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 Une société malade qui "refoule" ce qui provoque l'inflation d'un inadmissible racisme, rejet de l'autre et de ses différences

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MessageSujet: Une société malade qui "refoule" ce qui provoque l'inflation d'un inadmissible racisme, rejet de l'autre et de ses différences   Lun 8 Oct - 6:03

Atermoiements du gouvernement socialiste face au démantèlement d’un camp de Roms par une milice à Marseille, provocation de Jean-François Copé sur le "racisme anti-blanc", sortie d’un élu UMP faisant le lien entre homosexualité et pédophilie, déclarations de Marine Le Pen condamnant le port de la kippa, consensus gauche-droite associant l’immigration à l’insécurité… Jadis apanage de l’extrême-droite, la stigmatisation des minorités semble une valeur de plus en plus partagée par la classe politique.

Une évolution du discours

Il serait possible à l’envi d’entrer dans des subtilités sémantiques qui distingueraient l’antisémitisme, l’hostilité envers les Arabes, l’homophobie, ou ce que l’on pourrait qualifier de "romophobie". Cependant, il s’agit plus simplement de racisme. Une somme de préjugés négatifs définit un stéréotype. Ce stéréotype étiquette en bloc des personnes qui n’avaient pourtant en commun qu'une orientation sexuelle, religieuse, ethnique, ou encore une position sociale.

Il constitue dès lors leur identité du point de vue du raciste, identité que complète, pour tenir face aux démonstrations de son ineptie, l’argument de l’exception qui confirme la règle : "c’est vrai, il y en a quelques-uns qui sont très bien, mais…", suivi du retour à la définition stéréotypée. Ainsi le raciste expliquera que certes, tel couple homosexuel spécifique serait parfaitement capable d’élever des enfants, mais qu'en général, les homosexuels y sont inaptes.

Il arrive en outre que le stéréotype fonctionne malgré une contradiction insoutenable d’un point de vue logique. Par exemple, il devient banal de qualifier d’autorité les Arabes de feignants vivant aux crochets de la société, tout en précisant qu'ils volent par ailleurs le travail des Français.

Si l’on admet que les personnalités politiques sont avant tout en recherche d’une maximisation de leurs scores électoraux, alors il faut admettre que cette évolution du discours politique correspond à une évolution de l’opinion publique. La profanation régulière de cimetières juifs, les manifestations quotidiennes de racisme ordinaire à l’égard des Arabes en matière de discrimination à l’embauche, les multiples agressions homophobes telles que le tabassage d’un couple homosexuel à Rouen début septembre, le fait qu'une milice puisse détruire un camp de Roms, pourraient en attester. Il resterait cependant possible de qualifier ces faits d’incidents isolés, non représentatifs.

Un racisme banalisé par la classe politique

Les enquêtes d’opinion sont alors plus parlantes. Selon un sondage Sofres de 2005, 32% des Français jugent que les juifs ont trop de pouvoir en France, nonobstant ce à quoi ce type de raisonnement conduit. Selon un sondage Ifop de janvier 2011, 42% voient dans l’islam une menace, quand bien même l’écrasante majorité des musulmans de France ne pose rigoureusement aucun problème sociétal. Selon un sondage Ifop de 2012, un Français sur deux est contre l’adoption par des couples homosexuels, ce qui revient à les estimer intrinsèquement inaptes à élever des enfants, parce qu'homosexuels.

Ces éléments posés, l’enjeu de compréhension du problème est double : comprendre pourquoi les Français sont racistes ; comprendre pourquoi ce racisme s’exacerbe au point d’être relayé et banalisé par la classe politique.

La première question trouve une réponse simple : ce ne sont pas les Français en particulier qui sont racistes, mais l’espèce humaine en général. L’explication peut être trouvée dans la psychanalyse, au moyen du concept jungien d’"ombre". Pour vivre en société, nous refoulons tous une part de nous-mêmes, amas de tout ce que la morale et l’éducation condamnent. Ce faisant, nous affirmons que ces éléments, ces tares d’un point de vue social, n’existent pas en nous.

Pour consolider ce mensonge quotidien adressé à nous-mêmes, nous les projetons sur un Autre fantasmé, avec d’autant plus de facilité que cet Autre est un stéréotype, une construction imaginaire collective, un mythe. Ainsi, selon Elie Humbert, "la plupart des hommes ignorent leur ombre. (…) Le plus souvent elle est projetée dans des troubles somatiques, des obsessions, des fantasmes plus ou moins délirants, ou dans l'entourage. Elle est 'les gens', auxquels on prête la bêtise, la cruauté, la couardise qu'il serait tragique de se reconnaître."

En d’autres termes, dis-moi quelles tares tu attribues à ton ombre, et je te dirai qui tu es. Par exemple, l’Arabe collectivement fantasmé incarne tout ce qu’il y a en nous de paresse, de lâcheté, de haine aveugle, de rejet des valeurs communes. Autre exemple, le mythe du jeune de banlieue cristallise tout ce qu’il peut y avoir en nous de primal, de bestial, de nihiliste. Quant au mythe de l’homosexuel, il concentre sur lui le pire du refoulé sexuel. Nul hasard que lui soient systématiquement imputés une sexualité débauchée et orgiaque, une vie de licence, voire des penchants pédophiles. De fait, si l’on admet le concept jungien d’"ombre", le lien fait par l’élu UMP François Lebel entre homosexualité, pédophilie et inceste est surtout révélateur de ses propres refoulements.

Une réaction inévitable ?

Somme toute, le racisme semble donc inévitable dans toute communauté humaine. Il ne peut de fait être combattu que par l’instauration vigilante de tabous dans la société, à l’instar du tabou sur l’antisémitisme qui, à juste titre, n’a pas droit de cité. Reste donc à comprendre pourquoi la classe politique se départit de cette tâche, pourtant partie intégrante de son rôle dans la communauté.

Cette seconde question a, là encore, une réponse simple : nous subissons depuis près de dix ans une crise économique profonde, caractérisée par un appauvrissement croissant, qui frappe individuellement bon nombre d’entre nous et qui nous frappe collectivement au fil de la réduction des services publics. Une réaction logique serait de s’interroger sur les raisons objectives de cette crise et de lui apporter une réponse à l’échelle de la communauté politique. Une réaction humaine est de chercher un ennemi responsable de tous nos maux.

Nous assistons donc, au fil de cette crise, à une concurrence entre messages politiques pour définir cet ennemi et le désigner à la vindicte. Dans ce contexte, la montée en puissance d’un racisme de plus en plus banalisé peut être comprise comme le prélude à des stigmatisations de plus en plus graves.
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