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 Un athlète du mariage pour tous: Jésus-Christ

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MessageSujet: Un athlète du mariage pour tous: Jésus-Christ   Jeu 29 Nov - 18:01

Un athlète du mariage pour tous: Jésus-Christ
23 NOVEMBRE 2012 | PAR ANTOINE PERRAUD
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Le cardinal s'empourpre à tort. André Vingt-Trois, qui dénonce le mariage homosexuel comme une « supercherie », n'est pas à l'abri des duperies. Rappelons-lui la sentence d'Alfred Loisy (1857-1940), professeur d'histoire des religions au Collège de France : « Le Christ a annoncé le Royaume, mais c'est l'Église qui est venue. »

Depuis des mois qu'ils anathématisent à tout va, dans une démocratie où la parole circule plutôt que de tomber d'en haut, les notables du clergé ont suscité une réplique catholique courroucée par tant d'incongruité pharisienne. « D'où parlent-ils ? » s'indigne ainsi Jacques Fraissignes, ancien prêtre ouvrier : « Au nom de qui ces incantations destinées à sauver la famille ? Les évêques de France, réunis à Lourdes, ont reçu de l'Évangile le ministère de la Parole. L'annonce de l'Évangile serait-elle devenue une action de lobbying ? Je n'ai pas entendu de références à Jésus dans leur discours. N'aurait-il rien à dire sur la famille ? Jésus n'a pas fondé de famille et sa propre famille est hors norme. Le mariage de ses parents n'a pas été consommé, selon la tradition chrétienne. Sa filiation demeure symbolique. »


Nous voilà aux antipodes d'un autre chrétien, Benoît XVI, pape de son état, qui prêche ainsi le culte de la Sainte Famille : « En suivant les Évangiles de Matthieu et de Luc, nous fixons le regard sur Jésus, Marie et Joseph, et nous adorons le mystère d'un Dieu qui a voulu naître d'une femme, la Vierge Sainte, et entrer dans ce monde par la voie commune à tous les hommes. En faisant ainsi, Il a sanctifié la réalité de la famille, en la comblant de la grâce divine et en révélant pleinement sa vocation et sa mission. »

Une gangue de chasuble, sans oublier la langue de buis, ont accaparé les Évangiles, ces textes énigmatiques, zébrés d'ironie et brûlants de révolte. Leur subversion fut étouffée par une exégèse poussiéreuse et biaisée. Que laisse affleurer Le Nouveau Testament libéré des œillères ecclésiastiques ? Un secteur de pointe : mère porteuse, famille recomposée, Christ gay friendly !


Jésus lâche le morceau, à l'occasion d'une devinette rageuse que rapporte Marc (3,33) : « Qui sont ma mère et mes frères ? » Aussi singulier fût-il, Jésus n'était pas enfant unique. Il avait quatre frères et deux sœurs (Marc 3,31, Jean 2,12 et 7,3-10). Provenaient-ils d'une précédente union de Joseph ? Celui-ci, entre le bœuf et l'âne, apparaît plutôt comme un homme de paille. Il n'est pas le géniteur mais le père nourricier, adoptif. Jésus n'est jamais mentionné comme « fils de Joseph », ainsi que le voudrait la tradition juive, mais comme « fils de Marie » (Marc 6,3). Sur elle pèse le soupçon de prostitution et le Christ prononce des paroles amènes en faveur des travailleuses du sexe, qu'il envisage auprès du Père éternel bien avant les puissants de ce monde (Matthieu 21,28-32). Dans leur Jésus contre Jésus (Seuil), Gérard Mordillat et Jérôme Prieur remarquent : « La tradition évangélique de la virginité de Marie et de la conception miraculeuse va s'avérer un moyen de couper court aux controverses sur la paternité de l'enfant. »

Ernest Renan avait déjà noté, sarcastique : « Jésus paraît être resté étranger à ces raffinements de théologie, qui devaient bientôt remplir le monde de disputes stériles. » Et l'auteur de La Vie de Jésus (1863) enfonçait ainsi le clou, navré mais philosophe : « Il n'est pas de grande fondation qui ne repose sur une légende. Le seul coupable en pareil cas, c'est l'humanité qui veut être trompée. »

L'extraordinaire modernité des Écritures
Si le Vatican se fait un devoir d'indiquer le droit chemin, Jésus affiche une tolérance complice envers les minorités, les dissidents, les marginaux. Interrogé sur le mariage et ses obligations, le voici qui relativise (Matthieu 19,10-12) : « Il y a des eunuques qui sont nés tels du ventre de leur mère, comme il y a des eunuques qui ont été rendus eunuques par les hommes, mais il y a aussi des eunuques qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour mériter le royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre, comprenne ! »


Les eunuques (célibataires) désignent ici les non-conformistes, les homosexuels et les mystiques. Comprenne qui pourra : donc surtout pas l'Église apostolique et romaine ! Jésus acceptait les comportements dits déviants. D'aucuns voudraient même qu'il les eût pratiqués, sous forme hétérosexuelle (coucou Marie-Madeleine !), ou homosexuelle (debout Lazare – mais Jean tient la corde !).

L'extraordinaire modernité des Écritures ne se niche pas dans ce petit sensationnel, qu'à grands sermons l'Église évacue (Ève a cul ? Eh ! va, cul...). L'essentiel rayonne dans la morale de l'histoire : « Je te choisis par amour » s'avère bien le mot d'ordre chrétien. Or nos prélats l'ont travesti en tri sélectif opéré par leurs soins. Mgr Vingt-Trois ferme les vannes ouvertes par son prophète. La Bible propose en effet un progrès d'enfer : une défense et illustration de l'adoption, donc du libre arbitre (adoption vient du latin optare : choisir), face à la tyrannie du sang et de ses lois. Le philosophe Michel Serres l'a déclaré haut et fort à... La Croix :

« Je crois que l’adoption est la “bonne nouvelle” de l’Évangile. Avant l’Évangile, il y avait la généalogie, les lois tribales, c’est-à-dire les lois par héritage. Aujourd’hui encore, ce qui rend impossible l’arrivée de la démocratie, ce sont des luttes entre familles, entre tribus, les clans, comme autrefois dans le Moyen-Orient antique. La nouveauté extraordinaire du point de vue politique, anthropologique et moral du christianisme, c’est d’avoir supprimé cet héritage naturel et d’y avoir substitué l’adoption, le choix délibéré et libre par amour. »

Le Vatican et ses relais versent dans le contresens en niant, au nom de dogmes messéants, les combinaisons qui se forgent pour élargir les libertés. La foi captive consiste à subir sans broncher les oukases d'eunuques en habits sacerdotaux. Et si être chrétien, c'était revenir au texte sans le filtre aliénant du clergé ? Si c'était comprendre la parole de Jésus sur la croix, qui s'adresse à Marie en désignant Jean : « Mère, voici ton fils » ? N'est-ce pas là une ultime redistribution des cartes, une recomposition familiale qui s'affranchit des entraves de l'usage au nom de l'audace d'aimer ?

Un telle vaillance évangélique prend à rebrousse-poil la vétuste catéchèse, qui ressasse son “Jésus que ma croix demeure”. André Vingt-Trois, né en 1942, entré en 1962 au séminaire Saint-Sulpice (qu'il devait ensuite diriger), contrarie à la fureur sa vocation et sa mission : incarner la hardiesse christique...
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