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 La peine de mort: ou le retour de la barbarie

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MessageSujet: La peine de mort: ou le retour de la barbarie   Jeu 2 Aoû - 2:51

Toute vie, a-t-on l’habitude de penser, est sacrée. Cette heureuse conviction, plus naturelle que n’est ce qu’il y a de plus naturel, se heurte à une impasse déconcertante dès lors qu’il est question de justifier ou, à l’inverse, de condamner la peine de mort. C’est en écoutant ce matin la radio et en entendant parler du viol suivi de l’assassinat par étranglement d’une fillette de neuf ans que ce thème délicat qui est, en fin de compte, aussi bien juridique que métaphysique, m’est venu à l’esprit.

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La tragédie a eu lieu à Piatigorsk, une ville située dans la région de Stavropol, dans le Sud de la Russie. L’enfant, hélas bien pressée de faire grand, surfait régulièrement sur la toile et notamment les réseaux sociaux tels que, pour en avoir une idée par rapport à l’équivalent français, copains d’avant ou facebook. Une bonne moitié de ses interlocuteurs étaient des hommes d’âge mature avec lesquels la petite entretenait des conversations qui ne relevait ni de son âge, ni des limites de sa compréhension. On peut bien entendu tancer les parents dédaigneux de leur devoir élémentaire, on peut bien entendu s’en prendre aux réseaux qui devraient bloquer toute inscription de mineurs de moins de 12 ans (l’enfant ayant indiqué son âge réel), ces mesures, même indispensables, demeurent secondaires. Il y a eu meurtre et tortures sexuelles. On sait pertinemment que l’assassin venait tout juste de sortir de prison où il se trouvait en détention pour crimes de nature également sexuelle. Il lui a fallu un mois et des poussières pour récidiver. Le bilan dressé dans toute sa monstruosité, reste à se demander : qu’en aurait-il été si cet individu, pris sur les faits comme il l’a été il y a quelques années de là, auraient été enfermé à vie ou exécuté ? Il ne fait presque aucun doute que les jours de la petite aurait été préservés, que la mesure d’exemplarité certaine que représente la peine capitale sous toutes ses déclinaisons possibles aurait fort probablement exercé un effet dissuasif. Ces arguments, ô combien classiques, reviennent sempiternellement sans que l’on puisse en démontrer le bien ou le mal-fondé. Les statistiques reflètent une réalité qui semble rebelle à toute logique courante : il n’y aurait aucun lien direct entre l’application de la peine capitale et le nombre de crimes commis. Pourquoi ? J’ai eu beau égrener des ouvrages brillantissimes en la matière, fouiller de fond en comble les articles traitant du sujet, je ne suis pas parvenue à déterrer une explication potable au phénomène. Que peut-il y avoir de plus dissuasif que la mort, même et peut-être surtout pour celui qui la distribue gratuitement … ?

Selon divers sondages effectués en Russie, il se fait que près de 62 % de la population se prononce en faveur de la peine capitale, ce chiffre s’élevant même jusqu’à 75 % dans les régions plus éloignées. D’une façon générale, 72 % des sondés réclament vivement la peine de mort pour les crimes pédophiles qui quant à eux suscitent une réaction plus que virulente au cœur de n’importe quelle société peu ou prou saine. Pour le côté français, la surprise … non, c’est peu dire, la stupéfaction est au rendez-vous ! D’après un sondage confidentiel réalisé en 2002, 63 % de français se prononceraient pour la solution radicale. En 2011, la réponse ne diffère que très peu : 63 % des sondés demandent un référendum portant sur la question, ce qui renvoie au modèle de la démocratie directe en Suisse où la procédure permet de trancher la plupart des problématiques jugées inabordables de prime abord. Ma grande surprise tient au fait que la France a cette réputation un tantinet erronée de pays tolérant, parfois à outrance, d’un pays dont les réactions immunitaires se retrouvent traditionnellement compulsées par les exigences laxistes de la trinité républicaine. Or, fait dores et déjà avéré, il n’en est rien. La démocratie ne déracine pas toujours l’instinct de justice et la perception des frontières de l’humain. D’aucuns psychologues et sociologues interprètent – non sans une part de bon sens, ajouterais-je – les humeurs dites agressives de la société russe par deux facteurs fondamentaux : l’inertie étatique déterminante des lois en vigueur, c’est-à-dire l’absence totale d’esprit critique caractéristique du pouvoir législatif considéré comme implacable et borné, de un, de deux, une conception paternaliste de l’Etat successivement héritée du tsarisme, puis du régime soviétique. Dans le dernier cas le principe se résume à cette déclaration célèbre tirée du Tarass Boulba gogolien : « Je t’ai engendré, je te tuerai aussi ». Si donc l’Etat se fait fort d’assurer une couverture sociale à ses protégés, il devrait au moins avoir l’amabilité de châtier à sa convenance les éléments prédateurs. Ces thèses sont certainement valables mais en aucun cas spécifiques de tel ou tel état. Nous trouvant dans le domaine de l’éthique pure et dure, nous nous détachons de celui des mentalités nationales.

En fait, la loi du talion est un a priori dont nulle culture ne saura jamais se défaire. Kant l’a fort bien pressenti lorsqu’il conceptualisa cette réalité en se référant à la théorie de la rétribution (cf. Métaphysique des mœurs, doctrine du Droit).

Cela dit, si le recours à la peine capitale n’est pas répréhensible en soi, s’il n’existe nul commandement biblique stipulant son interdiction, il pourrait se trouver une alternative digne d’intérêt, alternative prévue depuis belle lurette et qui, à mon humble sens, réglerait un nombre considérable de difficultés inhérentes : les travaux forcés. Ainsi, selon Thomas More, auteur de la fameuse Utopie imaginée dans un style particulier au XVI siècle, la peine de mort constitue un gaspillage et il vaudrait par conséquent mieux la transmuer en … esclavage. L’expression, tout en étant périmée, n’en demeure pas moins significative. Les erreurs judiciaires sporadiques hélas présentes, les principes chrétiens sous-entendant le salut de l’âme par la rédemption, le principe d’efficacité sociale, économique et morale (rééducation éventuelle), tout y trouve la réponse qui lui est due. In vitium ducit culpae fuga, « la peur d’une faute nous conduit au vice » constatait Horace dans l’Art poétique. En vue de minimiser des erreurs hypothétiques, dans le souci de préserver nos enfants et d’atténuer ce sentiment lancinant d’impunité qui nous traverse à chaque condamnation dite « démocratique » car respectueuse des droits de l’homme, passons par des sentiers de détour : la prison à vie doublée de travaux forcés pour les crimes tels que celui qui, une nouvelle fois, a bouleversé la Russie. Comme quoi, les excès laxistes s’apparentent au sommeil de la raison qui, on le sait empiriquement, engendre les monstres … miroir déformant du « politiquement correct ».
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