Agora de l'Ermitage

Libres propos d'un ermite sur les faits de société
 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Agriculture : les questions qui fâchent

Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 9371
Date d'inscription : 25/04/2008

MessageSujet: Agriculture : les questions qui fâchent   Jeu 24 Fév - 17:38

Agriculture, les questions qui fâchent

Un jeune homme braque sur sa tempe un épi de maïs génétiquement modifié. Un enfant joue sur une plage saturée d’algues vertes. Ces affiches ont mis le feu aux poudres. Passage en revue des questions qui fâchent entre agriculteurs et écologistes.


Jean-Yves Gallais, éleveur laitier distribue des aliments à ses vaches, en Ille et Vilaine. (AFP PHOTO Marcel MOCHET)

Les pesticides

C’est le cadeau empoisonné de la chimie à l’agriculture. Apparus au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les produits phytosanitaires étaient peu répandus en France jusque dans les années 1970. Mais très vite, les agriculteurs se sont rendu compte de leur formidable efficacité pour lutter contre les insectes ravageurs, les maladies ou les mauvaises herbes.

Utilisés d’abord de manière curative, ils vont bientôt servir à faire de la prévention. Leur usage, massif, devient systématique. « Personne n’avait alors conscience de leur impact sur l’environnement et du désastre à venir », précise Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint Agriculture de l’Inra.

Des précurseurs ont bien sonné l’alerte dans les années 1980, mais il faudra attendre le milieu des années 1990 pour que la prise de conscience se généralise. On réalise alors que les pesticides sont partout, dans l’eau, dans l’air et même sous forme de résidus dans nos assiettes, avec un effet encore incertain sur la santé.

Personne ne nie sérieusement leur toxicité, y compris chez les agriculteurs, qui sont invités par leurs organisations professionnelles à manipuler ces produits avec masque et combinaison…

« Les agriculteurs – dont les cancers se multiplient – sont les premiers touchés, assure Jean-Claude Bévillard, de France nature environnement (FNE). L’impact sur la biodiversité est aussi majeur, que ce soit du fait de l’appauvrissement de la micro-faune des sols, de la baisse des populations d’insectes pollinisateurs ou de celle des populations d’oiseaux. »
Réduction des produits phytosanitaires

Savoir si leur usage a baissé en France ces dernières années provoque une bataille de chiffres quasiment sans fin et difficile à trancher.

« Il y a une légère baisse mais la France reste une grosse consommatrice de produits phytosanitaires », assure pour sa part Christian Huyghe. « La profession s’est mise en marche, plaide Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA. Aujourd’hui, 30 % du maïs est traité avec des outils naturels. Près de 15 % des agriculteurs ont été formés l’an dernier à une utilisation raisonnée des pesticides. »

Une très grande majorité d’entre eux auraient déjà renoncé à les utiliser en préventif. Certaines ONG environnementales – dont FNE ne fait pas partie – plaident pour l’éradication complète de l’usage des phytosanitaires. « Impossible, affirme Christiane Lambert. Nous en avons besoin pour combattre des micro-toxines, présentes par exemple dans le blé, qui peuvent avoir un effet sur la santé humaine. Ou parce que les gens ne veulent pas acheter de fruits et légumes tâchés ou tavelés par des maladies. »

Le Grenelle de l’environnement a débouché sur un compromis : une réduction de 50 % des produits phytosanitaires d’ici à 2018.

L’élevage intensif


« Il y a trente ans, intensif n’était pas un gros mot ! », rappelle Christian Huyghe. Il s’agissait alors de produire plus et moins cher pour nourrir la population. Dès lors, on a cherché à produire toujours plus de protéines animales, dans un minimum de temps et sur un minimum de surface.

« Le problème n’est pas le caractère intensif en soi, c’est la concentration de tous ces élevages – porcins, avicoles, bovins – au même endroit, en l’occurrence dans l’Ouest de la France », poursuit Christian Huyghe.

Un élevage produit en effet de la viande… mais aussi beaucoup de déjections animales. Quand elles sont épandues sur des surfaces cultivées, l’azote qu’elles contiennent est assimilé par les plantes.

« C’est le cercle vertueux de la polyculture élevage, assure Jean-Claude Bévillard : les animaux mangent les céréales produites sur place et leurs déjections sont utilisées pour fertiliser ces cultures.»

« Dans le modèle qui s’est développé ces dernières décennies, l’alimentation est importée massivement du bassin parisien ou du continent américain, mais on n’a pas forcément prévu le circuit retour pour les effluents », précise Christian Huyghe.
L'azote en surplus


Résultat : les sols saturent. L’azote en surplus se retrouve sous forme de nitrate dans les sols, les eaux de surface et même les nappes phréatiques. Régulièrement, les taux de nitrate tolérés dans l’eau potable sont dépassés en Bretagne. L’excès d’azote dans les eaux de surface provoque un déséquilibre de la flore et de la faune et peut même aller jusqu’à la prolifération des fameuses algues vertes.

« Quand elles pullulent, elles détruisent tout le reste de l’écosystème, précise Christan Huyghe. Et elles provoquent des dégagements gazeux qui peuvent avoir des effets sur la santé humaine ». « Il y a aussi un impact sur la qualité des océans dans les zones côtières », ajoute Jean-Claude Bévillard.

Une directive européenne de 1992 impose dorénavant à tout élevage porcin de prévoir des surfaces d’épandage adaptées à sa production ou à défaut, d’installer une station de traitement des effluents.

« Depuis, les taux de nitrates dans l’eau ont tendance à baisser ou au moins à se stabiliser », précise Christiane Lambert. Là aussi, on paye le prix du passé. « Les sols ont une grande capacité tampon, explique Christian Huyghe. Il faudra de nombreuses années pour tout résorber, même si les pratiques changent. »

Les élevages intensifs sont aussi montrés du doigt par les écologistes pour deux autres raisons. « On y utilise beaucoup d’antibiotiques, du fait de la forte concentration d’animaux, souligne Jean-Claude Bévillard.

Or, on retrouve des traces d’antibiotiques dans les viandes, avec des effets encore mal connus sur le développement d’antibiorésistances. » Enfin, la question du bien-être animal mobilise de plus en plus d’ONG. Une directive européenne qui vise à améliorer les conditions d’élevage doit entrer en vigueur au 1er janvier 2013.

Les OGM


« Il n’y a pas de plantes OGM cultivées en France ! », rappelle Christiane Lambert. De fait, dans sa campagne d’affichage, FNE a surtout voulu attirer l’attention sur les importations massives de soja en provenance du Brésil et d’Amérique du Nord, qui servent à l’alimentation animale et dont une grande partie est génétiquement modifiée.

« La loi française de 2008 affirme le droit du consommateur français à ne pas manger d’organismes génétiquement modifiés, rappelle Jean-Claude Bévillard. Nous demandons donc que soit mis en place un étiquetage permettant d’identifier la viande qui a été nourrie à partir d’une alimentation contenant des OGM ».

Par ailleurs, l’association appelle les pouvoirs publics à davantage de cohérence. « On ne peut pas interdire la culture d’OGM en France et en Europe en arguant de risques sanitaires et environnementaux mal évalués et continuer à en importer ! »
L’irrigation

Régulièrement, des tensions concernant l’usage de l’eau apparaissent dans des régions comme l’Aquitaine ou le Poitou-Charentes. En cause : le développement de la culture du maïs, très gourmande en eau, alors même que cette ressource vient souvent à manquer dans des régions peu arrosées.

« Le maïs est une plante merveilleuse pour les agriculteurs, explique Christian Huyghe. À partir du moment où son irrigation est assurée, son rendement peut être prévu de manière quasi certaine. »

Alors que les conflits liés à l’usage de l’eau se multiplient, les agriculteurs auraient deux solutions : soit cultiver des plantes moins gourmandes en eau, comme le sorgho, mais dont la production est plus aléatoire ; soit recourir aux cultures céréalières, aux rendements moins élevés. « Cela ne se fera pas sans grincements de dents, prédit Christian Huyghe.

D’autant que les agriculteurs ont été poussés à s’équiper d’équipements d’irrigation très coûteux. » Là encore, les évolutions devront se faire dans la durée.

Dans tous ces domaines, l’agriculture française doit aujourd’hui répondre à un double défi. Trouver des systèmes d’élevage et de grandes cultures plus respectueux de l’environnement.

Et maintenir un objectif de production, rappelle Christian Huyghe : « C’est un impératif si l’on veut que les gens continuent de ne consacrer que 15 % de leur budget à l’alimentation. »

Emmanuelle REJU
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://ermitageagora.discutforum.com
 
Agriculture : les questions qui fâchent
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Qu'attendez-vous d'une relation amoureuse ? - Les questions qui fâchent
» Je me pose pas mal de questions sur "le rêve éveillé"
» Questions générales aux Témoins de Jéhovah, Catholiques, Adventistes du Septième Jour, Baptistes, Pentecôtistes, et autres.
» questions diverses sur l operation
» Petites questions toutes betes aux lycéens de LLG

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Agora de l'Ermitage :: L'état de notre planète :: Prises de conscience-
Sauter vers: