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 Le capitalisme est moribond

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MessageSujet: Le capitalisme est moribond   Jeu 16 Oct - 15:13

Olivier Besancenot : "Avec la crise, un chapitre des possibles est en train de s'ouvrir"
LE MONDE | 16.10.08 | 15h33 •
Alors que son organisation doit lancer le Nouveau Parti anticapitaliste en janvier 2009, Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR, donne son analyse de la crise et des mesures prises par le gouvernement.


Qu'est-ce que la crise révèle de nouveau ?


Elle a vu s'effondrer une illusion : celle qui présentait le capitalisme comme l'horizon indépassable de l'humanité. Depuis dix jours, on parle de crise systémique c'est-à-dire qu'on avoue que le système a failli s'effondrer de lui-même. Je ne suis pas particulièrement réjoui de voir nos pronostics confirmés parce que c'est rarement les capitalistes qui payent la facture de telles crises, c'est en général le peuple.



Mais aujourd'hui tout le monde s'accorde pour reconnaître l'importance et la profondeur de cette crise internationale, dont la LCR parle depuis la crise des subprimes à l'été 2007. Ce n'est pas l'énième soubresaut boursier mais une secousse qui, pour la première fois depuis le début des années 1980, touche non pas la périphérie mais le coeur de la bête : les Etats-Unis et le système bancaire. Le système finit par se noyer dans son propre sang.


Cette crise ne remet-elle pas en cause vos analyses d'inéluctabilité de la chute du capitalisme ? Il semble résister encore...


Une partie du mouvement ouvrier a été bercée par cette prophétie qui voulait que la roue dentée du progrès avance d'elle-même. Moi, je n'y ai jamais cru. J'appartiens à une génération qui s'est rendue compte que le capitalisme était capable de se purger lui-même au prix de crises, de catastrophes sociales et écologiques ou de guerres. Il a cherché à se débarrasser de toutes ses entraves en revenant à un marché sans limites. On a abouti à un système de capitalisme pur, un peu comme celui que Marx avait sous les yeux voici 150 ans. L'anachronisme aujourd'hui, c'est celui que célèbre Sarkozy à travers le capitalisme entrepreneurial alors que les quelques grands groupes qui font la loi combinent activités financières et industrielles.

Que pensez-vous du choix des gouvernements européens d'investir massivement pour sauver le système bancaire ?


Je suis scandalisé qu'on dilapide les deniers publics dans les entreprises privées. On privatise La Poste et on renfloue Dexia. Les pouvoirs publics sont capables de trouver en deux heures des dizaines de milliards pour les coupables de la crise, alors que depuis des mois, sous prétexte que les caisses de l'Etat sont vides, ils refusent de verser un seul centime d'euro pour les victimes de la crise. Mais surtout, ce déblocage subit d'aides aux banques ne réglera rien : le plus gros des difficultés économiques reste devant nous, en France, en Europe et aux Etats-Unis. Le budget des Etats est complètement flingué, avec toujours plus de dépenses et toujours moins de recettes et des cadeaux fiscaux qui ne s'arrêtent pas. On peut être sûr qu'on va assister à une récession majeure.

Mais les solutions de rachat des banques, n'est-ce pas une sorte de nationalisation comme vous le préconisez ?


Cela n'a rien à voir avec ce qu'on propose car ce ne sont pas des nationalisations ! Dans le plan anticrise du gouvernement, il n'est même pas envisagé que l'Etat ait le droit de vote dans les banques qu'il rachète. C'est hallucinant. Plutôt que d'investir dans des banques qui sont en train de s'écrouler dans la guerre de l'économie de marché, nous proposons de réunifier toutes les banques, publiques comme privées, dans un seul service public bancaire, placé sous le contrôle des salariés, des consommateurs et des usagers. Il faut faire irruption dans l'économie privée pour satisfaire les besoins de la majorité de la population et ôter à une minorité d'individus le pouvoir qu'elle a sur l'économie.

Cette crise semble tomber à pic pour vous...


Elle peut servir de révélateur pour comprendre qu'il est temps, nécessaire et possible de changer de société. Dans cette crise majeure, on peut ressusciter l'espoir. Il existe un petit climat social, comme on le voit avec les salariés de Sandouville ou ceux de l'automobile. A tous ceux qui subissent la crise, c'est le signe qu'un chapitre des possibles est en train de s'ouvrir. D'où l'importance de renforcer une gauche clairement anticapitaliste qui construise une unité sociale des exploités pour stopper les mesures en cours dans la fonction publique, le blocage des salaires, la remise en cause du repos dominical, les retraites... sans attendre 2012. Je propose une rencontre unitaire de toute la gauche sociale et politique pour soutenir toutes les initiatives de résistance.

Propos recueillis par Sylvia Zappi
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MessageSujet: L'enjeu actuel, c'est «décroissance ou barbarie»   Sam 1 Nov - 16:42

Par Paul Ariès, directeur du « sarkophage », rédacteur de « La Décroissance ». Les vertus du capitalisme s'épuisent. Il faut sortir des logiques productivistes, même corrigées par un capitalisme vert. Et nous redonner des limites.

Dans la Nouvelle Ecologie politique (1), Jean-Paul Fitoussi et Eloi Laurent ont le mérite de prendre acte d'une rupture en cours d'achèvement, au sein des gauches européennes, pour tout ce qui a trait au débat sur la croissance et la consommation. Les différentes familles du progressisme européen sont en train de s'aviser que, tant qu'elles n'articuleront pas l'écologie et le social, ou encore les contraintes environnementales, le besoin de justice sociale et le besoin de reconnaissance, aucun nouveau projet ne pourra prendre forme en leur sein. Ne nous y trompons pas : l'impasse théorique des gauches contemporaines ne s'explique pas par une question d'appareil ou de choix de candidats, mais par un retard doctrinal. Fitoussi et Laurent obligent justement la famille progressiste européenne à concevoir la refondation comme un geste théorique, comme l'imagination prospective d'un nouveau modèle de société.

La gauche et la droite ont certes un point commun. Elles partagent un bilan effroyable en matière d'environnement. Elles sont les deux options concurrentes d'un même système, désormais dans l'impasse, qui a pillé la nature pour nourrir la machine productiviste. Reste que la droite, sous l'impulsion notamment des milieux d'affaires, a voulu formuler avec l'idéologie du développement durable un début de réponse à sa lacune théorique. Ainsi, le passage d'une écologie dénonciatrice et culpabilisatrice à une « écologie réparatrice » figure parmi les priorités théoriques de la droite. La gauche, elle, reste en jachère théorique.

Mais, si le plaidoyer des auteurs de la Nouvelle Ecologie politique ne me semble pas convaincant, c'est essentiellement parce qu'il se déploie à l'intérieur du paradigme productiviste. Fitoussi et Laurent affirment par exemple qu'il n'existe pas de limite à l'extension indéfinie du capitalisme. Même si je pense comme eux qu'il faut se méfier des scenarii catastrophes, le capitalisme ayant montré plus d'une fois dans son histoire sa grande capacité de « résilience », le projet que défendent les auteurs d'un « capitalisme vert » m'apparaît en revanche comme une monstruosité – écologique, sociale et humaine. Une monstruosité qui revient à signer un blanc-seing aux logiques productivistes responsables de la catastrophe actuelle et qui conduirait à adapter la planète et les humains aux besoins de l'économie…

Tout d'abord, Fitoussi et Laurent ont le tort de porter principalement au crédit du capitalisme un développement considérable du niveau de vie. Cette assertion, qui a une allure de vraisemblance, revient à faire comme si la société capitaliste était simplement une société où l'on consommait plus que dans les autres. Or, l'essence de la société de consommation est ailleurs : son principe secret est à chercher du côté de ce que les Grecs anciens ont appelé l'hybris, la démesure, le culte de l'illimité. Pour saisir cette illimitation, il aurait fallu que Fitoussi et Laurent pensent en termes de styles de vie, et non de niveaux de vie. Car le reproche suprême que l'on peut formuler à l'encontre de notre modèle consommatoire, c'est d'avoir suscité une casse sociale sans exemple, en disloquant les cultures populaires traditionnelles.

En outre, les auteurs de la Nouvelle Ecologie politique n'ont visiblement pas compris le sens des critiques énoncées par les partisans de la décroissance. Ils n'ont pas compris leurs réserves à l'égard de l'axiome « croissanciste » de la société de consommation, qui veut que « plus » équivaudrait forcément à « mieux ». Le réchauffement climatique et l'épuisement des ressources – notamment pétrolières – nous enjoignent de renouer avec la capacité de nous donner des limites.

Enfin, Fitoussi et Laurent s'indignent d'un retour du malthusianisme en l'attribuant à tort aux champions de la décroissance. Ils passent à côté de la différence essentielle qui sépare une position antiproductiviste d'une position malthusienne. Certes, je reconnais avec eux les nombreux bienfaits du capitalisme, et notamment sa contribution salutaire au renforcement de la dynamique démocratique. A cela près que les vertus positives du capitalisme sont en train de s'épuiser. Aujourd'hui, nous entamons un cycle où l'alternative se présente en ces termes : « décroissance ou barbarie ». En dernier ressort, si la décroissance s'impose, c'est parce que, après avoir laminé les identités collectives structurantes, la société de consommation, conformément à une prédiction d'Alvin Toffler dans le Choc du futur (2), est en train de broyer désormais les identités individuelles, et jusqu'à la consistance du sujet humain, comme le montrent les travaux du philosophe Dany Robert-Dufour.

* La Nouvelle Ecologie politique, Seuil, 2008, 122 p., 11,50 ..
* *Auteur de Décroissance : un nouveau projet politique (Golias, 2007).
(1) Seuil, 2008.
(2) Denoël, Paris, 1971 (réédition Gallimard, 1987).

in Marianne
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MessageSujet: Sortir du rouge avec le vert   Mar 3 Mar - 18:58

Pour ceux qui ne savent avec quoi encombrer leur table de nuit, voici deux ouvrages "boîtes à outils" qui nous livrent de quoi envisager l'avenir. La richesse de nos économies s’appuie sur des ressources naturelles en voie d’épuisement et l’accroissement du PIB -graal politique s’il en est- exerce une pression trop forte sur l’environnement. Le constat est commun à ces deux ouvrages en librairie depuis janvier, mais les solutions qu’ils livrent pour y remédier diffèrent.

Pour Hervé Kempf, journaliste au Monde, il faut sortir du capitalisme pour sauver les meubles, la Terre, et ceux qui s’assoient dessus, les Humains. Il compare le capitalisme à la rafflésie, une fleur tropicale qui pompe l’énergie de la plante qu’elle parasite. Elle grossit subitement jusqu’à 1 mètre de diamètre, et meurt.

Si la croissance verte se greffe sur les racines du capitalisme, elle ne peut aider à sortir du rouge. Pas d’un point de vue environnemental en tous cas. Au fil de ses reportages, Kempf nous convie à un terrifiant tour du monde du green new deal en marche. La croissance verte est déjà en train de produire de considérables effets pervers. A savoir: le nucléaire qui, avec ses déchets et risques, hypothèque l’avenir; l’éolien industriel qui défigure les paysages de France; les agrocarburants qui déciment les forêts tropicales; la séquestration de CO2 qui... émet du CO2; ... D’après Kempf, trois idées -erronées- structurent la pensée dominante: la technologie résoudra le problème; la consommation d’énergie va continuer à croître et la croissance du PIB va se poursuivre; le changement climatique est le seul problème -exit la biodiversité en péril et la dangereuse dégradation des écosystèmes sur lesquels se base l’économie. Ces problèmes-là, il est vrai, n’intéressent ni les hommes politiques, ni les industriels car ils ne se traduisent pas en promesses de revenus verts.

Sortir du capitalisme? Autant miser sur un changement anthropologique majeur, ricanent les auteurs de C’est maintenant!, Jean-Marc Jancovici, expert du climat, et Alain Grandjean, économiste. «Cela a autant de chances de se produire à brève échéance que l’apparition d’une 2ème Lune la semaine prochaine.» Ils tirent à boulets rouges sur Les Verts, les écolos, les militants radicaux, ceux qui se rassemblent «contre» (les ogm, le nucléaire, la chasse à la baleine, ...), à défaut d’être d’accord sur les «pour» à défendre. Selon les coauteurs, ces militants-là n’ont rien compris au capitalisme, qui ne se définit pas comme «la domination de tous par de grandes multinationales, mais seulement comme la propriété privée des moyens de production».

Du fait de leur expérience auprès des grands groupes, les deux compères de l’X proposent des solutions plus pragmatiques et surtout dédiées à l’urgence climatique. D’abord et avant tout, il est urgent de renvoyer les députés à leurs chères études, écrivent-ils. Une fois cela fait, ils pourront peut-être débattre en profondeur avant de voter de superficiels Grenelle. Les deux auteurs proposent la nomination à tous les postes de l’Etat d’un conseiller technique ressources et énergie qui fourrerait son nez dans tous les dossiers, retraites et diplomatie comprises.

Comme Kempf, ils prônent la décroissance des biens matériels («on va devoir se faire à l’idée d’être plus heureux avec moins») et le courage politique de le faire comprendre. Mais contrairement au journaliste, en bons polytechniciens, ils célèbrent la technologie (nucléaire, séquestration de CO2, ...). Ils imaginent un monde où l’on devra déplacer les villes à la campagne, car il y aura «moins d’emplois tertiaires et plus de bras dans l’agriculture, l’artisanat, les métiers techniques». Les zones pavillonnaires énergivores seront condamnées à mourir. Dans certains secteurs régaliens comme l’énergie, Grandjean et Jancovici défendent la régulation pour ne point perdre le pilotage des investissements. En clair, déployer le nucléaire et construire au plus vite 4 réacteurs. Mais leur leitmotiv, c’est la taxation de l’énergie. D’après eux, on taxe trop le travail et pas assez l’énergie.

Pour Kempf, la réponse est plus globale, plus enthousiasmante aussi. Dans sa besace figurent la tarification progressive (plus on consomme -eau, électricité, ...,- plus on paie), la taxation des riches, la relocalisation -sans les relents nationalistes-, ... Le capitalisme s’effondre, profitons-en! Son compost servira à fertiliser les initiatives solidaires, celles qui rendent heureux. Et de citer le succès des coopératives, des mouvements associatifs, qui, à eux seuls, pèsent 10% du PIB. Il raconte les succès des Amap (associations qui mettent directement en relation le producteur de légumes et le consommateur), du covoiturage, du troc, des logiciels libres, ..., bref des échanges non financiers. En cela, le livre de Kempf nous convie à une réflexion plus large sur le bien-être de l’Homme. Le capitalisme dans ses formes les plus abouties décérèbre l’humain, lui confisque la parole, frustre le consommateur sans cesse sollicité, ..., en un mot le rend fou et le déshumanise.

http://environnement.blogs.liberation.fr/noualhat/2009/03/sortir-du-rouge.html
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