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 Les médias ont changé de maître mais sont toujours aux abonnés absents...devenus courtisans d'un nouveau parrain

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MessageSujet: Les médias ont changé de maître mais sont toujours aux abonnés absents...devenus courtisans d'un nouveau parrain   Mar 12 Juin - 8:34

François Hollande est arrivé en fanfare à la première réunion de l’Eurogroupe, poussé par des commentaires faisant état du soutien de tous les dirigeants, hormis l’Allemagne, à son plan de relance de la croissance. Ce plan nécessaire pour faire repartir l’économie pouvait être financé de façon ultime par la Banque centrale européenne (BCE) par le biais de project bonds ; il n’aurait ainsi rien couté aux Etats si les projets ont une rentabilité supérieure au taux de 1% de la BCE.

Malheureusement, notre président a choisi d’insister sur la voie d’une union des dettes, les euro-obligations, et n’a pas insisté sur la croissance. Cette tactique de négociation semble être un échec et a permis à l’Allemagne de rebondir sur le thème : « Chiche ! Nous ne ferons pas de plan de relance puisque les budgets sont en déficit. En revanche, nous vous proposons une union politique sur le thème de l’austérité pour arriver dans quelques années aux euro-obligations. »

Cela signifierait que la France et tous les pays européens abandonneraient une part très importante de leur souveraineté et confieraient le contrôle des budgets à Bruxelles. Ce thème est étudié par la Commission européenne, les divers médias étudient cette possibilité mais n’abordent jamais la question de fond qui me fait bouillir : demandera-t-on aux citoyens français (et aux autres) s’ils sont d’accord pour confier le contrôle de leur budget à Bruxelles, loin de toute démocratie ? Cela n’a l’air de préoccuper que très peu d’éditorialistes et de journalistes : jamais aucune question n’est posée, soulevée sur la volonté des peuples d’abandonner le fonctionnement démocratique de leur pays sur le sujet essentiel qu’est le budget de la nation.

En revanche, les journalistes du Point n’ont pas froid aux yeux et dramatisent l’enjeu en titrant : « Europe, l’Union économique totale ou la mort ? » Veulent-ils signifier de façon implicite qu’éviter la mort vaut bien des sacrifices même celui d’une partie de notre démocratie ?

A l’heure ou les plans de l’Union européenne ont mis à genou le peuple grec et le peuple espagnol avec les plans d’austérité requis (le chômage a explosé passant à 21% et 24% de la population active, les ventes de détail se sont effondrées de 25 à 35% dans ces 2 pays), il serait peut être temps de demander au peuple français s’il souhaite vraiment confier une part plus grande encore de son avenir à cette UE ou s’il préfère en rester là. On aimerait aussi que les hommes politiques français et les journalistes débattent de ce sujet essentiel. Au lieu de cela, silence radio, circulez il n’y a rien à voir.

Il est vrai que les Français avaient dit non à davantage d’Europe lors du Référendum de 2005, sous les quolibets des journalistes fustigeant des français irresponsables. Il vaudrait sans doute mieux éviter de les faire voter sur ce sujet en leur montrant que la situation budgétaire est si critique, qu’elle nécessite des réformes urgentes en zone euro et implique donc l’abandon d’une partie de leur démocratie. Nous attendons avec impatience le point de vue de notre nouveau président de la République, François Hollande, sur ce sujet, en espérant qu’il saura respecter les citoyens qui l’ont porté au pouvoir.
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MessageSujet: Alliance avec les écolos oblige ...ou le silence acheté pour quelques élus et autres maroquins   Mar 12 Juin - 14:52

Fukushima, un futur sans avenir

Olivier Cabanel
Agoravox
lun., 11 juin 2012 13:10 CDT
Alors que les médias continuent de faire l'impasse sur la situation au Japon, la situation continue inexorablement à se dégrader, et les jours qui viennent pourraient se montrer décisifs.

C'est le 25 mai 2012 que des journalistes japonais de la chaine « TV Asahi » lors de l'émission « Hodo Station » ont révélé l'importance de la dégradation de la situation.

C'est toujours la piscine du réacteur N°4 qui pose le plus de problèmes.

Installée à 20 mètres au dessus du sol, contenant 1535 assemblages neufs, ou usagés, pour un poids total de 264 tonnes, elle a été dégradée par les explosions et les incendies qui ont eu lieu le 15 mars 2011 et elle contient beaucoup plus de combustibles qu'il ne le faudrait.

Or la surcharge d'assemblage a réduit la proximité entre les casiers d'assemblages, ouvrant la possibilité d'une criticité en cas de surchauffe.

Le bâtiment dans lequel se trouve la piscine a manifestement une inclinaison anormale et à la suite des dommages subis, la base de la piscine a été renforcée, ce qui ne rassure pas pour autant Masashi Goto, ingénieur expert en conception de centrales nucléaires résistantes aux séismes :
« Même si les murs existent, il n'y a pas de manière simple d'en connaître la stabilité. A quel point la stabilité a-t-elle été compromise par la haute température de l'incendie ? Il est essentiel d'avoir toutes les données quand vous travaillez sur un calcul structurel. Chaque fois que Tepco publie des données, ils disent toujours : « nous avons calculé ceci, voici le résultat de ce que nous avons fait, donc il n'y a pas de dangers ». Mais il n'ont jamais publié une donnée que quelqu'un de l'extérieur pourrait utiliser pour vérifier leurs conclusions ».
Pourtant Tepco affirme, par la voix de son porte parole, que « le bâtiment ne penche pas » sur la base de mesures laser, et de niveau d'eau et que « les barres de combustible usagées sont stockées en sécurité ». curseur à 2'30''

Mais, connaissant la facilité de Tepco (dont l'ex-dirigeant vient d'être mis en examen) à cacher la vérité, et sachant que le toit et des murs du bâtiment ont été soufflés par une explosion d'hydrogène, on peut légitimement douter de ses affirmations, d'autant que visiblement le mur externe est déformé vers l'extérieur. (curseur à 3'57)

Yukiteru Naka, qui a été impliqué dans la construction de la centrale, manifeste lui aussi de l'inquiétude : « je dois dire qu'il y a un risque concernant l'unité 4. (...) les conduits s'étendent sur des dizaines de kilomètres et étant donné que c'est une construction provisoire, ce n'est pas censé résister aux secousses sismiques. (...) il n'y a pas assez de maintenance. (...) j'estime qu'il faudrait peu de temps pour vider la piscine si les tuyaux étaient endommagés et causaient une fuite. (...) si la piscine se vide, aucun travailleur ne pourra s'approcher du bâtiment réacteur 4, ni des bâtiments 1,2 et 3 ».

La difficulté vient du fait, que suite au tsunami, aux explosions, aux incendies, la grue qui permettait le déchargement des combustibles de la piscine est hors service.

Tepco a promis d'en installer une nouvelle, qui en laissant les combustibles dans l'eau, pourrait les sortir de la piscine endommagée, et les mettre en sécurité dans une autre piscine, mais ils ne pensent pas pouvoir réaliser ça avant décembre 2013, voire plus tard.

Tepco a en effet admis qu'il faudrait 3 ans avant d'envisager le retrait des barres de combustible. (curseur à 7'45'')

Or, si la piscine fuit, ou s'écroule, les assemblages se trouveront exposés à l'air, et se mettront à chauffer à tel point qu'il ne sera plus possible de les refroidir, dégageant une énorme radioactivité qui menacerait bien au-delà du Japon.

Hiroaki Koide, professeur à l'institut de recherche nucléaire universitaire de Kyoto , est conscient du danger : « si la piscine devait s'effondrer à cause d'un nouveau gros séisme, les émissions de matière radioactives seraient énorme : une estimation prudente donne une radioactivité équivalente à 5000 fois la bombe nucléaire d'Hiroshima ».

C'est ce que confirme la JAEA (institut de recherche de l'agence de l'énergie atomique du Japon), estimant que si la température dépasse 700°C, les gaines peuvent se briser et laisser s'échapper les pastilles de carburant composées d'uranium et de plutonium. (ce fameux MOX que nous avons fabriqué en France). lien

C'est l'expérience qu'ils ont réalisée avec des gaines de combustible, vides bien sur, prouvant que la gaine se brisait à partir de 700°C. (curseur à 3')

Sur cette image, des gaines de combustibles éclatées sous l'effet de la chaleur.

Si certains ingénieurs écartent la possibilité d'une température dépassant les 300°C, d'autres experts décrivent un scénario différent.

Lors d'un séisme, si le bâtiment n° 4 et sa piscine s'effondraient, les assemblages se retrouveraient sur le sol, recouverts par les poutrelles, et les murs en béton du bâtiment, empêchant la circulation d'air, ni bien sur un refroidissement par l'eau, et ils affirment : « nous ne pouvons donc pas écarter le scénario d'une fusion ».

Les experts de l'institut ajoutent : « sans refroidissement par l'air, la destruction des barres par échauffement et la libération des matières radioactives signeraient probablement le début de la fin pour le Japon, et peut-être pour le monde ». lien

L'intégralité du reportage de l'émission japonaise sous titrée est en 2 parties : 1 et 2.

La situation en ce début juin ne s'arrange pas :

En effet, le 6 juin 2012, les techniciens sur place à Fukushima ont remarqué que la température de l'eau de la piscine n°4 a augmenté de 8° C en 45 heures, passant de 34°C à 42°C.

La raison de cette brusque augmentation provient de la panne prolongée du système de refroidissement.

C'est d'abord un problème électrique sur l'un des boitiers de contrôle de l'unité mobile de refroidissement (image) qui a provoqué l'arrêt de circulation d'eau le lundi 4 juin, vers 18h, et la pompe de secours qui devait prendre automatiquement le relais ayant refusé de fonctionner, la température de la piscine a fatalement augmenté.

Tepco estime que la température devrait théoriquement monter de 0,3° par heure, ce qui laisserait environ 11 jours avant que la température n'atteigne 90° C.

Ce n'est pas une nouveauté, et le 12 avril dernier on se souvient que le système de refroidissement avait déjà connu une défaillance (lien) faisant monter la température à plus de 55°C. lien

A la décharge de l'exploitant, si l'on considère l'urgence dans laquelle il a fallu installer des kilomètres de tuyaux, des milliers de raccords, des systèmes de commande fragiles, avec en prime de hauts niveaux de radioactivité, il n'était pas évident de mettre en place des systèmes de secours performants et surs. lien

L'eau contenue dans la piscine a été mesurée à 100 kBq/l et l'évaporation de cette eau augmente chaque jour un peu plus la pollution ambiante de l'air, laquelle continue de s'échapper et faire le tour de la planète depuis le 11 mars 2011.

Tepco, sur le point d'être nationalisé, s'apprêterait à lancer enfin la construction d'un barrage souterrain afin de restreindre les fuites radioactives vers l'océan (lien) mais celles de l'air continue d'augmenter et le professeur Takeda Kunihiko, de l'université de Chubu, constatant l'augmentation régulière et progressive de celle-ci dans son pays, estime que le 31 mars 2015, la dose annuelle atteindra 5mSv, et que plus personne ne pourra vivre au Japon après cette date. lien

En France, depuis le départ de l'ex-président de la République, dont on savait l'attachement qu'il portait à l'industrie nucléaire, certaines vérités commencent à sortir du puits.

On se souvient que ce dernier avait formellement affirmé le 17 avril 2012 n'avoir jamais tenté de vendre une centrale nucléaire au dictateur libyen, déclarant : « c'est un mensonge éhonté, il n'a jamais été question de vendre une centrale à Monsieur Kadhafi ». lien

Or, « l'observatoire du nucléaire » vient de publier sur son blog le texte de l'accord nucléaire signé entre les deux pays à Tripoli le 25 juillet 2007, document que l'on peut découvrir sur ce lien.

En attendant les citoyens anti-nucléaires ont décidé des actions conjointes le 13 octobre 2012, dont la plus originale est peut-être celle qui va être organisée dans la région lyonnaise.

Il s'agit de « la marche des réfugiés » : imaginant qu'un accident majeur s'est passé à la centrale nucléaire de Bugey, qui a dépassé depuis longtemps la limite d'âge, (lien) et qui a été le témoin en 1971 de la première manif antinucléaire, (vidéo) : des femmes, des enfants, des hommes vont converger vers Lyon, laissant sur leur passage des panneaux indiquant la « zone d'exclusion », pour finalement être accueillis dans des tentes de secours en plein cœur de Lyon.

Comme dit mon vieil ami africain : « si quelqu'un t'as mordu, il t'a rappelé que tu avais des dents ».
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MessageSujet: Les médias toujours "aux ordres" du pouvoir   Jeu 30 Aoû - 14:32

N’en déplaise aux médias et aux belles âmes de gauche, les gouvernements passent mais la politique migratoire menée par Manuel Valls ressemble beaucoup à celle de l’antéchrist Claude Guéant. A une nuance près : les expulsions et les charters du ministre de l’Intérieur sont faits beaucoup plus discrètement… et ne suscitent pas la même indignation de la part des journalistes.
En matière de sécurité, et même si les émeutes d’Amiens démontrent que les signaux de laxisme envoyés par le gouvernement ont des effets désastreux, Manuel Valls met ses pas dans ceux de Nicolas Sarkozy. Et c’est très bien comme cela ! Face à une situation sécuritaire tendue, le ministre de l’Intérieur est l’un des rares (seul ?) membre du gouvernement à ne pas tomber dans l’angélisme et le réflexe de l’excuse.
C’est donc tout naturellement qu’il a poursuivi l’oeuvre de démantèlement de camps roms et d’expulsions, au même rythme que ce que faisaient Sarkozy, Hortefeux et Guéant. Médiapart nous apprend que pas moins de 2000 roms ont été délogés au cours des diverses opérations de police menées cet été.
Mieux, nous apprend le journal d’Edwy Plenel (qui doit s’étrangler devant le monstre qu’il s’est donné tant de mal à créer), Manuel Valls a fait affréter des charters pour expulser les Roms comme à l’époque du sarkozysme triomphant. Au moins deux vols pour Bucarest, bourrés à craquer de Roms ont décollé cet été de Lyon sur ordre du ministère de l’Intérieur.
Mais il faut chercher loin pour trouver trace de ces charters car aucun article spécifique ne leur est consacré (souvenez-vous des éditos enflammés contre la « xénophobie d’état » quand Claude Guéant avait recours à la même méthode) et on retrouve la trace de ces vols quasi-secrets que dans les tréfonds des articles… sur Mediapart ou aileurs.
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MessageSujet: Journalistes et politiques : les structures élémentaires de la parenté Des tribus amazoniennes à la jungle du pouvoir   Dim 2 Sep - 13:03

Journalistes et politiques : les structures élémentaires de la parenté
Des tribus amazoniennes à la jungle du pouvoir
Publié le 01 septembre 2012 à 14:30 dans Politique
Mots-clés : Audrey Pulvar, Claude Lévi-Strauss, François Hollande, Matthieu Pigasse, Valérie Trierweiler


À peine écartée de France Inter et de France 2, au nom de la déontologie parce qu’elle est la compagne d’un ministre, la journaliste Audrey Pulvar a été nommée à la tête des Inrockuptibles. Dans son premier éditorial, qu’elle consacrait aux démantèlements des camps de Roms, elle apostrophait le Président de la République : “Cher François, on n’a pas voté pour ça”. La familiarité avec laquelle la journaliste s’adresse au président est surprenante: outre le fait qu’elle est de mauvais augure, parce qu’elle peut devenir synonyme d’irrespect, elle reflète le lien de connivence qui unit le pouvoir politique et la presse. Audrey Pulvar, qui est la compagne d’Arnaud Montebourg, a en effet été nommée directrice des Inrocks par Matthieu Pigasse, le gérant de la banque Lazard, qui a activement soutenu la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle.

Toujours est-il que cette connivence journalistique, dénoncée par Jean Quatremer dans son livre Sexe, mensonges et médias et sur son blog, est trop récurrente pour passer inaperçue. Outre Arnaud Montebourg, deux autres ministres du gouvernement Ayrault sont en couple avec des journalistes : Michel Sapin avec une journaliste aux Échos, et Vincent Peillon avec une journaliste au Nouvel Observateur. Et personne n’ignore, évidemment, que le président de la République partage sa vie avec Valérie Trierweiler, toujours salariée de Paris Match. Le phénomène n’est pas nouveau: on se souvient de François Mitterrand, interviewé le 14 juillet 1992 par Anne Sinclair, femme du ministre de l’Industrie de l’époque Dominique Strauss-Kahn, et Christine Ockrent, épouse du ministre de la Santé Bernard Kouchner. À droite, la liaison de Jean-Louis Borloo et de Béatrice Schönberg fut en son temps dénoncée par… Arnaud Montebourg ! Alors? Comment expliquer cette attirance des politiques pour les femmes journalistes ?

C’est du côté de l’anthropologie, et des peuples premiers, que l’on peut s’aventurer à trouver une réponse. Alors que les structures de parenté sont complexes dans nos sociétés dites développées, elles sont plutôt élémentaires chez nos politiques. On retrouve chez eux des pratiques que les anthropologues ont observées dans nombre de sociétés traditionnelles. Claude Lévi-Strauss a expliqué que les structures élémentaires de la parenté étaient fondées sur la “circulation des femmes”1. En effet, que l’on soit un indien d’Amazonie ou un homme politique français, on n’épouse pas n’importe qui. La prohibition de l’inceste, qui est universelle et qui établit le passage de la nature à la culture, oblige les hommes à chercher des épouses dans d’autres groupes de parenté. La circulation des femmes est à l’origine d’alliances entre différents groupes. Quand nos politiques se lient avec des journalistes, ils reproduisent ce modèle et expriment un déséquilibre : la politique reste dominée par les hommes alors que le journalisme s’est féminisé. On remarquera que les politiques et les journalistes ne sont pas des groupes très éloignés : ils sont tous issus des mêmes écoles, notamment Sciences Po, puis sont amenés à se côtoyer dans le cadre de leur activité professionnelle, si bien que l’on pourrait parler ici, lorsqu’ils se marient entre eux, d’une certaine forme d’endogamie, un peu comme les Wolof ou les Touareg qui privilégient le mariage avec la cousine croisée matrilatérale.

Les alliances matrimoniales conditionnent d’autres types de relations, notamment politiques et économiques. Sous l’Ancien régime, les mariages entre princes servaient les intérêts politiques des souverains. Aujourd’hui, les liens de parenté semblent encore jouer un rôle non négligeable dans l’exercice du pouvoir, voire dans le recrutement des gouvernants. Il n’a échappé à personne que, d’une élection présidentielle à l’autre, deux candidats de 2012 avaient un lien de parenté avec deux candidats de 2007: Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen et François Hollande le père des enfants de Ségolène Royal. Comme si deux lignages étaient ici en compétition pour la conquête du pouvoir ! Enfin, lorsqu’on lit dans Le Canard enchainé que l’époux de Fleur Pellerin vient d’entrer au cabinet de Marylise Lebranchu, que le mari de Najat Vallaud-Belkacem est devenu conseiller d’Arnaud Montebourg et que l’épouse du conseiller de l’Élysée Aquilino Morelle dirige le cabinet d’Aurélie Filippetti, on entrevoit que ceux qui ont dénoncé pendant cinq ans la clique du Fouquet’s forment également un clan. Le clan est un concept anthropologique: les anthropologues parlent en effet de “sociétés claniques” lorsque des individus, qui prétendent descendre d’un même ancêtre, sans que cela soit nécessairement démontré, remplissent des fonctions politiques, voire économiques. Ici, François Mitterrand, que l’on surnommait justement Tonton, c’est-à-dire en utilisant un terme de parenté, incarne l’ancêtre dont les membres du clan se réclament. La rose est le végétal qui, tel un totem, permet d’identifier le clan. Dans ces conditions, le jour de l’investiture de François Hollande, la présence de Mazarine, la fille naturelle de François Mitterrand, avait une fonction hautement symbolique.

Mais revenons à la circulation des femmes. Au sein du clan qui rassemble la gauche, le groupe des politiques choisit, avec une certaine fréquence, son épouse dans le groupe des journalistes. Claude Lévi-Strauss a insisté sur “le fait fondamental que ce sont les hommes qui échangent des femmes, non le contraire” : chez les peuples premiers, les femmes sont un matériel que l’on s’échange. La circulation des femmes est en effet au centre d’un système de prestation et de réciprocité qui pose les fondements de l’organisation sociale : on échange des biens matériels, des fonctions, du prestige ou encore des droits. Les anthropologues ont ainsi mis en avant une pratique qu’ils appellent le prix de la fiancée : il s’agit de prestations que le groupe du mari verse au groupe de l’épouse. Ainsi, un groupe donne ses femmes en échange d’une contrepartie. Si l’on transpose ce concept dans notre société, peut-on dire que les femmes journalistes sont une monnaie d’échange entre le monde de la presse et celui de la politique ? Ce n’est pas improbable : chaque année, les politiques permettent à l’État d’allouer des subventions à la presse : en 2011, leur montant était supérieur à 300 millions d’euros. Le journal Le Monde, qui appartient notamment à Matthieu Pigasse, a par exemple reçu 17 millions d’euros de subventions directes en 2010. Du coup, on peut aussi s’interroger: doit-on voir une forme de compensation lorsque Matthieu Pigasse, qui participe en tant que banquier au pouvoir économique, recase les compagnes journalistes de ses amis politiques ? En l’échange de quoi ? On sait que la banque Lazard, qui est une banque d’affaires franco-américaine dont les trois principaux bureaux se situent à New York, Paris et Londres, a su profiter dans le passé de ses liens avec la gauche. En 1924, elle soutient le Cartel des gauches et le monopole de la banque sur le change officiel de la France lui a permis de réaliser de belles opérations à Londres. Après la victoire de François Mitterrand en 1981, la banque, que l’on surnomme “le ministère bis de l’Industrie”, échappe à la nationalisation grâce à l’intervention de Jacques Attali.

Pour conclure, nos hommes politiques ne sont évidemment pas des Bororo. Mais quand ils choisissent leur compagne parmi les femmes journalistes, ils semblent reproduire des structures élémentaires de parenté, qui sont fort courantes chez les peuples premiers. Dans les sociétés traditionnelles, ce sont le plus souvent les femmes qui s’occupent de la cueillette, de l’agriculture et de la cuisine : elles font bouillir la marmite et assurent la subsistance du groupe. C’est cette logique que l’on retrouve dans notre société quand les journalistes servent la soupe aux politiques.
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