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 Pour la mutualisation de la culture

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MessageSujet: Pour la mutualisation de la culture   Mer 15 Aoû - 14:49

MegaUpload ou le partage infini sur Internet

13 août 2012 à 19:06

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SÉRIE Nos chers disparus (7/10). Le triple A français, France­ Soir, le Minitel, le centre... Ils nous ont quittés cette année. Tout comme MegaUpload , qui a quitté nos écrans, ou le care, disparu du débat politique au lendemain de la primaire socialiste. Objets ou idées, retour estival sur ces trépassés. In Memoriam.

Par SOPHIAN FANEN
Avec ses airs de nouveau riche pas clair, Kim «Dotcom» Schmitz, patron de MegaUpload, posait les bonnes questions. On s’en est aperçu au lendemain du 19 janvier, lorsque sa galaxie de sites web (MegaUpload, mais aussi MegaVideo, MegaMovie ou MegaPorn) a fermé d’un coup, débranchée par le FBI pendant que la police néo-zélandaise cherchait la grande carcasse de Dotcom - près de deux mètres pour 130 kilos à la dernière pesée - dans les couloirs de son manoir bling-bling surplombant Auckland.

Je me suis amusé quelques heures en découvrant le passé de hacker raté de l’Allemand, devenu, depuis Hongkong, le roi médiatique du téléchargement direct avec MegaUpload - qui proposait d’héberger gratuitement tout fichier volumineux et vendait en retour des abonnements permettant un accès rapide et illimité à la bibliothèque géante constituée par les internautes. On découvrait alors ses 4 × 4, ses voitures de sport immatriculées «Mafia», ses vacances à la mer et son amour pour les jacuzzis en bonne compagnie.

La justice dira peut-être un jour ce qui était légal dans son business qui ne rémunérait pas (ou pas encore ?) les artistes pour les innombrables œuvres échangées de 2005 à 2012. Il faudra aussi comprendre si les rendez-vous des représentants des lobbys américains du cinéma (MPAA) et de la musique (RIAA) à la Maison Blanche, quelques mois avant l’offensive contre MegaUpload, sont liés à cette affaire.

Ce qui reste pour moi, utilisateur, c’est un grand vide coupable. En quelques années, MegaUpload et ses équivalents (RapidShare, MediaFire, FileSonic et compagnie bridés ou disparus dans la foulée) étaient devenus incontournables. Dans leurs entrailles infinies dormaient la plus incommensurable des discothèques et la plus gigantesque des vidéothèques jamais constituées, accessibles en quelques clics. Certes, on y trouvait tout et rien, de la mauvaise version d’Intouchables filmée au téléphone portable dans un cinéma jusqu’à des albums de pop khmère des années 60 jamais réédités. Toutes les époques et toutes les nationalités se retrouvaient là à égalité, pour tout le monde.

Cette médiathèque virtuelle était ainsi devenue une source inespérée de découvertes, mais aussi un outil professionnel. Combien de fois ai-je eu besoin, pour préparer un article, d’écouter un disque précis absent de ma collection personnelle. Au début des années 2000, je partais en quête à la médiathèque du quartier ou je faisais laborieusement rapatrier le disque voulu depuis une autre médiathèque. J’avais parfois aussi la possibilité de l’emprunter à un ami ou de commander certains albums en ligne, chez Amazon ou ailleurs. Puis, vers 2005, le catalogue du magasin en ligne d’Apple est devenu assez conséquent pour faire l’affaire, mais je n’ai jamais saisi l’intérêt d’acheter un fichier MP3 qui, en lui-même, ne vaut rien.

C’est la musique qui compte ici et les informations qui lui sont attachées. Or, Apple - comme tant d’autres - n’a jamais proposé plus qu’un droit d’accès à la musique qui se révèle vite anormalement coûteux. Moins cher qu’un CD dans le commerce, mais pour quoi ? Un bête MP3 ? Sont arrivées ensuite, depuis 2007-2008, les offres de streaming en ligne du type Deezer et Spotify. Je me suis abonné dès le début et le suis toujours, convaincu d’avoir trouvé une solution cohérente qui me permet d’écouter beaucoup de musique sans pour autant diminuer les achats de disques «physiques», en CD ou vinyle. J’ai même constaté l’inverse : les découvertes en ligne me font acheter davantage de disques, et des meilleurs.

Mais les catalogues de cette offre légale, bien propre sur elle et validée par l’industrie de la musique, restent très lacunaires. Beaucoup de disques en sont absents et le seront à jamais, parce que personne n’en gère les droits, parce que personne ne sait même ce que sont devenus certains artistes ou parce que personne ne s’y intéresse. C’est pour ces disques-là que MegaUpload était pour moi précieux. Ce sont ces disques, patiemment encodés depuis des cassettes ou des vinyles inconnus, souvent accompagnés de textes personnels, qui ont disparu du réseau le 19 janvier.

Depuis, les blogueurs ont reposté certains albums, tandis que d’autres revenaient sur SoulSeek, le service de partage en peer-to-peer qui rassemblait les fans de toutes les musiques underground au début des années 2000.

Kim Dotcom peut disparaître du paysage, il ne me manquera pas. Mais la centrale de mutualisation de la culture qu’il avait créée reste à ce jour inégalée. L’iTunes Store d’Apple en est loin et le modèle du téléchargement payant est déjà condamné. Quant aux offres de streaming audio ou vidéo, elles sont encore trop disparates et dispersées pour conquérir le grand public en France. En face, les échanges informels entre internautes, encore assimilés à du «piratage» (lire aussi page 28), continuent malgré la fermeture de Napster (2001), Kazaa (2005), LimeWire (2010) puis MegaUpload. Ils se contentent de changer de route lorsque celle-ci se ferme devant eux.

La justice et les politiques se débrouilleront avec cette situation, ce blocage déjà vieux de quinze ans entre les habitudes des internautes et les barrières imposées par les lois actuelles, arc-boutées sur la défense du copyright aux dépens d’une réflexion sur les usages.

Pour ma part, je me prends à rêver d’un MegaUpload officialisé, sur abonnement, qui permettrait d’échanger légalement, à volonté, tout en étant assuré que les créateurs - et le moins d’intermédiaires possible - en tireraient le nécessaire. Pour l’instant, les grosses machines du cinéma, de la musique, voire de la bande dessinée et des jeux vidéo, n’en veulent surtout pas. Ce serait pour elles perdre le contrôle sur les produits les plus formatés et se faire mater par la foule.

Six mois après, la disparition de MegaUpload n’a créé qu’un grand vide. Il serait temps d’écouter enfin les internautes, avant qu’un autre géant, encore moins clair, ne vienne prendre sa place.
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