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 L'Eglise encadre ses bloggeurs

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MessageSujet: L'Eglise encadre ses bloggeurs   Sam 26 Nov - 4:55

Faut-il encadrer les blogueurs cathos ?
Par Jean-Marie Guénois le 25 novembre 2011 19h32 | Un commentaire
Je viens de vivre trois expériences très différentes liées à une question récurrente : la communication de l'Eglise catholique. Ou son incommunication.

La plus récente est le voyage de Benoît XVI au Bénin (18-19-20 novembre). Ce 22ième voyage du Pape hors d'Italie n'a pas brillé par sa couverture médiatique. Le Pape n'a pourtant pas mâché ses mots. Lire, en particulier son discours de samedi dernier à Cotonou qui résume son message à l'Afrique.

Cela me conduit à poser une première remarque. Ce voyage était la conclusion d'un synode romain consacré à l'Afrique. Le Pape venait donc remettre à ce continent une « exhortation apostolique » de 140 pages issues du travail de 250 évêques africains réunis pendant trois semaines au Vatican à l'automne 2009.

Rien à dire sur le contenu de ce document. Mais sur la forme, il souffre, comme tous les textes de synthèses à entrée multiples, d'un manque d'unité et peut-être d'un excès de citations de documents précédents de l'Eglise catholique. Je l'ai lu à deux reprises à deux moments du voyage et j'ai été frappé par le contraste entre la limpidité du discours de Benoit XVI, le samedi, et une certaine lourdeur structurelle de l'exhortation apostolique.

MANQUE DE LISIBILITE

Au point qu'il me semble que les résultats d'un synode seraient sans doute mieux « communiqués » par une lettre apostolique de 8 à 10 pages qui en donnerait le souffle, l'esprit et des points saillants. Une Lettre qui serait doublée par un compte rendu plus opérationnel du synode sous forme de fiches et d'objectifs à atteindre. Par exemple les 10 objectifs pour l'Eglise Africaines pour 2021 : religieux, sociaux, etc.

Je trouve dommage, en un mot, que l'excellent travail d'analyse et de monitoring réalisé par le synode - on parle ici de l'Afrique mais ce sera le Liban dans un an - se trouve quelque peu noyé par la nécessité de publier cette vaste ambition en un seul document qui embrasse très - trop - large. Mais en purs termes de communication le synode manque de « lisibilité ».

La seconde expérience s'est déroulée, la semaine précédente, le 10 novembre, au cœur du Vatican. J'étais l'un des cinq journalistes invités par le Vatican pour participer à un colloque sur les problèmes de communication de l'Eglise. Aux côtés de l'américain John Allen (National catholic register), de l'allemand Paul Bade (Die Welt), de l'anglais J Hooper (The guardian), de l'espagnol Antonio Pelayo (Antenna 3). La Croix en a rendu compte.

A l'invitation de Giovanni-Maria Vian, directeur de l'Osservatore Romano nous étions sollicités pour donner notre avis de journalistes sur les « incompréhensions » entre l'Eglise et le monde des médias. Andrea Riccardi, fondateur de San Egidio - devenu ministre depuis - fut aussi sollicité et le cardinal Ravasi, ministre de la culture du Saint-Siège conclut cette journée d'échanges passionnants où les plus hauts responsables de la Curie étaient présents.

L'idée était de prendre un vrai recul sur les trente dernières années - et pas seulement pour le pontificat de Benoît XVI (on a oublié combien Jean-Paul II fut lui aussi attaqué comme pape « conservateur ») - et d'analyser ce qui ne fonctionne pas ou ne communique pas dans le pontificat de Benoît XVI.

AUTOCRITIQUE DE LA 'COM' DU VATICAN

Il faut reconnaître qu'aucun problème n'a été éludé lors de cette journée d'étude intellectuellement très ouverte. Elle a rompu avec l'image d'une curie romaine insensible aux questions de communications. Le Saint-Siège pour monolithique qu'il apparaisse n'est pas inerte : tardivement certes mais c'est aussi le rythme d'une institution à dimension internationale, il a soumis sa communication à la critique pour l'améliorer. Et c'était la première fois, à ma connaissance, que l'on a ainsi officiellement consulté des professionnels non Italiens pour tenter de comprendre une situation.

La troisième expérience se déroula deux jours plutôt à Lourdes, où je suis allé suivre la conclusion de l'Assemblée d'automne des évêques. Parmi les multiples sujets de cette assemblée, un groupe de travail, « Internet et l'Eglise », était particulièrement intéressant.

Mais les conclusions de la conférence de l'expert théologique, le P. Henri-Jérôme Gagey de l'institut catholique de Paris m'ont laissée perplexes quand il a affirmé et confirmé en conférence de presse, qu'il convenait « de former les blogueurs catholiques ».

Il existe en effet, comme dans toutes les religions, une petite centaine de blogueurs catholiques en France, un phénomène très actif à prendre en compte. Ils sont particulièrement dynamiques et de sensibilité plutôt classique. Ils échappent en tout état de cause à la hiérarchie épiscopale. Ce qui n'est pas sans inquiéter les évêques quand il s'agit de prêtres. Un évêque remarquait en effet qu'un curé blogueur dépasse de loin, par ce qu'il écrit, sa responsabilité canonique territoriale paroissiale...

RISQUE DE CAPORALISME

Etrange idée toutefois que de vouloir « former » des blogueurs catholiques. Le P. Gagey pense-t-il que ces blogueurs ne pensent pas comme il faut ? Cela serait inquiétant. Ou s'inscrit-il dans un schéma ecclésial totalement dépassé, celui de « l'encadrement » où la structure entend non seulement formater une pensée mais aussi exercer son contrôle?

Beaucoup d'évêques ont heureusement aussitôt compris l'inanité de cette idée en mettant en garde le P. Gagey contre le risque de « caporalisme » (sic). Il n'a pas lieu d'être dans l'Eglise catholique. Il est surtout totalement impraticable, pour qui connaît le sujet, sur la toile internet caractérisée par la liberté absolue et l'initiative individuelle.

Cette armée d'électrons libres peut certes déplaire à l'Eglise catholique, l'embarrasser ou la gêner tels des aiguillons. Mais elle lui rend un service qu'elle n'imagine pas sur la toile en assurant une présence « catholique » non officiel et très tonique. Car le propre des blogs et autres tweets est justement leur « a-institutionnalité ». Ils sont nés libres et doivent le rester.

Loin de s'opposer, ils complètent la communication institutionnelle - elle-même en cours de réforme - de l'Eglise catholique comme évoqué en première partie de ce blog. J'observe que cette grosse institution a saisi que les règles avaient changé.

Plus encore que d'autres institutions internationales comparables, l'Eglise catholique - mais aussi les autres religions - parce qu'elles relient des gens et des communautés partageant une même foi sont particulièrement traversées et perméables par nature, à cette nouvelle culture de rapidité, de partages, et d'échanges d'informations, et surtout d'horizontalité qui caractérisent les réseaux sociaux.

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