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 Un système totalement inefficace, voire contre productif

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MessageSujet: Un système totalement inefficace, voire contre productif   Sam 11 Sep - 4:04

0.09.2010
« Discours d'un survivant »





Alors que des détenus continuent de mourir en prison, comme Eric PIEDOIE qui meurt à petit feu à la prison de Grasse, j'essaye, face à l'inertie de l'opinion et des pouvoirs publiques, d'agir en communiquant des infos et en expliquant la situation carcérale par ce blog et autres médias afin de faire avancer les choses pour que la situation sanitaire catastrophique des prisons soit enfin reconnue et que l'on cesse de traiter les malades incarcérés de façon si inhumaine.

Je ne rêve pas je sais bien que c'est une cause perdue qui n'intéresse pas grand monde. Mais que faire ? Se taire ? Ne rien dire ? Se résigner ? Et laisser ceux qui en ont le plus besoin comme Eric crever comme des chiens ?

Alors j'interviens le plus possible dans des colloques, dans des associations, des lycées, à Science Po en passant par la Fac de Médecine etc.... Bref j'écris, je communique et c'est dans ce cadre là que je suis intervenue le 3 juin dernier à la « journée prison » organisée par Sidaction au conseil Régional d'Ile de France, pour expliquer ce que cela voulait vraiment dire de vivre avec le sida en détention.

Je vous fais part de mon intervention qui illustre assez bien la situation dramatique que peut vivre un séroprisonnier. Je pense qu'il est important d'informer, d'expliquer pour ensuite mieux dénoncer et trouver un écho favorable dans l'opinion.



A bientôt sur le BLOG pour la suite...

Laurent JACQUA

Pour tout contact laurentjacqua@yahoo.fr










JOURNEE PRISON SIDACTION 2010
JEUDI 3 JUIN 2010
VIH ET PRISON :
Quelles alternatives à
l’enfermement des malades ?
Conseil régional d’Ile de France
57 rue de Babylone - 75007 Paris.

« Les malades du sida ne doivent pas rester en prison »

« Je m’appelle Laurent Jacqua, j’ai fait vingt-cinq ans de détention, je suis séropositif depuis 1983. Je vais vous parler des problèmes que peut engendrer la maladie à l’intérieur de la prison. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le corps prisonnier, c’est une souffrance et qu’une cellule, c’est un lieu de souffrance. Si c’est dans 9 m2 à trois ou quatre personnes, ou même à deux, c’est pire. Si vous êtes malade, c’est encore plus terrible, parce qu’il y a les médicaments, du moins maintenant. C’est vrai qu’avant, la question ne se posait pas. Ce qu’il faut savoir, c’est que des années 1980 jusqu’à l’arrivée des trithérapies, on ne sait toujours pas combien de morts du sida il y a eu dans les prisons. C’est pour dire à quel point le sujet est tabou. (…) C’est pour moi une évidence : les malades ne doivent pas rester en prison. Les malades doivent être soignés dans les meilleures conditions possibles, et les prisons françaises ne le permettent pas.

D’une part, le secret médical n’existe pas. En vingt-cinq ans d’incarcération, les médecins et les policiers qui m’entouraient, lors de chaque extraction, savaient exactement ce que j’avais, de mes hémorroïdes à mon taux de CD4. (…) Quand la maladie se déclenche, c’est la pire des souffrances, surtout sous certains régimes de détention, comme le quartier d’isolement ou le mitard, parce qu’aujourd’hui encore, on place des malades du sida au mitard. Moi j’ai fait des quarante-cinq jours de mitard. C’est ça qu’il faut comprendre de l’intérieur… Il faut avoir une vision de ceux qui vivent et souffrent en prison. C’est une sentence de mort de condamner à trente ans de prison une personne qui a quelques CD4. C’est une perpétuité ou une peine capitale déguisée. Pour un pays démocratique, qui veut donner des leçons au monde entier, c’est dramatique. (…)

Je suis sorti en janvier 2010, après un parcours très dur. J’ai fait cinq ans de quartier d’isolement. Malade, j’ai d’ailleurs failli mourir, pneumocystose et compagnie. On m’a hospitalisé cinq jours et on m’a ramené en quartier d’isolement où je suis resté deux ans. C’est un exemple. J’ai été condamné, mais je n’ai pas été condamné à être torturé. Aujourd’hui, les taux de prévalence sont d’environ 1,4 %, enfin environ, on ne sait pas puisque les détenus séropositifs sont une population totalement niée, depuis des années… Quand j’entends des médecins d’Ucsa comparer le VIH au diabète, dire que c’est une maladie chronique, je suis atterré. Et la contamination ? Je suis sorti il y a cinq mois et je peux vous assurer que l’héroïne entre en force en prison, nous allons vers une catastrophe sanitaire. Et les politiques actuelles ne vont pas arranger les choses. Mais apparemment ceux qui les décident s’en foutent, on entasse les gens en prison, toujours plus, la santé ce n’est pas leur problème…

Ce que je veux dire, c’est qu’il faut prendre le taureau par les cornes et agir. Et pour cela, il faut avoir une bonne conscience du milieu carcéral, de ce que c’est réellement, de ce que vit le détenu à l’intérieur. Ce n’est pas de la prison qu’il faut parler, c’est du détenu qui souffre dedans… En vingt-cinq ans, je peux vous dire que j’en ai vu partir dans des conditions terribles. Partir, ça veut dire mourir comme des chiens. Un nombre incalculable se sont suicidés pour ne pas mourir comme un animal… On ne peut pas calculer justement, puisque personne ne sait. C’est quand même terrible. Alors on crée la suspension de peine en 2002. Mais il faut savoir que les aménagements de peine concernent seulement 16,5 % des détenus. Il faudrait réfléchir sérieusement à des alternatives à l’emprisonnement. La peine moyenne en France est de 9,4 mois… On se demande ce qu’ils foutent en prison, les malades, les vieux, les fous… Où va-t-on ? On nous a sorti un plan sanitaire en 1994, on l’a refait et aujourd’hui on n’est pas plus avancé.

Le 4 mars 2002, on nous a sorti la loi de suspension de peine pour raison médicale. Moi j’étais malade à l’époque, j’ai cru que j’allais sortir. J’ai vu sortir Papon, mais moi je ne suis pas sorti. La réalité, c’est ça. Il y a Papon, les quelques nantis qui ont réussi à sortir, et nous, derrière, on a tous mangé… Ceux d’entre nous qui ont été libérés, faut voir dans quel état. J’en connais un qui est sorti après quinze ans, il était en souffrance depuis quinze ans, je l’ai vu mourir à petit feu. Vous savez combien il a tenu ? Il a tenu un mois dehors. Il est mort avec sa petite fille dans les bras. C’est quoi le sens de cette peine-là ? C’est ça qui nous est réservé. André Franceschi et moi, on nous appelle les highlanders, vous vous rendez compte, parce qu’on a réussi à survivre. En 2002, la loi de suspension de peine existe. Tout le monde est content, mais personne ne sort. (…)

Octobre 2003, une circulaire restreint encore les conditions en empêchant les détenus de bénéficier de la suspension de peine “s’il existe un risque grave de renouvellement de l’infraction”. Déjà on commence à resserrer le champ. Faut pas trop les faire sortir les malades, on ne sait jamais… En février 2005, la loi Perben introduit la contre-expertise médicale pour les malades en suspension de peine. Alors qu’ils ont tous subi une première expertise disant qu’ils allaient bientôt mourir… Car ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a en théorie deux volets dans cette loi de 2002 : les expertises disant que le pronostic vital est engagé et le constat d’incompatibilité de la maladie avec la détention, mais ce volet n’est jamais employé, jamais… Les gens pourraient sortir si le texte était appliqué, mais au final on les laisse mourir.

Et un séropositif, c’est quelqu’un de malade. Il faut arrêter de dire que c’est une maladie chronique ! Parce que celui qui est séropositif et qui se bouffe des pilules tous les jours, moi je le fais, et bien je vous dis que ce n’est pas marrant. Quand vous avez la diarrhée, quand vous n’êtes pas bien, quand vous vous videz, il faut les supporter les médicaments et il faut appeler à l’aide, qu’on vienne vous chercher… Le VIH, c’est quelque chose de grave, on a un peu tendance à l’oublier. Et quand on vit en prison avec c’est un peu le couloir de la mort. Quand vous êtes condamné à trente ans, vous ne savez pas quand la maladie va se déclarer. Et quand elle arrive, il n’y a personne pour vous écouter. On vous laisse dépérir et sortir au dernier moment pour baisser les statistiques des morts en prison.

Mais revenons à la suspension de peine. Lors des discussions du projet de loi sur la récidive, un nouvel amendement est introduit qui en réduit encore le champ avec les notions de “trouble exceptionnel à l’ordre public” et de “risque particulièrement élevé de récidive” pouvant être opposées au détenu. On nous ferme encore plus la porte. Mais, en novembre 2009, nouvel espoir avec la loi pénitentiaire qui précise qu’un juge de l’application des peines peut ordonner la suspension grâce à un certificat médical donné par l’Ucsa… Sauf que dans la pratique, il faut voir dans quel état les gens sortent. J’ai failli mourir, mais on ne m’a jamais laissé sortir. Je suis passé deux fois en suspension de peine, je ne l’ai jamais obtenue. Je suis un cas concret de la suspension de peine. En mars 2010, nouveau durcissement avec la notion de “risque grave de renouvellement de l’infraction” afin de refuser les demandes de suspension de peine pour raison médicale.

Je pense qu’il faut assumer les choses. Si le gouvernement décide de mettre des malades au mitard, en quartiers d’isolement, de les laisser pourrir en prison, si le gouvernement décide de mettre les fous, les femmes enceintes, les enfants en prison, si c’est ce qu’il décide, il faut qu’il l’assume et le dise. S’il n’est pas capable de l’assumer financièrement, il faut aussi qu’il le dise et qu’il arrête de nous faire avaler des couleuvres (…), parce que pendant ce temps des mecs meurent dans des conditions indignes d’une démocratie. Mais venez en cours de promenade, je vous y fais descendre, là où les mecs se shootent, se défoncent, c’est ça la prison. Vous savez que récemment un homme est mort de faim ? Que beaucoup se suicident ? C’est ça la réalité, et moi je suis là pour témoigner. J’ai fait vingt-cinq ans de taule, le jour où je suis sorti j’ai fais la promesse que je ne laisserai pas faire. Parce que la mémoire de ces mecs qui sont morts, il ne faut pas l’oublier.

Je voulais parler des toubibs, j’en ai rencontré trois qui ont tout fait pour m’aider et d’autres qui trouvaient que c’était bien fait quand je dormais à poil au mitard. On rencontre de tout, des bons et des salauds. La plupart donnent l’avis favorable pour vous placer au quartier d’isolement alors qu’il vous reste 3 CD4… Je finirai en citant l’article 10 du code de déontologie médicale [article R. 4127-10 du code de la santé publique, NDLR] : “Un médecin amené à examiner une personne privée de liberté ou à lui donner des soins ne peut, directement ou indirectement, serait-ce par sa seule présence, favoriser ou cautionner une atteinte à l’intégrité physique ou mentale de cette personne ou à sa dignité. S’il constate que cette personne a subi des sévices ou des mauvais traitements, il doit, sous réserve de l’accord de l’intéressé, en informer l’autorité judiciaire.” J’ai rencontré des tas de médecins qui n’ont jamais appliqué cette règle et qui ont laissé crever des gars en cellule. »

Laurent Jacqua est l’auteur de La Guillotine carcérale. Silence on meurt, éditions Nautilus, 2003 et de J’ai mis le feu à la prison, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2010.



La loi n° 2002-303 du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, a constitué dans les textes une véritable avancée pour les perspectives de sortie offertes aux détenus malades, atteints de pathologies lourdes.
La suspension de peine pour raisons médicales inscrite dans le code de procédure pénale est apparue pour les associations de défense des droits des malades comme une opportunité pour permettre aux personnes suivies de bénéficier d’une prise en charge adaptée à leurs besoins, à l’extérieur des établissements pénitentiaires.
Aujourd’hui, et avec le recul, beaucoup d’acteurs du milieu pénitentiaire et notamment ceux en charge de la lutte contre le sida, sont profondément déçus de la mise en oeuvre de cette loi sur le vécu des malades incarcérés.
Présentée comme une loi pour les malades, elle s’est transformée au gré des difficultés et des changements incessants des règles d’application, en une procédure appliquée aux personnes en fin de vie. Celles-ci en bénéficient uniquement pour mourir, peu après leur sortie de la prison. Conçue pour permettre aux personnes malades de se soigner, elle semble souvent servir à soigner les statistiques pénitentiaires, en contribuant à la diminution des chiffres de la mortalité carcérale.
Aujourd’hui, cet état de fait ranime le débat autour d’une question ancienne : la prison est-elle un lieu de soin ou un lieu où l’on soigne ?
Comment concilier cette question avec les hypothèses soutenant les deux conditions permettant la mise en application de cette loi :
- la pathologie du détenu doit « engager le pronostic vital »,
- l’état de santé doit être « durablement incompatible avec le maintien en détention ».
Existe-t-il d’autres dispositifs pour contourner les obstacles à la mise en application de cette loi ?
Quelle place pour l’infection à VIH dans ces dispositifs ?
Quel accès des personnes prévenues à ces dispositifs et doit-on les en exclure même quand leur état de santé est gravement dégradé ?
Quelles recommandations proposer afin de permettre de mieux identifier les limites des dispositifs actuels de libération des malades et les surmonter ?
En donnant la parole, à l’occasion de cette journée prison de Sidaction 2010, à des acteurs de terrain, à des chercheurs et à des personnalités qualifiées nous avons souhaité explorer l’ensemble de ces questionnements. Sidaction s’engage, dés à présent, à prolonger les recommandations issues de cette journée en axes de plaidoyer auprès des pouvoirs publics.
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MessageSujet: Faut-il supprimer les prisons ?   Jeu 4 Aoû - 16:09

Faut-il supprimer les prisons ?
04/08/2011 à 16h06 | 333 vues | 1 réactions


Matthieu Bonduelle, secrétaire général du syndicat de la Magistrature et le député Michel Hunault se sont livrés à un débat contradictoire sur l'utilité d'envoyer les gens en prison, pour les délits les moins graves. L'un est confronté quotidiennement au lourd problème de la surpopulation carcérale et l'autre a le pouvoir de suggérer des lois pouvant aider à résoudre des problèmes. Débat forcément intéressant vue que les prisons ont depuis longtemps fait la preuve de leur inefficacité.

Le fait est que les prisons francaises sont dénoncées par Amnesty International à chaque rapport. Les reportages sont accablants (celui interdit car filmé par les détenus eux-mêmes en catimini, par exemple)...on en arrive à une question fondamentale : qu'attend-on du séjour en prison d'un détenu ?

Soit on se place dans le cadre d'une justice-vengeance, où, tel l'enfant qui a fait une bêtise, on fait souffrir pour réparer la souffrance infligée à autrui, auquel cas la prison n'est pas la bonne réponse : le bagne semble plus adapté : la discipline y est de fer. Pire : si on en attend de "retirer quelqu'un de la circulation" pour un moment, mais sans les moyens de suivi à la sortie, c'est un coup d'épée dans l'eau, et surtout cela serait leurrer le peuple qui crie vengeance et qui ne l'aurait donc pas puisque le détenu serait amené à sortir de prison après avoir purgé sa peine. Dans ces 2 cas de figures, on considère la prison comme un endroit sûr, et sachant remplir son role. On considère la force et la souffrance comme un moyen de "mater" le méchant. On n'y fait aucune mauvaise rencontre, on y est humainement traité. Ce n'est pas l'image qui en est reflété ni dans les rapports d'Amnesty International, ni dans les reportages qui sont disponibles. Il y a même des séquences où on se demande qui dirige la prison...Il semble flagrant que la prison ne sait pas remplir ce role : en d'autres termes, on n'y apprend pas à devenir sage par la répression du système mais plutôt enragé par la repression des co-détenus.

Ou alors, et cela serait la philosophie éducative d'un système carcéral : on utilise la prison comme système de ré-insertion dans la Société, de reformatage de l'individu dans le moule de la Société et de ses valeurs fondamentales. Bref on y reprend tout à zéro. On y essaie de changer les points de repère de l'individu. (en tout état de cause, il est question de détenus "récupérables". Un homme comme Fourniret, heureusement exception du système, ne rentre plus dans ce cadre). Car le vrai drame est celui qui entre dans le milieu carcéral en délinquant et en ressort en criminel...A partir de là se pose la question du débat : faut-il les y faire rentrer en premier lieu ?

La lecture de la jurispudence nous apprend bien des choses, notamment sur la clémence des juges. Se faire incarcérer pour vol demande une quantité de récidive assez impressionante. Cela veut dire que les prisons étant remplie jusqu'à ras-bord, les solutions alternatives sont déjà appliquées depuis longtemps : le non-mandat de dépôt (donc pas d'incarcération). Le bracelet électronique ? Qui suivra les détenus ? La conclusion semble tomber d'elle-même : il n'y a pas de solution miracle, ou alors on ne l'a pas trouvée...les autres pays non plus d'ailleurs.
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MessageSujet: La révolution commencera par les prisons   Dim 7 Aoû - 11:35

La révolution commencera par les prisons


« La révolution commencera par les prisons, car c’est là où sont enfermé les derniers hommes libres ! »*


Il se passe quelque chose, un je ne sais quoi qui commence, une nouvelle ère de révolte qui n’a qu’une envie, celle de s’enflammer comme cocktail Molotov géant. Un besoin de dire NON à toute cette répression absurde qui se met en place petit à petit et qui se renforce au fil des années dans toute la société. Une envie de dire NON à tout ces vieux politicards corrompus sûr d’être protéger derrière leurs flics et leurs millions gagnés sur le dos de toutes les exploitations et de la misère grandissante.

Oui dans le pays il se passe quelque chose comme les signes d’une révolte qui gronde et qui prend forme sans encore vouloir montrer son vrai visage ou dire son nom, mais qui assurément va mettre le feu aux poudres tôt ou tard.
J’ai sillonné la France ces derniers mois et partout j’ai rencontré la même énergie, la même volonté, parfois un peu confuse, mais toujours sincères, celle d’une jeunesse qui a une nouvelle conscience et qui est prête à se lever face à ce qui l’oppresse. Leur saine solidarité avec les exclus, les taulards, les étrangers fait honneur à leur vision de la liberté. Ils se sentent concerné, car ils se sentent eux aussi exclus, taulards ou étrangers, ils se sentent eux aussi prisonniers, muselés et ils voient bien le danger d’un système qui n’écoute plus personne et qui en toute impunité s’assois sur la gueule du peuple en se foutant totalement de ses aspirations, de ses souffrances ou de ses revendications.
Il se produit une radicalisation, une métamorphose de la pensée aux actes, c’est le début de quelque chose, d’une lame de fond naissante qui n’attend plus qu’une véritable occasion pour agir contre cette « ère sécuritaire » devenue, ces dernières années, l’outil ultime pour gagner toutes élections.
A force de tirer sur la corde, cette jeunesse a pris conscience de leur manque d’avenir et du peu de choix d’une autre vie, c’est ce qui m’a frappé le plus en parcourant le pays et en rencontrant pas mal de militants, dont les rangs ne cessent de grossir face à une idéologie étatique réactionnaire de plus en plus extrême.
Pas étonnant que ce mouvement qui émerge s’attaque aux symboles de la répression que sont les prisons, centre de rétention et EPM (établissement pour mineur), car la société que l’on nous propose n’est faite que de murs qui s’élèvent de plus en plus haut. La société devient insidieusement carcérale et cela n’échappe à plus personne, on se sent pris dans un étau que l’on serre comme un garrot. « Une Bastille est tombée et ils en ont construit 200 autres ! », « Une usine qui ferme, c’est une prison qui s’ouvre »…*
« Tout commencera vraiment quand quelques murs de prisons tomberont, et c’est par là que débutera le véritable chemin vers la liberté »…* De cela certains en sont déjà convaincu et ils sont de plus en plus nombreux à s’en persuader. Graffitis, affiches, textes et actes de sabotages se multiplient contre la construction intensive d’établissements pénitentiaires qui fleurissent un peu partout sur le territoire. Il est devenu maintenant évident que la prison, ainsi que tout système pour y aboutir, est devenu une cible, un enjeu, le véritable et seul ennemi du peuple, parce que la « taule » ne sert, aujourd’hui plus qu’hier, qu’à dresser une partie du peuple contre lui-même, tandis que ceux au pouvoir règnent sans partage en usant et en abusant de la peur, de l’intimidation et de tous les mensonges possibles pour maintenir coûte que coûte le contrôle social des masses.
Oui il se passe quelque chose et moi qui vient de si loin, qui ai vécu si longtemps à l’ombre des miradors, prisonnier sous des tonnes de bétons versées pour consolider les infâmes murs de prison, je vis cette envie d’horizon, comme une évasion naguère réussit, comme une nouvelle résistance qui grandit et qui s’amplifie… je suis comme un vieux retraité des geôles qui observe et sent la montée de cette brise, ce vent qui se lève et qui peut-être emportera tout…
* Graffitis lus sur quelques murs de la capitale et en province.
A bientôt sur le BLOG pour la suite…
Laurent JACQUA
Pour tout contact laurentjacqua@yahoo.fr
Voici le texte original d'une affiche anonyme placardée dans les rues de Paris au mois de juin-juillet dernier :

La prison... On en a tous vague­ment une idée, un repor­tage à la TV, un énième assas­si­nat de l’admi­nis­tra­tion péni­ten­tiaire à la rubri­que faits divers des jour­naux du jour, de brèves indi­gna­tions à peu de frais par-ci par-là. On en entend tous parler, et on fait comme si cela n’exis­tait pas. Comme si chaque jour des dizai­nes de mil­liers d’entre-nous n’étaient pas les otages de l’État, seuls dans leurs péri­plescar­cé­raux indi­vi­duels, isolés de tous et répri­més en silence. Pourtant nous sommes tant à avoir un frère, une amie, un cousin en taule, à visi­ter un proche incar­céré au par­loir, nous sommes tant à finir par trou­ver cela banal. Un petit séjour en taule, après tout, on est pas mal à y avoir gouté, une fois, deux fois, trois fois ou plus, de près ou de loin, dans les faits ou par pro­cu­ra­tion.
Enfermer des êtres humains dans des cages de quel­ques mètres carrés pen­dant des mois ou des années, anni­hi­ler toute volonté en eux, les pres­ser comme des citrons, les briser, les empê­cher d’aimer, les har­ce­ler, les dro­guer, les frap­per, les juger, les tuer, les trai­ter comme per­sonne n’ose trai­ter de la merde et les sou­met­tre à un tra­vail de forçat ; la taule, c’est la bar­ba­rie dans toute sa bana­lité, c’est le règne total d’une poi­gnée de sadi­ques et de petits exé­cu­tants obéis­sants. C’est le der­nier souf­fle d’une balle qui vient se loger droit dans notre tête pen­dant que tout le monde regarde ailleurs, trop préoc­cupé par sa propre misère. C’est la manière par laquelle ce monde se venge contre ton anor­ma­lité ou contre la concur­rence. C’est une des maniè­res par les­quel­les ce monde force la paix.
La prison a au moins un mérite, avec elle les choses sont clai­res : pas de bla-bla ou pres­que, une société qui a besoin de pri­sons pour se main­te­nir est une société qui a déclaré la guerre à une partie d’elle-même. Une société qui s’enor­gueillit de gérer avec tant de vio­lence ces usines de mort est une société qui offre son cou à la guillo­tine de la révolte, qui jus­ti­fie la néces­sité de sa des­truc­tion. Ils auront beau réfor­mer les pri­sons en long et en large, pla­quer les cel­lu­les d’or, les cli­ma­ti­ser ou rac­cour­cir la taille des matra­ques, les coups feront tou­jours aussi mal et la prison res­tera le même pro­blème qu’elle aura tou­jours été. C’est l’audace de la liberté qui importe, pas la lâcheté du statu quo de l’amé­na­ge­ment de la contrainte.
Une prison acceptable est une prison qui brûle
On parle déjà d’une tren­taine de morts en déten­tion depuis le début de l’année. On ose encore nous parler de sui­ci­des et d’acci­dents... On ose insi­nuer qu’il est anodin de se pendre dans une prison, qu’il est anodin de mourir « acci­den­tel­le­ment » sous les coups des matons ou d’autres déte­nus. On nous parle de « sui­ci­des » pour faire croire que ce n’est pas l’Administration Pénitentiaire et l’État qui tuent. Mais nous affir­mons que chaque mort en prison est un assas­si­nat de l’Administration Pénitentiaire et de l’État. Considérer les choses autre­ment, c’est affir­mer queles condi­tions de vie du dehors et du dedans sont les mêmes. C’est affir­mer que la prison n’existe pas. Et pour­tant le dedans et le dehors ne se dif­fé­ren­cient que par leur degré d’inten­sité. La prison n’est rien d’autre que le reflet exa­géré de cette société qui se regarde dans un miroir gros­sis­sant.
Tout est pire que dehors en prison, et pourtant, tout est tellement pareil que dehors...
La même merde, les mêmes méca­nis­mes auto­ri­tai­res, la même domi­na­tion, la même vio­lence inhé­rente à la paix sociale, le même fichage, les mêmes rap­ports dégueu­las­ses entre les gens, qu’ils soient économiques ou sociaux.
Il est si dif­fi­cile de parler serei­ne­ment de la prison. Il est si dif­fi­cile de ne pas se lais­ser plom­ber par l’atmo­sphère pois­seuse qu’elle dis­perse autour de nos vies. Mais ce ne sont pas des larmes qui en vien­dront à bout, au contraire, on ne peut que se noyer avec des larmes. L’indi­gna­tion, elle, n’a jamais fait tomber un seul mur, et l’on ne vien­dra jamais à bout de la prison par le biais du Droit ou de la Loi, puis­que c’est de leurs pier­res qu’elle est cons­truite.
Dans cette société qui a besoin d’enfer­mer : pri­sons, psy­chia­trie, cen­tres de réten­tion, gardes-à-vue, inter­nats, écoles, mai­sons de retraite, camps huma­ni­tai­res, usines, hôpi­taux, cen­tres éducatifs fermés, barres d’immeu­bles, établissements de réin­ser­tion sco­laire etc. Dans cette société où cer­tains font le choix de deve­nir mâtons, juges ou flics, notre choix est clair :
Les pri­sons doi­vent être détrui­tes une par une, (...)

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MessageSujet: LA PRISON A FAIT SON TEMPS: QU’ELLE CRÈVE !   Dim 21 Oct - 16:52

LA PRISON A FAIT SON TEMPS: QU’ELLE CRÈVE !
samedi 20 octobre 2012
Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 166 (18/10/12)

La prise de la Bastille, acte fondateur de la Révolution française célébré chaque année, semble n’être plus qu’une référence historique désincarnée. Symbole même de la tyrannie, la prison reste aujourd’hui une arme de répression massive de notre camp social. Cul-de-basse-fosse des dictatures ou prisons aseptisées, déshumanisées, électroniquement surveillées dans les « démocraties », la prison tue à petit feu.

Les pouvoirs en place, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’ont cessé de construire de nouvelles prisons, remettant aux calendes grecques tout débat de société sur l’utilité sociale de l’enfermement. Les militants anticarcéraux semblent encore bien isolés et leur slogan « pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons toutes les prisons » résonne plus comme un défi que comme un mot d’ordre audible. Avant d’abattre les hauts murs,
il faudra détruire bien des préjugés et bien des idées reçues, y compris dans nos propres rangs. Les anticapitalistes ne doivent pas fuir leurs responsabilités et prendre ce débat de fond à bras le corps. Celui-ci ne saurait être coupé d’une activité anticarcérale concrète qui prenne en charge la défense des droits des personnes détenues (à la santé, à la dignité, à l’application du code du travail...) et un soutien à toutes les formes d’auto-organisation des détenuEs. Ce dossier n’a pas d’autre prétention que de lancer le débat parmi nos lecteurs.
Il pourrait être le point de départ d’articles réguliers sur la question.
Anticapitalistejusqu’au bout , Résolument abolitionniste
Entretien avec Jean-Marc Rouillan, militant au NPA
Penses-tu que le débat contre la prison soit essentiel à nos mobilisations et à nos critiques anticapitalistes ?
Dans le mouvement révolutionnaire, ce débat est très récent. Il date des grandes remises en cause des années post Mai 68 avec les travaux de Michel Foucault et le groupe d’information sur les prisons. Avant, nous défendions les prisonniers politiques, nous affrontions la justice d’exception, mais nous n’avions pas saisi l’importance de la répression des pauvres et de la terreur que le système carcéral fait peser sur le travail et son obligation.
Pourtant les bolchéviques s’étaient posé la question de la prison ?
Oui, ils avaient conscience qu’ils ne pourraient pas en faire l’impasse… et puis ils ont oublié… Ou disons qu’avec les reculs et les démissions, ils ont utilisé le carcéral au profit de leur répression. Et il en a été de même pour les régimes socialistes suivants. On a simplement changé l’uniforme des gardiens. Avec une éblouissante exception car au début de la révolution espagnole, en juillet 1936, la population des quartiers pauvres a attaqué des prisons, libérant non seulement les prisonniers politiques mais également les droit-communs qui, par la suite, ont participé aux combats organisés dans la fameuse Colonne de Fer.1
Et aujourd’hui ?
Nous sommes à un tournant clé du carcéralet aucun mouvement révolutionnaire ou simplement progressiste ne peut faire l’impasse d’une véritable action contre la prison. Notre parti s’est déclaré abolitionniste.2 Personne
ne s’est vraiment rendu compte de ce que cela signifiait. De l’importance de cette déclaration qui nous engage tous et toutes. Nous sommes le premier parti d’extrême gauche à affirmer haut et fort qu’il ne pourra y avoir de bouleversement jusqu’au bout sans finde la prison.
Crois-tu vraiment que cette question fasse l’unanimité dans notre parti ?
Je pense que nous sommes nombreux à n’en pas saisir l’enjeu réel et que ce positionnement risque de rester un simple bout de papier…un de plus ! Parler de prison aujourd’hui, c’est parler des quartiers populaires, c’est toucher du doigt la condition des plus exploités, des plus opprimés, c’est aborder la question de notre société d’apartheid, de la nature même du processus de fascisation dans le rapport État / couches populaires. Et ça, ce ne sont pas des boutsde papier, c’est la vie quotidienne de millions de personnes. Le militant qui nous dit, je préfère en rester aux luttes contre les licenciements, à la crisede la dette, n’a pas conscience des nouvelles réalités de notre classe, du nouveau processus du travail basée sur la précarisation. Pour le système, n’importe quel ouvrier posté estun précaire, même s’il n’en a pas conscience. Regarde les Aulnay, les Conti, les Molex…du jour au lendemain le capitalisme les jetteà la rue…Le fer de lance de notre classe, celle quin’a rien à perdre que ses chaînes et dont les émeutes de 2005 ne sont qu’une répétition, c’est bien cette population des grands ghettos urbains. La classe du travail et du non-travail à la fois. Et qui d’entre nous mène une activité dans un de ces quartiers me comprend, il sait pertinemment qu’on ne peut faire l’impassede la question de la prison et de la répression en général. Mais il y a une partie de la population de ces quartiers qui réclame plus de prison, plus de sécurité…Dans les quartiers, deux gauches cohabitent. Une fausse gauche qui divise la population, celle qui soutient par exemple les habitants quand ils brûlent un camp de Roms, qui appelle à la construction de nouvelles prisons pour y enfermer des enfants des cités, celle qui réclame l’intervention de l’armée… Sous la bannière du clientélisme et sempiternellement du côté de l’ordre, ils divisent les pauvres en s’appuyant sur la réaction et l’air du temps. Mais nous, nous devons renforcer une vraie gauche, celle qui unifie la population en s’opposant à tous les racismes, à l’islamophobie galopante, au tout-sécuritaire et au tout-prison… Une gauche qui ne joue pas de la réaction mais qui la combat. Aujourd’hui de plus en plus de bourgeois, de gestionnaires, d’humanistes n’hésitent plus à revendiquer l’abolition de la prison…
Comme je l’exprimais plus haut, nous sommes à un tournant du carcéral. Même s’ils se disent plus réductionnistes qu’abolitionnistes, une partie des classes dirigeantes a bien compris que la prison n’est plus rentable en termes économiques (sans parler de rééducation), ils œuvrent vitesse grand V à un dépassement bourgeois de la prison (sans doute, une généralisation des contrôles électroniques, la prison chez soi, les fermes-prisons ouvertes…). Déjà ils affirment qu’ils garderont derrière les murs à peine 20 % des détenus. Mais ces solutions sont encore bloquées par la réaction ambiante (sans compter le processus de fascisation dans certains corps de l’État). Et puis expédier des pauvres en prison, les torturer à petit feu, fait grimper dans les sondages…
Nous, quand nous luttons contre la prison, nous abordons d’un point de vue de gaucheles questions, non seulement de la torture carcérale, mais également de la justice danssa nature de justice de classe. Pourquoi par exemple tolérer des patrons-voyous qui affament au nom des profits des milliersde familles en les réduisant au chômage, et durement condamner de petites voleursou des trafiquants de barrettes qui donnent simplement à manger à leur famille ? L’abolition de la prison d’un point de vue de gauche est un processus complexe de critiques et de remise en question de l’ordre moral et bien-pensant de la réaction capitaliste actuelle.
1. Note de la rédaction : il s’agit d’une colonne armée « Union de Hermanos Proletarios UHP », liée à la CNT opérant dans la province de Palencia
2. Note de la rédaction : Plusieurs articles parus dans Tout est à nous ! ont défendu un point de vue abolitionniste mais le débat commence au NPA.
Taubira : le changement dans la continuité…
De la part d’Hollande nommer, Christine Taubira à la Justice était habile : noire, intellectuelle, non encartée au PS, elle réunit toutes les qualités pour séduire la fraction progressiste du monde judiciaire et ainsi faire contrepoids au méchant sécuritaire Valls. Pourtant, dès juin 2012, un premier signal a mis la puce à l’oreille de ceux qui pouvaient avoir des illusions : la proposition du Contrôleur général des prisons d’amnistier les peines de moins de six mois était sèchement rejetée. Cette simple mesure aurait permis de mettre fin à la surpopulation carcérale. Démonstration :
- Surpopulation pénale en mai 2012 : 67 000 personnes détenues pour 57 400 places.
- Au 1er janvier 2012, un peu plus de 20 000 détenus purgeaient une peine de moins d’un an. Aux termes de la loi pénitentiaire de novembre 2009, ils pourraient tous exécuter cette peine en milieu ouvert. Si la loi était appliquée, le nombre actuel de places de prison serait donc trop élevé : 67 000 détenus – 20 000 amnistiés = 47 000 détenus pour 57 400 places. Soit plus de 10 000 places en trop !
Plus d’alternatives ou plus de prisons ?
Dans le même temps où elle annonce sa volonté de développer les alternatives à la prison et de créer une peine de probation, la ministre affirme qu’elle a pour objectif d’atteindre 63 000 places de prison d’ici cinq ans en créant 6 000 nouvelles places.1 Certes, elle revient ainsi sur les 80 000 places votées en février dernier, mais le compte n’y est pas. On le mesure à l’examen du projet de budget de la Justice pour 2013, l’un des rares en hausse (+ 4, 3 %). Pour les aménagements de peines le budget 2013 crée 80 postes de juge d’application des peines, 40 de greffiers, 43 de conseillers d’insertion, 20 de psychologues et 32 emplois affectés à la surveillance électronique. Pour le Snepap FSU, syndicat majoritaire au Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation), en première ligne dans le dispositif d’aménagement des peines et de réinsertion des personnes détenues, ces quelques créations de postes ne compensent pas les pertes accumulées en 2010 et 2011 de sorte que, faute de moyens, l’ambition d’une réelle alternative à la détention restera lettre morte.
La construction de places de prison supplémentaires est « contradictoire avec les aménagements de peines. Lorsqu’il faudra financer l’investissement de ces places – une place en cellule coûte environ 100 000 euros – et des personnels de surveillance indispensables pour permettre le fonctionnement des ces prisons nouvelles, restera-t-il des moyens financiers pour recruter des personnels d’insertion et de probation supplémentaires qui permettraient la réussite des alternatives à l’incarcération et des aménagements de peines ? »
Qui a prononcé ces mots ? Le sénateur UMP J.R. Lecerf, rapporteur de la loi pénitentiaire de 2009 à propos des 24 000 places votées sous Sarkozy. Cette citation est extraite d’une pétition contre la loi « d’exécution des peines » de février 2012 qui avait rassemblé un éventail impressionnant d’associations et de syndicats.2
À quand une mobilisation similaire pour faire sauter les 6 000 places Taubira ? Il est encore temps d’agir car le budget de la Justice n’a pas encore été présenté au Parlement.
1. La prison de Rodez ouvrira en 2013. Lancement de la construction des prisons d’Orléans, Vendin-le-Viel (Pas-de-Calais), Riom, Valence, Beauvais, Draguignan, Majicavo (Mayotte), Ducos (Martinique) et Papeari (Polynésie).
2. Anjap, Ban public, Cimade, CGT (pénitentiaire, justice et PJJ), Citoyens et Justice, Croix Rouge, Droits d’urgence, Emmaüs, Farapej, Fnars, Fédération protestante, Génépi, OIP, Secours Catholique, Snepap FSU, Syndicat de la magistrature, SNPJJ FSU.
La Francea la récidivequ’elle mérite
Entretien avec Laurent Jacqua, ancien détenu, salarié à Act Up-Paris

Que réponds-tu à quelqu’un qui dit que la prison, c’est fait pour protéger la société ?
Je dis que c’est une connerie. La prison n’est pas faite pour protéger la société mais pour écarter des gens dont la société ne veut plus. Mais à un moment ces gens vont sortir, s’ils survivent, parce que, il faut le rappeler, il y a un mort tous les trois jours, six tentatives par jour. Ils ne prennent pas tous 30 ans. Une fois qu’ils sont désocialisés, déstabilisés quand ils retrouvent la société, qu’on les a traités comme des merdes, comme des clébards…
et bien voilà. La France a la récidive qu’elle mérite. Tout simplement. Et le type qui est désocialisé, qui n’a plus de travail, qui a perdu sa femme, ses enfants parce qu’il a fait un séjour en prison, qu’est-ce qu’il va faire sinon se révolter ou bien replonger parce qu’il n’a pas d’autre solution pour bouffer que d’aller voler…
Et si on améliorait la situation des prisons ?
Moi, je suis contre l’amélioration des conditions de détention. Parce que plus on améliore les prisons, plus on va allonger les peines et plus on va améliorer le système répressif. Pour ma part on n’améliore jamais un appareil de répression. C’est comme si on huilait une guillotine. Ca veut dire qu’au lieu de faire de la prévention, au lieu de mettre de l’argent dans l’école, au lieu de mettre des systèmes à l’extérieur pour aider les gens à s’en sortir, non, on trouve la solution la plus rapide et la plus simple, on s’en débarasse, on les met en prison. Plus on améliore un système répressif, plus on l’accepte. Et plus on accepte la prison plus on est d’accord pour enfermer plus de gens et on se débarasse d’une catégorie sociale qui essaie de survivre. Et en vérité, ça devient une arme contre la population. L’enfermement reste de l’enfermement, c’est la liberté qui compte.
Pourquoi Act Up-Paris intervient-elle sur les prisons ?
Act Up lutte pour la libération des malades, l’arrêt de cette répression folle envers différents types de population, envers des malades qui sont en train de crever dans les prisons. On laisse crever en prison les gens qui ont le sida. Et la contamination en prison n’est elle-même pas prise en compte, ne serait-ce qu’avec les programmes d’échange de seringues pour éviter les contaminations. Cela n’existe pas en France, alors qu’on enferme les gens les plus vulnérables vis-à-vis de la maladie, à commencer par les toxicomanes. On préfère les mettre en prison plutôt que de les soigner. Aujourd’hui on peut mettre un malade du sida au mitard ou en quartier d’isolement pendant des années, ce qui m’est arrivé. Les régimes les plus durs qu’on a connus dans l’histoire ont commencé à enfermer les malades dans les prisons.
Alors faut-il abolir ?
Je ne dirais pas abolir parce qu’on est dans un système où il y a des prisons, il y a des procédures pénales. Moi je dis qu’il faut déjà réduire la population pénale. Il y a 29 % des gens en prison qui ne sont pas condamnés. En préventive. La présomption d’innocence, voilà… Ils pourrissent en maisons d’arrêt, en attente de jugement alors qu’ils pourraient bénéficier d’une liberté provisoire en attendant le jugement. Déjà c’est 29 %. Après vous avez les vieux, les malades, les jeunes qui font moins d’un an. Qu’est-ce qu’ils foutent en prison tous ces gens-là ? Mais c’est parce qu’il n’y a pas d’autre système que la prison. Il pourrait y avoir tout un tas de structures qui permettent d’éviter la prison, mais il n’y a pas d’argent pour ça. La prison c’est facile, comme ça on n’a pas besoin de s’en occuper à l’extérieur. La population n’a pas conscience de ce que le système est en train de leur faire à eux. Parce que, qui va en prison ? Ce ne sont pas les ministres ou les hauts fonctionnaires. On ferme une usine, on ouvre une prison. On ouvre une prison, on ferme une école. C’est clair, c’est net. Les ouvriers qui se retrouvent au chômage et qui sont dans la merde, à un moment donné la société les mène à faire la faute et cette faute les amène en prison. Tous ceux qui sont de Gandrange, les sociétés qui ferment aujourd’hui, que vont-ils faire ? Une fois qu’ils seront au chômage, qu’ils n’auront plus d’oseille, comment vont-ils faire pour faire bouffer leur famille ? Ou ils pètent les plombs ou ils font de la grivèlerie. Ces gens finissent par se retrouver un jour confrontés à la répression, confrontés à la prison.
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Un système totalement inefficace, voire contre productif
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