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 Synode sur l'exégèse

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MessageSujet: Synode sur l'exégèse   Lun 6 Oct - 7:41

Le Pape a lancé, dimanche à Rome, les travaux d'un synode où pasteurs de terrain et théologiens internationaux vont s'interroger sur le thème de «la Parole de Dieu».

Au Vatican, dans la salle du synode, il ne manque que Dan Brown et son Da Vinci Code ! L'ambiance y est pourtant. Un amphithéâtre, vieillot, construit dans les an­nées 1950, avec ses authentiques fauteuils en skaï noir. Plus de 300 évêques et experts venus du monde entier y commencent ce matin, et pour trois semaines, une passionnante en­quête sur la Bible. Avec, en fa­ce d'eux, sous une immense croix, le Pape.

Dan Brown n'y a pas sa place mais il n'est pas totalement étranger à ce rendez-vous synodal. Avec près de 40 millions d'exemplaires vendus en quatre ans dans le monde, Da Vinci Code n'a-t-il pas rivalisé avec la Bible diffusée à 30 millions d'exemplaires par année ? Ce succès a posé une interrogation inédite aux théologiens. S'ils en doutaient, le succès de ce roman inspiré par Marie-Madeleine a démontré que les mystères de l'Évangile peuvent fasciner le grand public. Surtout, la liberté de l'auteur a ouvert, sous un jour moderne, une question millénaire. Celle de l'interprétation de la Bible. Qui, en effet, a autorité pour définir «la» lecture orthodoxe des textes sacrés ?

Question plus actuelle que jamais. Elle se pose avec acuité dans l'Église catholique. Elle provoque la division des protestants avec la théologie fondamentaliste des évangéliques. Elle taraude les intellectuels musulmans chez qui le Coran apparaît intouchable. Elle est au cœur de la foi juive, très animée par les interprétations diverses des textes sapientiaux et de la Torah.

Immense sujet. Benoît XVI, pour sa part, souhaite entendre 253 pasteurs de terrain, 41 doctes théologiens et 37 auditeurs, sur un thème précis : «La parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église» (en latin : «Verbum Domini in vita et missione Ecclesiae») . Il a aussi invité des observateurs non catholiques pour réfléchir. Et, pour la première fois de l'histoire des synodes romains, un non-chrétien.

Le grand rabbin d'Haïfa, Shear Yashyv Cohen, présentera en effet cet après-midi la façon dont les juifs lisent et interprètent les textes sacrés. De même, le 18 octobre, ce sera au tour du patriarche orthodoxe Bartholomée Ier de Constantinople. Sans oublier les représentants de dix autres Églises chrétiennes, de la Fédération luthérienne mondiale et du Conseil œcuménique des Églises qui prendront tous la parole.


«Le rejet de Dieu»

Dimanche matin, dans son homélie d'ouverture, prononcée dans la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, Benoît XVI a fixé en attendant plusieurs caps aux membres du synode. Méditant sur l'évangile de dimanche - la parabole de Jésus qui raconte comment les ouvriers, puis le fils même du propriétaire de la vigne, se font rejeter et assassiner -, le Pape a évoqué «le rejet de Dieu» dans la société, contexte même, pour lui, de ce synode.

Posant cette question centrale : «Quand l'homme élimine Dieu de son propre horizon, est-il plus heureux ?», il a apporté cette réponse : «L'actualité quotidienne démontre amplement que se développent l'arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l'injustice et l'exploitation, la violence (…) et une société plus divisée et plus confuse.»

D'où l'enjeu, à ses yeux, de la réflexion sur la Parole de Dieu. «Seule, affirme-t-il, la Pa­role de Dieu peut changer en pro­fondeur le cœur de l'homme.» Un message biblique dont l'Église a la première responsabilité : «L'annonce de l'Évangile constitue sa raison d'être et sa mission. Il est indispensable que l'Église connaisse et vive ce qu'elle annonce pour que sa prédication soit crédible, malgré les faiblesses et la pauvreté des hommes qui la composent.» Citant saint Paul, que l'Église catholique honore particulièrement cette année, le pape a ainsi résumé la gravité de l'enjeu de ce synode : «Malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile !»

Dernier développement de son homélie, et pas le moindre même s'il a une portée interne à l'Église catholique, Benoît XVI a fixé un axe très précis de travail pour les Pères synodaux, comme on les appelle même s'il y a aussi 25 femmes dans l'assemblée. Il a mis le doigt sur une tendance, dénoncée par certains comme une «protestantisation» de l'Église catholique. Elle met l'accent sur la connaissance et la fréquentation de la Bible par les fidèles mais parfois au détriment de l'Eucharistie qui, selon l'enseignement catholique, représente «la présence réelle du Christ» dans l'hostie consacrée. Mais doctrine discutée par les théologiens dont certains affirment qu'elle n'est qu'un «symbole» de la présence du Christ.

Très conscient de ce problème, Benoît XVI - dont c'est aussi l'un des combats théologiques depuis des décennies - a donc affirmé dimanche : «Le Seigneur va nous aider à nous interroger ensemble, pendant les semaines de travaux synodaux, sur comment rendre plus efficace l'an­nonce de l'Évangile dans notre temps. (…) En participant à la célébration eucharistique, nous sommes tous conscients du lien strict qui existe entre l'annonce de la Parole de Dieu et le sacrifice eucharistique : c'est le même mystère qui est offert à notre contemplation.» Citant le concile Vatican II, il a même insisté à deux reprises dans cette fin d'homélie pour que le chrétien «se nourrisse autant de la Parole de Dieu que du corps du Christ». Ne pas opposer, donc, dans son esprit, l'effort très important depuis le concile Vatican II pour que tout chrétien accède au texte même de la Bible, et la vénération du mystère de l'Eucharistie.

Ce sera donc, pour le moment, la seule insistance du Pape, donnée aux membres du synode dont il attend beaucoup. Car un synode est d'abord un lieu d'écoute et de réflexion commune. Ils vont en effet vivre trois temps distincts. Une première phase, commencée ce matin et jusqu'au 16 octobre, où chaque intervenant aura cinq minutes, montre en main, pour donner son avis, en assemblée plénière et en présence du Pape. Sans oublier, en soirée, un temps de débat libre en assemblée plénière. Deuxième phase du synode, les participants, réunis en groupes linguistiques, élaboreront une liste de propositions qui seront transmises, sub secreto, à Benoît XVI. Puis, en final, ils rédigeront une synthèse générale qui sera publiée le 25 octobre, la veille de la messe de clôture. Avec ce matériel, le Pape élaborera ensuite une «exhortation post-synodale» publiée une à deux années après le synode. Ce document pastoral restera le texte de référence du synode mais sans avoir pour autant de valeur doctrinale.


«Frères aînés dans la foi»

En attendant les conclusions de ce travail et à côté de l'homélie de dimanche matin, il existe deux autres documents préparatoires importants. Les lineamenta tout d'abord. Publiés en avril 2007, ils sont une première ébauche de réflexion et comporte cent cinquante questions précises, soumises à tous les évêques du monde. L'instrumentum laboris, «instrument de travail», ensuite, élaboré à partir des réponses à cette consultation mondiale. Il se trouve ce matin dans la pochette de chaque participant.

C'est ainsi à partir de ces documents collectifs que le débat va s'ouvrir. On y trouve un état des lieux complet mais aussi trois accents très nets. L'unité intrinsèque entre la Parole de Dieu et l'Eucharistie, que le pape a évoquée dans l'homélie de dimanche matin. Ce thème se confirme donc comme l'un des aspects forts de cette rencontre. Deuxième point, et avant même la fraternité avec les «frères chrétiens séparés» (or­thodoxes, anglicans et protestants), une attention sans précédent aux «frères aînés dans la foi» que sont les juifs, comme le démontre l'invitation historique d'un rabbin à ce synode.

Et, enfin, ce qui pourrait être dans la ligne de mire des théologiens et des exégètes, ces spécialistes de la Bible : le fondamentalisme. Cette lecture littérale des textes sacrés est dénoncée sans appel : «Le fondamentalisme, écrit l'Instrumentum laboris, se réfugie dans le littéralisme et refuse de tenir compte de la dimension historique de la révélation biblique. Le fondamentalisme (…) exige une adhésion sans défaillance à des attitudes doctrinaires rigides et impose (…) une lecture de la Bible qui refuse tout questionnement et toute recherche critique.» Avec ou sans Dan Brown, la Bible donne toujours du fil à retordre aux pasteurs et théologiens.
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