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 Bien sûr qu'il faut dépénaliser !!! le contraire ne mène nulle part

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MessageSujet: Bien sûr qu'il faut dépénaliser !!! le contraire ne mène nulle part   Jeu 16 Juin - 15:35

SOCIÉTÉ 15/06/2011 À 00H00

Cannabis : lâcher prise ?
Marché gigantesque, filières innombrables, réseaux locaux : la lutte semble si vaine que certains prônent la dépénalisation. Pour mieux contrôler l’offre.
21 réactions
Par MICHEL HENRY

Un joint le 21 juin 2006 à Lyon (© AFP Jeff Pachoud)

Peut-on lutter efficacement contre le trafic de cannabis ? La partie est difficile. Certes, les policiers effectuent des saisies : 90 kilos de résine, le 12 juin, à Poissy (Yvelines). Et, quatre jours plus tôt, 207 kilos à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne). Bonnes pioches, mais il reste un énorme boulot. Car le marché français déjà atteignait, en 2005, 277 tonnes, selon l’estimation des économistes Christian Ben Lakhdar et David Weinberger (1), qui constatent : «L’offre commerciale de cannabis semble bien se porter en France.» Fort de 3,9 millions d’utilisateurs occasionnels, le marché génère un chiffre d’affaires qu’ils évaluent à 832 millions d’euros.

3 366 euros. En 2009, les services de répression ont saisi 59 tonnes, soit 21% de ce total. 79% du cannabis a donc circulé librement. «A la fois compliquée et onéreuse», la lutte «apparaît sans fin», constatent les économistes. Un policier parisien compare son travail à «vider la mer à la cuillère» : arrêtez trois dealers, quatre vont prendre leur place. Les chercheurs soulignent les bizarreries de la répression. La probabilité d’interpellation est «beaucoup plus élevée» pour les simples usagers que pour les usagers-revendeurs et les trafiquants. Or, interpeller un usager n’a guère d’intérêt, et représente un coût énorme.

Deux chercheurs (Pierre Kopp et Philippe Fenoglio, en 2003) ont estimé le coût social de chaque interpellation à 3 366 euros (mobilisation de la police, de la justice, perte en termes de travail empêché pour les interpellés…). La politique française consiste depuis plusieurs années à augmenter ces interpellation d’usagers de cannabis : 133 000 en 2008. A 3 366 euros pièce, cela représente un coût certain (447 millions). De l’argent gâché ?

Ben Lakhdar et Weinberger suggèrent «d’abandonner la lutte contre le versant demande du marché» pour se concentrer sur l’offre. En clair, ils proposent de dépénaliser l’usage, comme l’a récemment recommandé la Global Commission on Drug Policy, regroupée autour d’anciens présidents sud-américains, qui constate l’échec de la «guerre à la drogue» (Libération du 3 juin).

Déjà, cela permettrait de réaliser des «économies substantielles». D’autre part, «d’un point de vue économique, il est inefficace de lutter contre le simple usager ou même contre les petits dealers, dit Christian Ben Lakhdar (Université catholique de Lille). Car c’est le cercle infernal. Ça ne s’arrête jamais. Au mieux, on délocalise le trafic de quartier en quartier. Si on arrête le trafiquant X, le trafiquant Y va prendre sa place.» Pour plus d’efficacité, les policiers tentent de frapper les gros trafiquants au portefeuille, en saisissant notamment leurs biens et richesses.

Autoproduction. Mais le marché du cannabis, historiquement structuré par les importations en provenance du Maroc, évolue, avec l’essor de l’herbe dite «autoproduite» qui pourrait, à terme, dominer le marché : «L’Europe a le potentiel pour devenir autosuffisante», affirment les deux économistes. Des «cannabis factories» produisent des milliers de plants en Suisse et en Grande-Bretagne (60% de la consommation interne). Leaders incontestés, les Pays-Bas ont «dépassé le stade de l’autarcie». Non contents d’inonder leur marché intérieur, ils exportent 80% de leur production. «Cela obligera sans doute les Marocains à baisser leurs prix pour rester concurrentiels», affirme Ben Lakhdar.

La France reste sur des cultures plus modestes. En 2005, l’herbe autoproduite représentait 32 tonnes, soit 11,5% du marché. Les autocultivateurs seraient entre 140 000 et 200 000, pour la plupart de petits artisans, hors des circuits délinquants. Ce chiffre pourrait grandir. Car il est très facile de se mettre à la production maison, et sans grand risque. Les graines s’achètent sur Internet, police et douanes sont démunis : impossible de reconnaître à l’œil nu une graine légale ou non.

«Indoor». Autre complication : l’autoculture est atomisée. Les fermes françaises «ne dépassent que très rarement 250 plants», disent les économistes. Difficile de les détecter. Du coup, les affaires de cannabiculture ne représentaient, en 2008, que 2% des procédures de l’Octris (Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants). Pour pallier son retard, l’Octris a mené, le 26 avril, une mission «Cannaweed», avec 23 opérations sous l’autorité de 19 parquets. Bilan : 100 pieds de cannabis et 4 kilos d’herbe saisis. Une misère. Plus spectaculaire, le démantèlement, le 8 février, d’une ferme «indoor » gérée par des clandestins vietnamiens à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), avec 700 plants transgéniques, montre que les «usines à cannabis» commencent à s’installer. Un souci de plus.

(1) D’après une étude citée dans «Du marché du cannabis au marché du THC en France». Christian Ben Lakhdar et David Weinberger. Revue française de socio-économie, janvier 2011 (La Découverte/cairn.info).
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MessageSujet: seuls les vieux cons ne comprennent pas que leur société est invivable   Jeu 16 Juin - 15:37

Le débat sur la dépénalisation, voire la légalisation du cannabis, n'est pas prêt d'accoucher d'un projet législatif. Même si la gauche revenait au pouvoir en 2012. C'est le constat que l'on peut dresser après la cascade de réactions -à gauche- suite à la remise, mercredi, d'un rapport sur la question élaboré par dix députés socialistes. Daniel Vaillant, le député-maire du XVIIIe arrondissement et ancien ministre de l'Intérieur, en était le chef de file.

Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste pour 2012, s'est prononcée contre la dépénalisation tant qu'on aura pas «prouvé qu'on a mis tous les moyens pour démanteler les réseaux». La reine du Poitou a également affirmé «que si on dépénalise le cannabis, le trafic se fera sur des drogues plus dures».

Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, a estimé que la question d'une légalisation «contrôlée» du cannabis n'était «pas tranchée». Il a simplement annoncé que si la gauche revenait au pouvoir, elle organiserait une «commission de consensus pour essayer de dégager des solutions». C'est lui même qui a demandé à Daniel Vaillant de réunir un groupe de travail autour de la question du cannabis. Face à «l'échec» des politiques menées en matière de drogues, «quelle est la solution, mettre la poussière sous le tapis?» a-t-il ajouté.

«Avis très partagé»

La poussière, Manuel Valls, député-maire d'Evry (Essonne), ne veut pas en entendre parler. Le candidat aux primaires PS pour la présidentielle s'est déclaré «fermement» opposé à la légalisation du cannabis. La mesure «va à l'encontre de ses valeurs» a-t-il dit, ajoutant: «Quand on est de gauche, épris de liberté, on ne peut pas accepter l'idée de légaliser quelque chose qui crée de la dépendance. La drogue crée de la dépendance»

Quant à Bruno Le Roux, porte-parole des députés PS et proche de François Hollande, il avoue ne pas être «un grand fan». «C'est un dossier sur lequel il n'y a pas l'unanimité» au sein des députés PS. Il va y avoir «un début de discussion» à partir de la proposition de Daniel Vaillant mais les «avis très partagés», a-t-il ajouté.

Afin de «sortir de l'hypocrisie», le groupe de travail du groupe socialiste, présidé par l'ancien premier flic de France, Daniel Vaillant, préconise la «légalisation contrôlée du cannabis» et la mise en place d'une véritable «filière nationale».

53.000 hectares

Partant du constat que la France conserve une des législations les plus répressives d'Europe, alors que le niveau de consommation est l'un des plus forts, les députés font valoir qu' «une légalisation contrôlée» pour les personnes majeures permettrait, «grâce à l'encadrement de la production et de la distribution», d' «instaurer une politique de réduction des risques». Ils proposent aussi la mise en culture de 53.000 hectares «selon des règles strictes pour garantir la qualité des produits».

Deux types d'établissements sont aussi prévus à l'usage des consommateurs majeurs: les premiers, uniquement consacrés à la vente, sur le mode des débits de tabac, les seconds, vus comme des «lieux de sociabilité», autorisant vente et consommation. «La vente d'alcool y serait strictement interdite», note le rapport.

Se défendant de tout «laxisme», les auteurs affirment que leur démarche n'est «pas la création d'un droit à la consommation» mais a pour «premier objectif de faire baisser la consommation et les risques qu'elle engendre».

En dépit de la politique de prohibition menée depuis 1970 à l'égard du cannabis, près de 4 millions de personnes avaient, en 2005, consommé un joint au moins une fois dans l'année. 1,2 million de personnes seraient des consommateurs réguliers.
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MessageSujet: Même de Villepin est pour !   Jeu 16 Juin - 15:38

L'ex-Premier ministre Dominique de Villepin s'est prononcé pour la dépénalisation de l'usage du cannabis. "Je suis contre la pénalisation et pour la dépénalisation, je propose qu'en contrepartie on choisisse la voie de la contravention" a-t-il dit lors de l'émission Elections 2012, qui doit être diffusée jeudi dans la journée.

L'ancien ministre de l'Intérieur a souligné également que cette mesure permettrait d'alléger la charge des services de police et de justice.

"En ce qui concerne le cannabis, 4 millions de consommateurs en France, 90.000 interpellations dans notre pays, ce qui engorge nos services de police, mobilise la police judiciaire pour des enquêtes qui, souvent, sont infructueuses", a-t-il dit.

3.750 euros d'amende

"Je ne suis pas sûr que nous soyons mûrs pour une légalisation, même pour une légalisation sous contrôle. Par contre il est temps de décriminaliser l'usage, la consommation de cannabis et de passer à un stade contraventionnel", a souligné Dominique de Villepin.

L'usage de produits stupéfiants est interdit par l'article L3421-1 du code de la santé publique, qui prévoit des peines maximales d'un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende.

Il s'agit de peines maximales et, dans la pratique, les magistrats ont une grande marge d'appréciation et l'emprisonnement est exceptionnel. En cas d'interpellation, le consommateur peut éviter la sanction pénale en acceptant une aide médicale, psychologique et sociale.

La gauche a relancé mercredi le débat sur la dépénalisation du cannabis, y compris dans ses propres rangs, en prônant, dans un rapport parlementaire, une "légalisation contrôlée" de cette drogue.

(Source AFP)
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MessageSujet: "Il est temps de penser à dépénaliser toutes les drogues"   Ven 17 Juin - 15:43

"Il est temps de penser à dépénaliser toutes les drogues"
Fred Bladou, chargé de mission actions communautaires à Aides, milite pour que la France adopte le modèle portugais de lutte contre la drogue et d'aide aux toxicomanes.


120
Le 2 juin, la Commission mondiale sur la politique des drogues a écrit dans un rapport que la guerre mondiale contre la drogue a échoué. Est-ce le moment de tenter une autre stratégie?Ce rapport est très important puisque c'est la première fois que des personnages politiques et publics majeurs, d'anciens ministres, chefs d'Etat et même Kofi Annan, l'ancien secrétaire général de l'Onu, remettent publiquement en question les politiques de guerre contre les drogues menées depuis 40 ans. Ils disent que cette guerre coûte des fortunes monumentales pour un résultat inefficace puisque de plus en plus de gens se droguent et qu'il y a de plus en plus de drogue en circulation. Il est temps de mettre l'argent de cette guerre inefficace dans la prévention et les traitements. Il suffit d'observer le modèle portugais: grâce à une mise à disposition de traitements de substitution et à une prise en charge sociale et psychologique des toxicomanes, le nombre d'usagers par injection a chuté de moitié en dix ans. Il est vraiment temps de réfléchir en France à une dépénalisation de l'usage de toutes les drogues. Il faut modifier les termes de la loi sur les stupéfiants de 1970. Il faut surtout cesser de faire la guerre toute la journée aux consommateurs. Le harcèlement judiciaire et policier est complètement contre-productif car il pousse les usagers à la clandestinité, les expose à plus de violences de la part des dealers et est un frein à la mise sous traitement.
Daniel Vaillant, député socialiste, préconise dans un rapport de légaliser la production de cannabis (et donc de l'organiser au niveau de l'Etat) sans dépénaliser sa consommation. Qu'en pensez-vous?
Aides va signer samedi 18 juin la 35eme édition de l'"Appel du 18 joint", qui demande la légalisation du cannabis afin notamment de pouvoir l'utiliser comme moyen thérapeutique. Mais je pense que sur cette question, il faut un véritable débat national. En laissant de côté les considérations idéologiques, morales et religieuses concernant l'usage des drogues - comme de l'alcool d'ailleurs -, pour étudier la question sous l'angle de la santé publique. En France, 52% des jeunes ont déjà pris au moins une fois du cannabis. Douze millions de Français en tout. Et il y a 550 000 fumeurs quotidiens ! Cela fait 30 ans que ces chiffres augmentent. Les discours alarmistes des politiques qui usent de lieux communs et d'amalgames du genre "qui fume un joint un soir se piquera le lendemain" ou "qui fume un joint de temps en temps va se mettre à voler et n'ira plus travailler" sont non seulement faux mais aussi complètement contre-productifs. La question n'est pas de dire si c'est bien ou pas bien de se droguer, mais de faire en sorte de baisser le nombre d'overdoses, le nombre de personnes dépendantes, le nombre de contaminations au VIH, etc. Le débat doit avant tout concerner la santé, pas la sécurité – puisque la guerre à la drogue a démontré son inefficacité. Mais tel que les maires de Sevran et de Saint-Ouen - qui demandent à l'armée de faire le ménage dans les quartiers - l'abordent, je crains que le débat ne se limite à nouveau à une approche sécuritaire, qui considère les usagers comme des coupables en puissance.
Pensez-vous que l'exemple portugais puisse être adapté à la France?
Oui, à condition que l'on augmente les crédits dédiés à la prévention, aux traitements et à la prise en charge des toxicomanes plutôt qu'on ne les coupe, comme c'est le cas actuellement. Et qu'on rende les traitements de substitution plus accessibles. La France aurait tout à y gagner car la décriminalisation viderait un peu les prisons - je rappelle que dans les prisons françaises, 9000 personnes sont enfermées pour détention ou usage de cannabis - et diminuerait la délinquance. Autant d'économies pour la justice et l'administration pénitentiaire !
Cannabis: la France débat encore
Dominique de Villepin va-t-il signer vendredi l'Appel du 18 Joint? C'est peu probable. Car contrairement aux associations signataires qui réclament depuis 35 ans la légalisation de l'usage du cannabis, l'ex-Premier ministre s'est dit hier favorable à sa dépénalisation. Le débat est relancé depuis que le député socialiste Daniel Vaillant a rendu mercredi un rapport proposant "une légalisation contrôlée" de la production de cette herbe, mais pas de dépénalisation de sa consommation. Pour le ministre de la santé Xavier Bertrand ce serait "une erreur totale et dangereuse". Fred Bladou, de l'association de lutte contre le sida AIDES, est fatigué de "cette guerre faite aux consommateurs au nom d'une idéologie, d'une morale ou d'une religion, qui est contreproductive depuis 40 ans". "Il est temps qu'un vrai débat national soit lancé sur le sujet et que les termes de la loi sur les stupéfiants de 1970 soient modifiés", dit-il. "Et qu'on cesse de répandre ce lieu commun qui veut que si l'on fume un joint un soir on se piquera le lendemain!"
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MessageSujet: Thierry Lévy, visionnaire ou utopiste?   Lun 25 Juil - 9:48

Thierry Lévy, visionnaire ou utopiste?
Aliocha - Blogueuse Associée | Lundi 17 Mai 2010 à 17:01 | Lu 8403 fois
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La blogueuse Aliocha profite de l'intervention de Thierry Lévy dans une émission de France 2 pour revenir sur l'engagement de cet avocat pénaliste contre l'incarcération, qu'il juge inutile et inhumaine.



hlkljgk - Flickr CC
Connaissez-vous Thierry Lévy ? Mais si, le célèbre pénaliste, ça y est, vous y êtes ? Il est vrai que, contrairement à nombre de ses confrères, on le voit assez peu commenter ses procès sur les marches des Palais de justice. Il était hier soir sur le plateau de “Faites entrer l’accusé” sur France 2, à l’occasion d’une émission consacrée à l’affaire Valérie Subra, du nom de cette jeune fille qui jouait le rôle d’appât pour permettre à ses complices de détrousser des hommes riches. Ils assassineront deux personnes.

LA PRISON, CETTE BARBARIE INUTILE
Le débat qui suivit portait sur cette question : la prison change-t-elle les hommes ? En entendant les deux premiers témoignages d’anciens détenus sur les rencontres qu’ils avaient faites en détention et la manière dont celles-ci les avait poussé à évoluer, je devinais que Thierry Levy devait bouillir intérieurement. Pour cet ancien président de l’Observatoire international des prisons (OIP), les barreaux sont une horreur, une barbarie inutile. Alors prétendre devant lui que la prison peut apporter quelque chose à ceux qui la subissent, c’est un peu comme tenter d’exposer les vertus médicinales du tabac à un pneumologue…. Je vous avoue que je m’attendais de sa part à un discours plus offensif. La vérite, c’est que cet avocat est loin d’être un client rêvé pour la télévision. Secret, intransigeant, révolté ou plus exactement possédé par une révolte qu’on devine inextinguible, il s’exprime avec parcimonie pour ne dire que l’essentiel. Les mouvements de manche, les déclarations fracassantes, les effets de style, il s’en moque. Mieux, je le soupçonne de haïr la séduction et son cortège de mensonges et de faux-semblant.

Ce n’est pas un hasard si l’une des choses qu’il reproche à la prison, c’est précisément de pousser les détenus à cultiver l’hypocrisie, à faire semblant d’adhérer au système pour obtenir un traitement de faveur. Car celui qui tient ses distances sera brisé. Non la prison n’a pas pour objet la réinsertion, sa seule obsession c’est d’empêcher les évasions, expliquait-il hier, avant de pointer le vrai problème : on veut que la prison fasse mal. Or, son objet n’est pas de faire souffrir, mais “simplement” de priver de liberté. Une vaste hypocrisie sociale, en somme. Sans doute la plus insupportable. Certains sortent changés de la prison, et alors ? C’est qu’ils ont puisé au fond d’eux-mêmes la force de surmonter l’épreuve, c’est cela qui les a changé, la prison n’y est pour rien. Christophe Hondelatte évoque “les criminels” ? Thierry Lévy corrige : tout ce que l’on sait, c’est qu’ils ont été condamnés, rien n’autorise à les qualifier de criminels. Il faut dire que l’avocat déteste beaucoup de choses et en particulier les étiquettes.

AU-DELÀ DES ÉVIDENCES
Si je vous parle de lui aujourd’hui, c’est que j’ai eu la chance de l’interviewer, il y a quelques semaines. Notre conversation devait porter sur lui, mais je l’ai laissé dériver, parce que je me doutais bien au fond que s’il m’avait reçue, c’était pour mener son grand combat contre l’incarcération, bien plus que dans le but de me parler de ses états d’âme. Au début de notre entretien, je pensais encore que la prison était un mal nécessaire qu’il fallait juste s’employer à rendre le plus supportable possible. A la fin, je ne savais plus très bien. Difficile de résister à l’intensité du regard de cet homme incandescent, difficile de s’en tenir à des certitudes confortables quand on a en face de soi quelqu’un dont on devine qu’il va vous amener à effleurer une vérité essentielle, pour peu que vous preniez le risque de le laisser faire. Car il est comme ça, Thierry Levy, il vous jauge et puis tout à coup, il vous tire le tapis sous les pieds, avec la volonté évidente de vous faire tomber. Je suis tombée, et je lui en suis reconnaissante car je n’aime rien tant que découvrir un sujet de réflexion au-delà d’une apparente évidence.

En visitant l’exposition Crime et châtiment à Orsay dimanche matin, sur son conseil, je me suis arrêtée devant la guillotine, j’ai regardé cette horreur, longtemps, très longtemps et j’ai songé que peut-être, dans un siècle, ou deux, une femme se tiendrait exactement à la même place que moi et contemplerait avec la même horreur les photos de nos prisons actuelles. Allez savoir…

Voyez-vous, avoir le privilège de rencontrer des hommes de cette trempe, c’est la plus grande joie que puisse offrir le métier de journaliste. On peut au choix être d’accord ou pas avec lui, le prendre pour un visionnaire ou simplement un utopiste. Peu importe. L’essentiel, c’est de savoir qu’il y a des professionnels qui aiment leur métier “jusqu’à la furie” pour reprendre ses propres termes et qui ont le courage de mener des combats apparemment perdus d’avance. Seulement voilà, ce plaisir ne serait rien s’il n’était partagé, si au milieu du brouhaha de l’actualité, on ne pouvait pas dire : stop, regardez un peu là, cet homme au discours aride, si peu attractif sur un plateau de télévision, oui, celui-là, écoutez-le attentivement, il a des choses à dire. Le fait qu’il se refuse aux compromissions du jeu médiatique, voyez-vous, me le rend encore un peu plus sympathique, d’où ce billet. Mais allez donc lire le portrait qu’a fait de lui Pascale Robert-Diard, il est magnifique. Pour ceux que le thème de la prison intéresse et que la position de Thierry Lévy intrigue, les références de ses ouvrages sont ici.

Bonne lecture !
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MessageSujet: "Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons"   Mar 13 Sep - 15:20

"Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons", rappelle la PJJ à Sarkozy
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Le principal syndicat de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) a vivement critiqué ce lundi l'inauguration prévue demain par Nicolas Sarkozy d'un Centre éducatif fermé (CEF), "dans un contexte dramatique pour la justice des mineurs et la protection de l'enfance".

Le président de la République doit se rendre mardi au CEF de Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne, et présenter à cette occasion des mesures destinées à améliorer l'encadrement des mineurs délinquants récidivistes.

La Seine-et-Marne, département d'Ile-de-France "dont la population des moins de vingt ans est la plus nombreuse, attend depuis plus de dix ans que la PJJ ouvre un 2e foyer éducatif", s'indigne dans un communiqué le Syndicat national des personnels de l'éducation et du social (SNPES/PJJ).

"Non à un foyer prison, oui à un foyer éducatif!", lance dans un tract le syndicat, qui crie au "scandale" et dit sa "colère face à des choix politiques et budgétaires qui détruisent les orientations éducatives de la PJJ au profit exclusif des solutions sécuritaires et d'enfermement".

"Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons!", ajoute-t-il, citant Victor Hugo.

Un rapport sénatorial publié en juillet donnait un relatif satisfecit aux CEF, petites structures créées en 2002 représentant une "dernière chance" avant la détention pour les mineurs délinquants récidivistes. Mais les sénateurs jugeaient "préoccupant" un projet gouvernemental visant à les développer au détriment de foyers "classiques".

Nicolas Sarkozy doit aussi visiter en Seine-et-Marne le nouveau centre pénitentiaire de Réau et faire des annonces concernant l'amélioration de l'exécution des peines.
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