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 Les exclus de Scarpialand

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MessageSujet: Les exclus de Scarpialand   Jeu 15 Mai - 15:47

Travailleurs sans-papiers: «Si Sarkozy continue, le mouvement embrasera tout le pays»

« A force de stigmatisations, Nicolas Sarkozy a acculé tous ces travailleurs sans-papiers à se révolter, dénonce Jean-Claude Amara, le porte parole de Droits Devants! (www.droitsdevant.org). Alors que les réponses seront connues vendredi, il prévoit une nouvelle vague de grèves devant l'incohérence et l'injustice des consignes de régularisation données aux préfectures. Il n’y aura probablement pas plus de 15 à 20% Embarassed Shocked de travailleurs régularisés sur les 1000 sans-papiers qui font grève depuis un mois. »

Jean-Claude Amara (Droits devant!). «Le gouvernement a choisi de gagner du temps. Les préfectures ont reçu des ordres afin de ralentir le traitement des dossiers. Alors que les salariés sans-papiers du 92 (Café de La Jatte et Passion Traiteur) ont pu s’adresser à la préfecture de leur lieu de travail, certaines préfectures ont choisi de transmettre les dossiers dans le département du domicile salarié, ce qui rallonge les délais.

Depuis le début de la grève, le 15 avril, des centaines de travailleurs sans-papiers se sont manifestés pour rejoindre le mouvement. La brêche est ouverte. Depuis quelques jours, c’est plutôt nous qui freinons les demandeurs, afin de voir les signes concrets marquant la volonté du gouvernement de régulariser. De nombreux indices laissent penser qu’il n’y aura pas plus de 15 à 20% de travailleurs régularisés sur les 1000 grévistes. Nous visions un minimum de 50%. On s’achemine donc vers une nouvelle vague de grèves.

Pour La Jatte et Passion Traiteur, en moins de 3 jours, 19 travailleurs ont été régularisés, avec 10 récépissés délivrés d’un seul coup, et 7 ensuite. Le gouvernement parle sans arrêt de l’importance du “cas par cas”, mais nous notons ici la création d’une nouvelle technique : le “cas par cas collectif”! C’est donc bien une question de volontarisme politique. Nicolas Sarkozy est coincé tout d’abord par ses bases idéologiques : il a une peur bleue d’annoncer une large régularisation, vis-à-vis de son électorat le plus réac’. D’un autre côté, il craint tout autant que les grèves perdurent et s’amplifient. Il préfère donc faire traîner.

Il est urgent de prendre des mesures de fond. La circulaire du 20 décembre 2007 a tout d’abord créé la possibilité de régulariser les travailleurs, dans 150 métiers “en tension”, mais seulement pour les ressortissants des pays de l’Est intégrant l’Union Européenne. Nous dénonçons évidemment le vieux fantasme du blanchiment de l’immigration, mais aussi le caractère irréalisable de cette mesure. Nicolas Sarkozy s’est d’ailleurs mis à dos une partie du petit patronat, qui ne compte pas virer son personnel formé, pour le remplacer par des immigrés de l’Est, à cause de cette conception doctrinaire. Après notre très forte mobilisation, une nouvelle circulaire est prise le 7 janvier et ouvre aux travailleurs déjà en place, à titre exceptionnel, la régularisation selon les besoins de l’entreprise. C’est dans ce cadre que les 8 cuisiniers du restaurant « La Grande Armée » sont régularisés en février ou encore les salariés de La Jatte et de Passion Traiteur. Mais il s’agit aussi de l’un des éléments déclencheurs de notre grève : ce caractère « exceptionnel » débouche obligatoirement sur l’arbitraire des préfectures, d’un département à l’autre. Il faut mettre un terme à cet esclavagisme moderne en passant du titre exceptionnel au titre général.

L’infléchissement du regard de l’opinion publique constitue un moment historique : aujourd’hui, derrière le mot “sans-papier” apparaît enfin celui de “travailleur”. Nous ne connaissons pas un sans-papier qui ne travaille pas, que ce soit au noir ou déclaré. Le débat est lancé et plus personne ne peut se calfeutrer derrière l’hypocrisie de l’ignorance. La majorité des patrons savent pertinemment qu’ils embauchent des salariés sans-papiers. On a levé un secret de polichinelle. L’implication de syndicats comme la CGT, depuis plus d’un an, a joué un rôle prépondérant. L’Etat l’a d’ailleurs bien compris, en essayant de diviser le mouvement. L'occupation récente de la Bourse du travail de Paris, et ce prétendu compromis entre la CGT et l’Etat, ne sont qu’une vaste manipulation. Le gouvernement a orchestré cela : la préfecture de Paris a ainsi conseillé aux sans-papiers de s’adresser à la CGT, soudainement. C’est presque logique, aux abois face à un mouvement qui ne cesse de s’amplifier, le gouvernement essaie de le freiner, en créant des dissensions.

Un courant de sympathie est né et cette lutte devient même populaire. Nous voyons de plus en plus des salariés français sur les piquets de grève. Les salariés français se rendent compte d’une contradiction flagrante : les sans-papiers cotisent pour les caisses de l’Etat, les allocations chômage ou les retraites, alors qu’ils ne toucheront jamais un dividende, s’ils sont licenciés par exemple. Le regard des Français a changé en voyant que l’Etat récupère des dizaines de milliards d’euros de cotisations sociales sur le dos de ces travailleurs.

Pourtant, Nicolas Sarkozy continue à fermer les verrous des régularisations. Avec encore cinq personnes arrêtées mardi, la chasse aux sans-papiers, initiée par la circulaire de 2006, ne fait que s’intensifier, dans la rue, le métro et même sur le lieu de travail. On vend ces arrestations à une frange électorale misérable. Mais Nicolas Sarkozy se trompe complètement et la situation se retourne contre lui. A force de taper trop fort sur la tête de ceux que l’on stigmatise en premier, il a acculé tous ces travailleurs sans-papiers à se révolter. Ils n’ont plus d’autre choix. Cette cécité du chef de l’Etat lui a permis de réussir plusieurs tours de force : se mettre à dos une partie de son électorat, le petit patronat, changer le regard de l’opinion publique sur les sans-papiers et retisser les solidarités par son acharnement et son incohérence. S’il ne prend pas les mesures nécessaires de régularisation globale, le mouvement va rapidement embraser tout le pays. »



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MessageSujet: Travailleurs sans-papiers : seuls 10 % des dossiers   Ven 16 Mai - 15:45

Piège à con ! comme d'hab!

Jeudi 15 mai, un mois après le lancement de la grève de centaines de travailleurs franciliens coordonnée par la CGT et l'association Droits devant ! !, sur les quelque mille dossiers de régularisation déposés dans cinq préfectures par le syndicat, 109 étaient "réglés", selon le ministère de l'immigration. Mais "réglés" ne veut pas dire régularisés.


L'examen des dossiers traîne en longueur et les titres de séjour sont accordés au compte goutte. Sur ces 109 cas, 85 ont donné lieu à régularisation, avec une carte salarié d'un an renouvelable : 29 dans les Hauts-de-Seine, 42 en Seine-Saint-Denis, 15 dans l'Essonne. A Paris, quinze personnes ont été convoquées seulement mercredi 13 mai. Et sur ces quinze, six se sont vues octroyer une autorisation provisoire de séjour (APS), cinq ont été reconvoqués à une date ultérieure pour compléter leur dossier, et quatre ne se sont pas présentés, selon la préfecture de police. Dans le Val-de-Marne, 13 ont reçu "un récépissé de titre de séjour" dans l'attente de pièces complémentaires. "Provisoire, insiste la préfecture, ce titre ne débouchera pas forcément sur une régularisation."

Pour la CGT, le bilan, après quatre semaines de grèves, est "minable". "Les préfectures demandent sans cesse de nouvelles pièces. A Paris, il a fallu, par exemple, que l'on produise des factures EDF, raconte Francine Blanche. C'est une régularisation par le travail, non familiale : nous n'avons pas à donner l'âge des gosses", insiste la secrétaire confédérale de la CGT, qui reconnaît aussi que des patrons eux-mêmes commencent à reculer. Après s'être engagés par une promesse d'embauche à reprendre leurs employés sans-papiers, certains rechignent à remplir les documents administratifs et à payer, notamment, les 893 euros dus à l'Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations.

Pour Raymond Chauveau, il y a surtout "l'arbitraire des préfectures". Le secrétaire général de l'Union locale CGT de Massy (Essonne) déplore le manque de cohésion entre les administrations. "Pour des cas similaires dans la même entreprise, des préfectures donnent des papiers et pas d'autres", souligne-t-il.

Les dossiers ont été déposés dans les préfectures du département où travaillent les sans-papiers. Or, pour l'examen des dossiers, l'administration prend en compte la domiciliation du travailleur. Des dossiers ont ainsi commencé à être étudiés par l'une avant d'être transférés à une autre.

Toutes les préfectures ne font toutefois pas preuve du même formalisme. "Dans un esprit de simplicité, nous avons accepté de traiter les dossiers en prenant en compte la domiciliation de l'entreprise", explique Pierre de Bousquet de Florian, préfet des Hauts-de-Seine. "Nous avons fait preuve de souplesse, aux regards des besoins du département", ajoute-t-il.

Le directeur de cabinet du ministre de l'immigration, Thierry Courdert, réfute l'existence d'un traitement arbitraire. "Tous les dossiers qui nous ont été transmis étaient loin d'être recevables. Il a fallu les compléter", relève-t-il pour expliquer ces délais d'examen. "On ne s'est jamais engagé sur un délai", précise-t-il. De son côté, interrogé par Le Monde, le ministre de l'immigration Brice Hortefeux souhaite "que les préfectures closent les dossiers dans les semaines qui viennent". Et de rappeler qu'il n'y aura que "quelques centaines de régularisations".

Le 6 mai, dans une lettre adressée au secrétaire générale de la CGT, Bernard Thibault, le premier ministre François Fillon lui rappelle qu'il n'y aura pas de "régularisation massive". Il n'exclut pas "d'envisager d'éventuelles modifications" de la loi. Mais pour l'instant, il oppose une fin de non recevoir à la demande d'un "Matignon des travailleurs sans-papiers" réclamé par la CGT, CFDT, la Cimade et la Ligue des droits de l'homme. Depuis mercredi, dans le Val-d'Oise, une soixantaine de salariés sans-papiers occupent leur entreprise Sofrabrick. Jeudi, 130 nouveaux dossiers de régularisation ont été déposés auprès de la préfecture des Yvelines par la CFDT. "Le gouvernement ne nous prend pas au sérieux, estime Mme Blanche. Cela peut que nous inciter à mener de nouvelles actions."

...il serait temps
car les régularisations à la tête du client ça fait république bananière non ?
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MessageSujet: Une journée havituelle au royaume de Scarpia   Jeu 5 Juin - 11:55

Immigration - Sans-papiers : une manifestation dégénère à Montreuil

Des sans papiers font la queue au commissariat du XIVe en vue d'être régularisés. Juillet 2006.


Sans-papiers : une manifestation dégénère à Montreuil
Un face à face tendu a opposé mercredi soir manifestants qui réclamaient la libération d'un sans-papiers à la police devant le commissariat de Montreuil.
La maire de la ville de Seine-Saint-Denis Dominique Voynet dénonce "une politique arbitraire, une sorte de loterie" dans ces interpellations.
- le 05/06/2008 - 11h27


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Tout commence mercredi après-midi à Montreuil. Peu avant un rassemblement prévu devant un foyer de travailleurs étrangers pour dénoncer des "rafles" de sans-papiers, une personne en situation irrégulière est interpellée. Une manifestation pour réclamer sa libération s'improvise devant le commissariat de cette ville de Seine-Saint-Denis. Dans la soirée, elle dégénère.

Vers 19 heures, une première charge de police sur une soixantaine de militants du "collectif anti-rafles" est suivie d'autres charges jusqu'à 23 heures, le groupe de manifestants se renforçant au fur et à mesure. A plusieurs reprises, la police fait usage de flash-ball. Selon la police, un policier et un manifestant interpellé sont légèrement blessés. Vers 23 heures, la situation s'apaise progressivement.

"Une politique arbitraire, une sorte de loterie"

Pendant plusieurs heures, la sénatrice-maire Dominique Voynet (Verts), accompagnée de plusieurs élus, écharpes tricolores sorties, s'interpose et réclame la libération des personnes arrêtées. Peu après minuit, une centaine de personnes attendaient la sortie, annoncée par Dominique Voynet à l'issue d'une entrevue avec le directeur de la Sécurité publique de Seine-Saint-Denis, de six personnes placées en garde à vue pour "délit d'entrave" et "refus de se disperser après sommation".

Pour deux autres manifestants, un sans-papiers soupçonné d'avoir frappé un policier, et un jeune homme qui aurait jeté un projectile, la garde à vue devait se prolonger, selon la maire. Ces incidents ont donné lieu à des dégradations à proximité du commissariat et de la mairie, dont des feux de poubelles pendant plusieurs heures à cent mètres du commissariat.

Selon Dominique Voynet, la situation s'est radicalisée parce que "depuis plusieurs semaines, la police multiplie les arrestations de sans-papiers". Jeudi sur France Inter, elle a dénoncé "une politique arbitraire, une sorte de loterie" dans ces interpellations. "Pendant que les forces de police sont mobilisées pour aller pêcher au hasard dans la foule des sans-papiers, elles ne sont pas suffisamment présentes dans nos quartiers où on a aussi besoin d'elles", a-t-elle déploré. Evoquant le cas de salariés sans-papiers "qui travaillent parfois depuis 15 ans en France", elle a dénoncé le fait que d'un côté on tienne "un discours assez ouvert qui donne à penser que le dialogue s'est instauré" alors que "de l'autre côté (il y a) une vraie difficulté à régulariser ces gens qui sont là et dont on sait très bien qu'ils ne repartiront pas".


...dans le silence des repus
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MessageSujet: Même pendant les vacances des repus   Ven 1 Aoû - 6:28

Nouvelle manifestation ce matin du collectif de travailleurs sans-papiers qui occupe depuis trois mois la Bourse du Travail, à Paris. Plus de 600 demandes de régularisation ont été déposées, sans succès jusqu'ici.
Cordélia Bonal
LIBERATION.FR : mercredi 30 juillet 2008
25 réactions
Dans un Paris à demi déserté par les vacanciers et écrasé de chaleur, le cortège paraît bien isolé. Quelques centaines de manifestants en rangs serrés, presque tous sans papiers. Pas de responsables associatifs ni de représentants syndicaux, une poignée de photographes, quelques Parisiens venus par solidarité.
Depuis trois mois, ces travailleurs sans-papiers regroupés au sein de la Coordination 75 occupent la Bourse du Travail à Paris, à deux pas de la place de la République. Sans l'ombre d'une régularisation jusqu'ici. Maliens, Sénégalais, Ivoiriens, Guinéens, Algériens, Marocains, Tunisiens, mais aussi Chinois, ils sont 1.300 à s'y relayer, au moins 800 à y loger en permanence. Beaucoup travaillaient jusqu'alors dans la restauration, le bâtiment, le nettoyage... Des métiers répertoriés «en tension». Tous dans de petites entreprises, sans soutien syndical.

Ce matin, ils défilaient de la Bourse du travail jusqu'à la Préfecture de Paris, où 600 de leurs dossiers ont finalement pu être déposés le 15 juillet. Dans un premier temps la Préfecture les avaient renvoyés vers la CGT. Mais cette dernière, opposée à l'occupation, privilégiait la première vague de dossiers, ceux des issus des entreprises où le syndicat est représenté. Avec un certain succès puisque la CGT dit avoir dépassé les 600 régularisations sur environ 1.500 dossiers qu'elle a parrainés.

«On travaille, on cotise, on paie des impôts depuis des années et on n'a rien en échange, ce n'est pas normal», explique d'un ton posé Mamadou, occupé à distribuer des tracts tandis qu'autour de lui ses compagnons d'infortune s'époumonent «première, deuxième, troisième génération, on s'en fout, on est chez nous», ou «on veut des papiers».

«Vivre comme tout le monde»

Ce Malien arrivé en France en 90, qui a longtemps travaillé dans la restauration avec de faux papiers, se sent «avant tout Français». Comme tous ceux qui ont rejoint la Coordination 75, il a lâché son travail parce qu'il «n'a rien à perdre. Si demain j'ai des papiers, je retrouve du travail sans problème. Mais aujourd'hui, après 18 ans en France, je veux vivre comme tout le monde: les papiers d'abord, le travail ensuite».

En attendant, il entame son quatrième mois à «dormir dans des cartons, les uns sur les autres». Les journées ponctuées par les manifestations et les visites des habitants du quartier qui viennent discuter, apporter de la nourriture, des vêtements, des draps...

Derrière lui, un groupe de femmes a emboîté le pas aux hommes, pendant que d'autres sont restées à la Bourse avec les enfants. Fofana, Ivoirienne, est arrivée en France avec son mari en 2001. Le couple fait des ménages, au noir. «A peine payés, exploités par nos patrons», soupire cette mère de trois enfants à la colère rentrée. «Sans papiers, tu ne vis pas. On travaille, on a le droit de vivre normalement.»

En bout de cortège, une passante, la cinquantaine, interpelle les manifestants depuis le trottoir: «Laissez-nous tranquilles, on vous donne assez comme ça!» Une mère de famille maghrébine lui répond d'un: «On est chez nous, madame», s'efforçant visiblement de garder un ton aussi calme que possible. «Vous travaillez? Vous avez un boulot?», reprend la Parisienne, avant d'ajouter: «Et ne me dites pas que je suis raciste, j'ai des amis comme vous.» Un membre du collectif essaie en vain de calmer le jeu, puis renonce et rejoint le cortège. «Allez, on avance.»
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MessageSujet: Xavier   Ven 1 Aoû - 12:45

Au nom de Xavier, jeune Congolais arrêté, retenu et expulsé
Xavier (prénom d'emprunt) a été expulsé de France le 18 juillet 2008.
Il vivait en France depuis trois ans.
Il était adopté par son oncle (sa maman est morte et son père est sans cesse absent pour des raisons professionnelles et de santé.)
Actuellement son père est très malade et est hospitalisé.

Il vivait comme vos enfants: il allait à l’école, entraînait des enfants dans deux clubs de foot.
Son seul délit est d’être noir et né au Congo.

Un enfant doux, attentionné, affectueux, vif, intelligent, drôle.

Xavier, toi qui est seul à Brazzaville, j'écris en ton nom, et je ne veux pas trahir notre amour.
Nous pleurons ton absence et nous avons honte de cette France.

Mon arrestation
Un matin de juin 2008, ma petite cousine est rentrée de l’école.
Elle a sonné à l’interphone: je dormais.
Je venais de finir de passer mes examens.

Mon autre cousine a appuyé pour déclencher l’ouverture de la porte de l’immeuble.

Trois messieurs en civil attendaient devant l’immeuble et ils sont rentrés derrière elle en profitant de la porte ouverte.
—Xavier vit avec toi?
—Oui, a dit ma cousine.
Quand il sont arrivés au 5e étage la porte de l’appartement était ouverte pour que la petite entre et ils l’ont suivie dans l’appartement.

Ils ont sortis la carte de police.

Ils m’ont emmené en pyjama et m’ont menotté dehors devant tout le monde.
J’avais honte.

Ma vie en centre de rétention

Au Centre de rétention administratif (CRA), ils m’ont mis dans une chambre à quatre: j’y étais enfermé de 21h à 8h du matin.
Un monsieur, avec qui je partageais la chambre, pleurait toute la journée, j’essayais de l’aider, de le rassurer.
Je voyais des femmes avec des enfants de 3 ans: elles pleuraient.
Les enfants étaient tristes derrière les barreaux du CRA et avaient peur: ils pleuraient.

Il y avait sans arrêt du bruit: les hauts-parleurs, les autres qui se disputent, qui crient, pleurent.
Je ne pouvais jamais me reposer.
J’avais tout le temps peur.

Un jour, les agents (certains me parlaient mal) sont venus: ils m’ont menotté, conduit à la gare.
De là, j’ai pris le train pour aller à l’ambassade du Congo.

J’étais menotté: j’avais honte dans le TGV.
Je me sentais humilié: je ne suis pas un criminel.
Le consul évaluait s’il devait signer le laisser-passer pour m’expulser.

Au CRA, au gré des visites, je souris et demande toujours aux autres comment ils vont: je ne veux pas parler de mes peurs, de mes angoisses, des cris que j’entends, de l’humiliation.
Je veux croire que je vais ressortir.

Des policiers en civil sont là parmi nous.

Je barre les jours: je ne peux rester au CRA que 32 jours.
Il me reste 11 jours et le consul n’a pas donné le laisser-passer… je vais m’en sortir.

J’appelle Marie:
— Tu sais aujurd’hui ils ont appelé mon copain X et ils l’ont menotté et l’ont emmené. Dis, tu crois que ça va m’arriver?
J’ai mal au ventre, j’ai peur.
Je ne suis pourtant pas inscrit sur le panneau d’affichage des expulsions.

Mais le lendemain à 4h du matin… le consul avait signé le laisser-passer et…

Mon expulsion

Ils sont venus me réveiller, ils m’ont laissé 20 mn pour préparer mes affaires.
Les autres détenus ont dit que j’étais parti comme un clochard.
On m’a menotté, pris mon portable pour que je ne prévienne pas ma famille.
Ils m’ont mis dans un avion pour Paris: je pleurais.
Ils m’ont dit "tiens-toi tranquille sinon on sera obligé d’être dur".
J’ai eu peur qu’ils me battent.

Arrivés à Roissy, ils ont pris des photos de profil, de face et des tas d’empreintes: comme un criminel.

Ensuite, ils m’ont mis dans un avion à Roissy pour le Congo.
Il y avait une jeune femme expulsée aussi: elle hurlait, se débattait.
Ils l’ont ceinturée et ligotée: elle avait mal et hurlait.
Moi, les menottes et la corde me faisaient très mal: ils n’ont pas voulu les détendre.
J’en ai gardé les traces aux poignets.

Je voulais mon portable pour prévenir ma famille: je les suppliais, je pleurais.
Ils n’ont pas voulu me le donner.

Les passagers de l’avion ont tous manifesté et se sont révoltés.

Ils ont demandé si la France était toujours le pays des droits de l’Homme.
Le commandant de bord a regardé passif et a quand même décollé avec une heure de retard.
C’était mon dernier espoir qu’il refuse de m’emmener.

Je pleurais toutes mes larmes: tout s’effondrait. J’étais seul et je n’avais pas pu prévenir mes amis, ma famille.

Quand l’avion s‘est posé à Brazzaville: j’étais seul, je ne connaissais personne, je n’avais que 20 euros, j’étais perdu.

Un passager de l’avion m’a recueilli à la sortie du commissariat où les policiers français m’ont déposé.
Il m’a vu dépenaillé, sans rien, effondré dans le hall de l’aéroport.

La jeune femme était là aussi: personne pour l’accueillir.
Le passager ne pouvait pas nous prendre tous les deux.

Je suis toujours chez lui.
Mon père est à l’hôpital: il est très malade.
Ma vie s’est écroulée.
Ici je suis un étranger: je ne connais personne.
Je suis bouffé par les moustiques: pourvu que je n’attrape pas le paludisme (on en meurt).
Je ne dors plus, je n’ai plus faim: quel est mon avenir?

S’il vous plait rendez-moi ma vie, mon insouciance, mes espoirs, mes amis, ma famille, s’il vous plait.»

Xavier vit toujours à Brazzaville chez le passager qui l’a recueilli.

Il aurait pu se retrouver comme son copain X qui a passé 36 heures dans une cale de bateau avant d’être débarqué à Tanger dont aucune nouvelle ne parvient.

—Dis Marie le passager heureusement qu’il m’a recueilli, j’allais faire quoi dans la rue?»

Petit, tu aurais pu tomber dans l’alcool, la prostitution ,la drogue, les trafics, te faire agresser.

Voilà Xavier: j’ai osé parler en ton nom. Excuse moi si je n’ai pas dit comme toi !

—Marie, dis leur que la France c’est mon pays: je l’aime.
C’est là bas que je veux finir mes études, vivre. J’aime la France»

Monsieur le consul qui avez signé parce que le «Quai d’Orsay vous a mis la pression (c’est ce que vous m’avez dit): je souhaite que jamais personne ne fasse souffrir vos enfants comme vous l’avez fait en signant ce laisser-passer.

Vous me dites: «j’étais obligé».
« Non Monsieur vous avez préféré protéger votre situation en détruisant la vie d’un enfant: j’espère monsieur que personne ne signera pour expulser vos enfants» .
Lorsque je vous réponds cette phrase vous vous taisez.
«Vous savez , Madame, on a des accords et puis il y a des enjeux financiers.»

Monsieur le commandant de bord vous pouviez débarquer ce jeune: vous ne l’avez pas fait.

Xavier toi tu es un humain qui est victime d’un système: pardon.

Nous t’aiderons à vivre à Brazzaville et nous ne te laisserons pas tomber: sinon nous ne pourrions plus nous dire humain.

(in libé sur le net)
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MessageSujet: Nouvelles émeutes au centre de rétention du Mesnil-Amelot   Sam 2 Aoû - 19:35

Nouvelles émeutes au centre de rétention du Mesnil-Amelot

SOCIÉTÉ. Samedi après-midi, le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) par lequel transitent bon nombre de sans-papiers de l'agglomération orléanaise (Libération du 25 juin 2008) a été le théâtre d’affrontements entre policiers et sans-papiers retenus. Un début d’incendie a été maîtrisé par les sapeurs-pompiers et des témoins évoquent l’intervention du Samu. «Nous savons qu’il y a des blessés à l’intérieur», confie Rodolphe, de l’association Sos Sans-Papiers. Ses militants manifestaient devant les grilles du centre juste avant que l’émeute n’éclate. «En début d’après-midi, nous avons organisé une manifestation pacifique en soutien aux sans-papiers retenus. Ceux-ci ont commencé à crier de concert, puis les policiers sont intervenus pour les en empêcher». (Lire la suite...)

À l’intérieur, Ismaël, un ressortissant congolais présent et salarié en France depuis sept ans, confirme: «Nous n’avons fait que crier avec les manifestants présents à l’extérieur. Alors, les policiers nous ont demandé d’arrêter et ont voulu nous faire rentrer sur le terrain de foot. Nous avons refusé, puis un incendie a éclaté. Les policiers ont alors insisté violemment, jusqu’à nous gazer et tabasser l’un des jeunes émeutiers». Il explique à Libération les raisons du malaise: «Je travaille, je paye mon loyer, mes impôts… Tout cela pour me faire arrêter un matin en allant travailler, c’est scandaleux. Certains ici sont en France depuis 24 ans ! Ils sont chargés de famille, assument leurs devoirs et on leur demande, du jour au lendemain, de quitter le territoire ?! La France n’est plus le pays des Droits de l’homme». Pour Abou N'dianor, un sénégalais vivant et travaillant à Orléans, également passé par le centre du Mesnil-Amelot en décembre 2007, il n'y a pas d'autres solutions que la régularisation: «Pour ces gens qui travaillent et sont en France depuis des années et qui ont fait des démarches de régularisation, l'expulsion est indéfendable. Il faut les libérer et les régulariser dans les meilleurs délais. C'est la seule solution viable».

En réaction à ce retour à l’ordre forcé, les sans-papiers ont annoncé qu’ils entamaient une grève de la faim illimitée pour exiger la libération de tous les retenus du Mesnil-Amelot.

En décembre 2007, ce même centre de rétention avait connu de violentes émeutes. Des cahiers de doléances avaient également été remis à la direction pour dénoncer «des conditions inhumaines de > rétention
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MessageSujet: Expulsion ordinaire de Scarpialand   Sam 9 Aoû - 6:56

Arrêtée jeudi à 6 h 30 à Pau, la famille Sylejmani a atterri dès 14 h 30 à Pristina au Kosovo. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a eu recours à un petit avion d’une dizaine de places pour «reconduire à la frontière» Kirimane la mère, Afrim, le père, Alma, 10 ans, et Drenusha, 8 ans, leurs filles, et Albin, 5 ans, le petit dernier.

Albanais du Kosovo, les Sylejmani ont fui leur pays au printemps 2007 par crainte d’être inquiétés : le père avait refusé de s’engager dans la guerre civile aux côtés de l’UCK, actuellement au pouvoir. C’est devant le centre de rétention de Hendaye, où ils les croyaient retenus, que leurs amis de RESF 64 et une poignée d’élus qui les ont parrainés le 4 juillet ont appris leur expulsion. Par un coup de fil de la mère, dont le témoignage faisait la une vendredi de la République des Pyrénées : «Ici, j’ai peur. Nous ne sommes pas en sécurité avec nos enfants. Dans deux ou trois jours, nous devons partir du Kosovo.»

«On ne s’attendait pas à ce qu’ils soient directement renvoyés à Pristina ! C’est une famille bien intégrée. Le père a une promesse d’embauche dans le bâtiment et les trois gamins sont scolarisés. Albin, dont je suis le parrain, a vu son père menotté pendant tout le vol», s’indigne Olivier Dartigolles, élu palois et porte-parole du PCF. Et il dénonce «une opération commando et une débauche de moyens. Deux parents, trois enfants et cinq policiers dans un avion c’est la France, ça ?» «C’est un minicharter, spécialement affrété pour eux, une honte», dénonce Fred Espagnac, conseillère municipale socialiste à Pau et collaboratrice de François Hollande.

Ce «coup d’éclat» fait suite à un bras de fer entre les élus de gauche, le Réseau éducation sans frontières (RESF) et le nouveau préfet Philippe Rey (1). Réputé «sarkozyste de choc», selon un élu, il «vient d’être nommé dans les Pyrénées-Atlantiques après avoir suscité une levée de boucliers des élus de tout bord en Bretagne. C’est sa deuxième expulsion en un mois. Il a été vexé parce que la première a échoué. On a fait libérer les Kuka pour non-respect des procédures» , explique un élu. Cette fois, le préfet a décidé de les prendre de vitesse en zappant l’escale dans le centre de rétention.

Leur demande d’asile ayant été rejetée en appel, les Sylejmani devaient se présenter le 25 septembre pour un réexamen de leur cas devant l’Office français des réfugiés et apatrides (Ofpra). «Ce recours n’est pas suspensif de la mesure d’éloignement, précisait-on à la préfecture. La règle c’est le départ tout de suite. Et le placement en rétention l’exception.»

(1) En vacances depuis début août, le préfet a refusé de répondre à nos questions.
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MessageSujet: sdf mieux vaut mourir en hivers   Mer 13 Aoû - 17:53

'information n'a donné lieu qu'à une brève dans l'édition locale du Parisien. Un sans-domicile-fixe est décédé, le 16 juillet, à Paris, en tombant accidentellement dans le canal Saint-Martin, dans le Xe arrondissement, probablement après avoir consommé de l'alcool. Des policiers qui passaient à proximité se sont jetés à l'eau pour tenter de le secourir mais sans succès. Repêché par des hommes-grenouilles un peu plus tard, l'homme est mort à l'hôpital.


Ce SDF, venu quelques mois plus tôt de son Ariège natale, s'appelait Aurélien L. Il avait 30 ans. "Démuni mais pas tout à fait isolé", selon Daniel Dériot, un des travailleurs sociaux qui l'avaient suivi ces derniers mois, il avait navigué d'un centre d'hébergement d'urgence à un autre. "Aurélien, malgré sa situation de "galérien", était un petit bonhomme attachant, comme tant d'autres jeunes paumés, encore plus démunis, qui viennent dans la capitale vivre une aventure, trouver un job pour survivre", raconte Daniel Dériot. Le jeune homme a été enterré dans un cimetière de la banlieue parisienne le 25 juillet, en présence de sa famille, de travailleurs sociaux et de "compagnons" de la rue.

Mais Aurélien L. n'est pas mort à la bonne saison. En décembre ou en janvier, le décès d'un SDF est un sujet d'actualité - une brève pour commencer, un papier ensuite si le nombre de morts atteint une "masse critique" suffisante. En juillet ou au mois d'août, non. Ainsi va la vie médiatique, guidée par une jurisprudence implicite qui donne de l'importance à tel ou tel fait en fonction de la saison.

Pour les SDF, c'est quand le thermomètre passe au-dessous de zéro, quand les ministres annoncent le déclenchement des plans grand froid et ouvrent quelques stations de métro. "En période estivale, la mort d'un SDF passe inaperçue", se désole Daniel Dériot. Un réflexe aberrant, en réalité. Car les statistiques montrent que les décès interviennent en continu pendant l'année. L'association Les morts de la rue, qui rassemble 35 associations, a ainsi recensé 90 décès depuis début 2008 sur la seule région parisienne. "Il y a des morts toute l'année, pas seulement l'hiver", insiste Cécile Rocca, coordonnatrice de l'association.

Depuis 2002, le collectif a comptabilisé 1 200 morts dans les rues françaises, surtout à Paris. "Ce sont des données très partielles, parce que beaucoup de décès ne sont pas connus", souligne la militante. L'association publie sur Internet les noms et prénoms, l'âge et le lieu de naissance des défunts, lorsque ces informations sont connues. Parfois, uniquement des surnoms. Des "Tintin", "Nicky", "Jojo", "Popeye", "Pierrot", "Petit Louis", "Nono", "Père Noël", pour lesquels l'identité officielle n'a pu être établie. Dans certains cas, l'association doit se contenter de la seule mention : "Un homme", "une femme" avec une estimation de l'âge et le lieu du décès.

"Les causes des décès se répartissent en trois catégories, à peu près équivalentes : les morts violentes, les morts naturelles soudaines et les maladies chroniques", relève Cécile Rocca. Les SDF meurent en moyenne à l'âge de 48 ans - très loin évidemment de l'espérance de vie du reste de la population (80 ans aujourd'hui). Parce que la situation est évidemment inacceptable, le collectif s'est donné pour mission d'"interpeller la société" et d'"honorer" les SDF.

"Aucune personne de la rue ne doit être oubliée une deuxième fois, dans sa mort", clame ainsi l'association qui organise, deux fois par an, des cérémonies d'hommage dans Paris au cours desquelles les militants lisent leurs noms. Pour tenter, au fond, de rendre visible ce que la société n'a pas vraiment envie de voir.



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MessageSujet: Sdf de Lyon   Lun 18 Aoû - 18:36

Pendant l'été, 245 places sont mises à disposition des sans-abris dans les différents centres d'hébergement de Lyon qui comptabilise un taux de remplissage avoisinant les 95%. Mais quotidiennement, environ 70 personnes dorment dans la rue. Rencontre avec quatre d'entre eux.

Leurs figures, leurs dégaines nous sont à tous familières. On passe devant sans y prêter forcément attention, tout au pire un regard de compassion, de mépris ou d'indifférence. A chacun sa réaction. Une chose est sûre, les gens de la rue ne disparaissent pas du décors pendant la période estivale.
14 heures, place des terreaux, une poignée de touristes défile en rang serré appareils photos au poing. Un peu à l'écart des passants, à l'ombre, sur les marches d'un préau devant l'entrée principale du musée des beaux-arts, Papi, un homme dans la quarantaine, squatte posément. A ses côtés, Yasid, Laurent, Trash et l'Ancêtre.
Des bouteilles de bières jonchent le sol, un joint passe de main en main. La fumée cherche un point de fuite pour se volatiser. Yasid fait le tour de la tribu pour récolter quelques pièces, indispensables pour faire le plein de munitions : des bouteilles de bières. L'addiction à l'alcool ou aux drogues diverses et variées est monnaie courante dans le monde la rue. Un bout de chite dans les mains, les traits légèrement tirés et marqués, Yasid souffle : " ce n'est pas tous les jours faciles. Le monde de la rue est un univers cru, sans complaisance où la réalité est assez abrupte et la violence quotidienne". Le ton de sa voix est posée, il ne cherche pas l'apitoiement d'une tierce personne. Aucun ne se plaint, cela leur paraît inutile.
Papi, un vieux de la vieille dans le monde de la rue, casquette vissée sur la tête, les cheveux longs, une barbe d'une semaine, explique que "la descente aux enfers a été rapide pour lui". Il était marié, a eu un enfant, puis un jour son couple est parti de travers, il a été licencié et sa vie a basculé. Trash, lui, a une histoire différente : "mes parents ont divorcé quand j'avais dix ans. Par la suite mon père s'est remarié et les problèmes ont commencé pour moi. Je ne m'entendais pas du tout avec ma belle mère, les relations se sont tendues avec mon père. Et puis un jour j'ai claqué la porte, et me voici, me voilà".

Sac à dos à portée de main, l'Ancêtre fait parti de cela. De péripéties en parcours du combattant pour trouver un endroit "convenable" pour la nuit, il ironise sans gêne sur son quotidien : "Le matin je suis réveillé par les services de propreté de la ville qui nettoient au jet d'eau les trottoirs. On peut dire que c'est du deux en un : j'ai le droit à un réveil et à une douche gratuite". Pensif il tire une bouffée sur sa cigarette et laisse la parole à Papi : "ça fait un an que je suis sorti de la rue. Maintenant j'ai un petit studio sur les pentes de la Croix-Rousse. J'ai pu profiter de l'aide de l'Opac pour obtenir un logement. Mais je viens toujours voir mes potes de la rue, je reste solidaire vis-à-vis d'eux. 10 ans dehors ça ne s'efface pas d'un coup de baguette magique".
Le soleil s'échine à réchauffer la bande. Il n'en est pas toujours ainsi. "En hiver nous sommes chassés des centres d'hébergement à 8 heures du matin. Nous passons le reste de la journée dans les gares avec une bouteille à la main pour nous réchauffer" confie l'Ancêtre. "Il y a aussi le manque d'hygiène. Va dormir une nuit là-bas. Tu verras, tu te réveilleras avec des morpions sur le corps et de fortes démangeaisons" renchérit Yasid.

Visiblement soudés et unis dans la galère, ils partagent vécu, bières... Mais pour la nourriture c'est une autre histoire. "A chacun sa merde" comme dit l'Ancêtre. Une seule solution donc : faire la manche dans la rue. Trash regarde les gens défilés sur la place des Terreaux puis lâche : "matte si chacun donnait 10 centimes d'euros je pourrais manger à ma faim tous les jours". Obligé de subir au quotidien le regard d'autrui, il s'en est accommodé : "au début c'est un peu dur. Mais de toute façon je n'ai pas le choix si je veux manger. Mendier c'est en quelque sorte jouer à la loterie : il y a des gens qui nous donnent des tickets restaurants, d'autres des fins de sandwich, certains de l'argent, et puis il y a ceux qui nous ignorent et passent leur chemin".
Capsule remue la queue et sort de l'ombre. Husky, un chien pur race âgé de dix ans, est un atout précieux pour Trash : "c'est avant tout un compagnon de route. Mais il est précieux la nuit pour me protéger". Anecdote ou ironie de l'histoire, Capsule mange souvent mieux que son maître et plus à sa fin.
Parfois un de la bande s'emporte, psalmodie contre le monde. Les mots sortent comme ils viennent, puis il se ravise et enchaîne sur un autre sujet.
Les journalistes : "j'ai donné" lâche un tantinet excédé, Laurent. La meute s'est rencontrée il y a deux ans. Les quatre ont participé à l'opération des tentes plantées sur la place Bellecour par l'association Don Quichotte. C'est là que Laurent a eu des "expériences malheureuses avec la presse. Les journalistes venaient souvent nous voir, nos propos étaient parfois déformés". Mis à part cette confrontation, Papi dit "que certains ont pu bénéficier d'une prise en charge à l'issue de l'opération, mais beaucoup sont restés dans la rue".
Quand l'avenir est évoqué, aucun ne sait répondre avec exactitude. La suite, pour la bande c'est avant tout et toujours faire face au quotidien.
Vaquant d'un endroit à un autre, une heure plus tard ils ont disparu du décor de la place des Terreaux. A coup sûr ils ne sont pas partis très loin.
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MessageSujet: Lycéens sans-papiers: lettre au ministre de l'Immigration   Sam 23 Aoû - 16:08

Dans leur lettre, les deux associations s'étonnent que la réponse de l'administration concernant les lycéens sans papiers soient "l'interpellation, la rétention et la menace d'une reconduite à la frontière". (Reuters)
La Ligue des Droits de l'Homme et le Réseau Education Sans Frontières demandent à Brice Hortefeux que plusieurs lycéens reçoivent un droit de séjour pour continuer à étudier en France.
afp
LIBERATION.FR : vendredi 22 août 2008
19 réactions
La Ligue des Droits de l'Homme (LDH) et le Réseau Education Sans Frontières (RESF) demandent aujourd'hui au ministre de l'Immigration Brice Hortefeux la "libération" et le "droit au séjour" de plusieurs lycéens, jeunes majeurs, menacés de reconduite à la frontière.
"Informés de la menace de reconduite à la frontière qui pèse actuellement sur plusieurs lycéens, écrivent dans une lettre au ministre Brice Hortefeux la LDH et RESF, nous nous inquiétons particulièrement de voir les préfectures prendre pour cible ces jeunes arrivés mineurs sur notre territoire, qui y suivent une scolarité le plus souvent réussie et y manifestent une réelle volonté d'insertion sociale et professionnelle".

Les deux associations citent ainsi le cas de trois lycéens : Taoufik El Madroussi, marocain de 21 ans scolarisé à Malakoff (Hauts de Seine) depuis 2002, qui devait être expulsé ce matin, Dan Jin, 18 ans, élève de 2de au Lycée professionnel Arthur Rimbaud à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), actuellement retenue au centre de rétention de Oissel et Alae-Eddin El Jaadi, 19 ans, élève dans un lycée professionnel du Rhône, titulaire d'un CAP du bâtiment, lui aussi sous le coup d'une menace de reconduite à la frontière.

"De façons différentes, mais convergentes, tous ces jeunes manifestent vitalité et volonté de réussite et d'insertion", écrivent les deux associations.

"Nous nous étonnons que la réponse administrative à cet engagement positif soit l'interpellation, la rétention et la menace d'une reconduite forcée à la frontière. Les considérations humaines et de bon sens ne peuvent-elles l'emporter sur le triste engrenage de la politique du chiffre?", indique encore la lettre qui demande à Brice Hortefeux que "ces jeunes soient libérés et reçoivent un droit au séjour leur permettant de poursuivre une insertion personnelle et sociale déjà bien engagée dans notre pays".
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MessageSujet: La Sécu sans pitié avec un sans-papiers   Mar 26 Aoû - 7:34

La caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) de Paris vient d’assigner l’un de ses assurés devant les tribunaux au motif que ce dernier était dépourvu de papiers en règle. S’appuyant sur ce constat, la CPAM lui réclame le remboursement de «prestations en nature d’un montant de 475,92 euros». Seulement voilà : durant ses sept années de présence sur le sol français, Abdul, le ressortissant mauritanien incriminé, a toujours payé rubis sur l’ongle ses cotisations maladie. Abdul est arrivé en France en mars 2001. Depuis lors, il travaille sans discontinuer et multiplie les contrats d’intérim. Il satisfait son agence d’intérim au point que cette dernière l’en félicite par écrit. Il paye des impôts et cotise donc à la Sécurité sociale. Pour pouvoir résider et travailler en France - et accessoirement ne pas retourner en Mauritanie - Abdul reconnaît avoir produit de faux papiers. Logiquement, et malgré l’insistance de l’agence d’intérim qui produit une promesse de «mission d’intérim de très longue durée» afin d’obtenir sa régularisation, la préfecture de l’Essonne lui signifie, par un courrier daté du 6 février 2008, qu’il tombe sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière et l’invite à «quitter le territoire français par (ses) propres moyens». L’action menée par la CPAM révolte l’association Sos soutien aux sans-papiers qui suit le dossier d’Abdul. «Mais ce qui n’est pas mentionné dans cette procédure pénale crapuleuse, c’est bien le montant touché par la CPAM pendant sept années, s’étrangle Solange Odiot, militante de l’association. Ils ont bel et bien encaissé ses cotisations comme celles de milliers de travailleurs sans papiers. Alors un remboursement, pourquoi pas, mais ce sera remboursement contre remboursement !» La CPAM de Paris se défend : «On a droit à la Sécu si on est en règle. Dans le cas contraire, il existe l’aide médicale d’Etat, il suffit d’en faire la demande.» Mais elle concède, sans rire : «Ce ne serait pas illogique que l’assuré réclame le remboursement de ses cotisations.» Ce qui signifierait que les travailleurs sans papiers sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière pourraient réclamer le remboursement de leurs cotisations Sécu. Une paille.
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MessageSujet: Manif   Mer 27 Aoû - 15:41

Quelques 300 personnes, dont nombre de travailleurs intérimaires sans-papiers, ont défilé mardi 26 août au CNIT de la Défense (Hauts-de-Seine) pour "interpeller les donneurs d'ordre du bâtiment".

Derrière des banderoles affichant "Patrons du bâtiment, régularisez les sans-papiers", ou "Intérimaires travailleurs sans-papiers, régularisation pour tous", ils se sont ensuite regroupés sous l'Arche de la Défense pour une prise de parole.
"Nous sommes des coureurs de marathon, cela peut prendre des années mais nous avons déjà 900 régularisations depuis le mouvement de grève du 15 avril", a lancé à la foule Jean-Claude Amara, porte parole de Droits devant!!. Il a promis "une amplification du mouvement des sans-papiers dans les semaines à venir".

http://www.lemoniteur.fr/actualite/entreprises_btp/manifestation_sans_papiers_interimaires_btp/D2A7CA264.htm




pour faire suite à mon post

http://www.lepost.fr/article/2008/08/05/1237148_pourquoi-la-politique-de-sarkozy-va-t-elle-imploser-de-l-interieur_1_0_1.html

D'un coté une loi des plus "dures" pour les sans papiers, et de l'autre des grands groupes du BTP gourmandes en ouvriers quoiqu'elles en disent ou faignent d'ignorer, elles ont besoin de toute façon de cette main d'oeuvre qualifiée, car introuvable ailleurs !

Incontestablement, ses ouvriers sans papiers, au fil des chantiers et des contrats intérimaires, ont prouvé leur courage à réaliser des tâches parfois ingrates mais indispensables car incontournables au process de toute fabrication d'un bâtiment quel qu'il soit, et sans nul doute leur preuves à acquérir une expérience par la pratique sur le terrain du respect des fameuses consignes de sécurité si chères aux grandes entreprises du BTP !!!!

D'un coté, il existe des primes à l'objectif pour le fameux zero accident de travail sur les chantiers pour les responsables travaux, conducteur de travaux voire chef de chantier au sein de certains grands groupes du BTP, c'est vous dire à quel point cet objectif précis leur tient à coeur ...

De l'autre des ouvriers à contrat interimaire, attentifs à ne pas se blesser tant la prise en charge de leur soins est rendue complexe .... attentifs à ne pas se faire expulser tout court via un séjour en centre de rétentions,

sans versements de ses primes à la "non-casse", pas interessés aux bénéfices annuels, encore moins au fond d'épargne salariale des grands groupes, et juste à peine soutenu pour obtenir cette fameuse régularisation alors qu'ils sont un des rouages majeurs de l'obtention des objectifs de réalisations des chantiers dans les temps, et du seuil parfait de zero accident de travail .....

Leur rendre un peu de reconnaissance par un soutien à l'obtention d'une régularisation de leurs papiers serait à minima un peu légitime non ? L'ile de la Jatte a eu du coeur .... et ailleurs ?
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MessageSujet: Manif devant un centre de rétention   Ven 29 Aoû - 16:58

Une centaine d'immigrés sans papiers de la Coordination 75 manifestaient devant le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), pour la "régularisation des sans-papiers". La manifestation devait durer tout l'après-midi.


Le centre de rétention de Mesnil-Amelot (Sipa)
Une centaine d'immigrés sans papiers de la Coordination 75 manifestaient vendredi 29 août après-midi devant le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), pour la "régularisation des sans-papiers".
Ils demandaient également la libération de Mamoudou Diouh, un Mauritanien, membre de la Coordination, dont la demande de régularisation est en cours d'examen et qui a été placé dimanche en rétention.
"Aujourd'hui nous sommes venus manifester symboliquement pour demander la libération de Mamoudou. Il n'y a pas de raison de garder Mamoudou, dont le dossier a été déposé le 15 juillet", a déclaré dans un mégaphone Anzoumane Sissoko, porte-parole de la Coordination.

"Sans-papiers en danger"

Les manifestants chantaient et scandaient des slogans demandant des "papiers pour tous", derrière une grande banderole où l'on pouvait lire "Les chiffres tuent... sans-papiers en danger".
Les sans-papiers s'étaient donné rendez-vous à 13h00 à la Bourse du travail à Paris, qu'ils occupent depuis le mois de mai. Ils se sont ensuite rendus sans encombre au centre de rétention en transports en commun, puis à pied.
Tout au long du trajet et au cours de la manifestation, les porte-parole ont appelé à la retenue et demandé qu'il n'y ait "pas de provocation".
La manifestation devait durer jusqu'à 17h00.
Le 5 août, le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux avait appelé à la "vigilance" des forces de l'ordre face aux "agissements des groupuscules", après que deux départs d'incendie se furent déclarés au CRA du Mesnil-Amelot alors que l'association SOS Soutien aux sans-papiers manifestait devant ses grilles.
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MessageSujet: rencontre ordinaire   Mer 3 Sep - 6:59

Misère absolue. C'est le symbole de notre échec social collectif : le sans-domicile fixe. Discret ou gueulard, propre ou pouilleux, sobre ou ivrogne, en solo comme en tandem, nous nous sommes habitués à leur présence, à leur diversité. Résignés à ce qui constitue pourtant un scandale fondamental : abandonner à sa déchéance notre semblable sur un trottoir.

Récit d'une anecdote personnelle et récente, qui témoigne de la "suffisance" des services publics : samu, pompiers, police, tous ont exprimé à l'égard d'un SDF ce weekend dans les Yvelines leur radicale indifférence. Pas de pathos misérabiliste : juste l'histoire d'un homme méprisé par les siens.

Mantes-la-Jolie, 1h du matin, dans la nuit de dimanche à lundi. Daniel, la cinquantaine grisonnante, est affalé sur un banc public, place St-Maclou. Il tente d'interpeller les passants mais demeure inaudible : sa voix cassée et grave laisse échapper des mots comme "j'ai mal....stop....ambulance". La plupart des Mantais, dans la rue cette nuit-là ne s'arrêtent pas, malgré les implorations confuses du SDF.

Gêné par ce mépris caracactérisé, sans pour autant prétendre cultiver l'altruisme en permanence, je vais à sa rencontre. Il remarque à peine ma présence, tant l'homme semble groggy. Néanmoins, il réitère sa demande, plus explicite : "S'il vous plaît, monsieur, appelez l'ambulance. J'ai mal aux jambes, à la tête. Appelez..."

Je compose le 15 : après quelques secondes d'attente, une téléopératrice décroche et me demande les détails : âge approximatif de l'homme, lieu précis, type de douleur, etc...Elle tient en outre à me rassurer en m'indiquant que les urgences seraient envoyées de suite.

Rassuré, je l'étais, sans me douter que je serai, en réalité, berné.

Au bout d'une vingtaine de minutes, je suis retourné vérifier sur les lieux si le SDF avait bien été transporté ou, du moins, soigné sur place. J'arrive, le banc est vide : ravi, je félicite en mon for intérieur la promptitude des services médicaux pour intervenir dans les cas d'urgence, même de nuit.C'est la vertu de la France, me disais-je : exercer encore et toujours, a contrario de la marche du monde, son rôle d'Etat-Providence.

Erreur : parcourant la place du regard, je remarque un homme en train de vociférér dans une cabine téléphonique. Il s'agit de Daniel, qui s'est traîné avec difficulté depuis le banc pour appeler lui-même le numéro d'urgence. Je lui confirme pourtant avoir contacté les urgences et entendu leur réponse positive pour venir le soigner. Il maugrée, s'agaçant légitimement de leur "retard"...

Daniel et moi découvrirons plus tard qu'il ne s'agissait pas d'un retard.

Sortant de la cabine, il revient sur "son" banc et je tente, naïevement, de le rassurer sur leur venue inévitable, étant donné le sérieux apparent de la téléopératrice. Au vu de son désarroi, je décide de rester à ses côtés pour guetter la venue des urgences. A défaut de lui prodiguer moi-même des soins, et ne demeurant pas dans la ville de Mantes, c'était le minimum que je pouvais faire. Pas de gloriole ou de charité en la matière : juste de la décence spontanée.

Une demi-heure passe, il est près de 2h du matin, cela fait une heure que l'appel au 15 a été effectué. Et nada, niente, rien, que dalle : pas de voiture blanche à l'horizon, à peine quelques ados des Yvelines rentrant des bars environnants. Je rappelle le numéro : surprise, je tombe sur la même stadardiste. Je lui indique avec une pointe d'irritation dans la voix l'absence de l'équipe d'intervention et l'état toujours douloureux du SDF.

"C'est normal", me répond-elle. Interloqué par la sécheresse de sa réponse, je lui demande de préciser : "En effet, dit-elle, l'homme est connu des pompiers. Il invente des histoires pour qu'on l'emmène manger. C'est un affabulateur"...

Summum de l'outrecuidance, la suite de sa réponse : "mais rassurez-vous, monsieur, les policiers vont passer le visiter et, au pire, ils vont s'en occuper s'ils ont le temps"...

Etais-je finalement rassuré? ou devais-je être au contraire révolté?

Toujours est-il que je me tourne vers Daniel pour lui donner la réponse des services de l'Etat : "pas de médecins, ni de pompiers, peut-être des flics". Le SDF sur son banc me regarde, éberlué, croyant avoir affaire à une mauvaise blague. Je lui confirme le ridicule honteux de la situation. Inutile de détailler ici les insultes proférées à leur encontre par Daniel, tant était explosive la colère d'un homme endolori et dans l'attente de soins depuis une heure.

Les policiers ne passeront finalement pas.

2h10 du matin : dans la nuit fraîche de Mantes, une néon bleu et jaune crépite encore sur la rue nationale. Un snack de döner kebab s'apprête à fermer. Daniel, souffrant de douleurs ou les feintant, a de toute manière faim. Voulant atténuer tant bien que mal le côté sordide de la situation, et avant de tenter de rentrer sur Paris, je vais acheter un döner qui comblera son ventre, au moins pour la nuit. Geste minime mais simplement utile pour rappeller au coeur de Daniel, qui fut jadis un homme avec toute sa dignité, comme vous et moi, que certains, même avec des moyens dérisoires, se refusent à fermer les yeux sur son existence.

Un döner en gage de fraternité. Daniel, l'air renfrogné et l'allure sale, est mon "frère", ainsi que le vôtre, que vous le vouliez ou non. A chacun désormais de vivre chaque jour avec le retour croissant des "gueux" sur notre chemin, et de choisir son camp : la résignation accomodante ou la solidarité en actes.

Ce soir, Daniel sera sans doute sur la même place, sur le même banc, à ruminer, à rejetter violemment ce monde, qui le lui rend bien
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MessageSujet: SDF de toulouse   Mer 3 Sep - 19:02

Les sdf du campement de la gare reçus au Capitole
La trentaine de SDF qui campe sous des tentes depuis prés de six mois sur les bords du canal face à la gare Matabiau, ont été reçus au Capitole hier au terme d'une manifestation
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MessageSujet: Après la chasse à l’enfant, la chasse aux sans-papiers, la chasse aux militants ?   Lun 22 Sep - 16:25

Après la chasse à l’enfant, la chasse aux sans-papiers, la chasse aux militants ?
dimanche 21 septembre 2008

popularité : 4%
Déclaration
Appels à la dissolution du RESF par le porte-parole de l’UMP, détention d’ex-retenus de Vincennes accusés d’être les auteurs de l’incendie de la prison administrative de Vincennes, annonce de dépôt de plainte début août contre SOS soutien aux Sans papiers pour des propos que le militant accusé nie avoir tenus, menaces de poursuites contre un élu du Jura « coupable » d’avoir dénoncé par voie de presse la « rafle » d’une famille sans papiers, poursuites contre le Collectif de soutien aux sans papiers d’Ille-et-Villaine pour le contenu de trois tracts jugés diffamatoires à l’égard de la police aux frontières… Venant après d’autres faits de même nature, cette accélération prouve à l’évidence que les ministres Hortefeux et Alliot-Marie entendent placer les mois qui viennent sous le signe de la menace, voire de la répression à l’égard de ceux qui combattent leur politique de chasse aux étrangers sans papiers.

Il est clair, en effet, que par delà la diversité des faits et des incriminations, ces mises en causes ont pour objectif de museler toute opposition à la politique gouvernementale d’expulsions massives et brutales, assortie d’objectifs chiffrés à l’unité près, qui conduit à des drames de plus en plus insupportables pour les personnes sans papiers. Drames inutiles qui révoltent la population française dès qu’elle en prend connaissance.

Sans nécessairement reprendre à leur compte les propos ou les actions des personnes ou des organisations poursuivies, les associations, les syndicats, les partis politiques et les particuliers signataires dénoncent les menaces que le gouvernement fait peser sur les libertés publiques en traquant ainsi les sans papiers et en abusant des poursuites contre ceux qui s’opposent à cette logique répressive.

Ils affirment en particulier leur solidarité avec les militants accusés d’être les auteurs de tracts mettant en cause l’action de la Police de l’Air et des Frontières (PAF) qui seront traduits devant le tribunal correctionnel de Rennes le 19 septembre. Au-delà de ce qui leur est formellement reproché, leur éventuelle condamnation serait une remise en cause de la liberté d’expression et une attaque contre tous les citoyens qui, partout en France, sont solidaires des étrangers menacés et se dressent au nom des droits de l’Homme contre la politique inhumaine du gouvernement en matière d’immigration. Nous ne l’accepterions pas.

le 10 septembre 2008

Signataires :
Associations : ATTAC, FCPE, GISTI, LDH, RESF
Syndicats : FSU, Solidaires, SUD-Éducation, UNSA-Éducation, UNSEN-CGT
Partis politiques : LCR, PS, PCF, Les Verts
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MessageSujet: Les don Quichottes en débat   Lun 3 Nov - 9:57

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MessageSujet: De l'argent pour les banques mais pas pour les pays pauvres   Ven 14 Nov - 16:05

«Il faudrait pouvoir en rire si c'était pas à en pleurer, 20 millions d'euros pour le budget développement solidaire d'Hortefeux, c'est ridicule. Quand on prétend faire du développement solidaire, on met les moyens». Pas content, Antoine Malafosse, délégué général du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

En théorie, le ministre Brice Hortefeux est censé s'occuper d'Immigration, d'Intégration, d'Identité Nationale, mais aussi, de Développement solidaire. «C'est la première fois qu'un ministère traite spécifiquement du développement solidaire», souligne-t-on dans l'entourage du ministre. «L’enjeu est de donner aux États du Sud et à leurs ressortissants les moyens d’avoir confiance en eux-mêmes et de construire un avenir en dehors de l’émigration», déclarait Hortefeux en 2007.

Jeudi 13 novembre, le projet de loi de finances 2009 - dont les crédits de l'aide publique au développement - était examiné en première lecture par l'Assemblée nationale. L'occasion de vérifier si l'effort du gouvernement est à la hauteur de ces ambitions. Présent dans l'hémicycle pour défendre la loi, Eric Woerth, le ministre du Budget l'a jouée volontariste: «Il s’agit d’apporter une réponse à la hauteur de l’enjeu que représentent les flux migratoires, notamment ceux liés à la pauvreté dans les pays d’origine des migrants». Sauf que le compte n'y est pas. L'enveloppe globale de l'aide publique au développement est de 3,17 milliards d'euros dont 24,5 millions pour Brice Hortefeux.

Pour les organisations non gouvernementales, CCFD mais également Oxfam-France, ces trois milliards sont très insuffisants. Ils représentent 0,47% du revenu national brut, loin des 0,7% que la France s'était engagée à atteindre d'ici à 2015 afin de répondre aux «objectifs du millénaire» votés aux Nations Unies. «En pleine crise financière et alors que le gouvernement parvient à sortir des caisses de l'Etat 10 milliards d'euros pour les donner aux banques, ça va être dévastateur pour l'image de la France et dramatique pour les populations», pronostique Antoine Malafosse.

Cela risque-t-il d'inciter davantage d'habitants des pays pauvres à émigrer vers l'Europe? Le responsable du CCFD doute de toutes façons du lien entre développement et diminution des migrations. D'abord parce que le retour sur investissement est loin d'être immédiat. «Le développement ne peut être qu'un objectif de long terme, il faut plusieurs années pour en voir les effets.»

Par ailleurs, et surtout, parce qu'il n'y a pas de rapport mécanique entre la richesse d'un pays et l'envie de ses habitants d'en partir. «Si l'émigration a souvent des causes économiques, elle n'est pas toujours liée à la bonne santé du pays. L'état de la Chine s'améliore depuis plusieurs années, on voit l'apparition d'une classe moyenne, il n'empêche que l'immigration clandestine, encouragée par le gouvernement chinois, explose», explique Antoine Malafosse.

Pour Flore Gubert, chercheur à l'IRD et au DIAL (Développement institutions et analyses de long terme), il «n'est pas du tout évident qu'en développant les régions d'origine on réduise la migration, on peut même l'accélérer». «Le taux de migration est assez faible pour les pays les plus pauvres, puis croît avec le niveau de revenu, il atteint une sorte de pic, et au-delà d'un certain niveau décroît de nouveau», ajoute-t-elle. Parce que ces "nouveaux riches" veulent voir le monde?

Par ailleurs, beaucoup de gouvernements, a fortiori de pays très pauvres, ne peuvent ou ne veulent pas se passer de l'argent envoyé par les migrants. Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds des migrants ont avoisiné en 2006 les 221 milliars de dollars, plus du double de l'aide publique au développement (104 milliards).

Brice Hortefeux est-il informé de ces réalités? Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS, «craint que (la notion de développement) ne soit un habillage des politiques de retour». Les gouvernements des pays pauvres qui acceptent que la France expulse leurs ressortissants en situation irrégulière, auraient droit à cette aumône. Les accords concertés de gestion des flux migratoires que le ministre de l'Immigration a déjà signé avec un certain nombre de pays notamment d'Afrique sub-saharienne, comprennent ainsi «des actions de codéveloppement et d’aide au développement» en échange de la réadmission des sans-papiers arrêtés en France.
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MessageSujet: Les pressions de halte-au-feu   Mar 25 Nov - 6:26

Le Mali ne veut pas faire de cadeau à Hortefeux
Cela fait plusieurs jours que les défenseurs des sans-papiers tirent la sonnette d'alarme. Selon la Cimade et l'Association malienne des expulsés (AME), le gouvernement français exercerait des «pressions considérables et sans précédent pour que le Mali signe avec Brice Hortefeux, ministre français de l'immigration, (un) accord bilatéral de gestion concertée des flux migratoires». En substance, les termes de cet accord sont les suivants: la France entrouvrirait son marché du travail au Mali, celui-ci acceptant en retour qu'elle lui réexpédie ses ressortissants en situation irrégulière. Cette signature interviendrait en marge de la Conférence interministérielle euro-africaine sur la migration et le développement qui se tiendra à Paris mardi 25 novembre. «Elle mettrait fin à deux années de résistance du gouvernement malien», rappellent les deux associations.

Vendredi, Brice Hortefeux faisait preuve, lors d'un échange avec Libération, d'un optimisme prudent. Compte tenu de l'importance numérique de la communauté malienne en France – 120 000 personnes dont les deux tiers en situation irrégulière – la signature d'un tel accord serait pour lui un «symbole fort», à la veille d'un possible remaniement qui le verrait, peut-être, quitter le ministère de l'Immigration. Faire plier le Mali lui permettrait également de parachever symboliquement la mise au pas de l'Afrique, de tels accords ayant déjà été signés avec les principaux pays africains d'émigration: Sénégal, Gabon, Bénin, République démocratique du Congo, Togo.


Sauf qu'on ne voit pas très bien l'intérêt des Maliens dans cette affaire. Côté des négociateurs maliens, on affirmait d'ailleurs, lundi 24 novembre, que rien n'était fait. Pour ce pays, cet accord aurait des conséquences non négligeables. La communauté malienne expatriée compte 4 millions de personnes, soit 1/3 de la population totale du pays, dont 3,5 millions en Afrique et 500 000 à travers le monde. En Europe, les Maliens seraient 200 000 dont un peu plus de la moitié en France. Selon la Banque africaine de développement, cette diaspora injecterait chaque année plus de 180 millions d'euros dans l'économie du Mali. Et encore ne s'agit-il que de l'argent passant par le circuit officiel.

Pour le Mali, l'aide des expatriés est donc vitale. Le point central de la négociation entre Paris et Bamako est un accord de réadmission facilitant l'expulsion par la France des Maliens en situation irrégulière.
D'après la Cimade et l'AME, «cet accord (pourrait) rendre également possible le renvoi au Mali de ressortissants d'États tiers, principalement d'Afrique, ayant transité par ce pays avant d'atteindre l'Europe». Bamako souhaiterait que la clause de réadmission ne figure pas dans l'accord final, ce que Paris refuse. A défaut, le Mali tente d'obtenir la régularisation de ses ressortissants présents en France. Sans succès non plus pour l'instant.

Si le gouvernement malien cède, il risque de devoir rendre des comptes à une opinion publique très remontée. «Au moment où la Libye, expulse collectivement 420 maliens, combien le seront de France si l'Etat malien signe les accords de gestion concertée des flux migratoires ?» interrogent les deux associations.
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