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 Crise alimentaire mondiale

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MessageSujet: 2050: 2,3 milliards de bouches à nourrir en plus !   Ven 25 Sep - 7:32

Selon un rapport diffusé mercredi 23 septembre 2009 par la FAO, l'agriculture mondiale doit relever des défis de taille : augmenter la production alimentaire de 70% pour nourrir 2,3 milliards de personnes de plus d'ici à 2050, intensifier la lutte contre la pauvreté et la faim, utiliser plus efficacement les ressources naturelles qui s'amenuisent et s'adapter au changement climatique...

La FAO a convoqué pour le 12 et 13 octobre 2009 un Forum d'experts de haut niveau pour discuter des stratégies à mettre en oeuvre pour relever ces défis.

Le Forum, intitulé "Comment nourrir le monde en 2050" rassemblera quelque 300 experts (universitaires, chercheurs, ONG, secteur privé) de pays développés et en développement. Il préparera le terrain à la tenue du 16 au 18 novembre 2009 d'un nouveau Sommet mondial sur la sécurité alimentaire.
Optimisme prudent

"La FAO fait preuve d'un optimisme prudent en ce qui a trait au potentiel du monde à se nourrir d'ici à 2050," indique M. Hafez Ghanem, Sous-Directeur général responsable du Département économique et social de la FAO. Toutefois nourrir tout un chacun d'ici là n'est pas "automatique" à moins de relever plusieurs défis de taille.
Selon M. Ghanem, un cadre socioéconomique doit être mis en place pour gommer les déséquilibres et les inégalités afin que chaque habitant de la planète ait accès à la nourriture dont il a besoin et faire en sorte que la production alimentaire réduise la pauvreté en tenant compte des contraintes liées aux ressources naturelles.

Selon les projections mondiales, pour améliorer l'accès à la nourriture de gros investissements sont nécessaires qui devront s'ajouter aux investissements actuels. Sinon, quelque 370 millions de personnes continueraient à souffrir de la faim en 2050, soit près de 5% de la population des pays en développement.

La population mondiale, selon les dernières projections des Nations Unies, doit passer de 6,8 milliards à 9,1 milliards en 2050, soit un tiers de bouches de plus à nourrir qu'il n'y en a aujourd'hui.

Le gros de la croissance démographique se produira dans les pays en développement. C'est en Afrique subsaharienne, que le taux de croissance sera le plus fort (+108%, soit 910 millions de personnes). En revanche, il sera le plus faible en Asie de l'est et du sud-est (+11%, soit 228 millions de personnes).

Environ 70% de la population mondiale vivra dans les villes ou les régions urbaines à l'horizon 2050, soit une augmentation de 49% par rapport à aujourd'hui.
Demande en hausse

La demande alimentaire va continuer à s'accroître du fait à la fois de la croissance démographique et de l'augmentation des revenus. La demande de céréales (pour l'alimentation humaine et animale) doit atteindre quelque 3 milliards de tonnes en 2050.

La production céréalière annuelle devra s'accroître de près d'un milliard de tonnes (elle atteint aujourd'hui 2,1 milliard de tonnes).

La production de viande devra augmenter de plus de 200 millions de tonnes, totalisant 470 millions de tonnes en 2050, dont 72% seront consommés dans les pays en développement (contre 58% aujourd'hui).

La production de biocarburants pourrait également doper la demande de produits agricoles et ce, en fonction des prix de l'énergie et des politiques gouvernementales.
Terres arables

Bien que l'augmentation de la production alimentaire sera obtenue à 90% de rendements plus élevés et de l'accroissement de l'intensité culturale, les terres arables devront augmenter d'environ 120 millions d'hectares dans les pays en développement, principalement en Afrique subsaharienne et en Amérique latine.

Les terres arables exploitées dans les pays développés diminueront de quelque 50 millions d'hectares, bien que cela pourrait être modifié par la demande sur les biocarburants.

Globalement, les disponibilités des sols sont suffisantes pour nourrir la future population mondiale. Toutefois, la FAO avertit que dans leur grande partie les terres disponibles ne conviennent que pour un nombre restreint de cultures, pas nécessairement les cultures fortement demandées, et ces terres sont concentrées dans peu de pays.

Une grande partie des terres encore inexploitées souffrent de contraintes chimiques et physiques, de maladies endémiques et du manque d'infrastructures, autant de problèmes difficiles à surmonter. Il faut donc des investissements de taille pour les mettre en production.

Une partie des terres est aussi recouverte de forêts, ou victime de l'étalement urbain. Un certain nombre de pays, en particulier au Proche-Orient/Afrique du Nord et en Asie du Sud, sont sur le point d'atteindre - s'ils ne l'ont déjà fait- les limites des terres disponibles.
Eau

Les prélèvements d'eau pour l'agriculture irriguée devraient augmenter à un rythme plus lent compte tenu du recul de la demande et de la meilleure efficacité d'utilisation de l'eau, mais ils progresseront néanmoins de près de 11 pour cent d'ici à 2050.

A l'échelle mondiale, les ressources d'eau douce sont suffisantes, mais réparties de façon très inégale, et le manque d'eau atteindra des niveaux alarmants dans un nombre croissant de pays ou de régions, en particulier au Proche-Orient/Afrique du Nord et en Asie du Sud.

Pour pallier le manque d'eau, il faudra avant tout utiliser moins d'eau tout en produisant davantage de nourriture. Mais le problème pourrait s'aggraver du fait des modifications du régime des pluies dues au changement climatique.
Potentiel de rendement

Tout bien considéré, les possibilités d'accroître les rendements agricoles pour nourrir une population mondiale grandissante semblent considérables, selon la FAO.

"Si des mesures d'incitation socio-économiques appropriées ont été prises, il reste de gros déficits de rendement à combler (différence entre les rendements réalisables d'un point de vue agro-écologique et les rendements effectifs). Les craintes que les rendements aient atteint un plafond ne semblent pas justifiées, sauf dans de rares cas particuliers".
Régression de la faim dans le monde

La FAO préconise des interventions plus vigoureuses pour réduire, voire éliminer le nombre de personnes pauvres et affamées dans le monde. Il faut accroître les investissements dans l'agriculture primaire d'environ 60 pour cent et en faire une priorité absolue, car l'agriculture ne produit pas seulement de la nourriture mais crée également des revenus et soutient les moyens d'existence ruraux.

La réduction de la pauvreté requiert en outre des investissements dans les infrastructures rurales (routes, ports, énergie, systèmes de stockage et d'irrigation) ; des investissements dans les institutions, la recherche et les services de vulgarisation, les titres et droits fonciers, la gestion des risques, les systèmes vétérinaires et de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments; et des investissements non agricoles, y compris des filets de sécurité alimentaire et des transferts d'espèces aux populations les plus vulnérables.

Faute d'investissements et d'un développement des zones rurales des pays pauvres, la misère et les inégalités continueront à sévir dans le monde, même si leur ampleur sera considérablement réduite par rapport à aujourd'hui, selon la FAO.
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MessageSujet: la malnutrition s'était aggravée dans le monde depuis 2008.   Lun 28 Sep - 7:10

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a insisté samedi à New York sur l'urgence de la lutte contre la faim, rappelant que la malnutrition s'était aggravée dans le monde depuis 2008.

«Il y a dans le monde plus de nourriture que nécessaire, et pourtant plus d'un milliard de gens ont faim», a souligné M. Ban lors d'une réunion organisée pour suivre les engagements du G8 de L'Aquila (Italie) en juillet dernier.

Les pays les plus riches avaient alors promis de consacrer 20 milliards de dollars sur trois ans au développement agricole dans les pays où sévit la malnutrition.

Cette initiative a été lancée par le gouvernement américain, qui y contribuera à hauteur de 3,5 milliards de dollars. Elle fait suite à un premier engagement d'un milliard d'euros de la part de la Commission européenne en 2008 et à un autre engagement de la même somme de la part de l'Espagne.

Ces différentes tentatives de soulager la crise alimentaire tentent de répondre à la hausse spectaculaire des prix de la nourriture survenue au début de 2008.

«Nous devons nous assurer que l'argent sera dépensé rapidement et efficacement», a lancé M. Ban devant un parterre d'experts, d'organisations non gouvernementales et de ministres représentant quelque 130 pays.

Selon l'ONU, la production agricole devra augmenter de 50% pour nourrir la population de la Terre dans 20 ans. Et le réchauffement du climat va compliquer ce défi: les experts des Nations unies estiment que chaque degré supplémentaire de température moyenne à la surface de la Terre conduira à une baisse de 10% de la production agricole.

La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a en outre souligné lors de la réunion la baisse des fonds mondiaux attribués au développement agricole, au profit de l'aide alimentaire d'urgence.

Les délégués ont cependant entendu samedi l'exemple encourageant du Rwanda, présenté par son président Paul Kagame.

L'effort d'irrigation, d'accès au micro-crédit des paysans, de développement de débouchés locaux a permis «d'avoir depuis trois ans une production excédant les besoins», a-t-il rapporté.

Selon le gouvernement, 95% des foyers rwandais atteignent désormais le niveau recommandé par les Nations unies de 2100 calories par jour et par personne.
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MessageSujet: Le système alimentaire international et la crise climatique   Jeu 8 Oct - 16:53

Le système alimentaire international et la crise climatique

GRAIN

Aujourd’hui, le système alimentaire mondial, malgré ses semences hi-tech et ses emballages sophistiqués, est incapable de nourrir le monde. L’énormité de l’échec est patente, mais on n’envisage pas, dans les coulisses du pouvoir, de changer de direction. Des mouvements de plus en plus importants réclament le changement à grands cris, mais les gouvernements et les agences internationales persistent dans le même sens : toujours plus d’agrobusiness, plus d’agriculture industrielle, plus de mondialisation. Alors que la planète entre dans une période de changement climatique précisément causé, en grande partie, par ce modèle d’agriculture, une telle incapacité à se décider sérieusement à l’action va rapidement faire empirer une situation déjà intolérable. Le mouvement mondial pour la souveraineté alimentaire est toutefois porteur d’espoir.

Cette année, plus d’un milliard d’humains vont souffrir de la faim, tandis que cinq cent mille autres souffrent d’obésité. Les trois quarts de ceux qui ne mangent pas à leur faim sont des paysans et des ouvriers agricoles (ce sont eux qui produisent la nourriture); mais la poignée d’entreprises d’agrobusiness qui contrôle la chaîne alimentaire (ceux qui décident où va la nourriture) continuera, quant à elle, à amasser des milliards de dollars de bénéfices. De plus, les dernières études scientifiques prédisent que si l’on poursuit le même scénario, la montée des températures, des conditions climatiques extrêmes et les problèmes sévères de sols et d’eau qui en découleront, feront grossir encore de quelques millions de pauvres les rangs des affamés. Alors que l’augmentation de la population accroît la demande de nourriture, le changement climatique sapera encore nos capacités de production. Certains pays qui se battent déjà avec des problèmes de famine sévères pourraient voir leur production de nourriture divisée par deux avant la fin du siècle. Et pourtant, quand les élites se rencontrent pour parler du changement climatique, les conséquences sur la production et l’approvisionnement en nourriture sont à peine mentionnées et rien n’est fait pour trouver des réponses.

Il existe une autre dimension à cette relation entre le changement climatique et le système alimentaire global qui souligne l’urgence de la situation : non seulement le système alimentaire actuel, empêtré dans ses dysfonctionnements, est absolument inadapté au changement climatique, mais il est en fait l’un des principaux facteurs de ce changement. Le modèle d’agriculture industrielle qui approvisionne le système mondial s’appuie essentiellement sur la conversion du pétrole en nourriture, produisant ainsi d’énormes quantités de gaz à effet de serre (GES). L’usage de vastes quantités d’engrais chimiques, l’expansion de l’industrie de la viande et la disparition des savanes et des forêts du monde pour les remplacer par des marchandises agricoles, sont responsables d’au moins 30 % des émissions mondiales de GES qui sont à la source du dérèglement climatique.1

Mais tout cela ne représente qu’une partie de la façon dont le système alimentaire actuel contribue à la crise climatique. Faire de la nourriture une marchandise industrielle mondiale provoque un gigantesque gaspillage d’énergie fossile : il faut en effet la transporter, la transformer, la stocker, la congeler et l’acheminer jusqu’à la table des particuliers. Toutes ces étapes contribuent à alourdir la facture climatique. Si l’on prend tous ces éléments en compte, il n’est pas exagéré d’affirmer que le système alimentaire de nos jours est probablement responsable de près de la moitié des émissions de GES à travers le monde.

Le bien-fondé et l’urgence d’un bouleversement complet du système alimentaire n’ont jamais été aussi évidents. D’un point de vue pratique, rien n’empêche de passer à un système plus sain et partout, les gens sont apparemment prêts à changer, que ce soit les consommateurs en quête de nourriture plus locale ou les paysans édifiant des barricades sur les routes pour défendre leurs terres. Mais c’est la structure même du pouvoir qui bloque tout. C’est cette structure, essentiellement, qu’il va falloir transformer.

Encadré: Les racines de la déforestation

La raison pour laquelle on confond souvent changement d’affectation des terres et agriculture dans les statistiques sur les facteurs du dérèglement climatique est que ce changement est dû principalement à la conversion de forêts ou de prairies en terre de cultures ou d’élevage. La FAO estime que 90 % de la déforestation sont provoqués par l’agriculture et concernent presque exclusivement les pays en voie de développement. Malgré tout, il est à noter que les paysans conservent de larges zones de forêts. Une étude récente utilisant une imagerie satellite détaillée et menée par le World Agroforestry Centre (le Centre international de recherche en agroforesterie) montre que 46 % des terres cultivées du globe comprennent au moins 10 % d’arbres.21 « La zone étudiée ici fait deux fois la taille de l’Amazonie et prouve que les paysans protègent les arbres et en plantent spontanément », explique Dennis Garrity, le directeur-général du Centre. Ces arbres jouent déjà un rôle important dans la protection des paysans contre le dérèglement climatique et pourraient sans aucun doute aider encore davantage, surtout quand on songe que sous les tropiques en particulier, les paysans ont le choix parmi 50 000 espèces d’arbres différentes, ce qui est assez prodigieux. Pour Tony Simons, le directeur-adjoint du Centre, « quand les récoltes sont mauvaises et que l’élevage échoue, les arbres sont souvent capables de résister à la sécheresse et permettent aux gens de tenir jusqu’à la prochaine saison. »

L’agriculture n’est évidemment pas la seule cause de la disparition des forêts : l’exploitation forestière, l’exploitation minière, la construction de routes, l’urbanisation et la construction de barrages sont des causes majeures de déforestation. C’est aussi le cas du ramassage à petite échelle de bois de feu qui est souvent dû au fait que les pauvres n’ont pas accès aux sources d’énergie publiques. Dans beaucoup de pays, la déforestation est déguisée en développement agricole par des entreprises qui acquièrent les terres pour leur bois. Les entreprises de production d’huile de palme et de caoutchouc sont bien connues pour leur façon de défricher la forêt vierge pour accéder au bois, sans jamais donner suite à leurs promesses de développement agricole des terres.22

Ceci dit, les paysans aussi coupent des forêts pour accéder à de nouvelles terres cultivables, mais il faut se demander pourquoi. Comme l’a abondamment montré le Mouvement mondial pour les forêts tropicales, la raison la plus courante de ce type de déforestation n’est pas un manque de terres agricoles, mais bien plus la concentration des terres et/ou des ressources entre les mains d’une élite ou l’expulsion de communautés pour faire place à des projets de développement.23 La déforestation a tendance à survenir quand les communautés perdent le contrôle de leurs ressources. Là où il y déforestation, il y a généralement des communautés locales qui s’efforcent d’y mettre un terme, en particulier des communautés indigènes. Et quand les pauvres défrichent la forêt pour y faire des cultures, il y a de fortes chances qu’ils aient été chassés de leurs terres et qu’ils soient entrés en résistance, comme en témoigne le retard accumulé dans les procès et les pétitions concernant les conflits fonciers dans des pays comme le Vietnam et la Chine.

De plus, très souvent, ce ne sont pas les paysans qui convertissent forêts et prairies en terres cultivées mais les entreprises transnationales ou les gros exploitants qui produisent pour ces dernières. L’expansion des plantations de palmiers à huile dans les forêts tropicales d’Indonésie et les plantations de canne à sucre dans le cerrado brésilien en fournissent deux exemples évidents.24 De fait, il est difficile d’imaginer comment des paysans pourraient causer une déforestation à grande échelle quand dans de nombreux pays, ils n’occupent qu’un petit pourcentage de la surface agricole : En Amérique latine, où existe ce genre de données, les petits exploitants n’occupent que 3,5 % de la surface cultivée ; les chiffres sont de 8,5 % en Équateur et 5 % au Chili.25 En Colombie et au Pérou, où les petits exploitants possèdent presque toutes les fermes (82 % et 70 % respectivement), ils n’occupent cependant qu’une proportion modeste des terres cultivées : 14 % et 6 % respectivement.26

La famine en prévision

En 2007, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié un rapport très attendu sur l’état du climat de la planète. Ce rapport déclare sans ambiguïté qu’un changement climatique est en cours et qu’il est « très probablement » causé par l’homme ; il prévoit avec une certaine prudence que la Terre se réchauffera de 0,2 °C tous les dix ans, si rien n’est fait pour réduire nos émissions de GES. Selon ce rapport, un réchauffement compris entre 2 et 4 °C – température qui pourrait être atteinte d’ici la fin du siècle – provoquerait une montée dramatique du niveau de la mer et augmenterait fortement la fréquence des catastrophes climatiques.

Mais deux ans plus tard, il semble que le GIEC ait été trop optimiste. Aujourd’hui, les scientifiques s’accordent pour dire qu’une augmentation de 2° C dans les quelques décennies à venir est quasiment certaine, et que le scénario “les affaires continuent” pourrait aller jusqu’à réchauffer la planète de 8 °C d’ici 2100, nous faisant passer le point de non-retour et tomber dans un changement climatique décrit comme dangereux et irréversible.2 Les effets d’un changement climatique bien moindre sont déjà très sévères. Selon le Forum humanitaire mondial (le Global Humanitarian Forum) basé à Genève, le changement climatique affecte sérieusement 325 millions de personnes chaque année ; 315 000 personnes meurent de faim, de maladies et de désastres causés par le changement climatique.3 Le Forum prévoit que le nombre de morts annuel résultant du changement climatique atteindra un demi-million d’ici 2030 et affectera sérieusement 10 % de la population mondiale, soit 700 à 800 millions.

La nourriture est et restera au centre de cette crise climatique qui n’en est qu’à ses débuts. Tous sont d’accord pour dire que la production agricole doit continuer à augmenter de façon significative si l’on veut pouvoir nourrir la population mondiale croissante. Le changement climatique, toutefois, risque de faire reculer la production agricole. Après avoir examiné toutes les études qui ont modélisé l’influence du réchauffement climatique sur l’agriculture à ce jour, William Cline estime que d’ici 2080, si rien n’est fait, le changement climatique réduira la production agricole potentielle dans le monde de plus de 3 % par rapport à la production actuelle. Ce sont les pays en développement qui souffriront le plus : leur production agricole pourrait décliner de 9,1 % ; l’Afrique connaîtrait un déclin de 16,6 %. Ces prévisions sont effrayantes, mais Cline affirme que les véritables conséquences pourraient être encore pires que ne le laissent entendre ces chiffres.4

En matière d’agriculture, l’une des grandes faiblesses des prévisions du GIEC et autres experts est qu’elles acceptent une théorie de “fertilisation par le carbone” selon laquelle un niveau plus élevé de CO2 dans l’atmosphère renforce la photosynthèse dans de nombreuses cultures et améliore leurs rendements. Des études récentes montrent que ces arguments relèvent surtout de l’illusion. Non seulement l’accélération initiale de la croissance ralentit considérablement après quelques jours ou quelques semaines, mais l’augmentation du CO2 réduit l’azote et le taux de protéine dans les feuilles de plus de 12 %. Ceci implique qu’avec le changement climatique, les céréales les plus utilisées, comme le blé et le riz, contiendront moins de protéines pour les humains. Il y aura aussi moins d’azote dans les feuilles pour les insectes ; en d’autres termes, les insectes mangeront plus de feuilles, provoquant des réductions importantes de rendement.5

En enlevant la fertilisation par le carbone de ses calculs, Cline a obtenu des résultats encore plus horribles (cf. Cline, tableau 7.1). Les rendements mondiaux déclineraient alors de 16 % d’ici les années 2080 : 24,3 % en Amérique latine, 19,3 % en Asie (38 % en Inde) et 27,5 % en Afrique (plus de 50 % au Sénégal et au Soudan).6

Il est à craindre hélas que ces prévisions, si effrayantes soient-elles, ne soient en réalité sous-estimées. En effet, l’étude de Cline, comme le rapport du GIEC et les principaux rapports étudiant les interactions entre l’agriculture et le changement climatique, ne tiennent pas compte des effets d’une crise qui se profile à l’horizon et qui est également associée au changement climatique : celle de l’eau. Actuellement, 2,4 milliards de personnes vivent dans des régions déjà très touchées par le manque d’eau ; des prévisions récentes indiquent que ce nombre atteindra 4 milliards dans la seconde moitié du XXIe siècle. Les ressources en eau pour l’agriculture se sont taries ou sont extrêmement basses dans de nombreuses régions du monde et le réchauffement climatique est censé aggraver le problème, car des températures plus élevées génèrent des conditions plus sèches et augmentent la quantité d’eau nécessaire à l’agriculture.7 Il va donc devenir beaucoup plus difficile de maintenir les niveaux actuels de production de nourriture, alors même que la croissance de la population ne peut qu’intensifier la demande.8

De plus, les prédictions de Cline ne tiennent pas compte des conditions météorologiques extrêmes qui résulteront du changement climatique : on peut s’attendre à ce que sécheresses, inondations et autres désastres “naturels” s’ensuivent, provoquant des désastres en agriculture. Selon la Banque mondiale, dans les zones côtières, trois millions d’hectares de terres cultivées supplémentaires deviendront vulnérables aux inondations, en raison de l’intensification des tempêtes dues au changement climatique.9 En même temps, on prévoit que les feux sauvages, qui, selon les estimations, affectent déjà 350 millions d’hectares chaque année,10 vont augmenter de façon dramatique suite au réchauffement mondial. Ces feux créeront un sérieux problème de pollution d’aérosols carbonés, aggravant encore l’effet de serre. Une étude prévoit une hausse de 50 % des feux sauvages dans l’Ouest des États-Unis d’ici 2055 ; cette hausse serait due à l’augmentation de la température de l’air.11

Encadré : Cinq étapes clés vers un système alimentaire capable d’offrir des réponses au dérèglement climatique et à la crise alimentaire

1. Choisir des méthodes de production intégrées et durables

Les séparations artificielles et les simplifications que nous a imposées l’agriculture industrielle doivent être abandonnées et les différents éléments d’une agriculture soutenable doivent être raccordés pour en faire à nouveau un ensemble. Il faut réintégrer les cultures et l’élevage dansles fermes. La biodiversité doit redevenir la pierre angulaire de la production alimentaire ; les systèmes de conservation et d’échange de semences doivent être réactivés. Les engrais chimiques et les pesticides doivent faire place à des moyens naturels pour protéger le sol et contrôler ravageurs et maladies. Une restructuration du système alimentaire respectant ces principes contribuera à créer des conditions d’émissions quasi nulles dans les fermes.

2. Refaire le sol et retenir l’eau

Le sol est un élément qu’il ne faut pas prendre à la légère. Il faut faire partout un effort massif pour réincorporer de la matière organique dans nos sols et y ramener la fertilité. Des décennies de mauvais traitements – les produits chimiques surtout mais aussi, par endroits, l’exploitation minière – ont épuisé les sols. Des sols sains, riches en matière organique, sont capables de retenir d’énormes quantités d’eau, ce qui sera nécessaire pour conférer au système agricole un certain degré de résilience, et pour résister aux crises du climat et de l’eau qui nous menacent déjà. Augmenter la teneur des sols en matière organique permettra de capturer une bonne partie de l’excès du CO2 dans l’atmosphère.

3. Désindustrialiser l’agriculture, économiser l’énergie, et permettre aux gens de rester dans les fermes

L’agriculture familiale doit redevenir le fondement de la production alimentaire. En acceptant la mise en place d’énormes exploitations agricoles intensives qui produisent des marchandises pour le marché international plutôt que de la nourriture pour les personnes, nous avons créé des campagnes désertées, des villes surpeuplées et détruit dans la foulée bien des vies et des cultures. La désindustrialisation de l’agriculture permettrait de surcroît d’éliminer le gigantesque gaspillage d’énergie qui caractérise l’agriculture industrielle actuelle.

4. Cultiver localement et se débarrasser du commerce international

L’un des principes de la souveraineté alimentaire est de donner la priorité aux marchés locaux sur le commerce international. Comme nous l’avons vu, le commerce international alimentaire et les industries de transformation et les chaînes de supermarché qui lui sont associées, constituent la plus grosse contribution du système alimentaire à la crise climatique. Si la production est réorientée vers les marchés locaux, une bonne partie de ces facteurs peuvent disparaître de la chaîne alimentaire. C’est probablement la bataille la plus difficile à mener, car les grandes entreprises fondent essentiellement leur pouvoir sur la croissance et l’expansion du système commercial et bien des gouvernements n’ont pas vraiment d’état d’âme à les soutenir. Cependant, si nous voulons sérieusement nous attaquer à la crise climatique, nous n’avons pas le choix.

5. Réduire l’économie de la viande et améliorer la qualité de notre nourriture

C’est peut-être dans le secteur de l’élevage que notre système alimentaire a amené les changements les plus profonds et les plus destructeurs. Autrefois partie intégrante et durable du mode de vie rural, l’élevage est devenu un gigantesque système d’usines à viande, dispersé partout dans le monde et contrôlé par quelques entreprises. L’économie internationale de la viande, qui a au cours des dernières décennies été multipliée par cinq, a un impact considérable sur le dérèglement climatique. Elle est aussi en partie responsable des problèmes d’obésité qui frappent les pays riches et détruit – à coup de subventions et de dumping – la production de viande locale dans les pays pauvres. Ceci doit changer et les habitudes de consommation, en particulier dans les pays riches, doivent viser une réduction de la consommation de viande. Le monde doit revenir à un système de production et de distribution de viande décentralisé, qui soit adapté aux besoins des personnes. Il faut ré-instaurer et redonner leurs chances à des marchés qui fournissent la viande des petits élevages aux marchés locaux à des prix raisonnables et mettre fin au dumping international que nous connaissons.

Il ne faut pas non plus oublier le marché. L’approvisionnement alimentaire mondial est en effet de plus en plus contrôlé par un petit nombre de multinationales qui occupent une position de quasi-monopole tout au long des chaînes alimentaires, depuis les semences jusqu’aux supermarchés. Dans le commerce agricole, la proportion du capital soumis à la spéculation est aussi en augmentation. Dans ce contexte, toute perturbation, y compris les perturbations fondées sur la rumeur, provoquent des hausses de prix brutales et suscitent une extrême avidité de la part des spéculateurs, rendant la nourriture inaccessible aux pauvres et bouleversant la production agricole dans les zones rurales.12 De fait, toutes ces discussions autour de la menace d’un pénurie de nourriture attirent déjà les investisseurs en capital-risque vers l’agriculture, suscitant dans le monde un accaparement des terres d’une ampleur jamais vue depuis l’ère coloniale.13

Nous nous acheminons vers une époque où la production de nourriture va être sévèrement perturbée.

Jamais il n’a été aussi crucial d’établir un système qui puisse assurer que tous reçoivent la nourriture dont ils ont besoin. Cependant, jamais l’approvisionnement mondial n’a été aussi étroitement contrôlé par un petit groupe, dont l’unique motivation est d’extraire des bénéfices pour leurs actionnaires.

Encadré : L’affrontement de deux mondes en Amazonie péruvienne

Le gouvernement péruvien a choisi la date symbolique de la Journée mondiale de l’Environnement pour s’attaquer de façon sauvage et sanglante aux peuples de l’Amazonie. Et la raison de cette répression ? L’opposition continue des communautés amazoniennes à l’invasion de leur territoire par des industries dévastatrices, aussi bien du point de vue social que du point de vue environnemental : l’industrie minière, les forages pétroliers, les grandes plantations de monocultures d’arbres et d’agrocarburants.

Le 9 avril 2009, les communautés de toute l’Amazonie péruvienne avaient commencé ce qu’elles appelaient une « grève illimitée » pour protester contre l’incapacité du Congrès du Pérou à réviser une série de décrets législatifs mettant en danger les peuples indigènes. Ces décrets avaient été prononcés par l’exécutif dans le cadre de la mise en place du traité de libre-échange signé avec les États-Unis.

En déclenchant le massacre en cette Journée de l’Environnement, le gouvernement d’Alan Garcia a montré le peu de cas qu’il fait de la protection de l’environnement et à quel point il apprécie les multinationales qui espèrent exploiter – et par là même détruire – les ressources naturelles du pays.

Pis encore, il a ainsi déclaré publiquement avec quel mépris il considère une population indigène qui lutte pour défendre le peu qui lui reste après la mise en œuvre d’un modèle dit de “développement”qui s’est avéré si destructeur, tant sur le plan social qu’écologique.

En raison de cette répression sanglante et de l’attention publique qu’elle a attirée partout dans le monde, l’Amazonie péruvienne est devenue le symbole de l’affrontement entre deux conceptions divergentes du présent et de l’avenir de l’humanité. Et cet affrontement se joue sur la scène internationale.

Le conflit oppose d’un côté le monde des intérêts économiques, qui détruisent les liens sociaux et l’environnement, imposent par la force et n’hésitent pas à bafouer les droits. Ce monde n’est bien entendu pas contrôlé par le Président du Pérou : ce dernier n’est aux yeux des multinationales qu’un instrument temporaire et remplaçable, comme l’a bien montré ce qui s’est passé avec l’ex-président Fujimori. Cependant, le rôle que jouent ces assistants est essentiel, puisque ce sont eux qui confèrent une apparence de « légalité » à des actes qui bafouent indéniablement les droits humains les plus fondamentaux.

De l’autre côté, se trouve le monde de ceux qui aspirent à un avenir de solidarité et de respect de la nature. Dans cette histoire, ils étaient symbolisés par les peuples indigènes de l’Amazone, mais on les trouve aussi dans des luttes similaires dans le monde entier, affrontant d’autres gouvernements qui sont eux aussi à la botte des grandes entreprises dont ils servent les intérêts économiques. Pour n’en donner que quelques exemples, on pourrait parler ici de la résistance des pays de l’Asie du Sud-Est pour défendre le Mékong - qui fournit leur subsistance à des millions de personnes – contre des barrages hydroélectriques géants, la lutte des peuples d’Afrique contre le forage pétrolier et l’exploitation forestière, ou encore celle des tribus indiennes pour protéger leurs forêts contre l’industrie minière.

Dans cette confrontation, l’hypocrisie de ceux qui s’efforcent par tous les moyens d’imposer un modèle destructeur semble sans bornes. Dans le cas du Pérou, le Président Alan Garcia, qui veut aujourd’hui ouvrir l’Amazone aux industries minières, avait déclaré, il y a à peine un an, qu’il voulait « empêcher que cette richesse fondamentale donnée par Dieu ne soit dégradée par l’œuvre de l’homme, par l’incompétence de ceux qui travaillent la terre ou l’exploitent économiquement, et c’est la raison pour laquelle nous avons créé ce ministère de l’Environnement. »

Cette hypocrisie des gouvernements est évidente partout, surtout dès qu’il s’agit de dérèglement climatique. Au cours d’un interminable processus qui a commencé en 1992, les gouvernements mondiaux ont accepté le fait que le changement climatique est la pire menace qui soit pour l’humanité. Ils se sont aussi mis d’accord pour dire que les deux principales sources du dérèglement climatique sont les émissions de gaz à effet de serre provenant de la combustion des énergies fossiles, et la déforestation. Finalement, ils ont convenu qu’il fallait réagir. Après avoir signé les accords correspondants et être revenus chez eux, ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour promouvoir les forages pétroliers et/ou la déforestation.

Il n’est nul besoin de créer des ministères de l’environnement ni de participer à des conférences internationales pour combattre le dérèglement climatique : les peuples du monde agissent déjà pour défendre l’environnement et le climat. Dans presque tous les cas, ces actions sont criminalisées ou réprimées, au Nord comme au Sud, par ceux qui devraient justement les encourager et les soutenir : les gouvernements.

Dans le cas du Pérou désormais devenu un symbole, les peuples de l’Amazone – forts du soutien de milliers de citoyens du monde – ont remporté une victoire décisive dans l’affrontement des deux mondes. Nul ne s’imagine que la bataille est définitivement gagnée. Mais cette victoire est source d’espoir pour tous ceux qui poursuivent des buts similaires, et pour le monde entier, car, en fin de compte, l’issue de cet affrontement des deux mondes déterminera le destin de l’humanité.

Texte édité à partir du Bulletin du World Rainforest Movement, No. 143, June 2009



Et si on se faisait une planète pour ce soir ?

Les partisans de la Révolution verte se targuent d’avoir sauvé le monde de la famine grâce à leur recette de base : les variétés de plantes uniformes et les engrais chimiques. Ceux qui défendent les présumées Révolution de l’élevage et la révolution bleue (par l’aquaculture) essaient de nous vendre la même histoire d’espèces uniformes et d’aliments industriels. L’histoire est cependant moins convaincante aujourd’hui, quand on considère que près d’un quart de la planète souffre de la faim et que les rendements agricoles n’ont pas bougé depuis les années 1980. En fait, si l’on regarde les conséquences environnementales – particulièrement dans le contexte actuel où le monde commence à se rendre compte de l’impact de ces transformations de l’agriculture et de l’ensemble de notre système alimentaire sur le changement climatique - on est plus près du film d’horreur que du conte de fées.

Les scientifiques sont d’accord pour dire que l’agriculture est maintenant responsable de près d’un tiers de toutes les émissions de GES d’origine humaine. Mais le fait de mettre toutes les formes d’agriculture dans le même panier masque la vérité : En effet, dans la plupart des pays très agricoles, l’agriculture n’a que peu d’influence sur le changement climatique. C’est dans les pays qui ont le plus grand pourcentage de population rurale et dont l’économie est la plus dépendante de l’agriculture qu’on observe les émissions de GES par habitant les plus basses.14 Pour exemple, bien que l’agriculture canadienne ne cause, semble-t-il, que 6 % des émissions totales de GES du pays, ce chiffre représente 1,6 tonnes de GES par Canadien ; par comparaison, en Inde, où l’agriculture est nettement plus importante pour l’économie, les émissions de GES par habitant ne se montent qu’à 1,4 tonnes pour toutes les sources, et seulement 0,4 tonnes pour l’agriculture.15 Le genre d’agriculture pratiqué peut donc faire une grande différence et montrer du doigt l’agriculture en général n’a pas de sens.

De surcroît, quand on détaille l’ensemble de la contribution de l’agriculture au changement climatique, on s’aperçoit que seule une petite partie des activités agricoles sont responsables des émissions de GES. La déforestation provoquée par le changement d’affectation des terres représente à peu près la moitié du total ; pour ce qui est des émissions à la ferme, les principaux coupables sont de loin la production animale et les engrais. Toutes ces sources de GES sont étroitement liées à l’expansion de l’agriculture industrielle et à la mondialisation du système alimentaire (cf. encadré : « Les racines de la déforestation » et les articles de ce numéro de Seedling sur le sol et l’élevage). Notre système alimentaire est largement dépendant des énergies fossiles, et le transport routier et maritime d’un bout du monde à l’autre de la planète des intrants et de la nourriture - dans tous leurs emballages en plastique – alourdit considérablement notre empreinte carbone.

Étant donné que la majorité de l’énergie utilisée dans le système alimentaire industriel provient de la combustion d’énergies fossiles, cette énergie se traduit directement par des émissions de GES. Le système alimentaire américain à lui seul est censé représenter le pourcentage impressionnant de 20 % de la consommation des énergies fossiles du pays. Ce chiffre comprend l’énergie dépensée à la ferme pour faire pousser la nourriture et tous les procédés post-agricoles comme le transport, l’emballage, la transformation et le stockage de la nourriture. Selon l’Agence de protection de l’environnement (EPA) américaine, les agriculteurs américains ont émis en 2005 autant de dioxyde de carbone que n’en ont émis 141 millions d’automobiles la même année ! L’inefficacité de ce système alimentaire est telle qu’il faut 10 calories d’énergie fossile non renouvelable pour produire une seule calorie de nourriture.16

La façon dont l’agriculture industrielle utilise l’énergie n’a rien à voir avec les usages de l’agriculture traditionnelle. On a beaucoup parlé de l’efficacité et de la productivité de l’agriculture industrielle par rapport aux pratiques traditionnelles des pays du Sud, mais si l’on prend en compte l’efficacité énergétique, rien n’est plus éloigné de la vérité. Des calculs de la FAO montrent qu’en moyenne, les agriculteurs des pays industrialisés consomment plus de cinq fois plus d’énergie “commerciale” pour produire un kilo de céréales qu’un agriculteur africain. Si l’on prend des cultures spécifiques, les différences sont encore plus spectaculaires : Pour produire un kilo de maïs, un agriculteur américain dépense 33 fois plus d’énergie commerciale que son voisin mexicain. Pour obtenir un kilo de riz, un agriculteur américain utilise 80 fois l’énergie commerciale nécessaire à l’agriculteur philippin !17 Cette énergie “commerciale” dont parle la FAO représente le pétrole et le gaz naturel requis pour la production des engrais et autres produits agrochimiques, et pour faire marcher toutes les machines agricoles, c’est-à-dire des utilisations qui dégagent d’importantes quantités de GES.18

Il faut rappeler tout de même que l’agriculture elle-même ne représente que le quart environ de l’énergie utilisée pour amener la nourriture jusqu’à notre table. Le véritable gaspillage d’énergie et la pollution sont dus au système alimentaire dans son ensemble : la transformation, l’emballage, la congélation, la cuisson et le transport de la nourriture. Les plantes servant à fabriquer l’alimentation animale peuvent être ainsi cultivées en Thaïlande, transformées à Rotterdam, nourrir des animaux dans un autre pays et finir dans un McDo aux États-Unis.

Le transport lui-même consomme énormément d’énergie. Pour en revenir aux États-Unis, on a calculé que 20 % de tout les transports domestiques de marchandises servaient au transport de nourriture, dégageant 120 millions de tonnes de CO2. L’import-export alimentaire américain produit 120 millions de tonnes supplémentaires de CO2. Il suffit d’ajouter l’acheminement des aliments et des intrants (engrais, pesticides, etc.) vers les fermes industrielles, des plastiques et du papier vers les usines d’emballages, et les déplacements des consommateurs vers des supermarchés de plus en plus éloignés des lieux de vie, pour se faire une idée des gigantesques quantités de GES résultant tout simplement des contraintes de transport du système alimentaire industriel. Les autres grands coupables des émissions de GES étant la transformation, la congélation et l’emballage, qui représentent 23 % de l’énergie requise par le système alimentaire américain.19 Le résultat est un invraisemblable gaspillage d’énergie. À propos de gaspillage, le système alimentaire industriel jette jusqu’à la moitié de toute la nourriture produite, au cours du long voyage qui l’amène des fermes aux acheteurs, aux transformateurs, aux magasins et aux supermarchés. Cette nourriture perdue suffirait à nourrir six fois le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde.20 Et encore, personne n’a songé à calculer combien de GES dégage toute cette nourriture abandonnée.

Une grande partie de cet énorme gaspillage mondial serait évitable si le système alimentaire était décentralisé et l’agriculture désindustrialisée. Les petits producteurs et les consommateurs se rapprocheraient à nouveau et l’agrobusiness n’aurait plus sa place dans le système. La nourriture serait plus saine, les consommateurs plus heureux et la planète plus durable.

Mais tandis que nos décideurs contemplent ce qu’il faudrait faire pour répondre à la crise alimentaire actuelle et que s’accélère l’effondrement des systèmes indispensables à la vie de la planète,

tout ce qu’on nous propose est de continuer comme avant, en y ajoutant quelques “technotrucs” sans intérêt (cf. article sur la géoingénierie). Le régime de l’agroalimentaire est dans une impasse : il n’a que l’agriculture industrielle et les chaînes alimentaires mondialisées à nous proposer comme solution pour résoudre la crise, alors que ce sont justement ces activités qui provoquent le dérèglement climatique et aggravent sévèrement la crise alimentaire. Elles forment une sorte de cercle vicieux dont ne peuvent émerger que des extrêmes de pauvreté et de profits, creusant un abîme toujours plus profond entre ces deux mondes. Il est plus que temps de bouleverser de fond en comble le système alimentaire actuel.

Encadré: Il est temps de revoir entièrement le système de la pêche

Fut un temps où la pêche était le moyen le plus efficace de produire de la nourriture sans émettre de gaz à effet de serre (GES). La pêche industrielle a totalement bouleversé la donne. Selon Seas at Risk de la North Sea Foundation, une NGO hollandaise en faveur d’une utilisation durable de la mer du Nord, non seulement la surpêche actuelle réduit la capacité des stocks de poisson déjà très diminués à résister à l’impact du dérèglement climatique, mais les grandes pêcheries commerciales sont une source majeure d’émissions de GES dans le monde.

Qu’on en juge :

• chaque tonne de poisson pêché (poids vivant) émet 1,7 tonnes de CO2 ;

• l’industrie de la pêche a brûlé 50 milliards de tonnes de fuel en 2000, pour attraper 80 millions de tonnes de poissons et invertébrés marins ;

• l’industrie de la pêche est responsable de 1,2 % de toute la consommation de pétrole du monde, une quantité égale à la consommation totale des Pays-Bas, le 18ème pays consommateur de pétrole ;

• le contenu énergétique du fuel brûlé par l’industrie de la pêche est 12,5 fois plus élevé que le contenu énergétique des protéines de tout le poisson pêché.27

Seas at Risk / North Sea Foundation: www.seas-at-risk.org/1mages/Carbon%20footprint%20brochure%20final%20final.pdf



Comment s’en sortir ?

Tout d’abord, soyons clairs, la crise climatique signifie qu’il faut d’abord abandonner le principe “les affaires continuent”, et tout de suite. La motivation du profit, en tant que principe de base de nos sociétés, a vécu et il nous faut organiser des systèmes de production et de consommation alternatifs, en fonction des besoins des personnes et en respectant la vie sur la planète. En matière d’alimentation, un tel changement ne peut se faire si le pouvoir est aux mains des grandes entreprises, comme c’est le cas actuellement. Nous ne pouvons pas non plus nous fier à nos gouvernements : la contradiction entre les recommandations émises par les scientifiques pour tenter d’empêcher un dérèglement climatique catastrophique et les décisions prises par les politiciens devient de plus en plus absurde. La force qui permettra le changement est en nous : elle est en germe dans les communautés dans lesquelles nous nous efforçons de reprendre le contrôle de nos systèmes alimentaires et de nos territoires.

Dans cette lutte, les principaux obstacles sont politiques, et non techniques. Nous pouvons redonner les semences aux paysans, éliminer les engrais et les pesticides, intégrer l’élevage dans des systèmes d’agriculture mixte, et organiser nos systèmes alimentaires de façon à assurer à tous une alimentation suffisante, saine, nourrissante – et sans plastique. Des milliers de projets et de réalisations dans toutes les communautés du monde sont déjà la preuve que cette transformation est possible. L’Évaluation internationale des sciences et des technologies agricoles pour le développement (l’IAASTD) elle-même, un projet soutenu entre autres par la Banque mondiale, en convient. Au niveau de la ferme, les réponses au changement climatique et à la crise alimentaire sont assez simples (cf. encadré : « Cinq étapes clés vers un système alimentaire capable d’offrir des réponses au dérèglement climatique et à la crise alimentaire »).

Les changements politiques, en revanche, sont plus difficiles à mettre en oeuvre. Mais là encore, il se passe beaucoup de choses sur le terrain. Même quand elles sont en butte à une répression féroce, les communautés locales résistent à de grands projets de barrages, de mines, de plantations et de d’exploitation forestière (cf. encadré : « L’affrontement de deux mondes dans l’Amazonie péruvienne »). Quoique rarement reconnue comme telle, cette résistance est au cœur de l’action pour le climat. C’est aussi le cas des mouvements populaires, tels le mouvement pour la souveraineté alimentaire, qui se rejoignent pour résister aux contraintes des politiques néolibérales et développer des visions collectives pour l’avenir. C’est de ces espaces et grâce à cette résistance organisée que jailliront les alternatives au système alimentaire que nous subissons actuellement. C’est là aussi que nous trouverons la force collective et les stratégies qui transformeront le système.

Le G8 et la crise climatique : les déclarations seront-elles suivies d’effets ?

Les gouvernements de certains des pays les plus puissants29 se sont récemment retrouvés en Italie et ont publié un document intitulé Responsible Leadership for a Sustainable Future (Une gouvernance responsable pour un avenir durable). Dans cette déclaration, ils informent le monde qu’ils sont « décidés à assurer une croissance durable et à répondre à l’ensemble des défis de la crise économique, de la pauvreté et du changement climatique. »

On pourrait en rire si la situation n’était pas si tragique.

Le monde est face à une crise économique majeure et la pauvreté augmente partout, y compris dans les pays du G8. Ces réalités sont le résultat de la gouvernance “responsable” exercée depuis des dizaines d’années par les gouvernements de ce groupe, et quelques autres.

Il ne viendrait à l’idée de personne d’accuser des pays comme les Tuvalu, les îles Fidji, le Laos, le Cambodge, la Papouasie-Nouvelle Guinée, la Gambie, la Namibie, l’Uruguay, Cuba ou la plupart des 192 États membres des Nations unies d’avoir provoqué ces problèmes qui ont pourtant déjà un impact sévère sur leurs populations.

Les gouvernements du G8 promettent aujourd’hui qu’il vont prendre “la tête du combat contre le dérèglement climatique », mais la réalité montre qu’ils font exactement le contraire : ceux qui protestent sont criminalisés au Royaume-Uni quand ils tentent d’empêcher l’utilisation du charbon ; des forages pétroliers sont prévus en Alaska ; les compagnies pétrolières et celles de gaz des pays du G8 continuent à tirer profit des énergies fossiles, tandis que la consommation dans ces pays aggrave la destruction des forêts tropicales.

Les pays qui souffrent déjà du dérèglement climatique n’ont jamais exprimé le désir d’être “menés” par le G8. Au contraire, ce qu’ils demandent, c’est que le G8 et quelques autres gouvernements puissants acceptent leur responsabilité vis-à-vis des problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés et fassent quelque chose, non pas d’ici 2050, mais immédiatement. Qu’ils ne se contentent pas de déclarations, mais qu’ils agissent concrètement ; qu’ils ne s’appuient pas sur les “mécanismes du marché”, mais sur une législation stricte.

Les peuples du monde et les écosystèmes ne peuvent plus tolérer qu’une poignée de gouvernements – grâce à leur puissance économique, politique et militaire – continue à exploiter la planète à leur profit. Il faut rappeler au G8 ce que signifie la démocratie : Le G8 doit accepter qu’il ne représente qu’une minorité et qu’il s’est accordé lui-même le seul mandat de gouvernance qu’il ait jamais reçu.

Le monde ne veut pas de la “gouvernance” du G8 ; il n’en a pas besoin. Cependant, le G8 se doit d’agir de manière “responsable” pour tenter de trouver des réponses au désastre climatique qu’il a provoqué lui-même. Ce que le monde attend, c’est que le G8 fasse coïncider ses paroles et ses actes.

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MessageSujet: La crise alimentaire : connais pas !   Lun 12 Oct - 5:26

Près d'un Français sur deux ignore l'aggravation de la situation alimentaire d'une bonne partie de la planète, révèle un sondage que publie le JDD.

Pour Action contre la Faim, cette méconnaissance n'est que le "reflet du manque de mobilisation de la communauté internationale".

Dans les années 80, stars et musiciens se mobilisaient pour lutter contre la famine en Ethiopie. C'était l'époque des grands concerts humanitaires et des images terrifiantes d'enfants aux membres squelettiques et au ventre gonflé par le kwashiorkor, qui mouraient presque en direct à la télévision. Des images qui se sont banalisées... puis qu'on a cessé de voir.

Pourtant, en trente ans, la situation a continué à s'aggraver en matière de malnutrition. Sans que les Français s'en aperçoivent, ce qu'un sondage TNS Sofres (1) réalisé pour Action contre la Faim et le Journal du Dimanche met dramatiquement en lumière aujourd'hui.

Selon cette étude, les Français sont ainsi 48% à ignorer qu'au cours des trente dernières années, le nombre de personnes victimes de malnutrition dans le monde a plus que doublé, au point de franchir en juin le cap du milliard. Si 52% des sondés pensent que la faim et la malnutrition se sont aggravées, 33% pensent que la situation n'a pas changé en 30 ans et 12% pensent que la situation s'est améliorée.

Les Français estiment toutefois à 68% que l'on ne parle pas assez de la faim dans le monde (contre 7% "on en parle trop"), un fléau identifié par plus des trois quarts (77%) comme étant plus meurtrier que le sida et la tuberculose réunis.

"1 milliard d'affamés : on en parle quand ?"

Une majorité de sondés (59%) estiment que la France et ses citoyens apportent une aide "importante" aux populations touchées par la faim, contre 32% pour qui elle est "pas ou peu importante". Pour autant, dans le contexte de crise économique, les Français sont 54% à estimer qu'il faut "augmenter l'aide à l'égard des populations les plus démunies", contre 36% qui estiment que "la France n'a plus les moyens d'aider les pays qui souffrent comme autrefois".

Plusieurs hypothèses de financements de la lutte contre la faim ont été soumises aux sondés : ils se prononcent massivement (72%, contre 17% d'opposés) pour l'affectation des intérêts des assurances vie sans bénéficiaire conservés par les compagnies d'assurances. Viennent ensuite l'augmentation de 1 euro de la taxe solidaire sur les billets d'avion (68% pour, 26% contre), la création d'un nouvel impôt solidaire de 2 euros par an et par foyer (52% pour, 44% contre) ou d'une nouvelle taxe sur les alcools et tabacs (47% pour, 48% contre).

Pour Action contre la Faim, le degré de méconnaissance "dramatique" des Français du fléau de la faim "est le reflet du manque de mobilisation de la communauté internationale malgré l'urgence". Cela dit, l'organisation humanitaire se félicite de la solidarité exprimée par les Français et de leur "plébiscite" pour de nouveaux modes de financement de l'aide.

Selon ACF, 20% des contrats d'assurance vie en France sont laissés en déshérence faute de bénéficiaire. Leur montant est estimé à une fourchette de 2 à 4 milliards d'euros et génère chaque année entre 100 et 250 millions d'euros d'intérêts. "Si ces intérêts étaient affectés à la lutte contre la faim, ils pourraient sauver de la mort près d'un million d'enfants atteints de la forme la plus grave de la malnutrition", estime François Danel, directeur général d'ACF, cité dans le communiqué. ACF a soumis ce mécanisme en septembre à l'Elysée "pour qu'il soit étudié dans les meilleurs délais".

L'ONG, qui fête ses trente ans, axe sa campagne de sensibilisation sur le thème de l'indifférence. Le slogan "1 milliard d'affamés : on en parle quand ?" sera décliné lors de rendez-vous en marge de la Journée mondiale de l'alimentation le 16 octobre et lors des rendez-vous internationaux.
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MessageSujet: Selon les agences de l'ONU, en 2009, plus d'un milliard de personnes – un sixième de la population mondiale - souffrent de la faim   Jeu 15 Oct - 4:20

La faim progresse

par RFI

Article publié le 14/10/2009 Dernière mise à jour le 14/10/2009 à 17:01 TU
C’est un chiffre qui donne le tournis et qui fait froid dans le dos. Selon les agences de l'ONU, en 2009, plus d'un milliard de personnes – un sixième de la population mondiale - souffrent de la faim. Les organisations humanitaires le soulignent : c’est la première fois que ce seuil est franchi depuis 40 ans. La crise économique mondiale est à l’origine de cette grave situation qui atteint notamment les populations de la région Asie-Pacifique, de l’Afrique subsaharienne, d’Amérique latine, du Proche-Orient et d’Afrique du Nord. La malnutrition était en diminution il y a une vingtaine d’années. Les spécialistes appellent la communauté internationale à agir, en favorisant notamment l’agriculture familiale.



Le seuil historique du milliard de personnes souffrant de la faim a été franchi en 2009. C'est ce que révèle le rapport annuel de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM) publié ce mercredi. Par rapport à 2008, ce sont 100 millions de personnes de plus qui sont touchées par la faim.

En Afrique subsaharienne, 265 millions de personnes souffrent de malnutrition. Selon la FAO et le PAM, davantage que les conflits locaux ou les catastrophes naturelles, il y a deux causes majeures à ce phénomène, deux crises combinées. D'abord, la hausse des prix des denrées alimentaires, associée à la crise économique mondiale qui provoque les pertes d'emplois et les chutes de revenus que l'on sait.

Cela dit, cette combinaison des deux crises ne fait qu'accélérer un processus auquel on assiste depuis une dizaine d'années. Depuis le début des années 2000, en effet, on constate une aggravation du problème de la faim dans le monde, alors qu'elle avait reculé dans les années 80 et 90. En juillet dernier, le Groupe des huit pays les plus industrialisés (G8) avait promis 20 milliards de dollars sur trois ans pour permettre aux pays les plus touchés d'investir dans l'agriculture. Mais certains craignent qu'en conséquence l'aide alimentaire d'urgence soit restreinte.

Pour le Programme alimentaire mondial et la FAO, il faut donc, dans un premier temps, trouver un équilibre entre cette assistance alimentaire et le développement agricole des pays les plus menacés. Un développement qui nécessite, par ailleurs, une véritable volonté politique dans les pays du Nord, qui passerait par l'abandon, par les pays riches, de leurs subventions agricoles à l'exportation.

Ce rapport sur la faim dans le monde a été publié la veille de la Journée mondiale de l'Alimentation. La malnutrition va être également le thème principal du sommet sur la sécurité alimentaire qui se tient à Rome mi-novembre et du sommet de Copenhague sur le changement climatique, en décembre. Selon la FAO, il y a seize pays particulièrement vulnérables, en raison des crises nationales et régionales.

En Afrique, c’est le cas de la Somalie, de l’Ethiopie, de l’Erythrée, du Soudan, du Burundi de la République démocratique du Congo, du Liberia, de l’Angola et de l’Ouganda. Dans la zone asiatique, le problème de la faim est particulièrement grave en Afghanistan, en Mongolie, en Corée du Nord, au Tadjikistan et Géorgie. Haïti est le seul Etat américain figurant sur cette liste.
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MessageSujet: Plus d'un milliard de personnes frappées par la faim dans le monde   Jeu 15 Oct - 4:28

Plus d'un milliard de personnes frappées par la faim dans le monde

La faim a progressé dans le monde en raison de la crise économique mondiale en 2008-2009 et touche aujourd'hui un sixième de la population mondiale, selon un rapport publié mercredi par la FAO, une agence de l'ONU.



Libération.fr
Le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde est passé de 825 millions sur la période

L

Pour la première fois depuis 1970, le seuil historique du milliard d'affamés dans le monde a été de nouveau franchit. À l'occasion de la semaine de l'alimentation, un rapport conjoint de la FAO (l'agence de l'ONU pour l'Alimentation et l'Agriculture) et du PAM (programme alimentaire mondial) estime qu'une personne sur six souffre de la faim.

«Aucune nation n'est épargnée et, comme toujours, ce sont les pays les plus pauvres et les populations les plus démunies qui en pâtissent le plus», déplore Jacques Diouf, le directeur général de la FAO. La majeure partie des personnes sous-alimentées provient, en effet, des régions du tiers-monde : Asie-Pacifique (642 millions), suivie de l'Afrique subsaharienne (265 millions), de l'Amérique latine (53 millions) puis d'une région comprenant Proche-Orient et Afrique du Nord (42 millions). Cependant, les pays développés sont également frappés. 15 millions de personnes souffrent de la faim dans les pays du industrialisés, précise le document.
Augmentation des prix des denrées alimentaires

Selon le rapport, les crises économique et alimentaire ont élevé de manière dangereuse le prix des denrées de première nécessité. Le nombre de victimes de la malnutrition a augmenté de 100 millions par rapport à l'année dernière. «Les ménages pauvres se sont trouvé dans l'obligation de réduire le nombre des repas et de consommer des aliments moins nutritifs, de diminuer les dépenses de santé et d'éducation, et de vendre leurs avoirs», souligne-t-il. Cependant, les crises n'ont fait qu'aggraver une situation déjà inquiétante. Le nombre de personnes mal nourries augmente de manière régulière depuis plus d'une décennie, effaçant les bénéfices des progrès observés dans les années 1980 et au début des années 1990.

«Le problème de l'insécurité alimentaire» est «d'abord une question de mobilisation au plus haut niveau politique pour que les ressources financières nécessaires soient disponibles», à déclaré Jacques Diouf, directeur général de la FAO. «Chaque année, les soutiens à l'agriculture des pays de l'OCDE atteignent 365 milliards de dollars et les dépenses d'armement 1.340 milliards», a-t-il rappelé, dans le cadre de la Semaine mondiale de l'alimentation.
300 experts à Rome

Alors que la population mondiale devrait atteindre les 9,1 milliards d'individus dans les quarantes prochaines années, 300 experts internationaux s'interrogent sur le thème «comment nourrir le monde en 2050», cette semaine à Rome. «L'alimentation devient une bombe pour les gouvernements: si on ne fait rien, ça pète à la figure», analyse Jean-Louis Vélajus du Comité français pour la solidarité internationale (CFSI). «Le milliard de personnes souffrant de la faim n'est pas traitable par l'aide alimentaire mais par une réforme globale de l'agriculture», estime-t-il.

ONG humanitaires et de développement militent ensemble pour une réforme des politiques commerciales et agricoles, qui maintiennent, selon elles, les pays en développement dans la dépendance. Elles réclament un arrêt de la «libéralisation à tous va», qui provoque une volatilité des cours des denrées alimentaires, mais demandent surtout des investissements massifs dans l'agriculture des pays du Sud.

Cette mobilisation autour de la Journée mondiale de l'Alimentation, organisée vendredi, servira de prélude au sommet sur la sécurité alimentaire à Rome mi-novembre, suivi du sommet de Copenhague sur le changement climatique en décembre. «Prise en tenaille» entre le milliard d'affamés et «la question environnementale qui oblige à réfléchir sur les modes d'exploitation, la communauté internationale est bien obligée de mettre les choses à plat sinon, on va dans le mur!», estime Jean-Louis Vélajus.
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MessageSujet: Les ravages de l'industrie de la viande   Mer 18 Nov - 9:37

Désolé de se montrer brutal, mais il arrive que des rendez-vous officiels, pour ne pas dire universels, soient de pures foutaises. C'est peut-être bien le sort qui attend le sommet mondial sur la sécurité alimentaire, qui a lieu à Rome du 16 au 18 novembre. L'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), puissance invitante, y tiendra les propos que l'on attend d'elle. La faim est une honte, le monde est mal organisé, il faut absolument réagir.
Retrouvez les archives du journal : tous les articles parus dans Le Monde depuis 1987

La FAO serait peut-être mieux inspirée d'expliquer pourquoi tous les engagements passés ont pu, à ce point, rater leurs objectifs. En 1996 déjà, un autre sommet mondial de l'alimentation promettait de diviser par deux, en 2015, le nombre d'affamés. Cinq ans plus tard, en 2001, la FAO réclamait au cours d'une nouvelle réunion internationale "une plus grande détermination politique et un échéancier rigoureux de mesures". Le résultat est tragique : notre planète compte plus de 1 milliard d'affamés chroniques, dont 100 millions supplémentaires au cours de cette année.

En décembre, comme on commence à le savoir, le dérèglement climatique en cours sera au centre d'un immense forum planétaire à Copenhague. Nul ne sait ce qui en sortira, car nul n'imagine un échec. Ni d'ailleurs un succès. Un petit monde de bureaucrates, enfermés dans un jargon incompréhensible pour les peuples, prétend y régler le sort commun à coup de "compensation carbone", d'"additionnalité", mécanisme de développement propre (MDP) ou de réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD). On pourrait, bien entendu, choisir d'en rire, mais en même temps, il ne fait aucun doute que Copenhague marquera une date importante, bien qu'on ait des doutes. Le probable est que la discussion, qu'elle aboutisse ou non, restera technique et confuse. Or, il existe bel et bien une autre voie, audacieuse mais simple, volontaire mais limpide. Et cette autre voie, qu'elle concerne le sommet de Rome ou celui de Copenhague, s'appelle la viande.

Pour le meilleur et plus souvent le pire, la viande est devenue une industrie. Elle connaît ses crises répétées de surproduction, ses usines, ses ouvriers, ses Bourses, ses traders. Produit anthropologique par excellence, la viande puise ses racines dans la mémoire la plus archaïque de notre espèce, et la plupart des civilisations ont associé sa consommation à la force, à la puissance, à la santé, pour ne pas dire à la virilité.

Mais avec le tournant industriel opéré en France dans les années 1960, les consommateurs ont été incités par de multiples méthodes publicitaires à en manger de plus en plus souvent. Chaque Français, en moyenne, en mangerait plus de 90 kg par an, soit environ trois fois plus qu'avant la seconde guerre mondiale. Mutatis mutandis, tout l'Occident a suivi le même chemin, inspiré par l'exemple américain.

Catastrophe ? Oui, tel est bien le mot qui s'impose. Evidemment, les promoteurs de ce bouleversement n'imaginaient aucune des conséquences fâcheuses de leurs décisions. Les jeunes zootechniciens de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) d'après-guerre ne souhaitaient que nourrir les hommes et montrer leur savoir-faire. Plus tard, un Edgard Pisani, ministre de De Gaulle, croyait faire son devoir moderniste en transformant la Bretagne en usine à viande et à lait de la France. Inutile de faire le moindre procès rétrospectif. Ce serait facile, mais surtout vain. Il vaut bien mieux juger la situation présente, qui est grave. Car l'industrie de la viande n'a plus désormais qu'un but : avancer en perdurant dans son être. Mais, ce faisant, elle dévaste tout sur son passage.

La famine ? Elle ne peut que s'aggraver à mesure que la demande de viande s'accroîtra dans les pays dits émergents. Si les courbes actuelles de croissance du cheptel mondial devaient se poursuivre, nous devrions cohabiter sur terre, à l'horizon 2050, avec environ 36 milliards de veaux, vaches, cochons et volailles. Cela n'arrivera pas, pour une raison évidente : il n'existe pas assez de terres agricoles pour nourrir une telle quantité d'animaux. Lesquels sont, dans l'ensemble, de bien mauvais transformateurs d'énergie. On estime qu'il faut entre 7 et 9 calories végétales pour obtenir une seule calorie animale. En clair, l'alimentation animale requiert des surfaces géantes d'herbes et de céréales.

La planète ne comptera probablement jamais 36 milliards d'animaux d'élevage, mais en attendant, la consommation de viande, en Occident ou dans des pays comme la Chine se fera toujours plus au détriment de l'alimentation humaine. En France, bien que personne ne s'en soucie, près de 70 % des terres agricoles servent déjà à l'alimentation du bétail ("Rapport Dormont", Afssa, 2000). Entre 2005 et 2031, si rien ne vient arrêter cette machine infernale, la Chine verra sa consommation de viande passer de 64 millions de tonnes à 181 millions de tonnes par an (Lester Brown, "Earth Policy", 2005). Où sont les terres susceptibles de produire un tel "miracle" ? En tout cas, pas en Chine.

La seule voie d'avenir, dans ce domaine, consiste à diminuer notre consommation de viande de manière organisée. Et de s'appuyer autant qu'il sera possible sur des régimes à base végétale, les seuls à même d'éventuellement nourrir plus de 9 milliards d'humains en 2050. L'hyperconsommation de viande, telle qu'elle existe chez nous et dans la plupart des pays développés, conduit à des famines de plus en plus massives. Mais la FAO parlera-t-elle de la viande le 16 novembre à Rome ?

Et la confrérie des experts climatiques réunie quelques jours plus tard à Copenhague ouvrira-t-elle ce dossier brûlant ? On aimerait le croire. Par un clin d'oeil de l'histoire, c'est la FAO qui a mis les pieds dans le plat en publiant en 2006 un rapport saisissant qui, à notre connaissance, n'a pas été traduit en français (Livestock's Long Shadow). Par quelle bizarrerie ?

Quoi qu'il en soit, ce document change la donne de la crise climatique en cours. Citation du communiqué de presse de la FAO : "A l'aide d'une méthodologie appliquée à l'ensemble de la filière, la FAO a estimé que l'élevage est responsable de 18 % des émissions des gaz à effet de serre, soit plus que les transports !" Oui, vous avez bien lu. L'élevage mondial, en calculant l'ensemble du cycle de production de la viande, joue un rôle plus néfaste encore que la voiture, le train, le bateau et l'avion réunis. Quelque 18 % des émissions de gaz à effet de serre anthropiques, c'est-à-dire causées par l'action humaine. Une énormité.

Dans un monde plus ordonné que le nôtre, il va de soi que ces données changeraient la face de la grande conférence de Copenhague. Au lieu d'amuser la galerie avec des taxes carbone, dont l'effet sera dans le meilleur des cas dérisoire, l'on pourrait enfin s'attaquer à une cause massive du dérèglement climatique. Mais les Etats, mais les gouvernements trouveraient alors sur leur chemin l'un des lobbies industriels les plus puissants, en l'occurrence, celui de l'agriculture et de l'élevage industriels. En France, chacun sait ou devrait savoir que tous les gouvernements depuis soixante ans, de droite comme de gauche, ont cogéré le dossier de l'agriculture en relation étroite avec les intérêts privés.

La cause serait donc désespérée ? Elle est en tout cas difficile, et bien peu d'oreilles se tendent. Mais indiscutablement, les bouches commencent à s'ouvrir. En janvier 2008, l'Indien Rajendra Pachauri, président du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) - à ce titre Prix Nobel de la Paix - déclarait au cours d'un passage à Paris : "S'il vous plaît, mangez moins de viande ! Ce n'est pas très bon pour la santé et c'est un produit fortement émetteur de gaz à effet de serre." Il nous reste quelques jours pour lui donner raison. Chiche ?
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MessageSujet: Contre la faim dans le monde, on connaît les solutions»   Mer 18 Nov - 16:10

«Contre la faim dans le monde, on connaît les solutions»
INTERVIEW

Ambroise Mazal est chargé de mission sur la souveraineté alimentaire au CCFD-Terre solidaire. Il participe au sommet de la FAO (Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture), qui se déroule à Rome depuis hier lundi.

118 réactions

Recueilli par PHILIPPE BROCHEN
Dans un dispensaire somalien.

D

Ce sommet est-il crucial pour les populations affamées ou est-ce un énième rendez-vous dont il ne faut pas attendre grand-chose?

C'est le plus important depuis celui de juin 2008, à Rome, qui a été le sommet de réponse à la crise alimentaire et aux émeutes de la faim. Il y a eu ensuite le sommet de Madrid, en janvier 2009, qui était une réunion de haut niveau sur la sécurité alimentaire. Ce sommet de Rome est le troisième temps fort de la mobilisation internationale sur cette question. Et, surtout, il est censé être l'aboutissement du processus.

Que penser alors de l'absence des dirigeants des pays membres du G8 - outre Berlusconi qui «joue» à domicile?

Ce sommet a le mérite d'exister. Il permet de maintenir le sujet de la faim et de l'insécurité alimentaire dans l'agenda international. C'est déjà quelque chose. Car ce qui importe, c'est que la question de la faim ne retombe pas dans l'oubli.

Mais l'absence de ces gouvernants n'est-elle pas éloquente concernant leur manque d'intérêt pour le sujet?

La question que l'on se pose au cours de ce sommet et à travers la déclaration qui a été adoptée lundi en ouverture, c'est: est-ce qu'il y a une réelle volonté de la communauté internationale à faire bouger les choses et à prendre les décisions nécessaires pour lutter contre la faim? A ce titre, effectivement, le fait qu'il n'y ait pas de grands dirigeants de ce monde, et notamment du G8, n'est pas un signe positif.

Justement, au premier jour, les chefs d'Etat et de gouvernement se sont engagés à «éradiquer la faim dans le monde», mais sans fixer de délai. Cette déclaration finale – mais en réalité préalable, puisque adoptée dès la journée d'ouverture avant même les discussions – n'est-elle pas symbolique de l'impuissance de ce sommet à changer les choses?

Oui et non. Cette déclaration n'est pas décalée parce que la solution est à portée de la main. On sait comment lutter contre la faim. Et cela apparaît dans la déclaration. Ce qui est nouveau, c'est qu'on dit ce qu'il faut faire.

C'est-à-dire?

La première chose, c'est d'investir massivement dans l'agriculture, puisqu'au cours des vingt-cinq dernières années, il y a eu un désinvestissemernt complet dans ce secteur. Dans l'aide des pays riches au développement, la part consacrée à l'agriculture est passée de 17% en 1980 à 4% en 2010. Et en Afrique subsaharienne, la part du budget à l'agriculture est de 4%. C'est extrêmement faible. Il faut donc réinvestir. La deuxième solution est de cibler les agricultures familiales et non pas les monocultures d'exportation. Aujourd'hui, la question de la faim, c'est une question de pauvreté, et les populations pauvres sont principalement rurales. Le paradoxe est que 70% des affamés sur la planète sont des petits producteurs agricoles. Enfin, il faut réviser l'ensemble des politiques internationales pour les mettre en cohérence avec l'impératif de sécurité alimentaire: ce sont des politiques agricoles, commerciales et énergétiques de coopération...

On sait comment faire, mais pas ou peu de choses changent. La situation est donc sans issue?

Là où les choses sont compliquées, c'est qu'effectivement on ne voit de politique de mise en oeuvre de ce qui a été décidé. C'est-à-dire qu'on connaît les solutions, mais on ne voit pas de réelle volonté de les mettre en oeuvre. Les déclarations restent donc très floues: il n'y a ni agenda, ni chiffrage, pas davantage d'annonces de mise en oeuvre. On reste sur des déclarations d'intention.

Quels ont été les principales avancées concrètes des précédents sommets de la FAO?

La principale chose a été de reconnaître ces solutions, et de dégager un consensus.

Qu'attendre alors de ce sommet de Rome?

On espérait qu'il fasse avancer sur la réalisation concrète. A ce titre, c'est donc une grosse déception. On ne peut pas indéfiniment répéter les mêmes choses sans déboucher sur des choses palpables.

Y a-t-il tout de même un aspect positif à retenir?

Oui, la mise en place d'un partenariat mondial pour la sécurité alimentaire. C'est une nouvelle gouvernance, où l'on met autour de la table l'ensemble des acteurs (Etats, ONG, société civile) et on lance également un réseau international d'experts pour aider à la prise de décision. Un peu comme le Giec pour le climat. C'est positif. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui ça reste une coquille vide, parce qu'il n'y a ni calendrier de mise en oeuvre, ni rendez-vous d'évaluation.

Ce constat n'est-il pas décourageant pour des acteurs comme vous?

Une fois qu'on a pleuré par terre, il faut se relever. Oui, c'est décourageant. Mais il faut continuer sans cesse à pousser les gouvernements à prendre leurs responsabilités. D'accord, ce sommet n'a pas été l'étape de mise en oeuvre des engagements que l'on souhaitait, mais on continuera à interpeler les Etats lors des prochains rendez-vous. Notamment à la fin du mois lors de la réunion de l'OMC, pour que les politiques commerciales en agriculture soient mises en conformité avec les solutions qui ont été établies: la protection des marchés, l'impératif de souveraineté alimentaire... Un autre rendez-vous est le sommet de Copenhague, où un des enjeux sera d'aider l'agriculture des pays en développement à s'adapter aux changements climatiques.

La faim est-elle une fatalité?

Non. Une nouvelle fois, on connaît les solutions. C'est «juste» un scandale politique, parce qu'on ne veut pas les mettre en oeuvre.

Pourquoi, selon vous?

Ce sont les mêmes raisons que celles pour lesquelles on ne veut pas éradiquer la pauvreté. Parce que cela suppose plus de justice sociale, de revoir notre système économique, et nous, pays riches, ne sommes pas près à cela. Cela suppose aussi que dans toutes les politiques - sociales, économiques, commerciales... - , on mette l'intérêt de la personne avant l'intérêt privé. Aujourd'hui, on en est loin.
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MessageSujet: La faim continue de progresser   Mar 16 Fév - 7:58

Plusieurs pays à travers le monde traversent une période de crise. Pénurie alimentaires et ruptures de stocks. C'est le cas au Niger, en Manglolie, en Corée du nord et en Inde.

Au Niger, les Nations unies et des ONG ont souligné le sort inquiétant des 7,8 millions de personnes (soit 60% de la population) confrontées à un risque grave de pénurie alimentaire. L'ONU a appelé les gouvernements à aider Niamey à faire face au manque de ressources. En 2009, la saison des pluies s'est achevée prématurément, appauvrissant les productions de céréales et de fourrage. En Mangolie, 1,7 million de têtes de bétail sont déjà mortes de froid où la population nomade subit des pénuries alimentaires. Selon l'Organisation des Nations-unies pour l'alimentation et l'agriculture mardi, il faudra aux éleveurs une aide à court terme de 6 millions USD pour les aider à passer l'hiver. Les températures ont plongé jusqu'à -50° Celsius ces dernières semaines, après un été long et sec qui n'a pas laissé aux éleveurs assez de fourrage pour les troupeaux.

Sans assistance, cette période de météo désastreuse, appelée "zud" en Mongolie , risque de déclencher un phénomène de migration de masse vers les villes dans les mois qui viennent, a encore avertit la FAO. Les deux tiers des 21 provinces de Mongolie, ou "aimags", sont jugées sérieusement touchées par le froid cet hiver. Les températures sont tombées à leur plus bas niveau depuis 30 ans.

La Chine a déjà fourni à la Mongolie voisine une aide d'un montant de dix millions de yuans (1,5 million de dollars), selon l'agence Chine nouvelle. En Corée du nord , on parle des émeutes de la faim, Des Nord-Coréens affamés ont attaqué des agents de sécurité,considéré comme l'un des plus pauvres au monde, la Corée du nord est en proie à des pénuries alimentaires chroniques, ont affirmé aujourd'hui plusieurs médias sud-coréens. Les troubles ont pris de l'ampleur depuis la brusque réévaluation du won nord-coréen en novembre 2009, une mesure qui visait à enrayer les transactions au marché noir et qui a en revanche fait flamber les prix. La décision a pris de court les habitants et entraîné une aggravation des pénuries alimentaires, selon le journal d'informations en ligne Daily NK

A rappeler que des centaines de milliers de Nord-coréens sont morts dans la grande famine des années 90 due aux calamités naturelles et à l'incurie économique du régime. Depuis, la Corée du Nord a abondamment compté sur l'aide internationale pour nourrir sa population mais les flux sont régulièrement interrompus. En Inde, on parle de rupture de stocks. Le Premier ministre indien Manmohan Singh a affirmé que le pays s'était reposé sur une "fausse idée de sécurité" alimentaire et a prévenu que la croissance de la population pesait sur les réserves du pays. "Depuis un certain temps, il y a une fausse idée de sécurité selon laquelle la question de la nourriture n'est plus une préoccupation", a déclaré M. Singh lors d'une rencontre avec des fonctionnaires des 28 Etats indiens.

Le ministre indien du Commerce a récemment reconnu que le sous-continent peuplé de plus d'un milliard d'habitants était confronté à une pénurie de sucre et de légumes, des aliments de base pour la plupart des Indiens, en raison de la pire sécheresse depuis près de quarante ans. La médiocre saison des pluies, de juin à septembre, a fait gonfler les prix des denrées alimentaires de 19% en 2009. Le prix du sucre a quasiment doublé depuis janvier 2009 et la courbe continue de croître en raison d'une pénurie de productio
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MessageSujet: La spirale infernale du gâchis alimentaire   Mer 3 Mar - 16:08

La spirale infernale du gâchis alimentaire
Le gaspillage de nourriture est le résultat d’un cercle vicieux où producteurs, distributeurs et consommateurs remplissent les poubelles de denrées consommables. Un problème collectif dont certains bénéficient mais que personne ne cherche à résoudre.

En France, aucune étude globale n'a été entreprise pour mesurer le gaspillage alimentaire. Pourtant 40% de la nourriture produite est gaspillée chaque année dans les pays développés, selon un rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Onuaa) publié en 2008. Le gaspillage coûte 530 euros par an aux foyers anglais, 174 euros à ceux de Belgique. En Allemagne, deux millions de tonnes de denrées alimentaires sont jetées aux ordure annuellement.
En France, il est difficile de chiffrer le gaspillage. La FAO (Food agriculture organization) ne dispose d'aucune étude globale sur la question. Selon la chambre de consommation d'Alsace, « les étapes du circuit alimentaire sont trop cloisonnées pour que l'on mène une enquête générale. La difficile traçabilité d'un produit rend la tâche ardue ». Pourtant, ce gaspillage se produit « à tous les niveaux, de la production à la consommation », résume l’agronome Aurélie Fischer.

Grand oral des légumes

Le couple Vierling s'est spécialisé dans la production d'ail, d'échalote et d'oignon il y a vingt ans. A Schnersheim, ils pratiquent l'agriculture raisonnée, presque bio. En plus d'un petit magasin où ils font de la vente directe, ils travaillent avec plusieurs enseignes de la grande distribution. Leur problème, c'est l'agréage : le grand oral des légumes candidats au rayon frais des supermarchés. Ça passe ou ça casse. Et la « casse », selon le jargon, leur coûte cher. Les Vierling écartent d'eux-même 15% de leur production. Motif : hors calibre. En prime, des palettes leur sont constamment renvoyées par les grandes surfaces parce que les oignons sont écorchés lors de l'emballage, que les échalotes ont la peau un peu noircie... Le produit n'est pas altéré, seulement il correspond un peu moins à son expression idéale. Pour l'agriculteur, ce sacrifice à l'esthétique est incarné par les échalotes bretonnes. La « fausse échalote » issue d'un croisement, est peut-être « moins bonne mais plus présentable ».

Du lait versé dans le Rhin

La pression de la grande distribution sur les producteurs se fait aussi au niveau des prix et entraîne par ricochet une autre forme de gaspillage alimentaire, plus politique. C’est notamment le cas lors des crises de l'agriculture qui donnent lieu au déversement de grandes quantités d'aliments.
Par exemple, pendant la crise du lait d'octobre 2009, des producteurs français et allemands ont déversé des centaines de litres de lait dans le Rhin, pour protester contre les prix fixés par la grande distribution, qui ne permettent pas d’amortir leurs coûts de production. Pour des raisons similaires, plusieurs dizaines de tonnes de pommes de terre, de blé et d'oignons ont été déversés sur la place de Bordeaux à Strasbourg, le 1er octobre 2009.
Alain Pointard est l'agréeur de légumes pour les 58 enseignes Simply-Auchan du Bas-Rhin. Depuis 22 ans, il orchestre le balai des transpalettes au marché-gare de Cronenbourg. Plus que le compas, il a le calibre dans l'œil. Le soleil n'est pas encore levé qu'il inspecte le raisin rouge d'Afrique du Sud, tâte les poires et les oranges. Ce matin-là, les barquettes spéciales pot-au-feu d'Hubert Claude, un producteur alsacien habitué de la plate-forme, passent le contrôle haut la main ; les oranges maltaises sont, elles, recalées. « Plus les produits viennent de loin, plus on en refuse », explique Alain Pointard.
Cette marchandise est fragile, il faut donc redoubler de vigilance. Un problème de stockage peut être source de gaspillage : les fraises, par exemple, ne doivent pas côtoyer les oignons la température de l'entrepôt doit être surveillée de près, le stock bien organisé...
Aux Galeries gourmandes-Simply de l'Esplanade, 40 palettes de produits secs et 25 palettes de produits frais arrivent au magasin quotidiennement. 0,5% de l'arrivage est refusé car non conforme. Garantir au consommateur un arrivage et une fraîcheur permanente est un argument de vente. « Un poireau flétri devient un déchet, c'est notre fléau », reconnaît Joël Baltzer, directeur du magasin. L'enseigne pratique aussi des démarques. Elles représentent 2,5% de son chiffre d'affaires et atteignent 13% au rayon fruits et légumes.

Les excès du frais

Le « frais à courte date » (boucherie, pâtisserie, produits laitiers) est aussi souvent source de gaspillage. Mis en rayon à J-5 par rapport à la date limite de consommation (DLC), les produits en sont retirés à J-2. Direction la poubelle. Il suffit de soulever le couvercle des containers vidéo-surveillés à l'arrière de certains supermarchés pour s'en rendre compte. Ils débordent de produits frais à l'emballage impeccable et dont la date de péremption n'est pas atteinte. Même si certains ont noué des partenariats locaux, à l'instar de Cora-Mundolsheim qui accueille tous les matins la camionnette réfrigérée de la Croix-rouge.
« Si on laissait ces produits en rayon, de toute façon ils ne seraient pas vendus, rappelle le directeur des Galeries gourmandes. Une fois les nouveaux produits à la date limite de consommation plus longue installés, le consommateur les choisira en priorité. » Pourquoi ne pas les brader ? Une question d'image et de manque à gagner. « Les clients deviennent des habitués des remises et les attendent ». Sa solution : commander au plus juste.
La grande distribution a tendance à invoquer la tyrannie de la DLC fixée par le fabricant. Mais ce dernier s'en plaint également. Ainsi, Nicolas Leroy, directeur de la coopérative Alsace-Lait fait de la DLC l'explication principale du gaspillage. « La grande distribution veut une marge de manœuvre assez large avant l'expiration du produit. Des palettes nous sont renvoyées et c'est 20 000 euros de marchandise détruite chaque mois, même si les produits avaient encore une trentaine de jours devant eux. Nous avons fait des tests : la DLC d'un yaourt peut être augmentée de dix jours sans que sa qualité ne soit altérée. »
La DLC doit être conforme aux prescriptions de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ce même organisme contrôle les supermarchés et les fabricants. « La DLC est fixée par le fabricant, calculée à partir des tests bactériologiques. Ensuite, ils s'arrangent entre fournisseurs et clients », indique Pierre-Yves Le Loc'h, chef de service de la Direction de la protection des populations à Strasbourg.
A la fin du circuit, des pertes existent aussi. En boulangerie, on essaie certes de réguler au mieux la production en tablant sur les ventes précédentes et en faisant plusieurs fournées, mais cela n'empêche pas les invendus à la fermeture. Au dépôt de pain Le Pétri, place Broglie, c'est une dizaine de pains par jour qui est jetée. Des pertes qui augmentent les jours de mauvais temps. Alors, il est fréquent que le personnel des petites boulangeries profite des invendus ou que l'on brade les pains de la veille. En revanche, les pertes sont plus importantes dans les chaines (Brioche Dorée, Mie Câline, Pomme de Pain...). Une ancienne employée de La Maison du pain, aujourd'hui vendeuse artisanale, se souvient que certains jours « on jetait jusqu'à un quart de leur production journalière (…). Des fois, les poubelles étaient trop pleines. On était obligé d'aller à la décharge ».
Pour certains artisans ou petits producteurs, il est plus facile de limiter le gaspillage ou de supprimer les pertes sans rogner sur la fraîcheur. Au marché place de Zurich à Strasbourg, les invendus de Marie-France Müller vont dans son congélateur. Les fruits abîmés de cette petite productrice servent à faire des confitures ou des gâteaux. Le reste rejoint le compost pour ses 11 hectares.

Réguler au mieux la production

Plus loin, Place du marché aux poissons, Mme Diemer raconte qu'il y a parfois des échanges : « Si on a trop de navets, on les refile à des collègues. Et comme on fait le marché presque tous les jours il y a du roulement. Ce qu'on ne vend pas un jour, on le vend le lendemain. »
A la boulangerie Le Pain de mon grand-père, à Strasbourg, 15 quintaux de farine sont utilisés par semaine. Et, excepté deux sacs de pains donnés par semaine, il n'y a aucun invendu. Une fine cloison sépare l'espace de vente du pétrin. Ludovic et Bruno guettent la pile de viennoiseries et confectionnent les sandwichs à la demande, la production s'adapte en temps réel aux besoins.
Produits laitiers oubliés dans le fond du frigo, viande dont la date est dépassée... Les particuliers n’échappent pas, eux non plus, au gaspillage. Les déchets fermentescibles, dont font partie les aliments comestibles, remplissent 25% de la poubelle des ménages français, selon une étude de l'Ademe réalisée en 2009. En plus des déchets de fin de repas, les produits alimentaires non consommés et encore sous emballage représentent sept kilos par personne et par an. Au Simply des Arcades à Strasbourg, Flore, 46 ans, confie qu'elle ouvre sa poubelle pour « des plats cuisinés qui ne sont plus bons ou de la viande qui se périme le jour même. Par contre, les yaourts je les mange même si la date de péremption est dépassée de un ou deux jours ». Mais comme Martine, elle fait ses courses « au moins une fois par semaine, et dit ne pas jeter énormément ». Giselle, quand à elle, explique « jeter de tout, mais en petite quantité ».

La faute au consommateur ?

La responsabilité du consommateur dans le processus de gaspillage serait-elle plus forte au moment de l'achat ? Acheter du beau, des aliments dont « les dates vont loin » est impératif pour beaucoup dans les rayons. Au Simply Market des Halles de Strasbourg, Martine confirme : « C'est l'œil qui fonctionne » L'aspect des fruits et légumes est son critère de sélection numéro un. « Les consommateurs veulent un beau légume quand il est issu de l'agriculture traditionnelle, mais sont suspicieux s'il est trop droit lorsqu'ils achètent bio », constate Jean Koch, responsable du rayon fruits et légumes de Cora. Aurélie Fisher ajoute : « Les grandes surfaces ont un cahier des charges très lourd. C'est un cercle vicieux. Tant que les grandes surfaces ne proposeront pas des légumes moins beaux, le consommateur n'en achètera pas. »
Le gaspillage alimentaire serait-il la conséquence des exigences de la ménagère que les acteurs du système s'attachent à satisfaire ? Un gaspillage qu'on lui fait payer en caisse, les prix servant à éponger les pertes.

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MessageSujet: Chaque jour, il y a 200.000 personnes de plus sur terre.   Dim 21 Mar - 17:46

C'est un incroyable voyage que Guy Lagache et son équipe vous proposent d'entreprendre avec cette nouvelle émission qui va vous expliquer comment notre mode de vie - et en premier lieu notre alimentation - peut avoir des répercussions sur notre planète.

Un voyage à travers quatre continents: des rayons de nos supermarchés aux nouvelles réserves agricoles de l'Afrique; des élevages géants de l'Ouest américain aux forêts tropicales d'extrême orient en voie de disparition; en passant par les usines des géants de l'alimentaire en Europe où se préparent les recettes de notre avenir.

Chaque jour, il y a 200.000 personnes de plus sur terre. Autant dire 200.000 bouches supplémentaires à nourrir. Mais les ressources de la planète ne sont pas inépuisables. Pêche à outrance, élevages intensifs, surexploitation des terres : tout ce que nous produisons pour manger a un impact insoupçonné sur notre environnement.

Une grande enquête pour comprendre pourquoi et comment notre consommation quotidienne a des conséquences écologiques majeures d'un bout à l'autre de la planète et quelles solutions existent déjà pour faire face à ce défi.

De l'Ethiopie à la Chine, de l'Indonésie aux Etats-Unis en passant par la France, vous allez découvrir les coulisses d'une alimentation mondialisée pour répondre à cette question : comment tous se nourrir sans piller la planète.

CAPITAL TERRE, un documentaire réalisé par Guy Lagache, Jean Bernard Schmidt & Emmanuel Leclercq
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MessageSujet: Sécurité alimentaire : le sud de Madagascar au bord de l’asphyxie   Jeu 10 Fév - 17:22

Sécurité alimentaire : le sud de Madagascar au bord de l’asphyxie
Articles saignants · Tags: Madagascar


Confrontées à une insécurité alimentaire accrue, conséquence de plusieurs années de pertes de récoltes consécutives et de la période de soudure actuelle, les populations de certaines régions du sud de Madagascar se sont résolues à consommer du fourrage pour survivre.
« Depuis quelque temps, la population a modifié ses habitudes alimentaires : de nombreux habitants consomment les cactus rouges que l’on donne généralement au bétail, ou du tamarin mélangé à de l’eau et à de la terre », explique Harinesy Rajeriharineranio, qui coordonne les opérations menées dans le sud de Madagascar par Actions Socio-sanitaires et Organisation Secours (ASOS), une ONG spécialisée dans la santé et l’assainissement, et sise à Fort Dauphin, une ville du sud-est du pays.
« Décapitalisation » croissante de l’économie rurale
Après trois années consécutives d’un climat peu clément et en raison de la « décapitalisation » croissante de l’économie rurale dans le sud (les populations vendant leur bétail et leurs biens pour survivre), quelque 720 000 personnes se trouvent actuellement touchées par l’insécurité alimentaire.
Selon le bureau du Programme alimentaire mondial (PAM) à Madagascar, la sécheresse a provoqué une perte généralisée des récoltes de maïs dans les régions d’Atsimo Andrefana, Androy et Anosy (sud). La période de soudure, entre le moment où la récolte précédente a été consommée et le moment où la nouvelle production est prête, commence en octobre et se termine vers le mois de mars.
Consommation des semences
« Les informations communiquées par nos partenaires locaux depuis le début de la période de soudure, en octobre, nous indiquent que les populations ont déjà commencé à adopter des stratégies de survie négatives, notamment à consommer leurs propres semences ou des aliments mauvais pour la santé, et à vendre leurs biens… que les hommes quittent ces régions, ce qui rend les femmes et les enfants encore plus vulnérables », explique Krystyna Bednarska, représentante nationale du PAM.
« Deux années de pertes de récoltes consécutives peuvent entraîner une aggravation rapide de l’insécurité alimentaire dans une zone déjà extrêmement et traditionnellement vulnérable », a-t-elle dit.
Un scénario semblable s’était produit en 2009, mais les opérations d’urgence et les interventions nutritionnelles nécessaires avaient tardé à être mises en ouvre à grande échelle faute de fonds, a dit Mme Bednarska.
En mars 2009, en effet, le président actuel Andry Rajoelina et plusieurs éléments de l’armée avaient pris le pouvoir, évinçant l’ancien président Marc Ravalomanana, et l’aide internationale au développement s’était rapidement tarie.
Pauvreté dans le sud
Avant la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina, les subventions représentaient environ 70 pour cent des dépenses publiques, mais tous les ministères ont subi des coupures budgétaires d’environ cette importance, imposées dans le budget révisé de septembre 2010.
Généralement, le sud de Madagascar, plus pauvre et géographiquement isolé, est relativement négligé par la base politique essentiellement située dans le nord, où se trouve Antananarivo, la capitale.
Près de 70 pour cent des Malgaches vivent en deçà du seuil de pauvreté, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), mais le nombre d’habitants pauvres tend à augmenter à mesure que l’on se déplace vers le sud, où la majorité de la population vit de l’agriculture de subsistance.
Limite de ressources
Selon des témoignages recueillis dans les régions touchées, les têtes de bétail normalement vendues à 250 dollars américains après les récoltes s’achètent à 62,50 dollars pendant la période de soudure, ou s’échangent contre 250 kilos de manioc, comparé à 450 kilos en temps normal, a rapporté John Uniack Davis, directeur pays de CARE International, un organisme de lutte contre la pauvreté.
M. Uniack explique que la décapitalisation était employée comme stratégie de survie et que « les ménages avaient atteint la limite de leurs ressources ».
« deux cyclones, deux sécheresses, un coup d’Etat et une invasion de criquets »
D’après le Système d’alerte précoce (SAP) du gouvernement malgache, qui permet de surveiller l’insécurité alimentaire dans le sud aride du pays depuis 1996, 53 communes étaient touchées par l’insécurité alimentaire en août 2010, contre 45 en août 2009 et 31 en août 2008.
« Lorsque vous regardez la terre, elle est très aride, il y a très peu d’herbe et on voit de temps en temps quelques arbres par-ci par-là, au loin. D’ailleurs, aux endroits où se trouvaient les lits des rivières, tout est sec; il n’y a tout simplement pas d’eau du tout », explique Rudolph Thomas, qui dirige la mission de l’USAID à Madagascar, après s’être rendu sur place en octobre 2010.
Selon M. Thomas, l’USAID a lancé un programme de 90 millions de dollars en 2010, quand le pays avait été frappé par « deux cyclones, deux sécheresses, un coup d’Etat et une invasion de criquets ». C’était le programme le plus vaste depuis 20 ans, dans le cadre duquel trois millions de dollars avaient été versés au programme d’urgence du PAM, et deux millions à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à des fins de prévention des invasions de criquets.
Peu de récoltes
Les averses tardives et anormalement fortes observées dans le sud doivent se poursuivre ; loin d’améliorer la situation, elles risquent au contraire d’aggraver l’insécurité alimentaire qui touche la région, a dit explique Louis de Gonzague Rakotonirainy, représentant du Bureau national pour la gestion des risques et catastrophes (BNGRC).
D’après Lundi Peyrol, directeur de l’ONG locale Développons ensemble (Hiaraka Hampandroso) d’Ampanihy, dans le sud-ouest, il pleut sans discontinuer depuis quelques jours dans la région ; M. Peyrol craint qu’une semaine de plus ne réduise à néant toute chance de récolte.
« Nous n’avons pas récolté grand-chose, à part un peu de maïs, et il pleut encore; si cela continue, cela risque de détruire les cultures et nous pourrions perdre complètement notre récolte », a-t-il dit.
« Les routes sont presque impraticables… nous risquons d’être coupés de Tulear [principale ville portuaire de la côte sud-ouest], et les prix des produits essentiels pourraient encore augmenter sur le marché », a-t-il dit. Les produits de base sont déjà environ 50 pour cent plus chers dans le sud que dans le reste de Madagascar, en raison de l’isolation géographique de la région, du manque de marchés et des frais de transport.
300 000 enfants de moins de cinq ans risquent d’être atteints de malnutrition aiguë sévère
Harinesy Rajeriharineranio, d’ASOS, a rapporté que les fortes averses tombées dans les environs de Fort Dauphin avaient déjà perturbé les transports « Au lieu de trois ou quatre jours, il faut désormais compter une semaine pour acheminer de la marchandise en camion jusqu’ici depuis les villes du centre ».
Dans les régions touchées, si rien n’est fait, 300 000 enfants de moins de cinq ans risquent d’être atteints de malnutrition aiguë sévère, a prévenu Bruno Maes, représentant national de l’UNICEF.
Environ 90 pour cent des enfants malgaches n’ont pas accès à l’eau potable chez eux, et « un peu plus de 50 pour cent des enfants présentent un retard de croissance, dû à la malnutrition chronique », a-t-il dit. « Il s’agit d’un des taux les plus élevés au monde ; la situation n’est pire qu’en Afghanistan et au Yémen ».
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MessageSujet: SECHERESSE EN CHINE : LE BLE FLAMBE A CHICAGO   Jeu 10 Fév - 17:23

SECHERESSE EN CHINE : LE BLE FLAMBE A CHICAGO

Postée le 10/02/2011 à 17h08

La sécheresse serait la plus grave depuis 200 ans. Deux tiers des zones de production sont affectées. Le cours du blé à Chicago est au plus haut depuis 29 mois. La Chine est le premier producteur mondial.

La terrible et persistante sécheresse qui affecte le nord-est de la Chine donne des sueurs froides aux dirigeants chinois et a fait tirer le signal d'alarme aux agences spécialisées de l'ONU. Elle a aussi pour effet de porter les cours du blé à des niveaux records sur le marché de référence à Chicago. Or, Pékin a averti mercredi que cette anomalie climatique devrait durer au moins dans les dix jours à venir, menaçant gravement la récolte de blé d'hiver.

Selon le ministère chinois de l'Agriculture, les huit provinces concernées produisent plus de 80 % du blé d'hiver du pays. La province du Shandong pourrait ainsi connaître sa plus grave sécheresse depuis 200 ans, selon l'agence Chine Nouvelle. Il n'y est tombé que 12 millimètres de pluie depuis le mois de septembre. «La sécheresse persistante pose potentiellement un problème très grave», affirme l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.

Selon la FAO, la zone affectée couvrirait pour plus des deux tiers de la production nationale. La Chine est à la fois le plus gros producteur et le plus grand consommateur de blé au monde.

Autosuffisance menacée

Le premier ministre, Wen Jiabao, s'est rendu sur le terrain dans le Shandong. Pour y déclarer que le pays «devait se préparer au pire et se mobiliser». Mercredi, les autorités chinoises ont annoncé de nouvelles mesures de lutte. Le gouvernement va dépenser plus de 6 milliards de yuans (670 millions d'euros) pour détourner de l'eau vers les régions les plus touchées et construire en urgence puits et systèmes d'irrigation. Selon le China Daily, le Shandong a entrepris de réparer ou creuser 30.000 puits.



Lors de ce même voyage, Wen Jiabao a affirmé que la stabilisation des prix était la «tâche principale du gouvernement» et que le cours des céréales était «essentiel» dans ce combat. Or, sur le marché à terme pour produits agricoles de Zhengzhou, le prix de la tonne de blé a bondi de 6,6 % pour atteindre le niveau record de 3 051 yuans. Et à Chicago, les cours ont atteint leur plus haut niveau depuis près de trois ans.

Pour des raisons stratégiques évidentes, la Chine s'est attachée à être autosuffisante en blé, et une nécessité de s'approvisionner à l'extérieur aurait un impact sérieux sur le marché mondial. Pékin détient cependant d'importants stocks, ce qui devrait atténuer les conséquences de la pénurie.

Pour le gouvernement chinois, ce cruel caprice du ciel tombe très mal, alors qu'il s'efforce de combattre l'inflation montée à 3,3 % en 2010 et largement tirée par la hausse des prix alimentaires. Plus largement, la FAO a mis en garde contre des troubles sociaux dans certaines régions du globe, les prix alimentaires ayant atteint leur niveau historique le plus élevé au niveau mondial .
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MessageSujet: L’OMNIVORE EN VOIE D’EXTINCTION   Dim 20 Fév - 16:54

L’OMNIVORE EN VOIE D’EXTINCTION

Postée le 19/02/2011 à 21h15


L’Omnivore, à ne pas confondre avec l’Homnivore de Claude Fischler. Dans la définition du Larousse, c’est assez explicite : omnivore : « Se dit des animaux qui se nourrissent indifféremment d’aliments très divers (herbes et chair, insectes et fruits, débris animaux et végétaux, etc.) » .

Je ne referai pas ici du Yves Coppens ou du Fred et Jammy, nous savons tous, à moins d’avoir été élevés par des adeptes de Sarah Palin que nous sommes des primates adeptes de la cueillette devenus omnivores, pas par goût, juste par la nécessité de survie.

L’évolution et les affres de l’humanité ont su réguler nos instincts en nous inculquant des réflexes alimentaires relevant du bon vieux réflexe de Pavlov couplé à celui de survie et dicté par ceux qui régissent pour nous ce qui est le meilleur pour nous et pour eux.

Notre régime alimentaire est désormais régi non plus par le besoin de survie mais par les aléas des places boursières. Ce qui est décrété devant être bon pour nous doit d’abord l’être pour la Phynance (Ubu Roi), produits laitiers en abondance, protéines animales et surabondance, produits issus des céréales notamment.

Les crises alimentaires, la famine et les scandales liés à l’alimentation sont étouffés, mais ressurgissent timidement et cycliquement. La menace d’une crise alimentaire majeure mondiale fait l’objet de débats forcément stériles, qui se souvient de « Bangla Desh » chanté par George Harrison ou We Are the World ? Avant d’être numéro Un au Top 50 ces chansonnettes ont pour référence des famines meurtrières.

On ne peut raisonnablement considérer que ce foutoir ne soit que le résultat d’un chaos incontrôlé… on ne peut pas se résoudre à le penser. Projetés dans un aéronef piloté par des entités éthérées, le vaisseau est libéré dans des sphères que nous ne maîtrisons plus, nous simples citoyens. Il sera facile de nous accuser mutuellement de la situation que nous aurions laissé faire, pour cela il aurait fallu que nous puissions avoir le choix. Les offres alimentaires nous sont imposées et le mode de production est monolithique. Nous, les Omnivores humains sommes seulement au bout de la chaîne alimentaire, plus à son sommet.

Le chemin de la décadence :

1ere phase :

Depuis les temps immémoriaux la nourriture est incontestablement le centre névralgique des relations sociales, liée aux puissants, aux pouvoirs et à la propriété, la nourriture est une arme implacable. Les fantasmes liés à la consommation de produits se sont généralisés qu’ils soient justes ou moins justes. La sélection de notre alimentation telle qu’elle nous est présentée aujourd’hui est la somme complexe de nos tabous, peurs, préférences et conditionnements du goût et des dégoûts. Le ventre est l’arme absolue pour calmer le peuple, le soulever, tant dans l’approvisionnement que dans les interdits liés aux religions. Le temps de la cueillette est révolue.

2eme phase :

Le poisson du vendredi qui est plein de phosphore, le sel iodé anti crétinisme, le pain béni, le vin sang de la terre, le poulet du dimanche, la viande rouge obligatoire pour son fer et ses acides aminées, le calcium dans le fromage et le lait, le copain-cochon, le poisson qui rend intelligent, les oranges pleines de vitamines, les poireaux riches en fibres…. C’est nous tout ça… mais ailleurs, hors de nos frontières il y a aussi, les insectes, le rat musqué, le chien, les algues, la baleine, le requin, le cochon tabou, les cuisines religieuses, les interdits alimentaires. On se réfugie dans le mirage du Terroir protecteur et du repli sur soi, des traditions réinventées et markettées.

3eme phase :

Les alicaments, les produits aspergés de pesticides, les sols imprégnés de chimie mortelle devenus complètement stériles, l’eau croupie, l’eau rare, l’eau polluée, la culture hors sol et les substrats alimentaires, les veaux, vaches, cochons, poulets aux hormones, aux antibiotiques, les huiles hydrogénées, les huiles de palme, les huiles de moteur, les grainetiers voyous, les OGM, la mainmise mondiale de l’alimentaire par quelques multinationales, les diktats de la diététique, la forêt vierge rasée, la surconsommation, l’obésité, la famine, l’accès à l’eau, la pénurie alimentaire, l’excédence alimentaire… c’est la vérité, la réalité de notre assiette journalière.

L’omnivore que nous sommes a perdu la raison, celle qui veut que nous subsistions. La nourriture est devenu un marché mondial, global, l’arme absolue qui commande le monde, les politiques, les révoltes, les régimes, les cours de la bourse. L’homme que nous sommes et notre système digestif est malmené, manipulé, conditionné à ingérer sans réflexion et sans âme ce que régurgite les tubes, les éprouvettes, les molécules que la nature elle même ne comprend plus.

Quelle solution ? Croire qu’une filière bio et responsable va sauver le monde ? Croire que le maraîcher du coin cultive sur une terre saine, que l’éleveur respecte la chaîne alimentaire ? Vous y croyez vous, pendant que le PDG de Nestlé déclare qu’il est temps d’accepter que l’eau soit une denrée alimentaire négociable ?

Penser que nous retournerons dans les jardins pour cultiver nos légumes et élever nos lapins et nos poules relèverait de la folie ? Imaginer que les peuples la joue AN 01 et vivent dans le jardin d’Eden ?

La nature humaine désespérée et affligeante enchaînée elle même dans un système qu’elle ne contrôle plus, arrivée au sommet de son évolution est impuissante et incapable de se relever, vivant au jour le jour, subissant avec servilité un état qu’elle accepte sans broncher.

Chaque jour nous regardons notre mangeoire être remplie des chariots préparés par l’industrie alimentaire mondiale que nous déversons dans nos frigos, forcés de recycler les emballages et de consulter diététiciens, nutritionnistes pour continuer à mieux consommer….

Il faut le reconnaître, en regardant plus loin que son propre panier de courses, la perspective est moche, très moche, et peut se révéler à court terme dangereuse.

Un monde s’effondre et arrive à son aboutissement, comme les sociétés Aztèques, celle de l’île de Pâques, arrogantes et puissantes se sont éteintes dans l’indifférence générale.

Alors au lieu de pinailler sur le bien fondé d’un discours ou sur la façon dont on nous rassure à coup de salons et de campagnes de pub pleines de fleurs et de campagne pour mieux vendre, et sans avoir de solutions, il serait peut être temps d’au moins y réfléchir de manière moins égoïste, plus planétaire, plus universelle.
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