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 Ceux qui "osent" ...parler du sujet

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MessageSujet: Ceux qui "osent" ...parler du sujet   Sam 24 Mai - 17:30

BLACKBIRD

La directrice du théâtre Les Célestins de Lyon, Claudia Stavisky, crée pour la première fois en France Blackbird de l'écossais David Harrover, huis-clos tragique sur les conséquences d'un amour impossible entre un homme d'âge mûr et une gamine. Entretien avec l'actrice Léa Drucker, qui a découvert cette pièce et l'interprète aux côtés de Maurice Bénichou.

Lyon Capitale : Vous avez assuré l'adaptation de Blackbird qui n'a encore jamais été jouée en France. Comment avez-vous découvert ce texte ?

Léa Drucker : C'est mister Bean qui m'a fait découvrir cette pièce ! Je faisais des essais avec lui à Londres et il m'a conseillé d'aller voir cette pièce qu'il avait trouvé magnifique. La pièce m'a bouleversée. Je suis rentrée à Paris et j'ai demandé à mon agent s'il était possible de prendre les droits. Les éditions de l'Arche m'ont soutenue et confié l'adaptation française. Je l'ai faite avec Zabou Breitman, enfin surtout elle ! C'est Zabou qui a fait tout le travail d'auteur.

Qu'est-ce qui vous a séduite ?

J'ai adoré la manière dont le sujet est traité. J'y ai vu une histoire d'amour tragique moderne. L'histoire de cet homme de 60 ans qui vingt ans plus tôt a fait quelque chose que la société réprouve, et à juste titre, puisqu'il a couché avec une gamine de 12 ans, m'a interpelée. La gamine était très amoureuse de lui, elle s'était offerte à lui et lui n'a pas su résister. Fou amoureux d'elle, il a fait l'erreur la plus terrible de sa vie. Il a commis un acte de pédophilie et ça ne s'est produit qu'une seule fois. Il a cédé à quelque chose de terrible, et il est rongé par la culpabilité et le remords.

Le fait que la pièce évoque un acte de pédophilie ne vous a-t-il pas rebutée ?

La pièce ne fait pas l'apologie de ce genre de rapports. Elle n'est pas sale, provocatrice, ambiguë ou perverse. Ce n'est pas Lolita, même si j'adore Lolita, le livre comme le film ! Elle ne dit pas “ils s'aimaient donc ce n'est pas grave”, à aucun moment elle ne dédouane l'homme de son geste. Sinon, je ne l'aurais pas joué. C'est l'histoire de deux rescapés d'une histoire d'amour terrible qui les a détruits tous les deux. Est-ce qu'une gamine de 12 ans peut aimer un homme de 40 ans ? La justice, la société, estiment que non. Moi aussi sans doute. Mais il ne s'agit pas de juger, juste de voir ces deux personnages évoluer dans cette soudaine confrontation.

Comment voyez-vous votre personnage ?

Je suis très touchée par cette femme qui cherche à se reconstruire mais remet les doigts dans la prise. Car vingt ans plus tard, elle le retrouve. Elle est très en colère car elle a cru qu'il l'aimait mais elle a grandi avec l'idée qu'il avait abusé d'elle. Lui n'est ni un monstre ni un héros, juste un être humain qui a fait quelque chose de terrible. Je suis ravie que Maurice Bénichou interprète ce rôle ; c'est un acteur merveilleux, émouvant, rare avec qui j'apprends beaucoup. Son personnage a payé sa dette, puisqu'il a passé six ans en prison, et a refait sa vie. Cette jeune femme est un fantôme surgi du passé auquel il ne voudrait pas être confronté. Mais en même temps… Ils se sont aimés, et peut-être s'aiment-ils encore ?

Que pensez-vous de l'écriture de David Harrower ; est-ce un texte difficile à incarner ?

C'est un auteur extraordinaire, pas du tout sulfureux ou racoleur, mais un grand auteur joué dans les grands théâtres, lauréat des prix les plus prestigieux ! Son écriture est magnifique, très concrète. C'est un descendant de Beckett ! Tout est dans le travail sur les mots, le langage. Ce sont deux personnes simples qui ont du mal à s'exprimer, qui ont des obsessions, des pensées parallèles. Comme dans la vie, c'est très réaliste, très concret, très brut. Du coup, c'est plus difficile à interpréter. Car pour nous, acteurs, c'est plus facile d'apprendre Shakespeare, la musique, les images de cette langue, que ces mots d'aujourd'hui tout simples, plein d'hésitations, d'incertitude. Mais l'ampleur émotionnelle est telle que c'est un régal à jouer.

Blackbird de David Harrover, mise en scène de Claudia Stavisky, avec Léa Drucker et Maurice Bénichou. Du 29 avril au 24 mai au théâtre Les Célestins, Lyon 2e. 04 72 77 40 00.
www.celestins-lyon.org
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MessageSujet: Tony : requiescat in pace   Ven 22 Aoû - 7:35

L'écrivain Duvert retrouvé mort chez lui
Source : AFP
21/08/2008 | Mise à jour : 16:57 | .
Le corps de l'écrivain Tony Duvert, ancien prix Médicis, a été découvert hier à son domicile du Loir-et-Cher alors qu'il était décédé depuis au moins un mois.

L'écrivain, âgé de 63 ans, s'était fait un nom dans les années 1970 par ses écrits prônant le droit des enfants à disposer de leur corps pour leur sexualité.

Il avait obtenu le prix Médicis en 1973 pour son roman "Paysage de fantaisie", publié aux éditions de Minuit. Ce roman, qui met en scène des jeux sexuels entre un adulte et des enfants, avait été largement salué par la critique à sa parution.

Le Figaro avait ainsi relevé "le miracle de ce livre scandaleux où, de la perversion la plus vertigineuse, mystérieusement naît (...) l'innocence".

Tony Duvert, qui n'avait plus rien publié depuis 1989, vivait seul depuis des années à Thoré-la-Rochette (Loir-et-Cher), sans contact avec les habitants de ce village de 900 habitants. Le corps a été découvert par les gendarmes, alertés par un voisin qui avait remarqué la boîte aux lettres qui débordait.

Selon le parquet de Blois, il s'agit vraisemblablement d'une "mort naturelle", même si une enquête a été ouverte "par principe" comme après toute découverte de cadavre.

lol!


Tony est de ceux qui ont essayé de faire comprendre à la meute hurlante la délicatesse et les souffrance des relations non admises par les mâles dominants et les matrones d'Homo sapiens.... lol! Laughing


Dernière édition par Admin le Sam 23 Aoû - 9:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Tony Duvert ( suite)   Ven 22 Aoû - 15:59

endredi 22 août 2008Les écrits de Tony Duvert seraient aujourd’hui interdits
Tony Duvert, lauréat du prix Médicis 1973, a été retrouvé mort à son domicile de Thoré-la-Rochette (NR d’hier). Il était vraisemblablement décédé depuis plusieurs semaines et son décès est très probablement naturel.
Thoré-la-Rochette

Il vivait depuis une vingtaine d’années à Thoré. Avec sa mère, tout d’abord, puis seul, au décès de cette dernière, en 1996. Autant sa mère était ouverte et côtoyait les gens du village, autant son fils Tony avait la réputation d’être solitaire et de ne parler à personne, sans pour autant faire l’objet de commentaires désobligeants.

Tout juste certains savaient-ils qu’il avait eu un prix littéraire, sans d’ailleurs pousser la curiosité plus loin. Tony Duvert allait de temps en temps à l’épicerie du village, et c’est tout. Il ne se montrait guère, à l’image de l’écrivain célèbre qu’il a été dans les années soixante-dix : il refusait en effet rencontres, débats et interviews, se contentant d’un lapidaire : « Vous n’avez qu’à lire mes livres », ainsi que le confirme son éditeur, les Éditions de Minuit.

A replacer dans le contexte
de l’époque

Dans « Paysage de fantaisie », prix Médicis 1973, il prônait le droit des enfants à disposer de leur corps pour leur sexualité. Une thèse qui apparaît aujourd’hui scandaleuse et serait d’ailleurs aujourd’hui interdite d’édition, mais qu’il convient de replacer dans le contexte de l’époque.
Les événements de mai 1968 ont, en effet, libéralisé les mœurs, souvent pour le meilleur (c’est, en tout cas, l’opinion la plus répandue), parfois pour le pire. Car autoriser les enfants à disposer de leur corps, c’est aussi et surtout les exposer aux perversions de certains adultes, ce qui n’a sans doute pas bien été compris à l’époque.
Daniel Cohn-Bendit, lui-même, a reconnu cette dérive, en la regrettant. Sa confession, qui date d’il y a quelques années, avait surpris.
Il n’en reste pas moins que les écrits de Tony Duvert, qui révèlent un formidable talent mais aussi de perverses idées, ont été très en vogue pendant une décennie : Libération, certes, mais aussi le Monde et le Figaro, ont salué « Paysage de fantaisie » et d’autres ouvrages de Tony Duvert.

Les années quatre-vingts
ont recadré les choses

Les années quatre-vingts ont recadré les choses et rappelé que les enfants devaient avant tout être protégés contre les dérives de la pédophilie. Tony Duvert en a, sans doute, conçu une grande amertume. Lui qui était au cœur de la littérature française la décennie d’avant a vu pas mal de ses soutiens et admirateurs se détourner de lui. Il s’est retiré à Thoré et n’a plus rien publié depuis 1989.
Les férus de littérature qui s’intéressaient encore à lui soulignent d’ailleurs sur internet « qu’ils n’ont plus eu de nouvelles de lui de 1990 à sa mort ». Tony Duvert, misanthrope, s’était retiré dans son monde.
Il ne manquait pourtant pas d’humour (« chaque année, j’ai un an de moins que l’année dernière, Dieu sait comment ça va finir »), de causticité (« Les censures faiblissent, les interdits craquent, on ne sait plus à quelle répression se vouer pour être heureux »), ni d’explosivité : « Flatter la veulerie, lécher les mous, voilà désormais ce qu’on attend de la culture écrite ».
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MessageSujet: Conférence de Serge André à Lausanne   Ven 22 Aoû - 16:22

La signification de la pédophilie
Serge André, Conférence à Lausanne le 8 juin 1999

http://www.oedipe.org/fr/actualites/pedophilie
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MessageSujet: Tony Duvert : un beau mémorial pour un "ultra sensible"   Sam 23 Aoû - 15:22

L'écrivain Tony Duvert, 63 ans, a été découvert mort, le mercredi 20 août, chez lui, dans le petit village de Thoré-la-Rochelle (Loir-et-Cher). Sa mort remonte à environ un mois. Une enquête a été ouverte, mais il s'agit probablement d'une mort naturelle. Tony Duvert n'avait pas publié de livres depuis 1989. On l'avait presque oublié, et pourtant, il a marqué son époque - les années 1970 - par l'extrême liberté qu'il manifestait dans son écriture comme dans sa vie, par un ton unique, fait de crudité et de grâce, par le rythme de sa phrase, sans ponctuation souvent, emportée par le seul mouvement du désir, capable, comme on l'imaginait alors, de changer le monde.



Né en 1945, Tony Duvert était un hors-la-loi, se sentait un interdit de séjour - titre de l'un de ses premiers livres, paru en 1969 chez Minuit, qui restera toujours son éditeur. Mais la musique à la fois rude et raffinée de sa prose donnait à toutes les déambulations, à toutes les randonnées nocturnes d'un homme qui aimait les hommes une allure d'odyssée funèbre, de promenade presque mythique à force d'étrangeté et de solitude du côté des quartiers les plus sombres des villes.

Dans Le Voyageur (1970), Tony Duvert laisse, avec un sentiment de chute libre et d'absence à lui-même, les vieilles images l'encercler. Dans la campagne noyée par l'hiver et la pluie, les ombres de Karim, tué par sa mère, de Daniel, l'adolescent auquel le narrateur apprend à écrire, d'André, de Pierre et de Patrick, démunis, perdus, recherchent dans le brouillard une douceur et une justice que le monde leur refuse.

C'est peut-être pour les accueillir que Tony Duvert compose ce Paysage de fantaisie, couronné par le prix Médicis en 1973. Dans un orphelinat-maison de passe, les pensionnaires peuvent s'abandonner à toutes les lubies d'un instant, sans jamais de tabou, de regard, de reproche. Il y a dans ce livre une sorte de jubilation amorale, d'allégresse féroce. Et dans le bousculement de la grammaire, des gestes et des scènes, dans l'emportement de la phrase unique, un défi lancé à toutes les conventions littéraires et éthiques. Dans sa joie presque enfantine, c'est comme si Duvert oubliait qu'il était adulte, peut-être même qu'il était écrivain.

Mais c'est dans Journal d'un innocent (1976) que s'exprime, avec le plus d'évidence, cette innocence païenne. Dans un univers sans faute ni souffrance, quelque part dans le Sud, les accouplements se succèdent avec un naturel total, absolu. Il n'y a que la peau et le soleil, la simple adoration du désir : et on dirait que Tony Duvert s'affranchit de la nécessité même de l'érotisme, des obligations de la pornographie - cette pornographie dont on l'a si facilement taxé pour le recouvrir d'un nuage de soufre et faire oublier qu'il a été un grand écrivain du bonheur de la chair. Deux essais, Le Bon Sexe illustré (1974) et L'Enfant au masculin (1980) tenteront de donner une forme plus réfléchie à sa vision du monde et de l'amour.

Il y avait chez Tony Duvert une ferveur vraie : celle pour la nature, au coeur surtout de Quand mourut Jonathan (1978) qui retrace l'amour d'un homme et d'un enfant. Cette relation prend l'aspect et le rythme d'une association biologique, comme si, à force d'entente et d'harmonie, ils devenaient tous les deux des plantes éliminant mutuellement les poisons nuisibles à l'autre jusqu'à ce qu'ils soient détruits et séparés par la société. Cette société que Tony Duvert semble rejoindre pour mieux la dénigrer, dans L'Ile Atlantique (1979), son roman le plus classique, presque naturaliste. C'est une sorte de comédie à la Marcel Aymé que Gérard Mordillat adaptera, en 2005, pour la télévision. Ensuite, Tony Duvert n'écrira plus de roman. Un anneau d'argent à l'oreille (1982) n'est qu'un lointain reflet, l'écho d'un adieu à cette forme littéraire.

En 1989, il publiera encore un Abécédaire malveillant, série d'aphorismes qui expriment toutes ses détestations - les prêtres, les philosophes, les parents. Mais on sentait qu'il avait perdu la joie de la provocation. Comme s'il avait compris que les temps lui seraient de plus en plus hostiles, qu'il ne pourrait plus ouvrir de paysage de fantaisie, avec sa seule phrase, sa musique presque barbare. Il s'est isolé dans ce petit village de Loir-et-Cher, très seul, démuni, ne recherchant même pas le secours des mots et n'entendant au loin, parfois, que les rires de ses anges païens.

J'écrirai prochainement à son sujet I love you I love you
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MessageSujet: Tony Duvert ( suite)   Mar 26 Aoû - 15:55

Duvert est mort. Vive Duvert.
26 aoû 2008Par Anne Simonin

Tony Duvert a eu, ou aurait eu, cette année soixante-cinq ans. Les articles de presse qui ont diffusé la nouvelle de sa mort, apprise dans des conditions plus qu’étranges - une boîte à lettres débordante de courrier ayant fini par inquiéter ses voisins -, donnant comme unique précision que l’écrivain était mort depuis au moins un mois quand son corps fut découvert. Tony Duvert était né un 2 juillet 1945, date symbolique comme il se plaisait à le rappeler : « Étrange prédestination, signe du ciel ? L’alinéa de l’article 331 qui assimile à un crime l’amour des moins de quinze ans est du 2 juillet 1945. C’est ma date de naissance. Nul ne aurait venir au monde pédophile sous de meilleurs auspices. Cela vaut toute l’astrologie. » (L’Enfant au masculin, Minuit, 1980). Rappelant par une boutade ce legs durable de la législation vichyste dans la législation républicaine, la réintroduction du délit d’homosexualité en 1942, validé en 1945, et abrogé seulement en 1982 (merci Jack Lang), Duvert assumait sans complexe ce qui aujourd’hui apparaît comme la pire marque d’infamie : la pédophilie. Tony Duvert a peut-être été pédophile –on est sur ce point obligé de le croire. Ce qui est certain est que Tony Duvert est le seul écrivain de langue française qui, bien davantage que Gide, avec son Et nunc manet in te post-Nobel qui rendait fou Mauriac, ou le lolatilisable Matzneff, ait osé faire de la pédophilie le sujet d’une œuvre littéraire. En des temps moins obsédés par la recherche du « misérable petits tas de secrets », c’est la trace littéraire, non la biographie de l’auteur, qui devrait retenir et attirer l’attention sur une œuvre qui est une radicale entreprise de subversion morale certes, mais avant tout politique.
« Avez-vous été scout, Pierre ? Alors, en tout cas vous avez sûrement lu les romans de la collection “Signes de piste” […]. Cela fait quarante ans que garçons et filles au bord de la puberté rêvent de ces ancêtres du “Club des cinq“ que sont le Bracelet de vermeil et Prince Éric. Rêve innocent ? Cela est moins sûr. Il y a quelques années, la revue [Recherches] a démontré très finement que les amitiés transies du bel Éric n’étaient qu’un tissu et une mine de fantasmes homosexuels […]. Moi qui ai un peu connu ces gens […] je peux vous dire qu’en effet, le scoutisme mielleux dont sont sorties ces images étaient à l’homosexualité ce que furent à Vichy ses écoles de cadres… Si on en doutait, un auteur de cette tendance mais affiché, lui, le prouve avec fracas depuis quelques livres. Il s’agit de Tony Duvert aux Éditions de Minuit. Profondément, Duvert est un pur produit de “Signes de piste“. Il en a l’innocence perverse, mais non l’hypocrisie. Cela donne la littérature la plus sauvagement érotique qu’on puisse lire depuis longtemps. » Lors du Magazine de Pierre Bouteiller, sur France-Inter, le 6 avril 1978, Bertrand Poirot-Delpech offrait la plus fine analyse des racines littéraires de l’œuvre de Duvert : ni Genet, dont Duvert confiait n’aimer pas le style fleuri, ni même Sade, dont il devait pasticher Les Cent Vingt Journées dans Paysage de fantaisie (Minuit, 1973), mais la littérature populaire pour adolescents de Serge Dalens, magistrat de son état, et de l’illustrateur, Pierre Joubert. Antonio Gramsci, dans ses Notes de prison, écrit quelque part que le mythe du surhomme doit probablement plus au Comte de Monte-Cristo qu’à Nietzsche. Et si le premier attentat de Duvert était un attentat à la bienséance littéraire, à cette règle non dite qui consiste à n’avoir d’inspirateurs que parmi ses pairs, et non dans une littérature moyenne, middlebrow ? « Né en 1945, j’ai cultivé l’étrange conviction d’appartenir à la première génération d’hommes civilisés qu’il y aurait sur la terre : finies la guerre, la religion, les censures, la violence, les tyrannies, l’injustice, le racisme, la misère et la faim. Je cherche où, par qui, cette atroce illusion m’a été inculquée. Je ne trouve sérieusement que… Le Journal de Mickey. » (Abécédaire malveillant, Minuit, 1989). La plus belle préface aux œuvres complètes de Duvert serait ainsi l’étude intitulée « Pines de Sylphe », magnifiquement illustrée, parue dans le célèbre numéro spécial de la revue Recherches, Cent Mille Milliards de Pervers (1973)…
De la collection “Signes de piste“, Patrick Buisson écrit dans 1940-1945 Années érotiques. Vichy ou les infortunes de la vertu (Albin Michel) qu’elle offrit non seulement l’esthétique, mais l’éthique de toute une génération embrigadée dans un scoutisme maréchaliste. En la culbutant sur l’autel de la littérature, Duvert dévoile non seulement sa charge érotique, mais théorise, à partir de ce renversement, tout ce contre quoi s’inscrit sa littérature, et qu’il qualifie d’hétérocratie, à savoir non pas seulement le droit pour les seuls hétérosexuels « d’assouvir [leurs] désirs personnels » mais « le besoin que la société entière n’enseigne et n’autorise que ceux-là », d’où un ordre public « qui ajoute à la persécution des homosexuels un ordre amoureux nuisible aux hétéros eux-mêmes » (L’Enfant au masculin). Cet ordre public, pensé et mis en œuvre sous Vichy, est fondé sur des principes racistes et sexués : l’attribution aux hommes et aux femmes d’une identité sexuelle différenciée fut le moteur de la Révolution nationale. Ces conclusions sont celles auxquelles parviennent aujourd’hui les historiens de la période qui ont accordé à l’étude du genre la place qu’une historiographie nationale lui a longtemps dénié. La littérature de Duvert ne dit fondamentalement rien d’autre, sauf qu’elle ne circonscrit pas sa dénonciation de l’hétérocratie aux années noires, mais considère que la répression sexuelle inaugurée sous Vichy fut perpétuée par la République qui, au nom des droits de l’Homme, dénie ceux de l’Enfant. Nul besoin de suivre, ni d’adhérer aux conclusions de Duvert, d’aboutir à une résolution définitive des problèmes que pose sa littérature dirait Pierre Macherey, pour reconnaître à sa littérature le droit de penser. « Une philosophie ne serait honnête que contradictoire, incohérente, indéfendable » (Abécédaire malveillant) : n’est-ce pas là la définition même de la « philosophie littéraire » ?
Pédophile, pédéraste, pédé ? Tony Duvert est d’abord un écrivain : « J’ai vu combien en composant des dialogues imaginaires entre gosses, il était difficile, avec pour seul moyen de création la langue écrite, d’infuser aux plus simples phrases, de suggérer par elles, ces tours, des mimiques, ces gestes sans lesquelles elles ne sont rien ; c’est un travail cauchemardesque sur chaque lettre choisie et les sollicitations physiques qu’elles feront, ensemble, à la lecture […]. L’alphabet doit devenir ici à la fois système scriptutaire et notations musicale, sensuelle et gestuelle. Travail décevant : […]. Travail inutile ? Je me demande ce qui, en littérature, ne l’est pas » (L’Enfant au masculin).
Jean Paulhan apprit la mort encore aujourd’hui inexpliquée d’Armand Robin, poète d’origine bretonne qui parlait plus de quarante langues, par un numéro de La NRF retourné chez l’éditeur avec la mention : « N’habite plus à l’adresse indiquée ». La littérature française a beaucoup de chance : la France est un pays où il existe encore des facteurs.
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MessageSujet: Alice au pays du sexe   Dim 19 Oct - 8:55

Pourquoi dit-on aux enfants que le sexe c’est mal, alors qu’ils en sont (parmi) le plus beaux produits ? Deux galeries d’art à Paris se penchent sur cette contradiction, en exposant des oeuvres érotiques sur la notion d’enfance.



Aurélie Dubois, 33 ans, a l'air beaucoup plus sage que les dessins qu’elle aime tracer sur les pages blanches de son cahier d’écolière impudique. Dans l’exposition Forever Young, à la galerie Anne+, elle trace à l’encre noire des lignes qui suivent le contour d’anatomies dessinées avec l’application que l’on met normalement à tracer des pleins et des déliés. Mais ici, c’est l’alphabet du désir que l’on calligraphie. Les lignes tracent un visage, une vulve, un pénis décalotté, les yeux baissés, pensifs d’une jeune femme songeuse… dont les doigts s’attardent entre deux petites lèvres.



Avec la même désarmante pureté d’exécution, Aurélie Dubois dessine aussi des scènes de masturbation, de fellation ou de sexe à plusieurs, qui semblent tout droit sortir d’un univers de vierge folle marqué par la ferveur. Ses héroïnes (elles lui ressemblent beaucoup) semblent toujours hésiter entre plusieurs phallus, partagées entre l’envie d’en prendre en bouche, en cul ou en main. Le visage grave, elles réfléchissent. Silencieuses, studieuses, concentrées sur un corps qu’elles apprennent à utiliser.



«Elle fait du sexe comme on fait des enfants, souligne le psychanalyste Daniel Androvski, tout simplement parce que les enfants se font avec le sexe et ce dernier avec les enfants que nous avons nous-même été.» Daniel Androvski parle aussi de ces «lignes de conduite» avec lesquelles Aurélie Dubois met en scène sa vie sexuelle : des lignes tracées avec le même sérieux qu’elle prenait peut-être, plus petite, à recopier les lettres ?

Bousculant les conventions qui veulent qu’une jeune fille bien élevée soit un modèle de vertu, une autre exposition - Eat Me, Drink Me - s’attaque au mythe de l’enfance pure à travers le chef d’œuvre de Lewis Carroll : Alice au Pays des Merveilles. Une merveilleuse source d’inspiration pour les artistes anti-conformistes. Car Alice, dans ce roman, fait exactement tout ce qu’il ne faut pas : elle succombe aux charmes d’un lapin (métaphore phallique), qui l’entraine dans un trou (métaphore vaginale) et accumule ensuite toutes sortes d’actes dépravés : sexe, drogue et rock’n roll.



Fanny Giniès et Isabelle Lebre, organisatrices de l’exposition expliquent :



«Comparé à d’autres œuvres de la littérature enfantine du XIXème siècle, tels les romans de la Comtesse de Ségur ou de Frances Bennett, qui ont pour but d’éduquer les enfants, de leur apprendre la morale et les bonnes manières, d’en faire de "petits adultes", les aventures d’Alice sont une sorte de roman d’initiation "inversé". Alice arrive au pays des merveilles avec son éducation bourgeoise victorienne et ses notions de "ce qui se fait" et "ne se fait pas". Le monde inventé par Carroll est le théâtre de nombreuses expériences physiques, spacio-temporelles ou bien éprouvant les notions de logique et d'objectivité : tantôt Alice rapetisse, tantôt elle grandit démesurément, elle perd son savoir, un bébé se transforme en cochon, le chat de Cheshire devient invisible, le Chapelier est condamné à rester à l'heure du thé, etc. Une inversion des conventions sociales, que l’on retrouve dans le dessin de Dav Guedin qui, à la manière d’un enfant facétieux, nous donne une version assez scatologique de la Mare aux larmes. Au cours de son voyage, par ses multiples rencontres, Alice redécouvre le monde de l’imaginaire et de l’absurde ; elle réapprend à être une enfant, avec ses rêves et ses craintes propres.»

Dans cet univers de féérie trouble et inquiétante, Alice ne semble obéir qu’à la logique du plaisir. Le roman de Lewis Carroll —véritable plongée dans la psyché— offre l’occasion rêvée d’une exposition magnifique sur le côté obscur de l'enfance et son ingénuité. Par exemple, Alessandra Fusi réalise une Alice aux couleurs pastel semblant sortie d’un album pour enfant… à un détail près. Près d’elle, une chenille qui fume son narguilé plane en pleine psychédélie. A l’inverse, Ectropion nous présente une Alice «trash», littéralement dévorée par les oiseaux pour avoir osé leur parler de son chat Dinah. Et Nathalie Shau représente, magnifiquement, Alice en dominatrice : un fouet à la main, elle parle à Dinah comme un dompteur au lion, les seins offerts et la bouche purpurine…

Forever Young
Du 16 octobre au 13 décembre 2008
Galerie Anne+ : 85, rue Victor Hugo, 94200 Ivry-sur-Seine
Tél. : 01 49 60 20 10
Ouvert du mardi au samedi : 14h-19h.

Eat Me, Drink Me
Du 8 octobre au 9 novembre 2008
Galerie l’Art de Rien : 48 rue d’Orsel 75018 Paris. Métro : Abbesses ou Anvers
Ouvert du mardi au vendredi : 13h30-19h30. Samedi : 11h30-19h30. Dimanche : 13h30-19h30
Tel. : 01.42.52.75.84
www.myspace.com/art_de_rien


article tiré du blog d'Agnès Giard : 400 culs

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2008/10/alice-au-pays-d.html
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MessageSujet: Britten toujours dans :"le tour d'écrou"   Lun 17 Nov - 8:07

Bondy avait des partis-pris clairement définis : les spectres étaient des spectres – vous l’avez dit - et l’interprétation sexuelle ne laissait pas de doute…

Pour moi, il est évidemment question de pédophilie dans cet ouvrage. Les spectres sont des prétextes pour en parler à une époque où l’on ne pouvait même pas prononcer le mot. Mais au delà, c’est l’abus de pouvoir sur les enfants dont il s’agit. Chaque fois, qu’on rencontre un enfant, même s’il n’est pas de notre famille, on essaie toujours de le séduire, d’abord en lui montrant que nous aussi on a été des enfants et puis ensuite il y a des tas de manières très perverses : on essaie de jouer avec lui, de le convaincre que « je suis le meilleur adulte pour toi » même si ce n’est qu’en passant. On est incapable de faire autrement ; c’est presque un atavisme. Je me suis posé beaucoup de questions sur ce sujet, qui ont fait qu’entre ma première et ma deuxième gouvernante, je me suis dit qu’elle n’était pas vraiment innocente, pas du tout la gentille de l’histoire comme on peut le penser. Déjà parce que j’essaie en général de combattre le manichéisme qui nous encombre à l’opéra ; les typologies vocales qui font que la soprano est la gentille, le baryton un salop et que la basse est le roi.

La musique aide souvent à dépasser ces archétypes…

l'ensemble de l'article en suivant ce lien :

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MessageSujet: Réponses au débat sur l'homophobie   Mer 19 Nov - 9:01

Réponses au débat sur l'homophobie
18 novembre 2008 | Thierry Boutet*


Au nom de la lutte contre l’homophobie, le ministre de l’Éducation nationale couvre une opération de propagande en faveur de la banalisation des comportements homosexuels. Notre mobilisation contre cette campagne a déclenché un grand nombre de réactions, positives et négatives.


Des personnes, se présentant elles-mêmes comme homosexuelles, se disent blessées par notre refus d’accepter que l’homosexualité soit présentée à des adolescents, en classe, comme une « orientation naturelle» de leur sexualité parmi d’autres.

À chacune, y compris celles qui nous insultent et malgré l’anonymat derrière lequel beaucoup se cachent, j’aurais aimé écrire personnellement. Il en va des souffrances liées à l’homosexualité comme de toute souffrance. Rien n’est plus personnel, unique, intime, singulier. Il est déjà difficile de comprendre sa propre souffrance ; comment comprendre vraiment celle de l’autre ? Cette incapacité ne veut pas dire mépris ou indifférence, au contraire. Toute personne en souffrance est respectable ; elle porte un appel à davantage d’attention et d’accompagnement, quand bien même elle insulterait le ciel et la terre entière.

Que certains qui se sentent blessés aient voulu exprimer ce qui déborde de leur cœur, soit. Leur attitude ne m’empêchera pas de penser qu’elles se trompent si elles espèrent trouver la solution à leurs difficultés en forçant la société à changer ses paradigmes et ses références fondatrices.

Le contenu même de ces réactions m’oblige à m’en expliquer davantage en précisant ici quelques points en discussion.

La souffrance ne saurait empêcher l’exercice de la raison

En premier lieu je voudrais indiquer à ceux qui nous en accusent que nous ne confondons pas homosexualité et pédophilie. La pédophilie est généralement définie comme l'attirance sexuelle d'un adulte envers des personnes impubères. Elle est classée comme trouble de la sexualité par la CM1 (Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes) qui est la liste des causes de morbidité et de mortalité publiée par l’OMS. L’homosexualité procède de processus psychologiques très différents et beaucoup la considèrent comme une « orientation » innée.

En France, si la majorité légale est à 18 ans, la majorité sexuelle est à 15. Mais à ne s’en tenir qu’à cette frontière légale, banaliser l’homosexualité chez des adolescents qui, on le sait, sont encore souvent en quête de maturité, fait objectivement courir le risque concret de banaliser la pédophilie en facilitant la transgression de cette frontière perméable et floue. En ce sens, lorsque Gérard Longuet s’étonne que l’on promeuve à l’école de nouvelles formes de sexualité tout en combattant la pédophilie, il n’a pas tort : il met le doigt sur une divergence qui va au-delà du simple « paradoxe ».

Une autre personne écrit « c’est désespérant de vous lire », et me pose cette question : « Vous êtes-vous jamais demandé ce qu'on ressent lorsqu'on est homosexuel et que 90 % des gens autour de vous sont hétérosexuels et imposent la norme (le plus grand nombre) ? »
Au risque de surprendre ce correspondant, oui, je me suis demandé ce que ressentaient les personnes homosexuelles dans un milieu hétéro !

L’enquête que j’ai conduite m’a appris qu’il existe autant de manières de vivre son homosexualité que de personnes homosexuelles. Sans doute existe-t-il des constantes ; mais en dépit de quelques généralisations approximatives, il y a autant de manières d’être heureux ou malheureux que d’individus, précisément parce que leur identité et leurs aspirations ne se réduisent pas à cela.

Un combat politique

Beaucoup de personnes homosexuelles ont le sentiment d’être marginales, minoritaires, mal acceptées, incomprises ; c’est la raison pour laquelle elles vivent souvent entre elles et ne cherchent guère à s’insérer dans des réseaux plus larges. Le communautarisme est pour elle une tentation fréquente.

Ce constat permet-il de comprendre la vraie nature de leur malaise ? Mettre des mots sur des souffrances profondes permet-il de les comprendre ?

Que les associations gayes demandent pour les personnes homosexuelles le respect dû à tout individu est une requête légitime. Si ce respect n’est pas assuré dans certains établissements scolaires ou universitaires, il est normal qu’elles en saisissent l’autorité compétente et remontent jusqu’au ministre s’il le faut.

En revanche, en tentant de prendre en charge l’éducation sexuelle des enfants, elles changent de registre et révèlent leurs véritables intentions. Il ne s’agit plus d’une juste revendication, mais d’une pensée militante destinée à asseoir le pouvoir d’un petit groupe qui utilise la souffrance des uns et la culpabilité des autres pour parvenir à ses fins. Exploiter politiquement les problèmes d’une minorité, jouer sur les ressorts personnels, moraux, intimes sont des méthodes caractéristiques des idéologies révolutionnaires qui ont ensanglanté le XXe siècle.

Les lobbies gays qui cherchent à faire croire aux homosexuels qu’ils seront heureux et respectés lorsque les comportements homosexuels seront — enfin — reconnus à l’égal des comportements hétérosexuels, grâce à leurs luttes, les trompent… Comme le Parti communiste a trompé la classe ouvrière russe en 1917.

Et c’est là que fonctionne le piège politique ; car il s’agit aussi de politique et de liberté politique, c’est pourquoi cette question nous concerne. Bien loin de libérer les personnes homosexuelles, les associations gayes qui veulent structurer la vie en société sur le respect de fausses identités, institutionnalisent l’aliénation et les conflits dont celles-ci sont la cause.
C’est à quoi songent les lobbies gays en voulant introduire dans les enseignements sur la sexualité l’idée qu’il n’existe plus deux sexes mais seulement des « orientations » diverses, toutes équivalentes en fait, et plus encore en droit : hétéro-masculin, hétéro-féminin, homo-masculin, homo-féminin, « bi » et enfin transsexuel.

Cette utopie augmentera peut-être un peu le nombre de jeunes homosexuels mais les rendra-t-elle plus respectueux les uns des autres et mieux dans leur peau ? Au vu de très nombreux témoignages, l’expérience, y compris celle de la vie dans les milieux gays ou lesbiens, ne permet pas de l’affirmer. Les rapports de domination ne sont pas abolis pour autant ; ils changent simplement de support.

La notion d’identité

Pour respecter une personne, il n’est heureusement pas nécessaire de connaître ni de qualifier son comportement sexuel. Que cette réponse soit éprouvée comme blessante ou révoltante par une partie de la communauté homosexuelle témoigne qu’il existe en effet un vrai problème. Mais ce problème n’est pas tant dans la société que dans l’esprit de ceux qui, pour des raisons idéologiques, veulent faire du prosélytisme.

Ce problème repose sur plusieurs confusions.

En premier lieu, la réduction de l’individu à ses actes, quels qu’ils soient. Or toute personne les dépasse infiniment, heureusement pour chacun de nous. Inversement, conférer à un individu une identité sur la base de son comportement, en particulier sexuel, c’est à coup sûr l’aliéner en l’enfermant dans une finitude d’autant plus désespérante que l’acte, une fois posé, devient irréversible et irrémissible.

Cette confusion entretenue — sciemment ou non — fait l’impasse d’une part sur la liberté fondamentale de chacun, plus ou moins réalisée dans les actes posées, d’autre part sur la possibilité de changer, en bien ou en mal, donc sur le progrès possible de chacun dans sa conduite. Dès lors, juger un acte, devient juger la personne, donc la rejeter si cet acte qui désormais la définit est refusé ou jugé négativement par d’autres, voire par lui-même. C’est la raison pour laquelle, sans le savoir clairement, certains désespèrent de leurs propres actes, et renoncent à toute possibilité de changement au point d’être tentés par le suicide.

On sait bien que l’adolescence est fréquemment l’occasion d’expériences de toute nature, y compris homosexuelles, souvent passagères, voire réduites au stade préliminaire de la tendance, expériences qui témoignent seulement d’une ambivalence qui tarde plus ou moins à se stabiliser. Mais à cause de cette confusion entre l’acte et l’identité, des jeunes qui ont eu une relation homosexuelle occasionnelle en viennent de ce seul fait à se définir comme homosexuels et sont contraints de s’enfermer dans ce qui leur est imposé comme une identité. Au prix d’une désespérance immense.

Au risque de blesser les 5 à 7 % de Français qui ont fait, font ou feront une expérience homosexuelle (d'après le site militant monchoix.net), il n’y a jamais eu, il n’y a pas, et il n’y aura pas davantage demain d’identité homosexuelle, pas plus qu’il n’y a une identité hétérosexuelle. Sous ce rapport sexuel, il n’y a d’identité que masculine et féminine, et cette différence est reçue, qu’on le veuille ou non : elle échappe à notre volonté, comme d’ailleurs nombre des autres constituants de ce qui finit par faire l’identité, spécifique et unique, de chacun de nous : à commencer par ses parents, sa famille, son pays de naissance. Un comportement, une inclination, une habitude, ne constituent pas une identité : on ne s’identifie pas plus à son honnêteté (ou sa malhonnêteté), à son courage (ou à sa lâcheté), qu’à sa profession, sa confession ou à ses hobbies.

Qu’il existe des bipolarités différentes, que la bi-sexualisation psychique soit en partie culturelle, qu’elle puisse être difficile pour certains, personne ne le conteste. Il n’en demeure pas moins qu’être femme, c’est être né d’un être du même sexe que le sien, et qu’être homme c’est être né d’un corps de sexe différent. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait beaucoup de psychologie pour comprendre que « parce qu’il est sexué, l’homme devra renoncer à être ce qu’il est à son origine, union des différences. Il ne trouvera son identité qu’en s’identifiant à celui qui est comme lui à l’origine, et en renonçant à s’identifier à celui qui n’est pas comme lui et qui cependant lui aussi est à l’origine » (Thibaud Collin – in Le Mariage gay, les enjeux d’une revendication, Eyrolles, 2005.)

Tout individu se structure dans la différence grâce à un tissu de relations complexes qui commencent dès avant la naissance. La sexualité y entre pour une large part ; mais elle n’est pas seule en cause, loin s’en faut. Toute relation humaine n’est pas sexuelle même si l’érotisation actuelle de la société tend à le faire oublier. L’amitié, la connivence, la communion entre deux personnes peuvent être de nature principalement spirituelle, intellectuelle ou esthétique ; elles sont d’autant plus riches qu’elles sont libres de toute connotation sexuelle, à l’inverse de la démarche d’identification par l’homosexualité.

L’aliénation par l’enfermement dans le regard de l’autre

L’affirmation selon laquelle la différence sexuelle, masculin/féminin, serait source d’aliénation et favoriserait la projection d’une situation dominante des « hétéros » sur les « homos », résulte de la même confusion. L’un de nos détracteurs m’écrit : « Tu te crois supérieur parce que tu es attiré par les filles ? Ca te fait être quelqu'un de supérieur? Foutaise! » Et un autre dit à peu près la même chose avec plus de courtoisie : « Cette campagne permettra aux jeunes homos ou bisexuels et bisexuelles de pouvoir s'affirmer, et ne plus se sentir dévalorisés et humiliés sans cesse. »

Elle résulte d’une erreur fondamentale sur le sens dans lequel fonctionne l’aliénation. La revendication gay consiste à faire croire que l’on ne peut exister que dans le regard de l’autre et donc à imposer à l’autre de conformer son propre regard à ce que chacun voudrait que cet autre voie de lui.

Un lycéen l’écrit sur notre site : « Je suis gay, et l'homophobie à l'école, je connais : insultes, moqueries au quotidien, dévalorisation de soi par ces propos qui nous humilient sans cesse, alors qu'on ne choisit pas d'être homo ! Risque d'agression physique, devoir se taire pour éviter le rejet, etc. »

Il n’est pas question de mettre en doute ce témoignage ; mais est-ce que la cause du rejet dont est victime ce jeune homme est son homosexualité, ou bien sa fragilité intérieure dans un environnement scolaire où les règles de respect les plus élémentaires n’ont plus cours ? Faire croire à des jeunes qu’ils seront heureux lorsque le regard des autres sur eux aura changé, c’est les placer sous une dépendance qui est à l’opposé de toute libération véritable. Chacun sait que la maturité affective n’est possible que si on se libère du regard des autres, en particulier de celui des parents, pour exister par soi-même et s’aimer tel que l’on est, et non comme les autres nous voient, ou nous imaginent.

Le plus sûr moyen d’être respecté et reconnu, c’est donc d’abord de savoir soi-même qui on est. Quel que soit le groupe ou la communauté, ceux qui manquent de confiance en eux-mêmes risquent toujours d’être transformés, à un moment ou à un autre, en souffre-douleur ou en bouc-émissaire.

En conclusion, imaginer que l’on va enseigner le respect de l’autre en jetant un voile sur la structure profonde de la personnalité, en confondant identité et comportement sexuel à un âge où la personnalité est mouvante, relève de la plus pure utopie et d’un grave déni de la réalité.
Les très nombreuses réactions que nous avons reçues nous confirment que la pétition que nous avons lancée pour alerter l’opinion publique et le ministre de l’Éducation nationale est plus justifiée que jamais. C’est pourquoi nous invitons toutes les personnes de bon sens à la signer, y compris les personnes homosexuelles qui ne veulent pas se faire manipuler par des lobbies qui ne défendent leurs intérêts qu’en apparence et instrumentalisent leurs souffrances à des fins politiques. (...)

*Thierry Boutet est porte-parole de la Fondation de Service politique.
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MessageSujet: Pédophilie et refoulement de la violence   Mer 17 Déc - 8:58

Pédophilie et refoulement de la violence

Jean-Pierre Abbet, sociologue et anthropologue, Lausanne
Mercredi 17 décembre 2008



Dans Le Temps du 4 décembre, un chercheur en théorie politique nous explique en substance que le refus de prescrire les actes pédophiles, ou de «pornographie enfantine», correspondrait à un refoulement de la «part menaçante en chacun de nous», de notre violence, de «l'adversité propre à la vie en société», finalement du fait que nous ne serions ni bon ni mauvais mais à la fois l'un et l'autre.



Pour ne pas faire le lit d'un tel refoulement, on apprend par ailleurs qu'il faudrait se garder d'une «absence de continuité posée entre les victimes et ces coupables absolus que sont devenus les pédophiles», dont on apprend encore qu'ils sont «les nouveaux monstres de nos sociétés contemporaines» par l'artifice de «la construction récente de la catégorie du pédophile».

De tels propos pourraient laisser penser que le pédophile sommeille en chacun de façon potentielle, en tout cas dans l'esprit de l'auteur, et qu'il faudrait donc se garder de le juger trop vite. Mais l'auteur de cet «éclairage» se garde bien d'aller jusque-là, en relatant habilement son propos sur l'arrière-plan de l'actualité du vote sur l'imprescriptibilité, ce qui est bien sûr tout différent.

Le fond de cet article, soit cette façon de transposer le refoulement social de la pédophilie et de l'inceste - qui a si souvent et si longtemps caractérisé nos sociétés, favorisant du même coup le refoulement individuel des victimes - en un refoulement de la violence en chacun de nous, correspond toutefois à une imposture particulièrement violente. Il suffit pour cela à l'auteur d'occulter la différence entre les sentiments violents, qui peuvent effectivement tous nous habiter, et les passages à l'acte, ici du pédophile. Tout sentiment haineux pouvant potentiellement nous pousser au crime, gardons-nous de juger et remettons un peu le curseur de la justice du côté des criminels, on ne sait jamais! Une telle violence est non seulement adressée à ceux qui ont voté en faveur de l'initiative, mais à chacun d'entre nous.

© Le Temps, 2008
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MessageSujet: Un film sur les hystéries écclésiales   Mer 17 Déc - 9:02

Primeur : Bande-annonce en français du drame Doute


La bande-annonce en français du drame Doute, de John Patrick Shanley, est maintenant disponible en primeur sur Cinoche.com. Le long métrage, qu'il a également scénarisé, est inspiré de sa propre pièce, gagnante du prix Pulitzer. Philip Seymour Hoffman, Meryl Streep, Amy Adams et Viola Davis composent la distribution du long métrage. Ces trois dernières sont d'ailleurs en nomination pour ce film aux Golden Globes 2009.

En 1964, la directrice d'une école catholique du Bronx, une nonne aux méthodes de discipline sévères, accuse de pédophilie un prêtre populaire.

L'affiche en français du film était récemment dévoilée dans cette actualité.

http://www.cinoche.com/trailers/5531/5771
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MessageSujet: Doute: la critique   Mer 14 Jan - 9:17

J’assistais hier soir à la projection presse de Doute, LE film plébiscité du moment. Nominé à de nombreuses reprises aux Golden Globes, directement en course pour les Oscars, Doute est l’un de mes premiers gros chocs cinéma de l’année 2009. Même si les avis divergent Outre-Atlantique, j’ai été pour ma part littéralement captivé par l’histoire, captivé par les interprétations parfaites des quatre principaux protagonistes, captivé par ce film au postulat à la fois très simple et très complexe mais parfaitement maîtrisé par le réalisateur John Patrick Shanley.

Sur une base de "on dit"
En effet, Doute aborde la suspicion d’un prêtre de pédophilie par la directrice et l’une des institutrices, rôles respectivement tenus par Philip Seymour Hoffman, Meryl Streep et Amy Adams. Encore un film évoquant ce sujet à la fois polémique, subversif et choquant me direz-vous ? Oui…mais non. Tout l’intérêt du scénario réside dans le fait que l’on ne connaitra jamais la vérité sur ce qu’il s’est réellement passé au presbytère, entre le père Flynn et Donald, le seul enfant noir de l’école. Y-a-t-il eu le pire, n’y a-t-il rien eu, le spectateur est face à ce dilemme, face à cette inconnue lui permettant de développer sa propre réflexion et d’émettre ses propres hypothèses.

Sur une base de « on dit », « on pense », « l’élève me semble avoir une attitude étrange », la tyrannique sœur Beauvier, dont les pratiques obscurantistes glaçent encore le sang quant aux convictions de l’époque, va tout mettre en œuvre afin de faire renvoyer le père Flynn, sa foi et sa conviction aveugle pour elle. Ce personnage, très intéressant dans son traitement ne sombre jamais dans le stéréotype de la sœur aigrie et très rude que l’on peut rencontrer dans les mauvais feuilletons télé. On sent la volonté et la sincérité émerger de ce combat qu’elle entreprend tel un bulldozer lancé à pleine vitesse, peu importent les conséquences. Le fameux « doute » sur ce qu’il s’est réellement passé ne permet pas de la haïr comme on aimerait le faire tant le personnage demeure infect. Mais si elle disait vrai… ?

Face à elle, Philip Seymour Hoffman en père jovial, sympathique mais visiblement porteur de lourds secrets. Nettement plus humain, plus progressiste, plus moderne, il saura attirer tout naturellement la compassion des spectateurs. Il est le père réaliste, ouvert, dont les sermons usent des métaphores à bon escients afin de marquer les esprits tout en finesse.

Evitant tous voyeurisme mal approprié le film met également en avant deux comédiennes de talent que son Amy Adams (récemment vue dans Il était une fois de Disney) et Viola Davis. La première est une sœur tantôt naïve, tantôt convaincue, mais toujours réaliste. Elle est le personnage auquel on s’accroche le plus aisément puisque n’étant pas dirigée par des certitudes aveugles mais par la raison.
Viola Davis, l’interprète de la mère du jeune Donald n’est quant à elle pas beaucoup présente sur le plan purement temporel mais marque l’ensemble du film grâce à un dialogue bouleversant qu’elle entretiendra avec la sœur Beauvier au sujet de son fils, de son intégration, de ses attirances…

Idéal pour les Oscars ?
Doute marque surtout par son perfectionnisme. Comédiens parfaitement dirigés, cadrages simples mais efficaces, dialogues pesés au mot près, approche tout en non-dits de sujets comme la pédophilie, des problématiques raciales ou encore de l’homosexualité, le film mérite à mon sens directement sa place pour la cérémonie aux statuettes.

Doté d’une photographie intéressante notamment par l’utilisation récurrente des nuances de vert (symbole de l’espérance dans la littérature chrétienne), le film est parfaitement supporté par les musiques d’Howard Shore, toute en discrétion mais pourtant vitales à la cohésion du long métrage.

Comme pour troubler davantage le spectateur, la chute finale est à la fois perturbante et rassurante, perturbante puisque conforte le sentiment d’injustice omniprésent, rassurant dans le fait que chaque personne est capable de procéder à son introspection et de « douter » comme tout être humain normal.

Entre convictions, manipulations, croyances, Doute est un très grand film qui doit tout ou presque aux interprétations magistrales de ses acteurs.

Sortie officielle : 11 février 2009

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