécialement celle qui souffre. Je lis sur le papier qu’un prêtre m’a glissé juste avant la Messe chrismale : il faudrait citer les deux religieux tués par balle mi-mars, en Colombie, qui s’occupaient d’une école en Amazonie, et le prêtre tué au même moment au Brésil, car il s’occupait des enfants des rues. Voilà la vraie réalité". Tout cela est fort juste et on ne pourrait que se féliciter d’entendre un archevêque y faire référence. Sauf que cette touche de pathos est destiné à très vite faire oublier les bourdes récentes de la hiérarchie romaine et à faire avaler la pilule, encore une fois en culpabilisant de manière très subtile, sans en avoir l’air. Au fond, voici ce que nous dit Mgr de Lyon : "vous n’avez pas honte de critiquer le Pape alors que des prêtres meurent pour l’Evangile !". Comme si le souci et le respect de ceux qui sont en danger à cause de l’évangile excluaient de s’inquiéter de propos pontificaux inconséquents sinon criminels.


Le pathos au secours des bourdes pontificales

Après cette fort habile diversion, le cardinal Barbarin revient à la charge, toujours sur le mode culpabilisant, afin de mettre en accusation, de façon simpliste et inacceptable, ceux qui critiquent l’orientation actuelle de l’évêque de Rome, opérant un bel amalgame de leur attitude critique avec une soumission complète aux pouvoirs publics : " Sommes-nous aussi libres que Jésus devant ses détracteurs ou devant Pilate et Hérode, que Paul parlant sans crainte devant les Pharisiens et les Sadducéens, ou devant les grands de ce monde : le gouverneur Festus, le roi Agrippa et la reine Bérénice ? " Au-delà des mots, c’est une vision d’ensemble de la situation ecclésiale qui nous semble cependant plus contestable encore. En effet, peu à peu, le cardinal Barbarin donne un autre visage à son diocèse…

À suivre…

(in Golias)
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