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 Deux papas et pas de maman (ou vice versa)

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MessageSujet: Deux papas et pas de maman (ou vice versa)   Ven 19 Oct - 16:03

Deux papas et pas de maman (ou vice versa)
Vendredi 19 Octobre 2012 à 05:00 | Lu 3648 fois I 28 commentaire(s)

ISABELLE CURTET-POULNER

S'ABONNER À MARIANNE+ IMPRIMER AUGMENTER LE TEXTE DIMINUER LE TEXTE
Pour ces couples homosexuels, la parentalité est déjà une réalité quotidienne. Deux semaines avant la présentation du projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux personnes du même sexe, ils nous racontent leur parcours, leur combat et leurs espoirs.


.Dans les bras de Pierre, son fils de 14 mois, né d'une mère porteuse en Inde - Bertrand Desprez pour Marianne.
Elle trotte dans le salon, passe des bras de maman So à ceux de maman Steph. Elsa, jolie blondinette de 15 mois, a déjà intégré la situation : elle a deux mamans. En couple depuis 2006, Sophie, 30 ans, et Stéphanie, 37 ans, lui ont tout raconté de l'histoire de sa conception : l'amour entre elles, leur envie d'être mères, l'insémination avec donneur (IAD) en Belgique, l'intervention «de la petite graine, un cadeau gentiment offert par un monsieur». Comme elles, les couples homosexuels, gays et lesbiens, sont de plus en plus nombreux à satisfaire leur désir d'enfant. Ils biberonnent, vont chercher leurs enfants à la crèche, les accompagnent à l'école avec, dans leurs sacs, tétines, doudous et Pom'Potes. Dans la vie de tous les jours, rien ne les distingue plus guère des parents hétéros. A les entendre, les faire-part mentionnant des parents de même sexe ne suscitent plus la gêne des proches, et leurs cellules familiales tendent à se fondre dans le paysage. «Dans notre entourage, à la crèche, avec les commerçants, ça ne pose pas de problème, raconte Stéphanie.

C'est devenu banal pour eux.» Dès qu'ils sont en âge de parler, leurs bambins claironnent à leurs camarades qu'ils ont deux papas ou deux mamans. Le mot «donneur» fait partie de leur vocabulaire. La plupart connaissent déjà leur genèse. S'il est difficile d'estimer leur nombre exact en France, 30 000 à 40 000 enfants vivraient aujourd'hui au sein de familles homoparentales. Un chiffre qui, pour Alexandre Urwicz, coprésident de l'Association des familles homoparentales (ADFH), pourrait atteindre près de 300 000, selon les extrapolations. Alors que la ministre de la Justice, Christiane Taubira, et la déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, auditionnaient les associations en vue d'autoriser le mariage et l'adoption aux homosexuels - la procréation médicalement assistée (PMA) leur restant fermée -, l'opinion leur est favorable : selon un sondage Ifop, 65 % des Français sont pour le mariage homosexuel et 53 % pour qu'ils aient la possiblité d'adopter. A l'exception des catholiques pratiquants, les plus réfractaires.

Singuliers, inventifs, étrangers aux conventions, ces nouveaux foyers reflètent le désir d'être parent, quelle que soit l'orientation sexuelle. Au prix de démarches aventureuses et d'un désert juridique qui leur complique la vie au quotidien. En alchimistes, ils composent un univers familial à géométrie variable. Quitte à braver les tabous. A transgresser les codes et à contourner une loi française conservatrice, plus corsetée que celle de ses voisins européens (lire l'encadré, p. 86). A franchir les frontières pour une insémination ou traverser l'Atlantique en quête de mère porteuse. «Il y a trente ans, les "homoparents" étaient d'abord passés par la case "union hétérosexuelle", relève Martine Gross, ingénieur de recherche en sciences sociales au CNRS (1). Aujourd'hui, il y a une prise de liberté. Les couples assument mieux, les femmes les premières, qui se sont tournées vers l'IAD dans les années 90. Mais aussi les hommes qui passent par la coparentalité avec des lesbiennes ou ont recours à la gestation pour autrui [GPA].» Une nouvelle donne qui vient télescoper un modèle traditionnel déjà bousculé par l'explosion des divorces, les recompositions familiales et les techniques de procréation modernes. De quoi retoucher la photo, jaunie, de la famille «classique». Mais les récits qui suivent témoignent tous de la difficulté de trouver une existence légale face à des politiques frileux et des institutions rétives.

UNE AVENTURE INCERTAINE ET ONÉREUSE
Il faut se déchausser pour entrer dans leur salon, clair et cosy. Depuis quatorze mois, Eran, 40 ans, dans la com, et Jean-Louis, 50 ans, steward, sont parents d'un petit Ilaï-Gabriel. Sur la table basse, un ouvrage épais comme un Bottin. L'album de famille. La biographie d'Ilaï-Gabriel «depuis le début de sa conception», souffle Jean-Louis. Un classique dans les familles homo qui suivent les préconisations des associations : «Selon les psys, l'enfant doit pouvoir fantasmer la scène originelle pour se représenter sa propre existence, insiste notamment Alexandre Urwicz, de l'ADFH. Deux hommes ne pouvant procréer, l'album témoigne du fait qu'il n'est pas le fruit de rien.» Par la fenêtre, la voisine, la cinquantaine, les salue. «On ne la connaît pas, mais elle nous a félicités dès la naissance d'Ilaï-Gabriel, heureuse pour nous», racontent-ils. Ils se sont d'abord tournés vers l'adoption, mais, «au bout de deux ans de démarches et malgré l'agrément obtenu, on a fini par chercher un plan B» : la GPA, interdite en France. Les hommes y recourent plus largement qu'hier.

En 2011, l'ADFH a recensé, en son sein, 73 naissances par GPA pour des couples gays. Une aventure incertaine et onéreuse - aux Etats-Unis il faut compter 100 000 dollars - qui vaut à beaucoup de ne pas pouvoir faire entrer l'enfant sur le territoire ou de le voir privé de nationalité française. Eran ne veut pas évoquer les questions d'argent - «Un enfant, ça n'a pas de coût» -, seulement leur parcours. Aidé d'un avocat, le couple s'est rendu en Inde dans une clinique spécialisée. «Deux femmes interviennent, détaille Eran, la donneuse d'ovules et la mère porteuse. Ça permet d'éviter tout lien biologique entre la mère et l'enfant.» Ils les ont choisies selon des critères précis : âge, santé, éducation, physique, pour la donneuse. «Vingt-cinq ans, déjà mère» pour la porteuse, une brune lumineuse, traits fins, cheveux jais soyeux, rencontrée avec son époux, lorsque Eran a effectué son prélèvement de sperme, en octobre 2010. «Ils avaient l'air unis, ça ne semblait pas imposé par le mari», tient-il à préciser.

En novembre, c'est la fécondation in vitro (FIV) : «Nous avions l'angoisse de savoir si nous étions enceintes ou pas», sourit Jean-Louis. Après l'annonce de la grossesse, la clinique donne des nouvelles régulièrement, et le couple fait une session Skype hebdomadaire avec la mère jusqu'à l'accouchement. «Quand on nous a donné le bébé, je n'ai jamais été aussi bouleversé de ma vie», se trouble Jean-Louis. Au retour, la double nationalité franco-israélienne d'Eran s'est révélée précieuse. Après transcription de la nationalité israélienne, Ilaï-Gabriel a pu entrer en France en tant que... touriste. Mais, depuis 2011, leur demande de passeport français est restée lettre morte. La suspicion de GPA bloquerait la régularisation. Un casse-tête que rencontrent aussi les hétéros. «Mon enfant est né à l'étranger, mais, si l'un des deux parents est français, il est français, affirme Eran. C'est un droit.» Quant à Jean-Louis, il est dépourvu de statut : «Je me considère comme son père. Il nous appelle tous les deux "papa", mais s'il nous arrive quelque chose, à lui ou à moi, je suis un étranger.» A la crèche, il n'est que l'une des personnes habilitées à venir chercher Ilaï-Gabriel. Alors, il attend beaucoup de la possibilité d'adopter l'enfant de son conjoint, prévue dans le futur projet de loi. Une éventualité qui déçoit les associations. «On va demander au parent social d'adopter son propre enfant ?, s'interroge Nicolas Gougain, porte-parole de l'Inter-LGTB, qui fédère les associations. Ne peut-on penser à une reconnaissance volontaire, comme pour les hétéros non mariés ?»

«LES ENFANTS D'HOMOS APPRENDRONT À LUTTER»
Devenir parent reste évidemment plus «accessible» aux lesbiennes. Les filières sont connues. Destination les Pays-Bas, la Belgique, l'Espagne ou la Grèce, où l'IAD est autorisée. Ainsi est née la petite Elsa de maman So et maman Steph : «En Belgique, nous avons eu des entretiens avec une psy. Elle nous a expliqué qu'il est impossible de remonter jusqu'au géniteur et que le deuil est plus facile à faire si l'enfant apprend dès le début qu'il ne pourra jamais savoir.» Voilà pourquoi elles lui racontent les conditions de sa naissance. Avec les mots de son âge. Elsa aura bientôt une petite sœur ou un petit frère. Cette fois, la grossesse reviendra à Sophie, suivie par leur gynécologue en France, incontournable pour se faire prescrire le traitement : «Le trouver n'a pas été facile. Ils n'ont pas envie d'être étiquetés.» Un premier leur a conseillé de demander «l'aide d'un copain entre deux portes». Une seconde a donné dans le trivial : «Un fond de préservatif, ça suffit pour être enceinte.» Le troisième était le bon. Bientôt, elles reprendront la route, au pied levé, une fois la date d'ovulation connue, jusqu'à la clinique belge de Gand. «C'est un sentiment bizarre d'aller dans un autre pays pour une insémination. On a la sensation d'être en fraude, de faire quelque chose d'illégal quand on passe la frontière», raconte Sophie.

S'il est «difficile de contourner la loi et de faire des choses cachées», en partant à Bruxelles pour une IAD, Nathalie, cadre de 31 ans, mère d'un petit Lucas de 2 ans, n'a pas eu l'impression de devenir mère en passager clandestin. «J'ai plutôt éprouvé de la colère contre l'hypocrisie du système», dit-elle d'une voix blanche. Avant elle, sa compagne, 39 ans, prof, avait emprunté cette voie détournée pour donner naissance à Diane, 4 ans. Avec le sentiment, partagé par beaucoup, de ressembler «aux femmes qui allaient avorter à l'étranger».

Pour autant, leurs parcours sont loin d'être lisses. En sixième, certains commencent à entendre des injures comme «fille de gouines». Laure, 11 ans, en est d'autant plus meurtrie que certains amis ont refusé de venir à son anniversaire, invoquant même le refus de leurs parents de les voir côtoyer ce foyer. D'après la psychanalyste, de telles difficultés peuvent survenir à la préadolescence : «Il y a parfois un passage difficile. Il ne faut pas le nier. Même si c'est une occasion de devenir mature. De même qu'il y a quarante ans les enfants de divorcés ou métis essuyaient des discriminations qui les rendaient mieux armés face à la vie, les enfants d'homos apprendront à lutter.»

Nathalie (en noir) et Anthony (chemise à carreaux), les parents biologiques d'Eliot, 15 mois, conçu par insémination artisanale, Nadie (en rouge), la compagne de Nathalie et l'un des ses trois enfants d'un premier mariage - Bertrand Desprez.

Ces «mères Thalys» inséminées en Belgique ont longuement mûri leur projet. Regard des autres, intérêt de l'enfant, statut du parent dit «social» : avant de se lancer, beaucoup passent par des forums associatifs, lisent les travaux de spécialistes et rencontrent des homoparents. «On est obligé de réfléchir davantage que les hétéros. Rien n'est fait sur un coup de tête», insiste Stéphanie. «Pour les couples homo, avoir un enfant n'est pas un accident, renchérit Nathalie, qui a dévoré toute la littérature spécialisée. Avec une inquiétude : le développement de l'enfant. «Si une majorité d'études avait témoigné de difficultés, cela aurait remis en question notre choix, dit-elle. Mais les sociétés savantes américaines et québécoises, en pointe sur le sujet, ont des positions très claires : il n'y a pas plus de problèmes chez les enfants d'homos que chez les enfants d'hétéros.» Viennent aussi à leur rescousse de nombreuses parutions - Jean a deux mamans, d'Ophélie Texier, la Fête des deux mamans, d'Ingrid Chabbert, etc. - qui ont fait florès ces dernières années et abordent les différentes formes de conception.

La petite Diane fait face à cette ritournelle bien connue des enfants d'homos : «Avoir deux mamans, ce n'est pas possible !» En petite section de maternelle, elle a déjà dû répondre à ses camarades. «Elle a expliqué son histoire et tout s'est bien passé, assure Nathalie. On ne dit évidemment pas à nos enfants qu'ils sont issus de deux femmes. Ils savent qu'un donneur est intervenu, qu'ils ont deux parents qui s'aiment et ont voulu fonder une famille.» Pour la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval (2), toutes ces explications ont des vertus : «Chez les hétéros, si un enfant naît par don d'ovocytes ou de sperme, on ne dit rien ou il l'apprend plus tard. Chez les homos, il n'y a pas de secret de famille. Aucun ne va raconter à l'enfant qu'il est né d'eux-mêmes ! C'est une grande force : le mensonge est ce qu'il y a de plus pathogène.»

Libérer la parole, anticiper les questions, pour beaucoup la communication est le gage d'un développement serein. Olivier, cadre dynamique de 40 ans, le mesure chaque jour. Avec son passé d'hétérosexuel, il fait partie des familles recomposées. Il a eu deux enfants, Léo et Clara (3), d'une première union. Stupeur et tremblements quand sa compagne le quitte, en 2007. Un an après, il rencontre Pierre, directeur marketing de 42 ans. «Une première pour moi. Je n'y avais jamais pensé. C'était flippant.» A l'époque, Léo a 2 ans, Clara, 4 ans. «J'ai mis plus d'un an à leur dire que j'avais changé d'opérateur», plaisante-t-il. Réaction de Clara : «Oh, j'te crois pas !» Il a fallu aborder le sujet, expliquer, parler sexualité. «Ensuite, Clara a eu du mal à gérer son œdipe. A une période où elle aurait dû rejeter sa mère, elle était encore trop sensible à la séparation pour le faire. Et ne pouvait pas rejeter Pierre. Du coup, c'est la nounou qui a pris cher.» Les inquiétudes d'Olivier portaient surtout sur l'école. Bien sûr, il y a eu des réactions : «Ses copines ne l'ont pas crue. Ce qu'elle a le plus mal supporté, c'est qu'on la traite de menteuse.» Clara a fini par élaborer sa petite philosophie personnelle : «Les garçons amoureux de garçons, ce n'est pas classique. En général, ils aiment les filles, mais quelquefois, les garçons.» Quant à Léo, il est à l'aise : «Lui, c'est alma libre, il est en CP, il kiffe la vie. Le matin, il vient se mettre entre nous dans le lit.» A Paris, Olivier n'a rencontré aucune hostilité, à l'exception de ses propres parents de 75 ans, qui ont longtemps refusé de rencontrer Pierre. «Socialement, personne n'a tiqué, relève-t-il. Et, administrativement, on rentre dans les cases : les enfants ont des parents biologiques.»

Mère d'une enfant de 3 ans née d'une précédente union hétérosexuelle, Julie, 32 ans, a fait la même expérience : «J'ai rencontré Lise [3] après ma séparation. C'était la première fois. Mais je n'ai pas la sensation d'avoir changé de sexualité.» Julie, qui envisage de porter l'enfant d'un ami homo, a mené sa nouvelle histoire en crescendo avant d'en parler à la fillette, sur le mode «papa a une nouvelle amoureuse, maman aussi». «Elle a très bien réagi. Nous formons aujourd'hui une famille recomposée. Lise peut aller la chercher à la maternelle. Et, en cas de problème, mon ex et moi sommes là. En parents légaux.»

Une apparente simplicité étrangère aux homoparents. Aux yeux de la loi, Sophie, la mère «sociale» d'Elsa, sans lien biologique avec elle, n'est «rien». Et encore, elle a de la chance : à la crèche, on ne lui a pas fait signer d'autorisation pour récupérer sa fille. Mais, en cas de coup dur, séparation ou décès, elle ne serait pas considérée comme une mère à part entière. «Cet été, Elsa a été hospitalisée à Aix. Si le personnel médical n'avait pas été ouvert d'esprit, je n'aurais pas pu être à ses côtés, déplore-t-elle. On a l'impression de vivre hors la loi, on est toujours soumis au bon vouloir des gens.» Dernièrement, Nathalie, mère sociale de Diane, en a fait les frais. Hospitalisée d'urgence, la petite a dû subir une batterie d'examens. A l'entrée de la salle d'échographie, Nathalie a été refoulée par une infirmière hostile. Motif : seuls les parents sont autorisés à entrer. «C'était un blocage délibéré, un acte volontaire d'homophobie.» Ses protestations et l'intervention d'un supérieur ont fait plier l'infirmière : «Mais, légalement, on aurait tout à fait pu m'interdire d'être là.» Pour mettre un terme à ces situations, Nathalie Mestre, présidente de l'association Les Enfants d'arc en ciel, défend une «présomption de parenté», déclinaison de la présomption de paternité pour les hommes mariés ou de la reconnaissance volontaire pour les non-mariés : «Mariage ou non, il faut pouvoir établir une filiation. Aujourd'hui, elle n'est plus seulement biologique, elle est sociale.

Quand des couples hétéro recourent à un don de sperme, l'homme n'est pas le père biologique. Pourtant, il n'est pas tenu de faire la preuve de sa paternité, ni d'adopter son enfant. Pourquoi ne pas s'aligner sur ce qui existe ?» D'autant que, si les homoparents sont parfois soumis à l'arbitraire, l'horizon semble s'éclaircir. Il y a dix ans encore, de nombreux cas de rejet parvenaient à Marie-Claude Picardat, coprésidente de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL). Un enfant qui dessinait son arbre généalogique avec deux papas pouvait se faire corriger par l'institutrice. «Aujourd'hui, assure-t-elle, l'idée est admise. Pour les acteurs sociaux, la question est de savoir comment l'intégrer. Quand des couples homo emmènent leur enfant à la crèche, ils rencontrent d'abord une position de réserve, qui témoigne aussi d'un respect de l'intimité des familles. Puis, petit à petit, les professionnels cherchent à s'inscrire dans le mouvement. Ils font attention à nommer les parents selon les pratiques familiales. Sans jugement. La société est prête.»

Pour Nathalie et Nadine, qui élèvent le petit Eliot en alternance avec Anthony, son père gay, "ce qui compte c'est la responsabilité prise à l'égard de l'enfant" - Bertrand Desprez

PROJET D'ENFANT MENÉ EN TRIO OU EN QUATUOR
Mais, d'un point de vue légal, tout reste à faire. Pour pallier l'inexistence juridique de leur conjoint, beaucoup de parents légaux demandent une délégation d'autorité parentale (DAP) auprès des tribunaux. Un «sésame» qui permet au parent social de prendre les décisions importantes relatives à l'enfant. «Du bricolage, martèle Nicolas Gougain, de l'Inter-LGTB. Ce document ne vaut rien en cas de décès du parent légal. Et, lors d'une séparation, ce dernier peut revenir sur sa décision.» Et empêcher son ex-conjoint de voir l'enfant. A l'insécurité du statut s'ajoutent des conditions d'obtention variables. «Sa délivrance est aléatoire, déplore Marie-Claude Picardat. A Toulouse, c'est réglé : toute demande est acceptée, on estime qu'un parent qui la sollicite a ses raisons. Mais dans d'autres villes, comme Versailles, on vous soumet à une enquête de police. Ces tracasseries sont une forme d'humiliation. Pour montrer qu'on n'est pas tout à fait comme tout le monde.» Installées à Fresnes, Céline et Laura, 27 ans, mères de Zoé, 19 mois, née d'une insémination en Belgique, ont fait leur demande. «Les flics sont venus, raconte Céline, sa mère sociale. Ils nous ont auditionnées séparément, ont fait le tour de l'appartement, regardé les jouets, les vêtements de Zoé, vérifié qu'elle avait une chambre. Une véritable enquête de moralité.»

A Rennes, Emilie, 37 ans, n'y a pas coupé : «Une enquêtrice sociale est venue chez moi, puis chez Anne, mon ex, vérifier comment Maloë, notre fille de 6 ans, vivait. Un parfait interrogatoire.» Pour elle aussi l'obtention de la DAP s'est révélée épineuse. Anne, la mère légale, l'a demandée alors qu'elles étaient séparées et respectaient une garde alternée. «Il était indispensable que je puisse légalement prendre des décisions importantes relatives à Maloë», explique Emilie. Les juges ne l'ont pas entendu ainsi : «Compte tenu de notre arrangement et de l'"instabilité" de nos rapports, il leur est apparu "contraire aux intérêts de l'enfant" de l'accorder.» Un an plus tard, revirement de la cour d'appel de Rennes. Cette fois, les deux ex ont bétonné leur dossier : «Attestation des médecins, assistante maternelle, directrice d'école, proches, photos témoignant de notre vie de famille : tout y était.» La DAP a été accordée au-delà de leurs espérances : «Le procureur est allé loin. Il a pris position en reconnaissant que nous étions une famille et que mon rôle équivalait à celui d'un parent séparé.» De telles décisions varient d'un tribunal à l'autre. «Dernièrement, à Saint-Nazaire, raconte Marie-Claude Picardat, deux femmes, avec chacune des enfants, ont fait une demande de délégation croisée. Elle a été jugée non recevable. Résultat : elles ne peuvent même pas se présenter devant le juge des affaires familiales.» Les choses se corsent avec la coparentalité ou la pluriparentalité. Des termes barbares qui désignent un projet d'enfant mené en trio ou en quatuor. Ainsi s'étend la géographie familiale de Nadine, Nathalie et Antony, qui vivent à Tours.

Quand Nathalie, 31 ans, a rencontré Nadine, 53 ans, celle-ci avait déjà trois enfants d'un premier mariage : «Pour eux, la plus grande surprise a été la différence d'âge.» Leur vie de couple a basculé sur une idée d'Antony, 23 ans, un ami homo de Nathalie : «Il voulait un enfant et m'a proposé d'être la mère.» Les deux femmes mûrissent l'idée. Puis le trio réfléchit à la manière de respecter la place de chacun, à l'organisation du quotidien, aux réactions sociales et à celles des enfants de Nadine. «L'aînée a été choquée, reconnaît Nathalie. Elle n'avait pas imaginé ça possible, et, à ses yeux, c'était à son tour d'avoir des enfants. Mais, à la naissance, elle était conquise.» Eliot, 15 mois, né par insémination «artisanale», «à l'aide des pipettes pour bébés des boîtes de Doliprane», a aujourd'hui trois parents, six grands-parents et une arrière-grand-mère «folle de lui», précise Antony. A 75 ans, les parents de Nadine ont très bien accepté l'idée. Quant à ses enfants, ils considèrent Eliot comme leur petit frère. Tant qu'il est bébé, les deux femmes en ont la garde la majeure partie du temps. «Mais quand il voit une photo de son père, Eliot dit "papa."» Nadine a assisté à l'accouchement en tant que compagne.

Antony est venu les rejoindre après : «La sage-femme nous a demandé si le jeune homme se disant le père pouvait entrer.» A ceux qui objectent qu'Eliot n'aura que des repères homo, Nathalie rétorque ceci : «Notre cercle d'amis compte beaucoup d'hétéros, les contes pour enfants sont très hétéro-normés ; notre large famille ne manque pas de référents.» Pour elle, le non-statut de Nadine est l'unique question : «Si je disparais, elle ne peut pas récupérer Eliot, alors qu'elle se considère et se comporte comme sa mère. On parle beaucoup du mariage homo mais il faut repenser l'ensemble du droit de la famille. Pour donner un statut au parent social.» A l'ADFH, Alexandre Urwicz acquiesce : «En France, c'est "Dis-moi comment tu as été conçu, je te donnerai plus ou moins de droits". Il y a une rupture d'égalité selon l'origine procréative. Or, c'est l'engagement parental qui devrait compter.»

A l'image de celui qui préside à l'adoption. Pour y parvenir, Jérôme, 42 ans, formateur, et Marcelin, 44 ans, enseignant, ont emprunté des chemins de traverse. Ils sont désormais parents de deux enfants à la peau ébène, Noa, 9 ans, et Simon, 6 ans, qui écoutent attentivement le récit de leur arrivée à Rouen. A intervalles réguliers, Noa prend la main de son père et morigène Simon s'il s'agite. En couple depuis vingt-deux ans, Jérôme et Marcelin ont décidé d'adopter en 2005 : «Une GPA était trop onéreuse. Un ami m'a parlé de l'adoption sans agrément d'un couple homo.» Une filière clandestine, en «Afrique de l'Ouest», glisse-t-il prudemment. Lors d'un premier voyage, un «contact» les mène dans un village de brousse où ils rencontrent des enfants «adoptables», parmi lesquels Noa, 3 ans, née hors mariage : «Sa mère était désireuse de s'en débarrasser. Il a fallu l'accord du chef de village, des hommes de la famille réunis autour de l'arbre à palabres, sous une chaleur accablante, avec les mouches qui tournoyaient.» Pour ramener l'enfant, Jérôme a épousé la mère de Noa. Dans l'intervalle, Marcelin adoptait Simon, encore poupon, par simple reconnaissance de paternité. Il leur a fallu un an et demi pour obtenir les transcriptions du consulat. Une période durant laquelle ils ont fait la navette, tout en pourvoyant aux besoins des enfants. Quand il évoque ce jour d'août 2008 où ils ont enfin pu aller les chercher, Jérôme contient mal son émotion : «Avec Noa nous sommes passés de l'euphorie aux pleurs pendant dix minutes», s'étrangle-t-il. La fillette lui tend un Kleenex. Simon demande pourquoi tant de larmes : «Moi, je ne pleure jamais quand on parle de ça». Aujourd'hui, Marcelin est papa. Jérôme, père adoptif ayant l'autorité parentale exclusive. Il a entamé une procédure de divorce. Ils n'attendent pas grand-chose de la loi en cours, sauf, si elle le permet, de pouvoir procéder à l'adoption conjointe de Noa et Simon. Celle d'enfants qui sont déjà les leurs. I.C.-P.

(1) Qu'est-ce que l'homoparentalité ?, Payot.
(2) Famille à tout prix, Seuil.
(3) Les prénoms ont été changés.



COMMENT ÇA SE PASSE AILLEURS ?

En tête des pays conservateurs, l'Allemagne restreint la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes mariées et aux couples hétérosexuels stables. Comme la France, qui la réserve aux couples mariés ou aux concubins depuis au moins deux ans. Même l'Italie, où elle vise les seuls hétéros, n'impose pas aux non-mariés de prouver leur stabilité. A l'inverse, depuis 1990, au Royaume-Uni, couples mariés ou non, célibataires et lesbiennes y ont droit. Mieux : dans la loi de 2008, l'article 13 a été amendé : «le besoin de l'enfant à naître d'avoir un père» a été remplacé par «le besoin de l'enfant de bénéficier d'une éducation parentale qui l'aide à grandir». Aux Pays-Bas, hétéros et homos en bénéficient depuis 1994. Le Danemark et l'Espagne ont suivi en 2006, la Belgique, en 2007. La Grèce est la plus progressiste : depuis 2002, la PMA est ouverte à tous, et la gestation pour autrui autorisée pour les femmes infertiles. Le mariage homo, lui, est légal aux Pays-Bas (depuis 2001), en Belgique (2003), en Espagne (2005), en Suède (2009), en Norvège (2009) et au Portugal (2010).

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MessageSujet: Pas d'inconvénients   Sam 3 Nov - 12:28

Les opposants à l'homoparentalité le répètent en boucle: il faut penser à « l'intérêt » et au « droit de l'enfant ». Selon eux, les enfants élevés dans des familles homoparentales seraient exposés à des troubles (psychologiques, sociaux, de l'identité sexuelle). Plus de 700 études scientifiques dans le monde ont été consacrées à l'homoparentalité depuis les années 1970, dont une partie au développement des enfants. Que concluent ces travaux? Mediapart s'y est plongé (lire notre boîte noire). Deuxième volet de notre série.

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Critiquées pour leurs biais méthodologiques (qui seront l'objet de notre troisième volet), ces d'études ne parviennent pas à accéder à toute la population de référence. Mais une forte « tendance significative » se dégage de ces centaines de recherches: « Elles ne montrent pas de différence significative, dans quelque domaine que ce soit, entre les enfants issus d’un milieu homoparental et les enfants issus d’un milieu plus “classique” », explique le pédopsychiatre Stéphane Nadaud, auteur de la première enquête française sur le sujet. « Ils ne vont ni mieux, ni moins bien », résume Martine Gross, ingénieure de recherche en sciences sociales au CNRS, auteure de plusieurs ouvrages sur le sujet et présidente d'honneur de l'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL).

C'est à cette conclusion qu'était déjà parvenue Stéphane Nadaud à l'issue de sa thèse, en 2000. Le pédopsychiatre a étudié le comportement de 58 enfants, âgés de 4 à 16 ans, qu'il a répartis en cinq groupes pour décrire toutes les situations homoparentales (né dans un contexte hétérosexuel mais élevé dans un second temps par un de ses parents homosexuels; conçu dans le cadre d’une coparentalité, adopté par une personne homosexuelle, conçu par insémination dans un cadre homosexuel, conçu avec le recours à une « mère porteuse »).

Il a utilisé les tests de comportements et d’insertion sociale/familiale (le Child Behavior Checklist, l'EAS - Emotionality, Activity, Sociability -, et le Coping Inventory). Les questionnaires ont été remplis par les parents homosexuels. Résultat: si les enfants élevés dans un contexte homoparental semblent plus timides, tout en ayant une meilleure adaptabilité, « il n’y a pas de différence notable », explique-t-il, précisant: « S’il y avait eu un grand nombre de pathologies psychiatriques chez ces enfants, des profils comportementaux très différents, cette étude l’aurait fait émerger ».

C’est aussi cette « tendance » qui ressort de la première enquête longitudinale (réalisée par Fiona Tasker et Susan Golombok, en 1995), ainsi que de toutes les métaanalyses (ces travaux qui combinent les résultats des études recensées depuis les années 1970, pour établir des statistiques et une analyse plus globale).

En 2003, Olivier Vécho, maître de conférence en psychologie du développement à l'université de Paris X Nanterre et actuellement l'un des principaux chercheurs français à travailler sur l'homoparentalité, a exploré, avec Benoît Schneider, 311 documents parus depuis 1972. Il en a extrait 38 pour réaliser sa métaanalyse (« Homoparentalité et développement de l’enfant: bilan de trente ans de publications »). Il démontre que l’examen de toutes ces études « ne conduit pas au constat d’une plus grande vulnérabilité de ces enfants ». Près de dix ans plus tard, les conclusions de son travail, actualisé avec le nombre grandissant d'études (700 publications et 70 retenues), sont les mêmes. « La forte tendance générale est qu'il n'y a pas de différences massives entre les enfants élevés dans des familles homoparentales et les autres », confirme-t-il à Mediapart.

« Les résultats convergent tous vers un message clair et sans ambiguïté : lorsque (ces) enfants ont des problèmes d’adaptation, d’autres facteurs que la simple orientation sexuelle des parents sont responsables de ces difficultés », démontrait également Danielle Julien, psychologue et professeure au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, en 2003.

« C’est aussi ce que tend à montrer la réalité », estime Stéphane Nadaud, qui cite le cas de l'Espagne « où le bilan est positif sept ans après la loi », mais aussi les patients qu'il voit défiler: « Etant donné mes travaux sur l'homoparentalité et mes nombreuses formations auprès des écoles, crèches et professionnels du social sur le sujet, on m'adresse des enfants qui sont dans un contexte homoparental et vont mal. Or, au maximum, j'en reçois deux par an ».

En 2010, une étude prospective (disponible en intégralité ici) réalisée par Henny Bos et Nanette Gartrell et publiée dans la revue américaine Pediatrics, évite une partie des biais méthodologiques souvent fustigés et va plus loin: « Les enfants élevés par des mères lesbiennes obtiennent des résultats sensiblement meilleurs dans les rapports sociaux, les résultats scolaires et les compétences générales et sensiblement plus bas en ce qui concerne les comportements agressifs et de violation des règles ». Menée pendant 25 ans, cette enquête a suivi 78 enfants (39 filles, 39 garçons) de mères lesbiennes depuis leur naissance. Les données ont été collectées par des entretiens et questionnaires remplis par les enfants, ainsi que les mères à différentes étapes.

Les chercheuses expliquent « en partie » ces résultats par le fait « que les mères qui ont participé à l'étude se sont engagées avant même la naissance de l'enfant et se sont activement investies dans l'éducation des enfants », tout en souligant le rôle des méthodes éducatives des mères lesbiennes. Elles parviennent également à des conclusions positives concernant la consommation de drogues, la résistance à la stigmatisation, etc. (lire sous l'onglet Prolonger de cet article)
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MessageSujet: Obsolescences ecclésiales   Sam 3 Nov - 12:31

"Contrairement à ce que l'on nous présente, ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous", a pointé le cardinal à Lourdes en assemblée plénière.

Mots-clés : mariage, homosexuel, cardinal, gay, Lourdes, archevêque
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Cette proposition "fait disparaître un critère très important d'évaluation qui est de savoir ce qui est simplement l'expression extérieure d'une conviction et ce qui est une expression provocatrice", selon André Vingt-Trois. (JACQUES DEMARTHON / AFP)
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» Moins de Français favorables au mariage pour tous qu'en 2011
Le mariage homosexuel agite le débat des évêques. Le cardinal André Vingt-Trois a déclaré samedi 3 novembre, à propos du projet de loi sur le mariage homosexuel, que "ne pas reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société", position défendue par les autres grandes religions.

Dans son discours devant 120 évêques réunis à Lourdes en assemblée plénière, le cardinal a estimé que pour un sujet d'une telle ampleur, "un large débat national s'imposait qui ne se contente pas d'enregistrer des sondages aléatoires ou la pression ostentatoire de quelques lobbies".

Un "enjeu" grave

Selon un sondage BVA publié samedi par "Le Parisien/Aujourd'hui en France", 58% des Français se déclarent aujourd'hui favorables au mariage des homosexuels, un chiffre en baisse car ils étaient 63% en 2011. Pour le président de la Conférence des évêques de France, le projet du mariage homosexuel que le gouvernement fait passer en urgence survient alors que "la crise économique atteint de plus en plus l'ensemble de notre société, que des entreprises ferment et que la précarité s'étend".

Comme les responsables des principaux cultes en France, qui se sont successivement érigés contre un projet issu, selon eux, d'un discours "bien pensant", Mgr Vingt-Trois a insisté sur "la gravité de l'enjeu du mariage homosexuel qui bouleverserait en profondeur les fondements de la société".

La question fondamentale, a-t-il souligné, est le respect de la réalité sexuée de l'existence humaine et de sa gestion par la société. Une vision de l'être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants".

"Contrairement à ce que l'on nous présente, a relevé Mgr Vingt-Trois, "ce ne serait pas le 'mariage pour tous', ce serait le mariage de quelques uns imposé à tous", a-t-il souligné. Une position que ne défendent pas seulement les catholiques, mais aussi protestants, orthodoxes, musulmans ou juifs.

Déjà, le 15 août, fête de l'Assomption, le cardinal-archevêque de Paris André Vingt-Trois avait appelé à prier "pour que les enfants cessent d'être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère". Début octobre, c'est au tour de la Fédération protestante de France de s'élever contre "la fausse bonne idée du mariage pour tous", son président en faisant une question "non pas théologique, mais sociale et anthropologique".

"Le droit à l'enfant n'existe ni pour les homosexuels ni pour les hétérosexuels"

Soulignant que "l'égalité ce n'est pas l'indifférenciation", le pasteur Claude Baty trouve "absurde de remettre en cause ce qui est depuis toujours le fonctionnement normal de l'humanité, à savoir qu'il faut un homme et une femme pour faire un enfant".

Pour sa part, le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, se demande s'il n'y a pas, au nom de l'égalité revendiquée pour tous, "une confusion entre l'égalité et la similitude. Deux personnes peuvent être égales mais non semblables, ou être semblables mais non égales".

Une des protestations les plus remarquées vient du Grand rabbin de France Gilles Bernheim, pour qui "les arguments invoqués d'égalité, d'amour, de protection ou de droit à l'enfant se démontent et ne peuvent, à eux seuls, justifier une loi".

"Le droit à l'enfant n'existe ni pour les hétérosexuels ni pour les homosexuels. Aucun couple n'a droit à l'enfant qu'il désire, au seul motif qu'il le désire. L'enfant n'est pas un objet de droit mais un sujet de droit". De son côté, Olivier Wang-Genh, vice-président de l'Union des Bouddhistes de France, souhaite "qu'on réfléchisse aux conséquences qui découlent d'actes individualistes et égoïstes".
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MessageSujet: Les combats d'arrière garde de Mgr 23   Lun 5 Nov - 18:39

Dans le contexte d’une morosité croissante qui est celle de la crise
économique qui continue à se prolonger, avec son cortège de conséquences
en particulier pour les plus vulnérables, le projet de la gauche
d’un « mariage pour tous » risque de moins mobiliser ses partisans. En
revanche, ses adversaires se montrent de plus en plus virulents et
agressifs.

Ce samedi 3 octobre, les évêques de France ouvrent leur assemblée plénière à Lourdes comme il se doit. Le cardinal André Vingt-Trois, leur président pour un an encore, s’est livré à une charge virulente contre le mariage homosexuel taxé de « supercherie » : le mot est fort, et la sentence définitive. Et ce singulièrement à quatre jours de l’examen prévu d’un projet de loi, autorisant l’union homosexuelle, en conseil des ministres. Faut-il encore mettre les points sur les « i » et y dénoncer une action sournoise de lobbying ?

Toujours est-il que le cardinal Vingt-Trois entend à présent lancer sa grande offensive. Il souhaite bel et bien « alerter » les Français, un verbe qui en dit très long. Les termes qu’il emploie sont à cet égard très forts autant que savamment pesés : « Imposer, dans le mariage et la famille où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants ». On doit à nouveau déplorer que le cardinal prenne ainsi ces derniers en otages. Et tente de jouer sur la corde sensible des Français majoritairement favorables sans doute au mariage gay mais plus inquiets quant aux conséquences pour les enfants. La stratégie est habile mais pas très loyale. Elle joue au demeurant sur les passions tristes et en particulier la peur en agitant un épouvantail. Le cardinal appelle clairement les chrétiens à saisir les élus et à faire pression sur les élus : « je demande que tout le monde réfléchisse et prenne conscience de la gravité de ce qui est en train de se mettre en route ».

Chose rare lorsqu’on connaît la prudence habituelle de nos évêques, il envisage également que les chrétiens puissent descendre dans la rue !
Donnant ainsi son aval discret - sans trop se mouiller toutefois - au projet de manifestation des catholiques intransigeants le dimanche 18 novembre à l’appel des Associations familiales catholiques. Toujours matois André Vingt-Trois : « Ça fait partie des moyens d’expression démocratique. S’ils pensent que c’est un bon moyen efficace de se faire entendre, pourquoi pas ? »

En revanche, le cardinal de Paris se montre plus prudent que son homologue de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin, se refusant ainsi à des rapprochements hasardeux et choquants entre le mariage gay et la polygamie ou l’inceste. Sa stratégie est autre : à l’évidence plus réfléchie. Mais, au bout du compte, on peut se demander si les deux hommes ne se répartissent pas le travail. A Barbarin reviendrait la palme de l’audace et de la provocation. A Vingt-Trois, en revanche, le privilège de conduire plus adroitement une action concertée.

Inutile de dire que cette prose épiscopale suscite des réactions agacées ou franchement indignées dans le monde politique. Ainsi le député Denis Baupin, écologiste et vice-président de l’Assemblée nationale a-t-il accusé l’archevêque de tenter « une fois encore de faire pression sur les élus de la République pour les empêcher de donner les mêmes droits à tous les citoyens ». Il faut savoir par ailleurs que le cardinal a reçu une invitation pour venir présenter son point de vue devant la chambre fin novembre.

Pour situer cette polémique à sa juste mesure, il faut savoir que le mariage gay est déjà en vigueur dans une douzaine de pays européens sans pour autant que cela soit l’apocalypse now. Il est vrai par contre que ces dernières semaines la cause du mariage gay a reculé passant de 63% d’avis favorables à 58%. Quant à ceux qui y sont hostiles, ils regroupent maintenant 41% de la population. Une minorité toujours, mais moins nette.

On n’en demeure pas moins attristé de voir ainsi nos évêques s’emparer d’un débat de société sans doute délicat mais qu’on l’on peut estimer ouvert et significatif d’une avancée du respect de tous pour reconquérir le terrain perdu d’une autorité qui s’est effritée. Pauvre France ? Ou société en chemin ?

En tout cas, il convient de ne pas leur laisser le monopole. A nous de faire entendre une autre voix !
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MessageSujet: Mgr 23 malhonnête ou immature ? ... vraisemblablement les deux   Lun 5 Nov - 18:58

Faire naître un individu n'est pas simplement un acte biologique
c'est avant tout l'éveiller et l'éduquer ...alors peu importe le sexe des encadrants et leur nombre

Nous accusons Mgr 23 de semer la confusion et de maintenir un système dont il vit certes grassement mais qui s'enracine dans la bourgeoisie aisée et rétrograde du 19ème siècle! Rolling Eyes Laughing Laughing Laughing
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