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 L'Eglise va-t-elle admettre la liberté d'interprétation des écritures ?

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MessageSujet: L'Eglise va-t-elle admettre la liberté d'interprétation des écritures ?   Lun 20 Oct - 11:24

Au coeur des discussions du Synode, se pose la question délicate de la normativité de l'interprétation de la Bible. Il faut savoir en effet que l'un des enjeux de la fracture de la réforme au XVIe siècle fut déjà le refus acharné de l'Eglise catholique d'admettre toute marge d'interprétation libre et de libre examen au profit d'une compréhension figée de l'écriture censée s'imposer à tous.

Depuis le Concile Vatican Il, au sein même du catholicisme, bien que fort timidement, la possibilité de plusieurs lectures d'un texte vivant et non inerte ou sclérosé a commencé à voir enfin le jour, non sans rencontrer de très vives réticences de Rome et des secteurs conservateurs de la théologie. L'un des chevaux de bataille de Joseph Ratzinger, en particulier dans sa conférence très controversée de janvier 1983 à Notre Dame de Paris et à Lyon-Fourvière fut justement de considérer comme incontournable la distinction entre le texte et le commentaire, de façon à sacraliser le premier et de l'isoler dans une bulle sacrée et intemporelle, au-delà de l'interprétation donnée. D'un point de vue philosophique, Joseph Ratzinger oubliait ainsi la nature déjà interprétative de l'écrit saint, ce qui oppose la compréhension chrétienne de l'inspiration d'une vision fondamentaliste selon laquelle Dieu dicterait mot à mot le contenu du livre saint. La rédaction des Écritures n'en est pas moins déjà une interprétation et non une espèce de bloc granitique qui échappe au temps et à l'histoire. Ceci légitime un vrai pluralisme de compréhension et d'êxposition du mystère chrétien. On le
sait, Benoît XVI entend combattre et pourfendre le relativisme sous ses différentes formes. A l'évidence, le relativisme coïncide avec une pluralité de lectures de la Bible et de compréhension de la parole. On mesure donc l'importance stratégique du synode en cours dans le plan de restauration et dans la croisade anti-relativiste de Joseph Ratzinger.
La Parole

de Dieu bâillonnée

Les travaux du synode se sont donc ouverts sur une proposition avancée par le rapporteur, un cardinal très "ratzingérien", Mgr Marc Ouellet, sulpicien et archevêque de Québec, en l'occurrence la demande au pape d'écrire une encyclique sur l'interprétation des Ecritures. L'intention de ce porporato est clairement conservatrice et même répressive : de son aveu même, le cardinal Ouellet veut combattre de façon énergique et décidée l'enseignement donné très souvent dans les Facultés de théologie et les Facultés bibliques qui, de son point de vue tout au moins, divergent de façon importante de la vision de la Bible donnée par le magistère du Pape

Selon Marc Ouellet, on assiste ainsi à " une fragmentation excessive des interprétations " qui lui semble mettre en péril l'unité de la foi. Pour l'archevêque canadien, "dorénavant, le rapport interne de l'exégèse à la foi ne fait plus l'unanimité et des tensions augmentent entre exégètes, pasteurs et théologiens. [....] On complète certes de plus en plus l'exégèse historico-critique par d'autres méthodes dont certaines renouent avec la tradition et l'histoire de l'exégèse. Mais d'une façon générale, après plusieurs décennies de concentration sur les médiations humaines de l'Ecriture, ne faut-il pas retrouver la profondeur divine du texte inspiré sans perdre les acquis précieux des nouvelles méthodologies ?".

Sans doute, estime le cardinal, il faut respecter les différents niveaux de compétence et d'intervention : un professeur d'exégèse n'est pas un évêque ou un prédicateur de retraite, Mgr Ouellet a cité un
exemple de cette communion qui respecte les différents domaines sans perdre de vue le fondement même de la Parole qui est l'Amour : l'élan qu'est en train de donner l'oeuvre de Marie, c'est-àdire le Mouvement des Focolari, fondé par la défunte Chiara Lubich, un élan en fait bien discuté [cf. la revue Golias n°65].

Sur le fond, il va de soi que la question de l'interprétation est centrale. Reste à savoir comment la traiter. Dans la logique de l'intransigeance qu'entend promouvoir l'actuel Pontificat, on redoute qu'il s'agisse surtout de fermer portes et fenêtres pour pérenniser et canoniser à tout jamais une interprétation, la plus stricte et peut-être la plus figée. Il ne s'agit peut-être de rien d'autre que de momifier une parole de Dieu qui, en soi, est pourtant vivante, et pour cause car elle est quelqu'un de vivant qui s'adresse à des personnes vivantes. Une perspective que le Synode semble oublier quelque peu !

in Golias

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