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 Les crimes : souvent un simple problème de manque de communication qui peut être réparé

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MessageSujet: Les crimes : souvent un simple problème de manque de communication qui peut être réparé   Mar 7 Déc - 6:06

Une association de justice réparatrice lancée la semaine dernière vise à faire communiquer condamnés et victimes. Un concept encore méconnu en France, destiné à aider les victimes ou leurs proches, et à diminuer le taux de récidive.

Destinée à trancher, la justice doit-elle aussi réparer ? A en croire les tenants de la justice dite «réparatrice», elle est dans son rôle. Si le concept émerge en France, il essaime depuis longtemps dans d'autres pays. En substance, il vise à favoriser les échanges entre victimes et auteurs de crimes ou de délits, qu'ils se connaissent ou non.

Et ce, avec un double objectif : tout d'abord, permettre aux victimes de trouver des réponses à des questions toujours en suspens. «Après un procès, les parties civiles ont souvent des réponses au «comment» mais pas au «pourquoi» tel acte a été commis», explique Stéphane Jacquot, élu local (UMP) de Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, et fondateur depuis une semaine de l'Association nationale de la justice réparatrice (ANJR). S'il se refuse à évoquer le terme de «pardon , il concède un espoir de «réparation morale» pour ces victimes. Il dit lui-même s'être inspiré de sa propre expérience : après l'assassinat d'une amie proche en 2004, il a aidé dans ses démarches l'époux de la victime, qui souhaitait entrer en contact avec l'assassin, et s'est heurté à des «obstacles» de la part de l'administration pénitentiaire comme d'associations de victimes.

Second objectif : réduire les risques de récidive chez les auteurs d'infraction. «Ce contact avec leur victime ou bien avec quelqu'un qui aurait subi le même genre de chose, comme une rencontre entre un détenu pédophile et une victime d'inceste, leur permet de poser des mots sur leurs actes, de réaliser ce qu'ils ont fait», avance encore Stéphane Jacquot, qui rêve d'«humanisation des prisons» et de «meilleure réinsertion des détenus» par ce biais. Restent que ces échanges - sous forme de rencontres ou de correspondance - doivent être strictement encadrés et voulus par les deux parties, et doivent se dérouler une fois les procédures closes.

Ces deux objectifs font consensus à la Chancellerie, qui se dit «favorable à la poursuite de l'expérience». Car une première série de rencontres de ce type a vu le jour cette année en France dans la prison de Poissy : trois proches de personnes assassinées et trois détenus ayant commis des assassinats dans d'autres affaires se sont rencontrés plusieurs fois quelques heures. Des rencontres «essentielles» pour tous les participants, selon Stéphane Jacquot.

Un secrétariat d'État dédié au Canada
Pour achever sa démonstration, l'élu met en avant le succès remporté par le concept à l'étranger. Au Canada, où l'idée est apparue en 1974, il existe même un secrétariat d'État qui, sous l'égide du ministère de la Justice, s'occupe de ces questions. Une étude de la Sécurité publique canadienne affiche un résultat éloquent sur les effets de cette mesure : le taux de récidive a été observé sur un groupe de délinquants qui avait participé au programme de justice réparatrice, en comparaison avec un groupe de délinquants témoins. Après un an, les premiers récidivaient à 15 %, contre 38 % pour le groupe témoin. Après deux ans, les taux étaient respectivement de 28 % et de 54 %, et après trois ans, de 35 % et de 66 %. Au final, on observe que, même si la récidive persiste, elle est moindre quand les auteurs d'infractions ont suivi un programme de justice réparatrice, également destiné aux candidats volontaires. Et ce, même après un certain temps, puisqu'au bout de trois ans, on passe du simple au double.
Ce pays est très en pointe sur le sujet. En 1999, il a même créé le Prix de la justice réparatrice, destiné à «récompenser les Canadiens qui contribuent à transformer les rapports humains en favorisant la communication et la réconciliation entre les personnes ayant des différends».

En Belgique également, le concept fait florès. Les premières rencontres victimes-auteurs datent de la fin des années 1990, et une loi a été votée en 2005 pour les encadrer et les favoriser. C'est l'association Mediante, agréée par le ministère de la Justice, qui mène à bien les médiations. En une dizaine d'années, elle a géré plus de 2000 dossiers. «Nous ne disposons pas de données sur le taux de récidive dans cette population, explique Laurent Goffaux, de Mediante. Mais nous sommes en mesure d'observer une augmentation des interventions, et du niveau de gravité des dossiers traités». Le dernier rapport d'activité de l'association vient confirmer ses propos : les affaires d'abus sexuels, de séquestrations, d'homicides et de vols avec violence sont passées de 25 % à 38 % des cas traités entre 2008 et 2009. Et selon ce professionnel de la médiation, «ce sont plutôt les acteurs de ce type de dossiers lourds qui ont des attentes vis-à-vis de la justice réparatrice. Forcément, on s'implique plus émotionnellement dans ce genre de cas que pour une fraude à la carte bancaire».
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