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 Trafic d'ordures

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MessageSujet: Trafic d'ordures   Sam 5 Fév - 17:04

Naples-Constanza : des croisières qui puent
Un vaste trafic illégal d’ordures orchestré par la mafia napolitaine est en passe de faire de la Roumanie la plus grande décharge d’Europe.


Union Européenne
L’Union européenne produit chaque année 2,6 milliards de tonnes de déchets, dont 90 millions de tonnes sont classés comme “déchets dangereux”. Le déversement illégal représenterait un cinquième des transferts de déchets.Le gouvernement albanais vient d’annoncer qu’il comptait exempter 50 types de déchets de toute taxe douanière afin d’encourager l’importation d’ordures venues de l’étranger. Pourtant, s’inquiètent les organisations écologistes, le pays ne dispose à ce jour d’aucune filière sérieuse de recyclage. Depuis plus de vingt ans, note Le Courrier des Balkans, l’Albanie accueille les déchets étrangers et serait déjà “l’un des pays les plus pollués d’Europe”.

Le monstre s’est réveillé. “Ochiul Boului” (L’œil de bœuf), la dé­chetterie la plus repoussante de Roumanie, s’est réveillée le jour où Naples s’est retrouvée, une fois de plus, submergée par des montagnes d’ordures. Le spectre du péril italien – ces conteneurs de déchets provenant de Campanie [province dont Naples est la capitale] envoyés par la Camorra [mafia napolitaine] – hante la ville roumaine de Glina.

Malgré les déclarations du gouvernement Berlusconi, qui a promis d’écouler ces amoncellements nauséabonds en les répartissant dans diverses régions, les Roumains craignent de voir débarquer des cargos remplis d’immondices, car l’enjeu financier est énorme. Et les contrats officiels avec les sociétés de traitement des ordures du nord de l’Italie rapportent évidemment moins d’argent à la mafia italienne que ces croisières toxiques.

Ce ne serait pas la première fois que des cargos déchargent illégalement en Roumanie les déchets promis à d’autres destinations. Ce ne serait pas non plus la première fois qu’une opération d’apparence légale dissimule des agissements mafieux. Quoi qu’il en soit, à peine entrent-ils en Roumanie que ces déchets se volatilisent. Ils sont en réalité en­terrés sous des “groapa”, comme les appellent les Roumains, des “fosses” monstrueuses où s’accumulent des ordures en putréfaction depuis  plusieurs décennies. Celles-ci s’étendent sur des dizaines d’hectares, polluant toute la campagne alentour.

Les immondices de Bucarest, strate après strate, se sont amoncelées au point d’atteindre aujourd’hui la taille des collines qui entourent le sud-est de la capitale roumaine et d’engloutir Glina. Ses habitants respirent une odeur pestilentielle depuis 1976, depuis que l’ancien leader communiste Nicolae Ceausescu a décidé d’entasser à Glina les ordures de Bucarest. Une multitude de décharges, légales et illégales, semblables à celle de Glina se sont développées dans le sud du pays. Et ce sont les Italiens qui dirigent les sociétés écrans roumaines de traitement des ordures.

Un nouveau phénomène alarme Interpol : la prolifération en Roumanie d’une multitude d’agences de traitement des ordures originaires de Campanie. Tout porte à croire que la “nouvelle” décharge de Naples est en train de s’y construire. Le projet a vu le jour il y a trois ans, lorsque ce secteur était dirigé par d’anciens associés de Vito Ciancimino [maire de Palerme dans les années 1970, décédé en 2002, il avait été condamné à treize ans de prison pour corruption et association mafieuse] qui s’étaient adjugé l’agrandissement de Glina, l’incinérateur de Ploiesti [à 60 km de Bucarest] et quelques grosses décharges à Mures [au centre de la Transylvanie] et à Baicoi [en Valachie]. A cette époque, des enquêteurs du parquet de Palerme avaient réussi à franchir les frontières et à bloquer les opérations : les ex-associés de l’ancien maire de Palerme furent contraints de liquider toutes les sociétés et de disparaître dans le vide juridique du droit roumain. Mais, il y a deux ans, le clan des Italiens a décidé de lancer un plan de modernisation pour faire d’“Ochiul Boului” la plus grande décharge d’Europe.

Avec l’argent de l’UE

En attendant, de nombreux tentacules des sociétés des frères Pileri [d’anciens associés de Vito Ciancimino] sévissent toujours à Bucarest : dans le secteur des ordures, dans l’immobilier, dans la mode. La police le sait. Elle sait que certaines sociétés ont changé de nom, que d’autres appartiennent désormais à des étrangers et d’autres encore à des Italiens. Ces sociétés sont immergées dans un océan composé d’une centaine d’entreprises de traitement des ordures. Tout le monde se connaît. “Officiellement, il n’y a pas d’enquête en ce moment sur le trafic des déchets italiens en Roumanie”, expliquent les forces de police. Pourtant, en “off”, elles confirment que le signal d’alarme a déjà été tiré.

Les journaux roumains parlent de la “caracatiţă”, la pieuvre italienne, le réseau de sociétés qui se partagent le nouveau secteur des déchets, de l’économie verte et de l’économie éolienne dans le pays. Effet d’un accroissement des contrôles sur la frontière méridionale, au moins dix gros bonnets italiens ont été arrêtés ces cinq dernières années. Dans le même temps, le nombre des entreprises italiennes répondant aux appels d’offres pour la création de nouvelles décharges a triplé.

Les Italiens ne sont pas les seuls à avoir flairé le bon filon. La mafia chinoise règne dans le sud du pays, tandis que les Russes se sont installés à la frontière avec la Moldavie : ils recyclent les déchets toxiques dans les Républiques de l’ex-Union soviétique. Mais la mafia italienne reste la plus puissante. C’est elle qui contrôle le nord-ouest du pays, Bucarest et sa région, et tout le sud, jusqu’à la mer Noire. Et elle est installée dans la région depuis plus longtemps.

Pour les Italiens, les déchets n’ont rien de répugnant. Au contraire, ils nettoient. Ils nettoient l’argent sale et exploitent les fonds publics – l’Union européenne finance généreusement les projets de modernisation du système roumain de traitement des ordures. Et puis, les déchets remplissent les comptes de la pègre. Finalement, l’état d’urgence à Naples apparaît comme une poule aux œufs d’or. Le gouvernement paie, Bruxelles paie, tout le monde paie.

Si des entreprises signent des contrats avec des entreprises italiennes de traitement des ordures, elles savent aussi que la Camorra peut faire disparaître ces mêmes déchets pour deux ou trois fois moins cher, en les mélangeant à d’autres qu’il serait impensable d’écouler en Italie. Cela n’est pas de la science-fiction. C’est la réalité de la mer Noire. Depuis l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne [le 1er janvier 2007] et alors que la criminalité organisée s’est emparée du “secteur écologique”, il s’agit d’un marché plus fructueux que celui de la drogue. “Avec un double avantage : les investissements sont nuls, et il est possible de recycler des torrents d’argent sale dans un pays de l’Union européenne. Et de le remettre en circulation”, affirme-t-on à Interpol. Ce ne sont pas seulement les déchets qui risquent d’être transférés en Roumanie, mais le cœur même du marché. Les conteneurs d’immondices arrivent par voie maritime. Après avoir franchi le détroit des Dardanelles, ils passent facilement à travers les mailles des frontières, depuis le port de Constanza ou ceux d’Odessa et d’Illitchivsk, en Ukraine.

Faux noms, fausses sociétés

Un ingénieur lombard a essayé l’an dernier de pénétrer le monde des décharges publiques. “Voilà comment ça fonctionne : les sociétés roumaines, en réalité détenues par le crime organisé, obtiennent l’autorisation des communes de créer des décharges publiques”, raconte-t-il à L’Espresso. Une déchetterie va ainsi bientôt voir le jour à Cumpana. D’autres suivront à Traian, dans les environs de Tulcea.

“Elles doivent théoriquement être utilisées pour les déchets urbains et ceux des entreprises avoisinantes. Dans les faits, ça ne se passe pas comme ça. C’est tellement rudimentaire que, dans la plupart des cas, il n’y a même pas de poubelles. La municipalité paie, mais l’immense majorité des ordures finit dans les centaines de décharges illégales qui pullulent un peu partout. Bref, les entreprises officielles de traitement des ordures, qui ont reçu l’autorisation de créer des décharges officielles, se retrouvent avec des millions de mètres cubes vides à remplir avec ce que bon leur semble.”

Il y a quelques semaines, la brigade de défense de l’environnement s’est rendue à Glina. Dans le sud du pays, elle a arrêté un camion transportant une cargaison de mercure [qui venait d’Italie]… Aujourd’hui, si on se rend à Glina et qu’on parle italien, on risque sa peau. On assiste au même scénario dans le sud, vers Constanza, où une multitude de décharges illégales ont défiguré la campagne. Récemment, un journaliste étranger s’est fait rouer de coups : il voulait enquêter sur les lieux et s’était présenté avec le sauf-conduit d’une ambassade. La police roumaine et les bureaux diplomatiques ont confirmé l’incident. A Bucarest, tout le monde conseille de prendre le large – et de ne plus s’occuper de l’“écomafia” des Balkans. D’ailleurs, le problème n’existe pas. Aucun cargo n’accoste ici. Et les camions que l’on entend, la nuit, décharger des ordures nauséabondes ne sont pas de vrais camions. Ils se camouflent, comme les déchets qu’ils transportent, derrière de faux noms et de fausses sociétés.



REPÈRE La crise sans fin des déchets

La Camorra (mafia napolitaine) s’est lancée dans le trafic des ordures au début des années 1970, se faisant “prestataire de services” pour le compte des communes de la région de Naples, aux décharges saturées. L’essentiel de son action consiste à faire disparaître ces déchets en les enfouissant ou en les abandonnant en périphérie des villes. A cela s’ajoutent les incendies des décharges sauvages, qui infestent la région de dioxine et contaminent l’ensemble de la chaîne alimentaire. Depuis les années 1990, la “crise des déchets” de Naples revient épisodiquement sur le devant de la scène. En 2007-2008, les photos du centre historique de Naples, envahi

d’immondices, avaient fait la une de la presse internationale. La crise a resurgi à l’automne dernier. Pendant plusieurs semaines, les habitants de Terzigno, près de Naples, ont notamment bloqué l’accès à leur décharge saturée d’ordures et organisé des manifestations dénonçant l’incurie des pouvoirs publics. Environ 1 500 tonnes de déchets joncheraient toujours les rues de Naples et de ses environs. Le 10 janvier, 100 tonnes de déchets napolitains ont été évacuées vers une décharge d’Imola, dans le nord de l’Italie. Et la municipalité négocie actuellement pour en exporter en Allemagne, en Autriche et en Espagne.
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