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 La fin de la civilisation bourgeoise

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MessageSujet: La fin de la civilisation bourgeoise   Jeu 17 Juil - 5:02

Le capitalisme sénile et la fin de la civilisation bourgeoise
Les nouvelles classes dominantes et la fin de la civilisation bourgeoise (5/5)
Par Samir Amin, économiste et président du World Forum for Alternatives. Dernier épisode de la série sur la fin de la civilisation bourgeoise, où l'on voit que le phénomène décrit n'est pas passager, et correspond même à la fin d'une civilisation toute entière.



Samir Amin - DR Les caractères des nouvelles classes dominantes décrits ici ne sont pas de la nature de phénomènes conjoncturels passagers. Ils correspondent rigoureusement aux exigences de fonctionnement du capitalisme contemporain.
La civilisation bourgeoise – comme toute civilisation – ne se réduit pas à la logique de la reproduction de son système économique. Elle intégrait un volet idéologique et moral : l'éloge de l'initiative individuelle certes, mais aussi l'honnêteté et le respect du droit, voire la solidarité avec le peuple exprimée au moins au niveau national. Ce système de valeurs assurait une certaine stabilité à la reproduction sociale dans son ensemble, empreignait le monde des représentants politiques à son service.

Inculture et vulgarité des «dominants»
Ce système de valeurs est en voie de disparition. Pour faire place à un système sans valeurs. Beaucoup de phénomènes visibles témoignent de cette transformation : un Président des États-Unis criminel, des pitres à la tête d'États européens (Berlusconi, Sarkozy, les jumeaux polonais etc.), des autocrates sans envergure dans nombre de pays du Sud qui ne sont pas des «despotes éclairés» mais des despotes tout court, des ambitieux obscurantistes (les Talibans, les «sectes» chrétiennes et autres, les esclavagistes bouddhistes). Tous sont des admirateurs sans réserve du «modèle américain». L'inculture et la vulgarité caractérisent une majorité croissante de ce monde des «dominants».
Une évolution dramatique de cette nature annonce la fin d'une civilisation. Elle reproduit ce qu'on a déjà vu se manifester dans l'histoire dans les époques de décadence. Un «monde nouveau» est en voie de construction. Mais non pas celui (meilleur) qu'appellent de leurs vœux beaucoup de mouvements sociaux naïfs qui certes mesurent l'ampleur des dégâts mais n'en comprennent pas les causes. Un monde bien pire que celui à travers lequel la civilisation bourgeoisie s'était imposée.
Pour toutes ces raisons, je considère que le capitalisme contemporain des oligopoles doit être désormais qualifié de sénile, quelles que soient ses succès immédiats apparents, car il s'agit de succès qui enfoncent dans la voie d'une nouvelle barbarie. (Je renvoie ici à mon chapitre, Révolution ou décadence ? vieux de près de 30 ans).


( in Marianne2)
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MessageSujet: La montée probable des extrémismes   Sam 1 Nov - 16:45

Crise : doit-on craindre une montée des extrémismes comme en 1929?
Le célèbre historien, Serge Berstein, retrace pour Marianne2 les conséquences de la crise de 29 dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres. La peur du chômage et le discrédit de la politique libérale engendrèrent la montée du nazisme.

Bien sûr, l'Allemagne des années vingt n'est pas celle des années 2000. Quand éclata la crise de 1929, la République de Weimar (1919-33) était le premier régime démocratique jamais connu par l'Allemagne de toute son histoire ! Naissante, la démocratie n'en était que plus fragile. Tout juste sortie de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), la population gardait les stigmates de l'humiliation infligée par la défaite, et nourrissait l'espoir d'une revanche.
L'Allemagne d'hier n'a donc rien à voir avec celle d'aujourd'hui. Par conséquent, il ne s'agit pas ici d'agiter le spectre d'un renouveau nazi.

Cependant, on peut légitimement se demander comment la crise économique et sociale qui frappa l'Europe des années 30 contribua à la radicalisation des idéologies. Car si le contexte international et européen a fortement changé, les mêmes peurs et donc les mêmes réflexes peuvent refaire surface mais sous une autre apparence.

Dans cette première partie, Serge Berstein raconte de quelle façon la crise de 1929 fit émerger en Allemagne une psychose, la peur du chômage. Elle s'empara en particulier des classes moyennes qui furent prises d'effroi à l'idée de se prolétariser. Il explique aussi comment le gouvernement de la République de Weimar s'obstina à vouloir n'apporter qu'une réponse strictement libérale à la crise. Des échecs successifs qui ne discréditèrent pas seulement les hommes politiques, mais aussi l'idée de démocratie.

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MessageSujet: Suite de l'article précédent   Dim 2 Nov - 16:12

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MessageSujet: «La femme réduite au chimpanzé»   Ven 12 Fév - 6:23

«La femme réduite au chimpanzé»
Interview

Parité. Dans son livre à paraître vendredi, Elisabeth Badinter dénonce une offensive réactionnaire faisant de la maternité le Saint-Graal de la femme.

1
Elle parle de «guerre idéologique souterraine», de «retour en force du naturalisme», de «culpabilisation des mères». Pour avoir observé les femmes autour d’elle, scruté les pratiques de la prosélyte Leche League (1) engagée dans une «bataille du lait», épluché les recommandations de certains pédiatres et des théoriciens de «l’instinct maternel», décortiqué le féminisme, Elisabeth Badinter décrit l’émergence d’un nouveau modèle, qui fait de la maternité le cœur de l’identité féminine. Dans son dernier opus intitulé le Conflit, la Femme et la Mère qui paraîtra vendredi chez Flammarion et fait déjà polémique, la philosophe analyse cette menace. Le livre est dédié à «Robert».
Qu’est-ce que la «bonne mère» aujourd’hui ?

C’est une mère qui revient aux fondamentaux. Elle allaite pendant six mois, ne met pas son bébé à la crèche ou pas trop tôt, parce qu’un bébé a besoin d’être avec sa mère et non dans un nid à microbes, elle se méfie de ce qui est artificiel et a des préoccupations écolo. Le petit pot est devenu un signe d’égoïsme, on revient à la purée écrasée par maman. Une bonne mère est constamment à l’écoute doit veiller au bien-être physique et psychologique de l’enfant ; c’est un full time job. J’oublie de dire que comme elle allaite à la demande, il est recommandé de mettre le bébé dans le lit conjugal. Cela nie l’intimité des adultes et exclut le père.

Il y a aussi un regret à voir la femme quitter son foyer, sa place naturelle est à la maison. On comprend qu’elle doit aller travailler, mais il faut qu’elle se débrouille pour être là quand les enfants arrivent de l’école. La «bonne maternité» impose des nouveaux devoirs qui pèsent sur celles qui ne les suivent pas. C’est une représentation à rebours du modèle qu’on a poursuivi jusqu’à présent, qui rend impossible l’égalité des sexes et malvenue la liberté des femmes. C’est un retour en arrière. Les femmes vont-elles se laisser convaincre de réendosser ce modèle-là ?
Quelle «révolution silencieuse» s’est passée sous nos yeux ces trente dernières années ?

La crise économique a rendu le travail plus dur, plus précaire, plus stressant. Les femmes sont les premières touchées : elles ont fait des études, cherchent du travail, sont sous-payées et jetables comme des Kleenex. C’est l’origine du bouleversement. Dans les années 90, la droite a proposé une allocation maternelle qui a renvoyé les femmes à la maison avec comme seul potage un demi-Smic. En même temps, on a assisté à la remise en cause du consumérisme. L’idée s’est imposée qu’on faisait fausse route dans la course aux ambitions inutiles et qu’une autre vie, plus conforme à la nature, était possible. Beaucoup de femmes ont été sensibles à ce discours. Et se sont dit : «Et si je prenais comme objectif de m’occuper de mon petit enfant, bref, d’être la mère idéale ?» Cela s’accompagne d’une critique générale du progrès scientifique, de la science «vendue à l’industrie». On s’est également précipité pour instaurer un principe de précaution. Tout cela a engendré de nouveaux comportements, de nouvelles peurs, propices à un retour aux fondamentaux.
Selon vous, ce contexte a favorisé l’idéologie de la nécessité de l’allaitement maternel.

On est passé de : «Vous avez le droit» d’allaiter, à «Vous devez». Les pressions d’ordre moral ont remplacé un choix légitime, sous la houlette de la Leche League. Je pense que la philosophie naturaliste au nom de laquelle on impose cela est dangereuse. Car elle ne laisse plus de place à l’ambivalence maternelle. Elle impose une conception unifiée des femmes. Nous pouvons toutes, nous devons toutes faire la même chose. C’est une réduction de la femme au statut d’une espèce animale, comme si nous étions toutes des femelles chimpanzés. Puisque c’est la nature qui l’impose : nous avons les mêmes réactions, les mêmes devoirs. La liberté de dire non est évacuée. Pour la Leche League il n’y a pas de prétexte recevable pour refuser d’allaiter, il faut persister. Il n’y a jamais aucun motif de dire non.
Vous écrivez : «dans une civilisation où le moi d’abord est érigé en principe, la maternité est un défi, voire une contradiction»…

C’est une situation schizophrénique. Ces trente dernières années, on a assisté à une montée de l’individualisme, de l’hédonisme, du moi d’abord. Cela rentre en contradiction avec l’impératif de plus en plus lourd qui est de faire passer l’enfant d’abord : depuis que les femmes bénéficient de la contraception, on doit tout à l’enfant qui n’a pas demandé à naître, comme allaiter à la demande. Sous-entendu celles qui ne le font pas sont coupables, égoïstes. De la montée de l’individualisme et de l’accroissement des devoirs maternels naît ce conflit interne à chaque femme et qui a aussi des conséquences sociales fantastiques. Car les sociétés oublient que les femmes possèdent une petite bombe atomique : celle de ne pas faire d’enfant. En Allemagne, Italie, Espagne, quand la société fait peser sur les épaules de la femme tout le poids de la maternité sans l’aider, les femmes font moins d’enfants ou pas du tout.
Selon vous, une «offensive naturaliste» est menée par une «sainte alliance des réactionnaires». Laquelle ?

Il y a une coagulation de l’écologie, de la Leche League, du féminisme naturaliste et du discours des spécialistes du comportement qui s’appuient les uns sur les autres. Le plus intéressant est de voir comment les militantes de la Leche League et les féministes différentialistes se sont retrouvées pour revaloriser la maternité, et en faire le cœur de l’identité féminine. Ces féministes veulent construire une société plus apaisée grâce aux vertus maternelles, dont les valeurs sont opposées au machisme. Les militantes de la Leche League pensent que la femme est naturellement mère, c’est donc un retour à une tradition millénaire. Mais les deux mouvements ont fait un bout de chemin ensemble et se sont emparés des théories du «lien» qui donnent aux hormones du maternage un rôle déterminant. Pour eux, l’amour maternel est la conséquence de nos hormones.
Quels sont les signes de la maternité écolo ?

Le meilleur exemple est celui des couches jetables. C’est tout à fait révélateur d’un état d’esprit que je redoute. Nathalie Kosciusko-Morizet a proposé une taxe sur les couches jetables, sans se soucier du travail que cela impose aux mères. Et contrairement à ce que pense Cécile Duflot, ce ne sont pas les hommes qui vont se précipiter en rentrant du travail pour aller mettre les couches à la machine. De même, il y a une méfiance vis-à-vis de la péridurale comme si en ôtant la souffrance, elle ôtait la valeur authentique et originelle de la naissance. La pilule est mal vue, car elle contrecarre un processus naturel. De même, il faut donner à l’enfant les fruits de la nature, lui épargner l’artificiel, le chimique, comme le lait artificiel.
Pour vous le bébé est devenu «le meilleur allié de la domination masculine».

Le pauvre bébé, malgré lui, tient sa mère prisonnière : la mère est au service des besoins de son enfant, elle doit se plier à ses horaires, il trône parfois dans le lit conjugal. C’est la mère la plus impliquée, cela donne au père l’autorisation morale de ne pas s’en mêler. Les hommes n’ont même pas eu à lever le petit doigt. Le bébé est devenu le maître et il justifie l’inégalité du partage parental. L’exclusion des pères est ainsi légitimée, alors que de plus en plus de jeunes pères éprouvent du plaisir à s’occuper de leur bébé.

Je crois que le thermomètre de la domination masculine demeure l’écart de salaire homme-femme. Or il y a une hypocrisie à gémir sur les écarts salariaux et en même temps à détourner les yeux de l’inégalité majeure : celle de la non-répartition des tâches familiales et domestiques, qui continue à occasionner une concurrence déloyale entre homme et femme. Les hommes sont pardonnés par avance de continuer à ne rien faire à la maison.
Comment résoudre ce conflit ?

La majorité des Françaises concilie la maternité et la vie professionnelle, elles sont nombreuses à travailler à temps plein quand elles ont un enfant. Elles résistent au modèle de mère parfaite, mais pour combien de temps ? D’autant qu’on assiste à un règlement de comptes entre générations. Certaines filles disent à leurs mères : «Je ne serai pas comme toi à courir entre le travail et les enfants, toujours pressée, et stressée, heurtée au plafond de verre». J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on est peut-être à un tournant.

(1) La Leche League (ligue du lait en français) est une association fondée il y a plus de cinquante ans par des mères de famille de la banlieue de Chicago (Etats-Unis) désireuses de faire partager leur expérience positive de l’allaitement. Présente en France depuis 1979 , elle informe et soutient les allaitantes.
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